‹ L'administration de la France;Chapitre 9 sur 36 · REFLEXIONS D UN SIMPLE «TOYEN · texte numérisé non relu

REFLEXIONS D UN SIMPLE «TOYEN

En 1897 : a Tunité politique en tant que réaliste par le tissu métaphysique » ;

en 1901 : « une société qui a engendré en ellemême une chose publique et qui s'y conforme par la souveraineté »;

en 1907: « Tinslitution qui, sur un territoire donné, assure à une population une sphère d'existence commune u.

a Une société qui a engendré en elle-même une chose publique ! )) A tout prendre je préfère la sphère d^existence commune ou même le tissu métaphysique* Mais en suis-je bien plus renseigné sur le sens exact du mot État?

L'etlort d'un si noble esprit est significatif. Lorsqu'un professeur chargé d'enseigner avec précision l'organisation de la France aux jeunes gens cherche avec une telle persévérance la définition d'un mot, je suis porté à me pardonner d'avoir employé si souvent le mot sans le comprendre. Et que veut-on que je devienne lorsque, dans le grand ouvrage d'un autre professeur de droit, je lis cette traduction do la définition par Jellinek des organes secondaires da monstre Etat, de cette société qui a engendré en elle-même une chose publique :

« Les organes directs secondaires de TÉtat sont ceux qui sont à Tégard d'autres organes en un rapport d'organe, si bien qu'ils représentent cet organe directement* Ici Torgane primaire représenté ne peut exprimer sa volonté que par son organe secondaire : la volonté de l'organe secondaire doit être considérée directement comme la volonté de Torgane primaire. L'organe secondaire d'une corporation est l'organe direct d'un organe direct de cette corporation. L'organe secondaire de TÉtat est un organe direct d'un organe direct de TÉtat. Quand par suite de sa na*-

ture propre ou de diverses autres circonstances, un organe direct de TÉtat ne peut exprimer sa volonté que par Tinstrument d'un organe, celui-ci est organe direct de Torgane direct de TÉtat et organe secondaire de rÉtat. Par application de la notion d'organe, la volonté de Torgane secondaire est la volonté même de Torgane direct dont il est l'organe. Ainsi l'organe secondaire est bien un organe direct de l'État puisqu'il est l'instrument de volonté d'un organe direct; cependant il se distingue de l'organe direct primaire puisqu'il estorganede celui-ci. On voit la diflférence qui d'après cette théorie sépare l'organe direct créé et Torgane direct secondaire. L'organe direct créé n'est point, lui, un organe de l'organe de création. »

Assurément ce sont là de belles études : nul ne peut les lire sans comprendre toute la peine qu'elles ont coûtée. Elles m'ont toujours pénétré d'admiration pour ceux qui de la vie des nations cherchent à abstraire la quintessence des forces qui tiennent les hommes en société, et ce n'est pas par une vaine politesse que ces remarquables écrivains se décernent à l'envi, les uns aux autres, Fépithète de savants auteurs.

Mais en attendant qu'ils aient découvert et vérifié la formule de la vie immense des sociétés, nous autres que cette vie presse et pousse au tombeau, nous ne pouvons être que des empiriques. Pour ma part, puisque je ne sais pas exactement ce que veut dire le mot équivoque Etat, j'ai résolu de ne plus l'employer. Le lecteur ne le trouvera plus dans ce livre sauf dans les mots composés où la langue me l'imposera (sous-secrétaire d'Etat, Conseil d'État), et peut-être comprendra-t-il que le sens de ces expressions gagnerait à la suppression du mot État.

ftl^FLËXlCNâ d'un simple CITOYEN

Mais si je ne dis plus Élals que dîrai-je? Je dirai : la nation. Voici un mot qui signitie pour moi quelque chose de précis et de grand,

La nation, c'est la forme pratique de la société des hommes ; c'est la manifestation de Tinstinct sociaL Cet instinct se révolte contre les théories qui opposent la société à Tindividu* Le contrat social qui inspira la Révolution n est plus considéré aujourd'hui que comme une vaine littérature» Mais les successeurs de Jean -Jacques, en un style lié las diirerent du sien, consacrent des volumes à l 'hypothèse de monstres, dont les hommes ne seraient que les cellules vivantes et qui poursuivraient leurs destinées mystérieuses en dehors et au-dessus de nous. La nation serait un (Hre distinct composé d'hommes, comme Thomme est un composé de cellules. Ce sont là des nWeries dans les nuages. Pas n'est hesoin d'y recourir ou de les comprendre pour s'expliquer à soi-même les condi* tions de la vie sociale.

Cliacun de nous sait fort bien qu'il ne peut vivre qu'en société. L'être humain a cessé d'ctre une Ijétc pour devenir un homme le jour on il s'es^t associé h d'autres humains, attendant de leur aide moins de souffrance et plus de bonheur* Ce sentiment du besoin que nous avons les uns des autres est absolu et universel- L'homme qui croit s'en affranchir se raie de rhumanité intelligente : ainsi que le disait à peu prt^s Mirabeau, il cesse d'ùtre un homme pour redevenir une brte. Nous ne devons donc pas op* poser la société à Tindividu ou l'individu à la société^ car la société n'est qu'une réunion d^individus qui obéisseut aux forces inéluctables de la nature en

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mettant en commun des craintes et des désirs pour satisfaire les uns et chasser les autres. La société est l'instrument nécessaire de la vie individuelle. Elle n'a pas pour objet de châtrer les forts mais de viriliser les faibles.

Depuis des temps immémoriaux cette solidarité des hommes se manifeste pratiquement par leur réunion en nations. Grandes ou petites suivant les circonstances historiques qui ont présidé à leur formation, les nations sont l'association d'un certain nombre d'hommes pour poursuivre les fins de l'humanité, c'est-à-dire le bonheur, sous une même raison sociale et par les moyens qu'ils jugent préférables.

L'attachement commun et profond aux traditions, à l'esprit, au pays dans lequel les ancêtres ont vécu et cherché le bonheur, c'est le sentiment de la patrie, c'est la traduction saisissante et frémissante de l'instinct social de Thomme et si nous sommes, confusément parfois, mais si violemment attachés à notre patrie, c'est que nous sentons bien qu'elle est la condition même de notre vie individuelle. Il en est de plus grandes les unes que les autres ; il en est de si glorieuses et de si belles que leur nom seul fait couler les larmes ; toutes sont chères à l'homme; sans elles, il ne vivrait pas. Imbécile qui les nie; gredin qui les renie.

L'homme exalte donc justement le sentiment de la patrie parce que la patrie est pour lui la condition de tout progrès matériel ou intellectuel, l'instrument nécessaire de la vie. Elle le demeurera pendant une période incalculable. Le demeurera-t-elle

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toujours? Le sentiment de la patrie subsistera-t-il indéfiniment dans la forme ou nous réprouvons actuellement? Déjà les nations se pénètrent plus aisément et la notion d'humanité élargit celle de la patrie. Dans le lointain des âges d'autres groupements succéderont-ils aux nations, d'autres sentiments à celui de la patrie? C'est possible. Mais à quoi bon s'attarder àdiscuter ces hypothèses si vaines pour nous. Nul de nous n'a reçu la mission de vaticiner pour la consommation des siècles. Plaignons les prophètes et ne les imitons pas; leur rôle demeure bien ingrat et ce n'est pas toujours sans raison qu'ils sont lapidés.

La nation; l'homme : la nation instrument de l'homme, voici comment à nous autres, si«îples gens, les choses apparais.sent avec netteté. De grands théoriciens d'ailleurs n'ont pas eu d'autres visions : « Le but de la nation, a dit magnifiquement Lassalle, c'est de réaliser la destinée humaine ».

Qu'attendons-nous de notre nation ? La vie. Ici, je vois sursauter le lecteur : Non, dit-il, je n'attends pas la vie de ma nation, j'attends d'elle seulement qu'elle emptiche les autres de gôner ma vie.

lecteur, ce fier accès d'individualisme résiste-t-il au moindre examen de conscience? Nous attendons tous les uns des autres une aide constante. A tout instant nous avons besoin de quelqu'un. Chacun à la place ou 3a volonté et le hasard l'ont mis travaille pour tous et tous travaillent pour chacun. La façon dont chacun remplit son rôle est non seulement une condition du bonheur individuel, mais une fraction du bonheur d 'autrui, car la nature a fait les hommes

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solidaires les uns des autres. Le sentiment de cette solidarité est la religion de Thumanité. Ainsi s'explique la déchéance des vies inutiles. L'oisif le plus déterminé ne peut traverser le labeur des autres sans éprouver une sorte de honte, avertissement significatif des conditions normales de la vie. Qu'il le veuille ou non, tout homme est Tagent, le fonctionnaire des autres hommes.

Dans l'état social actuel, la plupart des services que les hommes se rendent ainsi sont obtenus par des transactions individuelles ; l'initiative de chacun en poursuit librement la réalisation. Mais il est certains services dont la nature^ Timportance, la généralité, les difficultés d'organisation sont telles que cette organisation nous paraît devoir être faite, une fois pour toutes, au nom de la nation toute entière pour l'utilité de chacun de ceux qui la composent. Chacun de nous considère instinctivement que ces services lui sont dus par la nation toutes les fois qu'il en aura besoin, dans des conditions uniformes et déterminées à l'avance.

La nécessité, la généralité de ces services sont exprimés dans notre langue par les mots : les services publics, vague expression que n'éclaire pas beaucoup le rapprochement des éléments qui la composent. Pouvons-nous du moins en donner un commentaire précis, et limiter le domaine des services publics? Nous ne le pouvons pas; cette limite varie avec les nations et leur degré de civilisation.

Le domaine des services publics s'étend indéfiniment; ses limites pour chaque âge d'une nation se trouvent dans les possibilités d'organisation pratique et dans l'évolution sociale de cette nation. Nous considérons aujourd'hui que distribuer de l'eau, du gaz, de l'électricité aux habitants d'une ville est service

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public, mais que leur assurer au meilleur march*^^ possible du pain fabriqué propremeiil avec de bou blé est pure affaire d'initiative privée. M nous est impossible de nous donner à nous-mêmes une raison satisfaisante de cette distinction ; demain, si len difficultés pratiques qui s'opposent et s'opposeront longtemps encore à Torganisation nationale de la boulangerie disparaissaient, nous soutiendrions avec beaucoup de raison que la distribution du pain est comme celle de Teau un service public et nous nous étonnerions d'avoir cru si longtemps le contraire.

Mais où s'arrtHera-t-on dans cette voie demandent, avec terreur, les chevaliers des tables rondes de l'Economie Politique! Nulle part ctjamais. Iju nation doitelle donc absorber toutes les énergies individuelles? Non, elle les multipliera. Le constant développement de ses attributions sociales ne doit tendre qu'à J'exal* talion de Tindividu par la puissance pins grande de l'association dont il fait partie. La société est un instrument iniléfiniment perfectible de perfectionnement individuel- La coopération des individus à un même but, la suppression des intermédiaires, l'accroissement des associations, Textension de leurs cercles concentriques jusqu'à la nation et plus tard an delà même de ses frontières est une loi inéluctable comme la substitution de la mécanique moderne à Tancienne. S'épouvanter de ce mouvement serait puéril et rappellerait l'état d'àme de Veuillot qui, par des vers d'ailleurs médiocres, pensa vers le milieu du siècle fleruier arrêter la fabrication des machines agricoles. Par des liypotbèaes arbitraires, n*opposons donc pas le dogme de Tinitlative privée au développement des services rendus parla nation; ce serait opposer le bras a la machine et le procédé des constructeurs des Pyramides k ceux de nos ingénieurs. Reconnais

avec moi, ô lecteur, que ces jeux falots de l'esprit peuvent amuser ou importuner ; ils n'arrêtent pas la vie.

Serions-nous donc tous deux des socialistes ? Je n'aime pas ce mot. Nul ne Ta défini avec précision et je connais pour ma part vingt hommes de l'esprit le plus divers et des tendances les plus opposées qui s'en aflFublent également. S'il faut appeler socialistes tous ceux qui ont été convaincus par l'évidence du développement de la solidarité et de l'utilisation de la société pour le bonheur individuel, oui, nous sommes des socialistes. Avec le congrès d'Eisenach, nous voulons faire participer à tous les biens élevés de la civilisation une fraction de plus en plus nombreuse du peuple. Mais, à ce compte, est-on bien assuré que Napoléon l^^ et Louis XIV lui même n'étaient pas des socialistes? « Chaque profession... a ses fonctions dont les autres sans doute auraient bien de la peine à se passer; c'est pourquoi nous devons prendre soin de les porter toutes, s'il se peut, à la perfection qui leur convient », a écrit Louis XIV.

Nous voulons cette amélioration du sort des hommes alors même qu'elle devrait nous imposer à nous personnellement quelque sacrifice. Le sacrifice peut-il être un jour, comme le prétendent certains de ceux qui se disent socialistes, le sacrifice définitif de la propriété individuelle ? Nous le ferions comme les autres et d'un cœur léger s'il devait contribuer à l'améUoration de l'humanité. Mais il est matériellement impossible ; nous voudrions le faire qu'il demeurerait vain. On peut supprimer tous les propriétaires ; d'autres propriétaires leur succéderont. Un tremblement de terre peut détruire la ville ; des gredins ou des fous peuvent y mettre le feu. Mais si les habitants survivent, ils la reconstrui-

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ront : ses rues seront peut-être plus larges et plus droites, elle aura perdu les trésors du passé qui faisaient son charme et sa grandeur; elle sera toujours la ville habitée par des hommes.

On ne peut pas [dus détruire Tinslinct de la propriclé individuelle qu'on ne peut détruire Tinstinct ^social ; ils sont les conditions mômes de la vie humaine.

Depuis quatre mille ans tout Teffort humain tend à la libération de Tindividu. Penseurs, philosophes, poMes, civilisateurs, conquérants des mondes nouveaux^ tous ont aux lèvres le mot de liberté ; c'est le premier mot qu a crié la plus grande révolution des temps modernes. Or, quelle est la manifestation delalil>erté à UKpjelle l'humanité est le plus attachée, qui depuis les temps les plus reculés et sur toute la surface de la terre a toujours été considérée comme le signe le plus certain, le support nécessaire de Taffranchissement humain ? l'appropriation individuelle et la liberté d'employer à sa guise les fruits de son travaîL Le plus désespéré des prolétaires ne désire ramélioration de son sort que pour pouvoir posséder et jouir h son tour. Vraiment c'est une gageure de soutenir que Thumanité tout entière s'est trompée et qu'il convient de refaire l'homme sur de nouveaux plans. Ceux qui soutiennent sérieusement cette gageure tiendraient dans une petite maison et peu à peu, les uns après les autres, tantôt inoflensifs et tantôt malfaisants, vont rejoindre au musée des curiosités phrénologiques, les Babœuf, les Fourier, les Saint-Simon et les Enfantin.

Certes bien des choses nous choquent violemment dans la propriété individuelle : la façon injuste dont elle est souvent acquise, les droits absolus encore reconnus au propriétaire. Nous n'admettons plus

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aussi facilement que jadis qu'il soit libre de déshonorer par des constructions saugrenues la splendeur d'un site ou la beauté d'une ville. Mais que dirionsnous de celui qui se coupe les deux jambes parce qu'elles ne l'ont pas toujours mené dans le chemin de la vertu et de l'honneur !

Des biens, encore soumis à l'appropriation individuelle, y seront soustraits. Nous apercevons bien qu'il peut en être ainsi assez prochainement des richesses minières; que le domaine des exploitations gérées par la nation dans l'intérêt de tous s'étendra fatalement ; qu'il absorbera peu à peu de grandes industries aujourd'hui laissées entièrement à l'initiative privée ; que sans expropriation violente, par la croissance et l'extension des sociétés coopératives, une partie de la terre elle-même sera, effectivement, conformément aux anciennes théories royales, à la nation. Aucune de ces éventualités, dont la plupart d'ailleurs sont si lointaines qu'elles ne peuvent nous intéresser plus qu'une revue de Paris en Tan 2000, n'est en contradiction avec ce que nous savons.

L'objet et les conditions de la propriété se transformeront sans aucun doute. Le principe même de la propriété subsistera. Un infranchissable abîme séparera toujours ceux qui veulent développer la notion des services publics et régulariser l'exercice du droit de propriété de ceux qui prétendent détruire dans le cerveau des hommes la libre essentielle de l'activité humaine.

Le programme des premiers n'est pas une utopie mais il est immense. La réalisation de ce programme ne peut être l'œuvre d'une génération et les étapes demeurent inconnues. Ne cherchons donc pas à décrire ces étapes. Résolus à être de notre temps, à ne pas bouder à l'étape si la marche s'accélère, tenons-

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nous en pour l'instant à ce que nous voyons non pas ■d notre horizon, qui est hélas la colline la plus prorliaine, mais à Thorizon de la génération qui iiaîl. 4j est vraiment assez de travailler pour un sii^cle et nous pouvons bien laisser à nos petits-fils le soin (ie construire pour Tan deux mille. Je sais bien qu'il y a la postérité. Comme le dit Benjamin Constant dans ses lettres : « Ces appels à la postérité ont éiù inventés pour consoler les hommes de rindiBférenre du temps dans lequel ils vivent, et lors même qu'on n'y croit pas l'idée en fait toujours un certain plaisir. » Mais la postérité aura-t-elle le loisir et le désir de s'occuper de nos idées ? Le plus sage est encore de penser uniquement à son temps. Essayons donc, sans faire des prophéties, de déterminer tout simplement les services publics que nous attendons actuellement de notre nation.

Sur ce cher et plaisant pays de France, sur ce pentagone fortuné de 536.464 kilomètres carrés vivent, d'après les derniers recensements, 18.916.889 hommes et 19.533.899 femmes. Us sont parmi les plus heureux de l'espèce humaine. Pour eux la terre est plus fertile, l'air plus salubre et le ciel plus clément. L'incessant mélange des races supérieures affina leur nature. Un passé glorieux élargit leur esprit. Depuis dix siècles leurs ancêtres ont joué les premiers rôles dans la civilisation de la terre et le progrès de l'humanité. C'est encore chez eux que le sentiment de la solidarité humaine reste le plus vif et qu'on discute avec le plus de passion l'avenir de l'humanité. Leur pays béni tour à tour et célébré par tous les peuples, reste, en même temps que le

jardin du monde, le champ le plus généreux des expériences sociales. Es redoutent même parfois qu'en le retournant indéfiniment avec trop d'ardeur, la charrue des réformateurs ne mette à nu les racines de Tavenir.

Or, cherchons ce qu'un Français considère instinctivement comme une conséquence naturelle de la vie en société et ce qu'il attend de sa nation.

Si parTartifice de Descartes, nous faisions soudain table rase de toute notre organisation sociale, comment ce Français, ainsi privé soudain de toute la force sociale par laquelle il vit, comprendrait-il la reconstitution de la nation ?

Qu'exigerait-il d'abord ? Incontestablement les moyens matériels de communiquer avec les autres hommes, des routes, des chemins de fer, des lignes télégraphiques, des services de navigation.

Consultez les citoyens de toutes les classes. S'ils dégagent leur esprit de la gangue des préjugés ou de la scolastique, ces services seront ceux qu'ils demanderont avant tous autres et ils auront raison, car l'organisation des moyens de communication est la condition nécessaire de toute vie intellectuelle ou matérielle. Sa disparition entraîne l'efiondrement de tous les autres services et l'existence même de la nation est atteinte. Nous en avons eu récemment un saisissant exemple : une guerre redoutable, des troubles, des massacres, des pillages, un désordre administratif sans précédent et n'échappant au ridicule que par le tragique, cent mille hommes sacrifiés dans les plaines de la Mandchourie, un monde en travail d'enfantement, les plus cruelles souffrances, les abus les plus sinistres n'arrivaient pas à nous émouvoir profondé-

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