REFLETIONS B^DN SIMPLE CITOYEN
ment- Mais lorsque la desorganisation du service
des transports a plongé la Russie dans le silence, lorsqu'on n'a plus su ce qui se passait à soixante heures de Paris, répouvante est venue. Le vaste empire a paru soudain retranché du monde civilisé. On a parlé de retour à la harbarie. Ce n'était pas un vain propos ; la barbarie reviendrait avec une extrême promptitude si tout ce qui permet aux hommes de communiquer les uns avec les autres, de s'appuyer les uns sur les autres, leur était enlevé, et si par exemple dans un cataclysme disparaissaient les chemins de fer et les routes ^ instruments et supports de la solidarité humaine*
Quel que soit le nom donné à ce service des voies et moyens de communication, sa bonne organisation commande donc toute la vie sociale et il est celui que notre citoyen demanderait d'abord à sa nation comme premi^^re manifestation de la vie en société*
Mais pourquoi demande-t-il cela à sa nation?
Pour la création de ces moyens de communication ne peut-il, ne doit-il pas compter sur son initiative et sur celle de ses voisins qui ont comme lui besoin du môme service? Réfléuhissons un peu : nous apercevrons bien vite les bornes que )a nature des choses met en celte matière à l'efficacité deTinitiative privée. Qu'il s'agisse de construire ou d'entretenir des routes, d'établir ou d'outiller dos ports, de sillonner le pnys de voies ferrées, de lignes télégraphiques, d'organiser le transport des lettres, nous voyons bien que ces travaux intéresseront plus ou moins de gens ; mais nous voyons aussi l'impossibilité de déterminer d'avance quels sont ces gens, dans quelle mesure, pour combien de temps, ils profiteront des travaux. Personne n'en sait rien. Si par aventure
quelque devin fixait le profit que tous présents et à venir doivent retirer du travail projeté et par suite la part qu'ils doivent prendre à la mise en train des travaux et supporter dans la dépense, quelle puissance effective auraient ces intérêts épars et successifs pour mener à bien des travaux longs, coûteux, difficiles^ dont la conduite exige avant tout Tunité de vues. Qui ferait la balance des intérêts en présence, qui arrêterait définitivement les travaux à faire, qui les dirigerait ?
Sauf dans des circonstances exceptionnelles, il ne faut donc pas compter sur l'association naturelle des intéressés pour entreprendre utilement ce genre de travaux. Quelqu'un ayant à la fois la vision de l'avenir, l'unité de vues et la puissance financière doit intervenir pour rendre aux hommes un service nécessaire à leur vie et à leur progrès.
Ce quelqu'un est trouvé, a affirmé longtemps une école. Adressez-vous aux sociétés financières. Permettre de vivre, faciliter la vie, c'est en effet rendre un service, le plus grand des services : tout service se paie. Les redevances versées en échange du service rendu peuvent être la base de combinaisons financières variées et fructueuses. Ne suffit-il pas alors de se fier au désir qu'ont les hommes de s'enrichir pour voir exécuter les travaux, condition primordiale de la vie sociale ?
Assurément cet appât du gain à tirer d'un service public est une incitation à organiser l'exécution de ce service public. C'est là une forme ingénieuse de l'appropriation des sociétés à la vie individuelle. Cette forme a rendu, elle continue à rendre, elle rendra longtemps encore sans doute de grands services ; elle est venue à son heure ; il serait vain de la condamner au nom de théories absolues. Les formes de la vie
18 RÉFLEXIONS d'uN SIMPLE GITOTEN
sont mulliplfts et évoluent sans cesse : comme les autres, CÈ*lle-Ià n'est qu'une préparation de Tavenir; àvB qu'elle croît, elle porte en elle-même son germe (le mort. Même dans les pays où Texploitation du service public des transports par des sociétés financi^TCS a été le plus complètement pratiqué, on a toujours reconnu hi nécessité de coordonner, de surveiller, de prolt5ger toutes ces entreprises. On a toujours voulu dominer les redoutables coalitions qui, entre un nombre limité de concurrents, succèdent fatalement à une concurrence effrénée et ruineuse. Aucune nation ne peut admettre que le chaos et le souci de lancer des émissions soit le régime fondamental de ses voies de communication.
Ftirtout aujourd'hui les sociétés financières n'interviennent que comme déléguées de la nation pour rendre, moyennant une certaine rémunération qu'on cherche de plus en plus à tarifer et à limiter, aux hommes réunis en nation l'un des principaux services que ceux-ci attendent de cette réunion.
Mais comment nier l'antinomie qui se révèle bien- IM ihiUH beaucoup de cas, entre le rôle d'une société h'naricirre et la conception que nous avons de l'utilit<! d'une rouLo, d'un chemin de fer ou de la poste? Un diviflende peut-il être la mesure de cette utilité? (^ertaînement non ; or la société financière n'a, ne peut avoir qu'un but : le dividende. Les facilités de vivre que Tentrt^jrise procure immédiatement ou indin^ctemont iic sont pas chiffrées au bilan des recettes.
Si nous nous en tenions à la seule initiative des socîiHés linanci^res, une partie des travaux les plus nécessaires à la vie sociale ne seraient jamais exécutés. Les autres, conçus comme des entreprises de dividende, seraient promptement détournés de leur objet. L'expérience en a^été faite dans tous les pays.