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CORPORATIONS

La première manufacture de bas au métier qui ait été établie en France fut fondée au château de Madrid, dans le bois de Boulogne, en 1656 (1). Cette manufacture donna naissance à une communauté de maîtres- ouvriers en bas au métier, dont les premiers statuts datent de 1672 (2). Avant 1684, ces ouvriers ne pouvaient travailler qu'en soie ; un arrêt du Conseil de cette année leur permit d'employer la laine, le fil, le poil et le coton. Le 30 mars 1700, il paTut un nouvel arrêt du Conseil qui imposa à cette industrie un règlement en trente-quatre articles, et en prohiba l'exercice dans toute autre localité que les villes dont les noms suivent : Paris, Dourdan, Rouen, Caen, Nantes, Oléron, Aix, Toulouse, Nimes, Uzez, Romans, Lyon, Metz, Bourges, Poitiers, Orléans et Reims (3). On remarquera que sur ces dix-sept noms aucun n'appartient au département de l'Aube, et les quelques métiers à bras qui s'étaient établis à Troyes (4) durent cesser de fonctionner. L'arrêt du Conseil du 30 mars 1700 resta en vigueur pendant un demi-siècle. Mais il se produisit bientôt quelques dérogations à ses prescriptions.

Un arrêt du Conseil d'Etat, en 'date du 13 avril 1630, prescrivant la réunion et la réorganisation des hôpitaux de Troyes (5), donnait aux administrateurs Tordre de faire établir dans ces hôpitaux « les manufactures

Paris, en date da 16 août 1327, sonC cités par Savary, Dictionnaire du comm^rre, Amsterdam, 1726. in-i», 1. 1•^ p. 274.

(1) Savary, Dictionnaire du commerce^ I, 274.

(2) Savary, Dictionnaire du commerce, I, 27^5.

(3) Savary, Dictionnaire du commerce, I, 273-276.

(41 M y esl fait allusion dans un des cinq nouveaux articles des statuts homologués, en 1698, et dont il est question plus haut.

(S) Grosley, Mémoires historiques et critiques pour l'histoire de Troyes, H, 221-231. — Archives de TAube. G. 942, 1297, 3399.

nécessaires pour l'emploi des pauvres valides. » Les administrateurs prirent prétexte de cette injonction pour fonder dans un de leurs hôpitaux une fabrique de bas au métier dont l'existence, justifiée par le caractère d'œuvre de charité, n'était pas suivant eux une infraction à l*arrêt du 30 mars 1700 (1). L'autorité ferma les yeux,

Kn môme temps, des lettres-patentes du 29 décembre 1733 (2) obtenues par l'influence de M. Gressin, seigneur d'Arcis, autorisaient l'établissement d'une manufacture de bas au métier dans cette petite ville (4), qui, ruinée par un incendie (3), vit cependant, grâce à la prospérité de son industrie, sa population tripler en cinquante ans.

Enfm l'arrêt du Conseil du 25 mars 1754 permit la libre fabrication de la bonneterie dans tout le royaume.

La manufacture fondée par les administrateurs des hôpitaux de Troycs paraît avoir été l'école où se formèrent les premiers maîtres bonnetiers de la ville qui travaillèrent au métier. Le nombre des métiers de cette manufacture s'éleva rapidement de sept, chiffre de l'année 1754, à soixante-six, chiffre de l'année 1771 (5) ; les administrateurs employaient, outre les pauvres logés par eux, un certain nombre d'ouvricf^ libres habitant hors des hô[)itaux. Bientôt plusieurs de ces

(1) Mémoire manuscrit adressé h Pintendant par les maîtres bonnetiers de la ville de Troyes. — Archives de TAube, G. 1893,

(2) Ces lettres-patentes ont été publiées d'après les archives du château dWrcis dans Wircisicn de 1861, p. i10-iH.

(3) Archives dePAube, C. Ii9i.

(i) Archives de l'Aube, G. 120.1

(o) Rapport du subdélégué de Troyes à l'intendant, sur une contestation entre les administrateurs des hôpitaux et la communauté des bonnetiers.

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