CHRONOLOGIE IMPARFAITE
Si, dans ces deux documents que Ton avait pu croire ininterrompus, on a découvert au contraire plusieurs vides, on a eu une base bien moins solide encore avec ceux des autres qui, du moins, avaient conservé une indication chronologique : ils se rapportaient en effet à un semestre, à un archontat, tout au plus à deux. C'est donc par une étude lente et minutieuse qu'il a fallu procéder. Le groupement des textes en séries, par exemple pour les versements des Phocidiens; le classement des sessions tel que les naopes Tavaient établi en comptant d'après leur ère propre ; les renseignements fournis par les listes amphietyoniques ; enfin la concordance des éléments que Ton tirait des textes delphiques avec les données de l'histoire générale (guerre sacrée, Chéronée, Thèbes détruite puis rebâtie et redevenue libre, etc.) ont permis d'arriver peu à peu à des solutions possibles. ;Mais elles sont toujours incomplètes, nous ignorons le nom de beaucoup d'archontes, et pour beaucoup de ceux dont nous savons le nom, nous ignorons la place où il faut les mettre. Et surtout il ne faut pas oublier que les résultats les mieux assurés en apparence peuvent recevoir d'une découverte nouvelle, d'un rapprochement de textes imprévu, le démenti le plus catégorique.
Que l'on se rappelle par exemple les premiers archontats du règne d'Alexandre ^ : de 336-5 à 330-29, le groupe en paraissait classé d'une manière sûre et sans lacune. Puis sont survenus les comptes de fermages et locations 2; Tun d'eux contient une liste amphictyonique datée de l'archontat de Theolytos, et la composition de cette liste nous oblige à l'insérer entre celle de l'archontat de Bathyllos et celle de l'archontat de Caphis. D'un tout qui semblait inséparable, il faut détacher maintenant l'archontat de Thebagoras et le rejeter quelques années plus bas.
Cet exemple, le plus récent, mais non pas sans doute le dernier, montre combien l'état actuel de nos textes doit nous rendre sobres d'affirmations tranchantes sur cette question de la chronologie.
En second lieu, les documents ne nous permettent pas de donner à ce chapitre d'histoire financière toute la vie dont il aurait pu être animé. Ce que nous essaierons de présenter.