CHAPITRE I
1. Les monnaies : l'argent éginétique, l'argent a ttique, l'or. — 2. Les ressources ordinaires : les locations et les fermages. — 3. Les ressources extraordinaires : les souscriptions et les contributions des fidèles. — 4. Les ressources extraordinaires : les versements de l'amende des Phocidiens.
Le caractère de cette étude, qui est d'être en même temps delphique et panhellénique^ locale et internationale, est comme traduit matériellement, d'abord par la variété des monnaies de toute espèce qui ont été données, volontairement ou non, au Dieu pythien ; puis par la provenance diverse des revenus qui ont permis à l'administration sacrée de reconstruire le temple et d'entretenir les deux sanctuaires fédéraux.
Pour énumérer rapidement les monnaies qui se sont rencontrées au IV* siècle dans les caisses du Dieu, Tordre à suivre est celui qu'indiquent les textes. Listes des contributions apportées ou envoyées par les fidèles, comptes de recettes et de dépenses établissant le bilan semestriel, partout, même quand Tor est mentionné en quantités assez grandes, c'est-àdire dès les premières années du règne d'Alexandre, ce sont toujours les monnaies d'argent qui sont inscrites en premier lieu. L'argent est la vraie monnaie d'usage courant. Quand im paiement doit être fait en or ou que l'on relève dans un total d'encaisse les dariques et les philippes, la valeur des pièces d'or est immédiatement énoncée par le nombre des statères d'argent auxquels elles correspondent.
Pour la monnaie, comme pour les mesures de capacité, Delphes suivait le système éginétique. Les Apolloniates avaient offert à Apollon 3.000 médimnes pheidoniens d'orge : pour faciliter le contrôle, on fut obligé d'en évaluer la contenance en un système de mesures plus connu ; c'est ce qui a permis
18 NATLRK ET OllKilNL: DKS FONDS EMPLOYÉS
d'établir l'identité dumédimne appelé delphique et du médinme éginétique ^ C'est de même en a'-yivatcv que l'on convertit les monnaies étrangères que les souscriptions des fidèles apportaient à Delphes, en particulier la monnaie attique. Quand, dans un calcul de recettes ou de dépenses, la monnaie n'est pas spécifiée, on peut être assuré que c'est d'éginétique qu'il s'agit. Mais le plus souvent la mention a'Y'.vaisu, 5pa)rii.av aiY'.vaiàv accompagne l'énoncé des sommes inscrites.
Dans un fragment de compte qui doit être attribué au collège des trésoriers '*, stèle sur laquelle, d'après une restitution qui parait certaine, avait été fait le relevé de toutes les monnaies, après inspection de la fraope. On voudrait plus de détails, mais cette indication suffit à confirmer d'abord l'existence d'un atelier monétaire à Delphes, et surtout le redoublement d'activité qui y régna quand on eut décidé la frappe d'une monnaie nouvelle, toujours conforme à l'étalon éginétique.
En effet, cette même monnaie qui jusqu'en 339 est désignée par le nom d'aSyivaiov deviendra depuis lors Tancien numéraire, TuaXatov '^ Le statère qui porte le profil de la Demete Pylaea fut frappé à ce moment. Avec sa légende 'Ajji^txTtovwv, il est le représentant visible de la monnaie neuve, celle qui dans les comptes de 338 et de 336 est appelée xaivsv ou xa'.vbv àjjLçixTucvixov, et qui dès les années suivantes sera nommée simplement iiJL9ixTuov'xsv. Les comptes des trésoriers permettent d'apprécier en toute rigueur la plus-value de ce nouveau numéraire sur l'ancien.
La date et l'occasion de cette frappe ne nous ont pas été directement attestées. On peut pourtant les fixer avec assez d'exactitude et je crois que Ton ne se trompera guère en reconnaissant dans cette innovation l'une des premières mesures que le collège des trésoriers, fondé en 339, eut à exécuter sur Tordre de Tamphictyonie. Ce fut, comme la création des tré-