‹ L'administration financière du sanctuaire pythique au IVe siècle avant J.-CChapitre 10 sur 138 · CARACTÈRE PARTICULIER DE CETTE ÉTUDE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE PARTICULIER DE CETTE ÉTUDE

un tremblement de terre ou un incendie qu'il a fallu le reconstruire : à cette dépense extraordinaire on a dû faire face au moyen de ressources extraordinaires. D'autre part, les Phocidiens ont dilapidé les richesses du Dieu et ils ont empêché pendant quelques années que l'on continuât à rebâtir son temple ; mais l'amende à laquelle ils furent condamnés a beaucoup aidé à lachever, c'est là encore une recette imprévue.

A ce moment de bouleversement matériel et de trouble, il a fallu organiser une administration financière pour faire rentrer les recettes anormales et régler les dépenses extraordinaires. Les rouages qui suffisaient dans des temps antérieurs ont naturellement subsisté, le conseil de Delphes et l'assemblée fédérale des amphictyons ; mais on dut en créer de nouveaux. Quatre ans après la ruine du temple, le collège international des naopes était institué. Quatre ans après que les Phocidiens eurent versé pour la première fois un acompte sur leur amende, un autre collège international, celui des trésoriers, entrait en fonctions. Et il semble bien que l'un d'eux disparaisse assez vite, tandis que l'autre existe encore dans la seconde moitié du m® siècle ; mais, même dans le cas où le terme réel n'échappe pas à nos prises, c'est le point de départ qui sera plutôt l'objet de notre étude. En 369 comme en 339, les rouages que l'on ajouta à l'administration des finances sacrées avaient un caractère d'exception, on les créait parce que l'on en avait immédiatement besoin : les circonstances exceptionnelles imposaient une organisation extraordinaire.

Il semble donc que ce soit une histoire tout à fait spéciale et sans lien avec le reste de l'histoire grecque, même de l'histoire particulière des finances dans les Etats grecs, que nous ayons à écrire.

On ne peut en effet s'arrêter longtemps à des liens tout à fait extérieurs. Sans doute Delphes est un sanctuaire panhellénique avec lequel les Grecs, jusqu'à l'extrême est ou à l'ouest lointain, entretiennent des relations fréquentes. Les descendants de ceux qui jadis étaient partis sur l'ordre d'Apollon pythien n'ont pas oublié au iv® siècle le Dieu colonisateur et le centre du monde où il habite. Pour reconstruire dignement sa demeure, tous envoient leur offrande. Les listes qui nous ont gardé, bien incomplets, les témoignages de leur empressement, ne fournissent pas le moyen de fixer le budget des villes au

nom desquelles les souscriptions considérables ont été apportées, elles en donnent du moins une idée ; si on ne peut évaluer la richesse de Lacédémone ou de Mégare, on sait en une ou deux occasions de combien la contribution d'une ville dépasse celle de Tautre. Enfin des rapports plus étroits encore existent entre le sanctuaire et les peuples que réunit le lien fédéral : au iv*" siècle, ce n'est pas seulement lamphictyonie qui les représente à Delphes, il y a de plus les autres collèges internationaux qui donnent à cette administration financière son caractère original.

Mais, précisément parce qu'on ne retrouve pas ailleurs une organisation de cette sorte, on peut être tenté de croire que c'est un cas unique dans l'histoire financière de la Grèce. Je le crois tel en effet, aussi particulier qu'il est possible, et pourtant on ne refusera pas de voir ce qui le rattache à d'autres chapitres de cette même histoire financière.

C'est qu'il n'y a pas, surtout chez les anciens, plusieurs manières de gérer les finances, selon qu'elles ont un caractère sacré ou qu'elles appartiennent à ce que nous appellerions l'Etat laïque. Le fait seul qu'on a pu croire pendant longtemps et que de bons historiens croient encore à l'identité du trésor d'Athéna et du trésor public de l'Etat athénien prouve, mieux que tout raisonnement, à quel point les deux administrations financières se ressemblent chez les Grecs.

Donc des cités ont pu se trouver dans les mêmes circonstances de désordre et de destruction (jue le sanctuaire pythique, et parer aussi aux conséquences financières de ces ruines par un budget et des mesures d'exception. Peut-être dans la suite ces Etats ont-ils organisé leur administration financière comme on le tit k Delphes au iv® siècle, peut-être aussi agit-on à Delphes exactement comme on avait agi ailleurs déjà. 11 ne s'agit pas d'imitation : il s'agirait, si l'on pouvait y remonter, de quelques principes d'organisation qui se sont naturellement présentés à l'esprit des Grecs et grâce auxquels ils ont mis de l'ordre dans leurs finances, celles d'une petite ville ou celles du grand sanctuaire. En d'autres termes, il faudrait rechercher, de la manière la plus précise, les points de comparaison.

Je ne prétends pourtant pas aujourd'hui à jeter un coup d'œil d'ensemble sur l'histoire des finances grecques. Après avoir strictement limité le sujet, ce serait de nouveau l'étendre, et y faire rentrer tout ce que nous en avons exclu. Nous devrons

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