‹ L'administration des intendantsChapitre 3 sur 60 · INTRODUCTION VII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION VII

prince aggrava les privilèges nobiliaires à la destruction desquels la tradition capétienne et le bon sens lui prescrivaient si impérieusement de travailler. L'une de ces mesures est le règlement du 22 mai 1781 qui décide que nul ne sera appelé au grade de sous-lieutenant s'il n'a fait preuve de quatre générations de noblesse ; une seule exception est admise, elle est en faveur des fils des chevaliers de Saint-Louis, c'est encore un privilège (1).

Ainsi Louis XVI fermait la carrière militaire aux familles de bourgeoisie si nombreuses qui, s' étant élevées par le travail à la tête du Tiers-Etat, considéraient les grades de l'armée comme un des genres d'établissement offert a leurs enfants par la constitution traditionnelle de la France.

(( Il fallait }) dit Madame Gampan, a appartenir â » cette classe honorable du Tiers-Etat pour connaître » le désespoir ou plutôt le courroux qu'y porta cette » loi (2). Elle dit « le courroux » car le motif était blessant, et les plaies de l'amour-propre sont plus sen-

sibles que celles de la fortune : ce sont elles surtout qui inspirent le désir de la vengeance.

Mais ce n'était pas assez d'une faute aussi grave, a Une autre décision de la cour qui ne pouvait être D annoncée par un édit, » continue Madame Gampan,

(4) Isambert, Anciennes lois françaises, t. XXVII, p. 89. (8) Mémoires de Madame Campan, 3' édition, 1. 1, p. S37.

VÏII INTRODUCTION

« fut qu'à Favenir tous les biens ecclésiastiques » depuis le plus modeste prieure jusqu'aux plus riches » abbayes seraient Tapanage de la noblesse. » Un des défenseurs de ce système nouveau, Tabbé de Vermond, lecteur de la reine, disait que (c les biens de » réglise devaient A Tavenir être uniquement destinés )) à soutenir la noblesse pauvre, que c'était l'intérêt » de l'Etat, et qu'un prêtre roturier, heureux d'avoir )) une bonne cure, n'avait qu'à rester curé (1) ». La réponse à ces doctrines ne se fit pas attendre, et les curés députés aux Etats-généraux se réunirent au Tiers-Etat, contre la cour et contre la noblesse, pour soutenir la cause de la Révohition.

Les agissements du gouvernement de Louis XVI en matière d'impôts directs ne furent pas moins maladroits.

Là aussi le privilège régnait dans le mode d'assiette de la taille, dont les nobles étaient exempts.

Cette exemption compensait jadis l'obligation personnelle du service militaire, dit ban et arrière-ban, que la noblesse devait à ses frais, à peine de payer des taxes spéciales en argent. Le plus récent exemple de levée du ban et arrière-ban que j'aie rencontré aux Archives de l'Aube date de 1697 (2). Passé l'année i 698 je n'y ai pas trouvé trace de poursuites pour

(1) Mémoires de Madame Campan, 1. 1, p. 237-238.

(2) Archives de TAube, B. 4 .

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