VI PREFACE
OÙ tant de gens s'occupent à recueillir des notes sur la vie de n'importe qui : la vie journalière d'une grande nation, de la nôtre, vaut bien celle d'un individu. Chacun, a dit un littérateur, porte en lui son livre. Parvenu à Tâge oîi se mesure une vie, il peut, en écrivant ce qu'il a appris, fournir un alinéa à la chronique de son temps. Que ce travail soit ma contribution à l'étude d'un moment de l'administration française.
Peut-être n'étais-je pas né pour être fonctionnaire : un personnage que je vénère m'a parfois reproché de n'être pas suffisamment administratif. Cependant j'aime mon métier, je crois volontiers qu'il est l'un des plus enviables de France ; je ne suis donc ni mécontent, ni désabusé : mais je n'admire paa tout sans réserve. A peine avais-je commencé à travailler sous les ordres et dans le voisinage de tant d'hommes éminents, que je fus frappé de la disproportion entre leur admirable préparation, leur valeur, leur passion du bien public et les effets de leur labeur. Les circonstances me permettaient d'observer beaucoup de fonctionnaires. Il me sembla que leurs droits et leurs devoirs étaient également méconnus ou inconnus. Pas de théorie sur ces droits et ces devoirs, pas de notions précises sur le rôle des divers agents de la nation dans une démocratie comme la nôtre, et je pensais souvent que cela pouvait être le sujet d'une étude intéressante.
Vers 1900, M. Waldeck-Rousseau, dans un de ses discours, affirma qu'il avait le devoir de se préoccuper de l'opinion de tousles fonctionnaires et même de l'opinion de leurs femmes! De l'opinion de leurs femmes!