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La force du préfet, au point de vue politique •aussi bien qu'administratif, réside dans la manière dont il comprend et traite les affaires qui lui sont soumises, des rapports qu'il entretient avec la population, mais beaucoup aussi du personnel placé sous ses ordres. Par force du Préfet, nous n'entendons pas l'adresse plus ou moins grande ou peut-être l'inertie et l'astuce qu'il déploie pour se maintenir dans sa place ; qu^un Préfet demeure longtemps en fonctions, ce n'est, par le temps qui court, aucunement la preuve de sa puissance administrative, mais simplement la marque de Tentr^ent qu'il développe et
de la complaisance qu'il apporte à favoriser ou cacher certaines affaires qui n'ont rien à voir avec la bonne gestion des biens des contribuables. Ce n'est pas notre objet, dans ces pages, de dévoiler les moyens de dépravation des mœurs et des caractères qu'un Préfet comme im ministre peut employer et nous nous plaçons au point de vue des services qu'avec droiture et honnêteté un Préfet est en situation de rendre à la République. Or, et avant tout, s'il veut rendre des services à la République, il faut qu'il travaille avec des républicains, avec un personnel dans lequel sa confiance soit absolue, et pour le bien connaître et pour le mieux guider, il doit le souder à lui autant qu'il lui est possible. Lors donc qu'un Préfet rattache le personnel à son cabinet (et même si le projet dé réorganisation du personnel dont nous avons parlé plus haut s'effectuait et instituait un comité du personnel),' iliait acte de bon administrateur. Ce rattachement a été souvent effectué, mais jamais de manière ï
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comprendre le personnel entier de la préfecture et le Préfet n'a étendu son autorité directe que sur le personnel de l'administration centrale.
Sans doute, le personnel central a une responsabilité politique capitale, que ce soit à THôtel de Ville ou que ce soit dans les mairies, tout ce monde administratif , par le langage qu'il tient, par la façon dont il traite le public, par ses relations dans la vie civile, n'est et ne peut être sans action sur l'ensemble de la population, et c'est une action qui tire son importance de la situation que ces employés occupent. L'ascendant du Préfet sur ce personnel doit se faire sentir d'autant plus que c'est le meilleur moyen d'assurer le bon fonctionnement des services et la prompte expédition des affaires ; il lui appartient de prendre cet ascendant en dirigeant sa préfecture et en ne se montrant ni hautain, ni difficilement abordable, ni, surtout, in- • juste pour le petit personnel, et pour acquérir cette qualité, il faut quHl ait tout le personnel
dans sa main, c'est-à-dire qu'il ne rattache pas seulement à son cabinet le service central du personnel, mais qu'il rassemble tout le personnel : le personnel intérieur, l'extérieur, les mairies, le personnel actif, celui de l'Octroi, de l'Enseignement, de P Assis tance publique et du Mont-de-Piété.
Le Préfet a déjà la main sur le personnel ex^ térieur des affaires municipales et des affaires départementales ; le premier comprend 900 agents ; le second 72 agents. Il ne doit rencontrer aucune difficulté pour le personnel extérieur le plus important de la préfecture, celui de la direction des travaux, depuis qud la personnalité la plus importante de cette direction a dis-r paru, il peut placer ce personnel sous sa main» il ne s'agit que d'avoir la main assez forte. C'était une chose assez peu compréhensible, au point de vue administratif, car il n'y avait pas à ignorer que les bonapartistes voulaient accaparer les services des travaux, en faisaient V&ap
patrimoine et le tiennent encore, c'était, disonsnous, une chose assez peu compréhensible au jpoint de vue administratif et politique de voir le personnel le plus important de la préfecture échapper en réalité au Préfet. Le Préfet-maire est cependant le maître absolu de ce personnel ; rien qui l'oblige à avoir un directeur des travaux, rien qui l'oblige à jprendre des ingénieurs des ponts et chaussées pour le service de la Ville.
Le déqret du 13 octobre 1851, qui a réorganisé le corps des ponts et chaussées, dispose, en son article 4 : « que les services détachés comprennent tous les services qui, n'étant pas rétribues par le budget -des Travaux publics, sont néanmoins obligatoires pour le corps des ponts et chaussées, tels que... le "service des eaux et du pavé de la Ville de Paris », c'est-à-dire que ce décret crée l'obligation pour les ingénieurs des ponts et chaussées de ne point refuser leur service si celui-ci est requis par la Ville de
Paris, et cela seulement pour les eaux et le pavé, mais il ne crée pas pour la Ville de Paris Tobligation de confier, ses eaui: et son pavé à des ingénieurs de TÉtat, elle est parfaitement libre de faire appel au concours d'autres ingénieurs . sortis d'écoles moins militaires que TÉcole. polytechnique, ou à des serviteurs qui ont conquis leurs grades dans ses propres services. Le Conseil municipal peut dicter ses volontés et le Préfet les exécuter quand il s'agit du service de la direction des travaux aussi bien que des autres services. La liberté de l'administration est entière, et si sa liberté est entière, elle peut réaliser de notables économies dans ce service qui a été longtemps un véritable gouffre, où les virements étaient communs et où l'entretien a payé bien des dépenses ignorées du Conseil municipal ; et pour faire des économies il faut commencer par le . personnel, et dans le personnel commencer par enlever des ingénieur? en partie inutiles. Le personnel de la direction des travaux a été
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augmenté sans aucun souci des deniers publics, les bonapartistes y ont continué TEmpire en exploitant largement ce qu'ils tenaient pour leur fief; les travaux présentent la principale ei la plus grosse des réformes administratives à opérer à Paris (1).
Les services actifs des travaux (service technique de direction, voie publique et promenades, eaux et assainissement, architecture, inspection générale des carrières, service des ponts et chaussées du département, navigation, chemins de fer, service des Beaux Arts et des travaux, historiques, observatoire de Montsouris, établissement de pisciculture) englobent 5 337 fonctionnaires ou agents.
Ces 5 337 fonctionnaires ou agents entraînent une dépense de 9 008 860 francs sur le budget
(4) Il y a beaucoup à dire sur la question des travaux de Paris; c'est une direction dont le Conseil municipal a oublié de faire la liquidation à la mort d'Alphand. Nous nous réservons de traiter à fond cette question dans le livre que nous préparons : Les finances de Paris^
de la Ville et de 644 390 francs sur le budget du Département (222 fonctionnaires et agents sont payés sur le budget de l'État).
Or, si on se dit que tous ces agents sont, presque sans exception, en contact avec le public, on conviendra qu'il y a pour le chef suprême de l'administration un intérêt politique énorme à briser l'indépendance de ce personnel et à en faire un personnel soumis et républicain. La première mesure h prendre relativement à la direction des travaux est donc de centraliser au cabinet, dans le. même bureau du personnel que le service intérieur, tout le service actif des travaux de Paris.
Pour les autres branches de l'administration préfectorale, il y a lieu d'avoir un état du personnel ténu, pour ainsi dire, en partie double. Le cabinet du Préfet doit posséder les notes et les fiches qu'ont les directeurs ; le dossier de ohaque agent doit être au cabinet du préfet, les renseignements doivent s'y concentrer. En ce qui
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coiieemé le personnel enseignant, on sait que le
directeur de l'enseignehient est inspecteur d'Académie, mais, à Paris, rautorîté du Préfet sur le corps enseignant est complète, et il en est beaucoup plus maître qu'un préfet en province. La loi du 30 octobre 1886 (art. 27 et suivants) a Jaissé la nomination des instituteurs titulaires au préfet ainsi que leur changement de résidence, mais illui faut s'entendre avec l'inspecteur d'Académie qui lui soumet ses . propositions. Ce sont là des dispositions qui ne gênent pas à Paris où la situation de l'enseignement est exceptionnelle, où le Conseil municipal a fait des situations excellentes au corps enseignant, et où l'inspecteur d'Académie est directeur de l'enseignement au même titre que tous les autres directeurs de services, c'est-à-dire aux ordres du -Préfet. Le cabinet du Préfet n'a donc qu'à centraliser, le personnel enseignant. Ce que nous disons de la direction de l'enseignement, il faut l'entendre de l'Assistance publique (règlement d'adminislra-
tion du 24 avril 1849, art. 6), et du Mont-de- Piété (décret du 24 mars 1852, art. 2 et 11), parce que, si le Préfet a la nomination des employés de ces deux administrations sur une liste de trois candidats présentés par leurs directeurs respectifs, le Préfet est libre de rejeter les trois candidats qui lui sont proposés et qu'aucun des directeurs ne s'avisera de ne pas présenter le candidat que le Préfet désire faire passer. En ce qui concerne l'Octroi, le Préfet a la haute main sur le conseil d'administration composé du directeur et des trois régisseurs ; l'ordonnance d« 1832 (art. 2) lui donne un droit denor minatiôn en dehors des présentations faites par le conseil d'administration, et comme le personnel de l'Octroi est, à de rares exceptions près, le plus républicain de toute la préfecture, son autorité est facile à exercer. La centralisation du personnel dans les mains du Préfet-maire est donc assez facile et toutes les faisons que Ton invoque démontrent l'importance dé cette çon-
centration. En plus d^s raisons que nous avons données, il y en a une autre qui n'est pas la moins importante, c'est que, en vue de la diminution du personnel et pour arriver, sans faire tort aux personnes^ à réduire le nombre des employés, il faut, avant d'en recevoir pour les spécialiser et avant de les cantonner dans des services désignés, pouvoir les répartir entre une direction et une autre, mouvements qui ne peuvent s'eflFectuer qu'au cabinet dû Préfet, là où se trouve le nœud qui retient le faisceau des services et où l'autorité préfectorale s'affirme et décide souverainement.
(2IAPITRE IV
Le Conseil municipal de Paris est, de tous les corps élus, le plus dévoué aux intérêts qu'il est chargé de défendre. C'est une grande assemblée qui règle un budget beaucoup plus important que celui de certains Etats souverains et qui pourvoit aux besoins d'une des plus immenses agglomérations d'hommes. Il jouit d'une indé- . pendance dont il est très fier, mais dont il n'abuse pas. Ayant fort peu, malgré les textes, de lois qui lui soient applicables, vivant dans un modus vivendi établi par l'usage, il a constamment su ne pas dévier do sa ligne et il s'est toujours montré plein de bienveillance pour l'administra-
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tion, malgré l'apparence que donne quelquefois des incidents de tribune, sauf quand cette administration est devenue par trop cassante vis-àvis de lui. Le Conseil va jusqu'à accepter qu'on le dédaigne légèrement et qu'on le joue, mais il ne va pas jusqu'à accepter qu'on l'injurie, et ce n'est pas se faire bien ingouvernable vraiment. Aussi ne comprend-on pas qu'une presse malintentionnée par tempérament aille jusqu'à poser cette question : un préfet peut-il avoir une influence sur le Conseil, peut-il exercer une autorité sur Paris? et la résoudre constamment par la négative. Assurément, devant une assemblée parisienne composée d'hommes intelligents et pour la majorité d'esprits avances, le Préfet ne doit pas espérer rencontrer de respect hiérarchique ou quelque condescendance provenant de son titre, mais le Préfet qui sait se faire estimer par son travail et ses convictions, ne sûtil pas se faire aimer, est sûr d'exercer une large autorité sur les travaux des élus de la capitale.
Le Conseil municipal de Paris est fort souvent calomnié et ce lui est un honneur dé l'être. Il existe une faction réactionnaire contre tous les gouvernements, et la République qui pourrait n'en être exempte qu'en en finissant avec les anciens partis et en empêchant la dualité libérale et catholique n'en est point à l'abri ; cette faction qui ne dépouille pas son éducation jésuitique a besoin d'agiter continuellement un spectre terrifiant devant les yeux des timorés et des faiseurs d'affaires, et comme il est difficile dans
un gouvernement qui passe pour parlementaire de faire servir le Parlement à cette triste besogne de spectre, elle se sert du Conseil municipal et l'agite avec cette tranquillité que donne la mauvaise foi la plus parfaite. A en croire tous ces gens âpres à la curée qui sont la vraie réaction, le Conseil municipal ne s'occupe que de politi-* que, ce qui leur paraît criminel au plus haut chef. Or, ces critiques passionnées sont si loin de la vérité, que si nous relevons les discussions polir:
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