Cf. ci-dessus, p. 67, n
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amphiclyoniques. La nouveauté n'était pas là ; les séries de dépenses qu'il avait à payer, le conseil delphique les avait rédigées exactement comme le fait le nouveau collège. Ce que Ton n'avait pas encore vu dans cette administration, ce fut la caisse que les hiéromnémons créèrent en même temps que les trésoriers à qui ils la confiaient, ce premier fonds de 154 talents qui alla diminuant par les dépenses, augmentant par les recettes, et dont tous les six mois la vérification était faite devant l'amphictyonie. Les versements aux naopes et aux entrepreneurs eurent toujours lieu sur Tordre exprès du conseil souvemin ; mais en outre, grâce aux comptes rendus réguliers de Tintermédiaire, ce conseil suivait de plus près qu'avant les opérations des naopes : plus aisément aussi, puisque ces derniers ne pouvaient depuis 339 retirer de fonds à aucune autre caisse que celle des trésoriers.
C'est le moment où l'amphictyonie, avec le jeu varié des collèges, un delphien et deux internationaux, qui recevaient ses ordres et n'obéissaient qu'à son initiative, fut de la manière la plus saisissante la maîtresse omnipotente dans l'administration de la fortune sacrée. Elle frappa alors sa monnaie, elle poussa activement les travaux du temple et réalisa un plan d'ensemble pour les constructions, les réparations et l'embellissement des deux sanctuaires : ce plan a été résumé plus haut à l'occasion des trésoriers, parce qu'il fut exécuté par eux, on voit maintenant que l'assemblée fédérale l'avait conçu et que l'exécution même en fut dirigée par elle. De même pour son œuvre la plus importante^ hi reconstruction du temple : on a étudié, autant que le permettaient les textes, l'activité des naopes, mais c'est maintenant que l'on connaît la pensée qui la guida.
Il ne faudrait pourtant pas croire que cette pensée planait de haut, dans le domaine de la théorie. C'est au contraire, en gens pratiques, jusqu'au détail le plus minutieux des comptes qu'ils sont descendus, deux fois par an, à chaque session. Les pièces rédigées par les trésoriers, à travers la sèche énumération des sommes reçues et données, laissent seulement entrevoir ce que devaient être les opérations financières pendant ces quelques semaines. Lîi rentrée des divers revenus, rencaissement par les prytanes, la réception par les naopes des fournitures et des ouvrages livrés, le paiement par eux des factures présentées après vcrification des contrats, les pour-
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suites qu'ils décidaient d'engager contre les entrepreneurs infidèles ; la revision de leurs comptes par les trésoriers et, de plus, tous les autres versements que ceux-ci associés aux prytanes devaient faire à tous les entrepreneurs, employés et architectes qui travaillaient à Delphes, en dehors du temple, et aux Pyles ; enfin le calcul par les mêmes trésoriers de ce qui restait en caisse, avec la conversion des monnaies, au moment où ils sont près de s 'en aller pour six mois et de laisser leur caisse avec les autres à la garde des prytanes : tout cela se fait sur Tordre et sous la surveillance de Tamphictvonie.
Les textes ajoutent quekpies détails précis : ce sont les hiéromnémons qui gardent par devers eux, dans une caisse spéciale, les dixièmes de garantie, pour les faire remettre aux entrepreneurs quand leur travail est fini et livré ; Tétat de ces sommes est dressé par leurs soins et gravé sur une stèle à part. Ce sont eux encore qui votent la condamnation de Tent repreneur * quand il n'a pas observé les conditions de son cahier des charges : dans les cas graves, comme celui du Thessalien Perpolas qui devait construire le palais amphictyonique des Pyles, ils fixent le taux des versements de l'amende, comme ils l'avaient fait pour les Phocidiens 2. Enfin le catalogue des Pythioniques, la liste des prodikies accordées par eux, ils les font inscrire sur la pierre, comme tous les comptes semestriels. Mais, pour avoir une idée exacte de leur rôle, c'est à toutes les lignes qu'il faudrait répéter la formule : xîXsuovtwv twv '.spojAvrj- ;x5v(i)v, que les trésoriers ont jugé utile d'adjoindre seulement à deux ou trois versements exceptionnels d'un compte qui était déjà placé tout entier sous l'autorité de la liste amphictyonique.
La réforme de 339 n'avait pas été complète, on l'a vu, et si la comptabilité du nouveau collège était en progrès sur celle
1. Le seul cas où un vote ('iTjcpiaaa, n(JIf, XXW, p. «65, L 71-72i soit formellement attesté s appliijue à un entrepreneur de travaux autres que ceux du temple : il s'a^rit du palais ampliict yoni({ue des Pyles. Mais il est prol)al)Ie que pour les travaux du tenq>i(*. « est à ranq)luctyonie aussi cprii appartenait de ralilier la décisi<»n prise par les naopes poursuites judiciaires, amende dans les cas où le cahii'r des ciuu'jres n'avait pas été respet té.
2. C'est le nu'-me mol xaïaçopi qu'ils emploient da:s les deux cas sous C^phis BCII, W\\ . p. '••'».'>. l. 70-72 : mais il vaut peut-élre la peine de noter (jue xaraçopa est déjà appliqué aux v«'rsements des Phocidiens sous Damochares X\l. p. H.'<7 . tandis «pie les j)remiers versements de lami'nde étaiiMit appelés xxTaooÀat.
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des naopes, ce profj^rès n'était pas définitif : il n'y avait unité de caisse que pour les dépenses. Il serait injuste de dire que tout le changement avait été d'ajouter une caisse de plus à toutes celles que lamphictyonie possédait déjà et avait à surveiller. Mais les divers revenus du sanctuaire arrivaient, après comme avant, chacun dans une caisse spéciale. Il semble bien que, dans la suite, le dernier pas n'ait pas été fait. Du moins, la simplification partielle que les trésoriers avaient pratiquée resta acquise.
Nous n'avons pas à suivre plus loin l'œuvre directrice de Tamphictyonie ; mais depuis 326 les naopes, de qui le départ des trésoriers étendait et compliquait les attributions, ont tenu les comptes de toutes les dépenses pour les deux sanctuaires : c'est dire qu'ils ont été, au moins autant que dans le passé, sous la dépendance étroite et le contrôle de l'assemblée fédérale. Au m*' siècle il est tout naturel de trouver dans un fragment de leur comptabilité *, à côté du nom de Tarchonte delphien, celui du ou des hiéromnémons qui représentent l'amphictyonie.
1. C'est celui dont il a été question ci-dessus, p. 107, n. 4. — A lali(^e9, fitpojjLvrJaovtov twv 7î6pi AioxXt). — L. 12, .v TZEpi ^âtusov parait pouvoir être restitué de même [twv Upo{jLV7){jLOvcov T<î5]v 7:£pi 2. Dans les deux cas, la pierre est brisée après le nom propre. On ne peut donc pas affirmer qu'à celte époque un nom seul ait suffi comme celui des deux Thessaliens au iv* siècle: il semble qu'au contraire on eiH l'habitude d'en citer plusieurs : il y en a quatre dans Le Has 11. 8i3. Cf. Pomtow, Neue Jahrb., 1894, p. 537; 1897,
p. sn.
On peut laisser de côté quelques points particuliers — comme les rapports des diverses monnaies entre elles — , où le détail est assez complexe, et quelques autres — comme le rôle de rassemblée, j'entends Vi-^opi des citoyens delphiens — où les documents ne donnent pas une réponse décisive. Dégagé maintenant de tout détail, résumé dans les dernières pages du chapitre précédent, ce système d'administration financière apparaîtra, me semble-t-il, comme très simple. La superposition des collèges, Tun delphien, les autres internationaux, c'est le fait essentiel, celui qui domine tout le reste.
Nous sommes loin de lenchevétrement que présentent encore les finances athéniennes, de Tencombrement qui alourdit le système pourtant plus simple de Délos. Le rôle de TEtat est ici réduit au minimum, à la garde matérielle des caisses où la fortune sacrée est en dépôt. Les prêts à intérêt, par où le Dieu banquier, sûrement à d'autres époques, et à Delphes comme ailleurs, a mis en valeur ses fonds disponibles, n'entrent pas ici en ligne de compte, il n y en a pas un dont on relève les traces dans nos textes. D'une manière plus générale, les revenus ordinaires manquent presque complètement et si nous en saisissons un, d'ailleurs peu considérable, c'est à l'organisation extraordinaire de l'administration au iv® siècle que nous le devons. Enfin ce qui complique si étrangement les finances d'Athènes, les excédents de recettes, les irepiivxa, à Delphes on ne s'aperçoit pas qu'ils existent ; précisément au moment où Texcédent produit par l'amende pourrait faire naître des difUcultés, le collège des trésoriers les prévient et les tourne d'avance par l'institution de sa caisse unique. Il résulte de ces quelques faits que, tout au moins dans les grandes lignes, le système de l'administration sacrée est nettement saisissable.
La tendance que Ton a si souvent constatée chez les Grecs de ne pas s'en rapporter aveuglément les uns aux autres et