LES POLÈTES DES DIMES
plus expresse que c'est toujours sur le même fonds de dépôt que les naopes ont opéré des retraits, irréguliers dans la première partie du compte, fixes dans la seconde. Pourquoi a-t-on essayé sous deux archontats une nouvelle manière de procéder, pour revenir ensuite à l'habitude traditionnelle? Y aurait-il là une indication sur la date à laquelle ce collège delphien a été institué? On n'en sait rien, mais une chose du moins est sûre, c'est que, même ces deux années exceptionnelles, les naopes furent payés , non pas au moyen des revenus perçus par les polètes ni de n'importe quelle autre somme, mais sur leur propre fonds de dépôt dont les deux textes que nous venons d'étudier racontent Thistoire.
Mais, de plus, — quand bien même on admettrait, contre l'évidence, que les naopes ont, par exception, touché ces deux annuités sur un autre revenu, quel qu'il fût, du sanctuaire — , nous n'aurions pas le droit d'en conclure que TEtat avait fait usage du dépôt des naopes. Rien ne l'indique ; et tout au contraire nous a prouvé à quel point l'Etat, c'est-à-dire ici la ville de Delphes, le conseil et sa commission financière ont peu la libre disposition des revenus sacrés. Ils n'en sont, encore une fois, que les dépositaires. C'est pourquoi l'étude d'un compte particulier sur un fonds de dépôt, nettement caractérisé comme tel, peut éclairer celle des autres comptes plus généraux que nous avons dû examiner avant lui. 11 y a encore bien des questions qui restent sans réponse : l'intervention des polètes en est une, et le rôle de l'assemblée, particulièrement après la création des trésoriers, en est une autre. Du moins, après avoir essayé de préciser autant qu'il était possible les attributions du conseil et de la commission des finances, est-on autorisé à conclure : la ville de Delphes a le dépôt des caisses qui contiennent la fortune du dieu, elle contrôle la rentrée des revenus, elle enregistre et applique les décisions relatives à cette rentrée ; et pour la sortie elle délivre, seule ou assistée pfir les trésoriers, tant que ce collège a vécu, les sommes qui sont destinées à payer les dépenses. Mais ces décisions, ce n'est pas elle qui les prend ; ces revenus, ce n'est pas elle qui en fixe le montant ; ces dépenses, ce n'est pas elle qui les a engagées. Les amphictyons qui représentent le dieu propriétaire lui signifient qu'à l'avenir les Phocidiens ne paieront plus que dix talents par an, ensuite qu'ils ne paieront plus rien du tout. De même ils
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lui donnent Tordre de payer aux naopes le montant de leurs quittances, et de verser aux trésoriers les fonds qui leur permettront de gérer une caisse nouvelle. L'initiative appartient donc aux seuls collèges internationaux et surtout au premier d'entre eux. On comprend maintenant que des caisses gardées par la ville de Delphes soient sorties les sommes destinées à l'entretien du sanctuaire des Thermopyles*.
1. Nous n'avons vu que les charges de la ville: cette lourde responsabilité est la rançon des avantages que vaut à Delphes son rôle exceptionnel : c'est la ville du Dieu, le siège de son oracle. Certes le prestige dont elle rayonnait lui assurait des bénciiccs matériels, mais nous ne pouvons les évaluer.