La pie économique et sociale
Pendant le Consulat décennal les administrateurs dela Côte-+, d'Or intervinrent dans la vie économique du département pour remédier à l’état des voies de communication et du manque de subsistances (3). Ainsi que dans d’autres régions, en Côted'Or les routes avaient été complètement délaissées par les gouvernements révolutionnaires et l'on ne pouvait plus en l'an VIII profiter de ce beau réseau de chemins que les États de Bourgogne avaient créés et entretenus. Les conseillers généraux et d'arrondissement le déplorent dans leurs premières
(1) Dijon et Beaune, messidor an VIT (N/H, 1).
(2) Dijon n’ayant que 18.986 habitants [Journal de la Côte-d'Or, 30 fructidor an VIII) n'a droit qu'à un seul (Loi 28 pluviôse an VIII, art. 42). Arch. Nat. F/7, 3268.
(3) Le préfet est en outre chargé d'assurer l'exécution des lois qui prohibent l'entrée en France des marchandises anglaises: il doit nommer des commissaires chargés de les rechercher et de les confisquer (Min. Intérieur au préfet, 15 ventôse an X. Arch. dép. M/14, 2). Il exhorte les producteurs locaux à participer aux expositions organisées par le gouvernement; en l'an X, un fabricant de vinaigre dijonnais obtint une médaille de bronze (Levasseur, Histoire du commerce... 1, p. 404; Vaillant, II, p. 50).
sessions ; ils réclament avec insistance l'ouverture de crédits suffisants pour effectuer les réparations les plus urgentes. [ne s’agit pas de travaux d'entretien mais bien d’une véritable reconstruction des routes. C'est pourquoi le conseil général demande en l'an [IX le rétablissement de la corvée sans en prononcer le nom ; cette idée avait déjà été émise à Beaune. Le produit de la taxe des barrières doit « nécessairement et inviolablement être destiné » à payer ensuite les réparations effectuées dans le département (1). Ces plaintes sont confirmées par les renseignements fournis par un homme fort peu disposé à critiquer l’œuvre des administrations révolutionnaires. Vaillant déclare que les grandes routes de Paris à Milan par Montbard et Genève, de Paris à Turin par Arnay-le-Duc et Chalon-sur-Saône ont été totalement négligées malgré leur importance nationale. À plus forte raison la Révolution s’estelle peu occupée des voies moins connues bien que fort utiles au commerce local. Les habitants de la Côte-d'Or ont besoin de conduire leurs céréales, leurs vins et leurs fers sur les ports de la Saône et de recevoir les grains du Bassigny; or, les routes de Dijon à Selongey, de Dijon à Seurre et de Beaune à Semur sont « actuellement dans l’état de dégradation le plus absolu (2) ».
Les chemins terrestres pourraient être suppléés par un canal qui relierait la Seine à la Saône. On y songe depuis 1606 ; en 1775, les États ont fait commencer les travaux. Mais la guerre a interrompu cet ouvrage dont on ne saurait assez rappeler l'importance pour la navigation intérieure (3). Le gouvernement pense allouer pendant 25 ans un crédit annuel de 40.000 francs. Cette somme ne permettra pas d'achever promptement les travaux et sera bientôt absorbée par les frais d’entretien des parties déjà construites. Le conseil général sollicite
(1) Conseil général an VII, f° 22 r°; an IX, fo 23 (N/I, 1). Dijon, messidor an VII ; Beaune, messidor an VIII et germinal an X (N/Il, 1). Ces assemblées protestent également contre les enlraves apportées au comimerce par la taxe des barrières et contre l'emploi défectueux du produit de cet impôt. Chavanon et Saint-Yves, p. 77,18, 19; Darmstädter, XVIII, p. 54ù.
(2) Vaillant, I, p. 37, 43, 53, 54.
(3\ Vaillant, I, p. 35. Conseil général an VII, f° 23 v° (N/I, 1). Conseil d'arrondissement de Dijon, messidor an VIIL (N/IE, 1).
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« avec instance » une somme de 600.000 francs à dépetiser er trois ans ou de 900.000 à répartir sur 4 ans et demi (1). Mais le conseil ne peut émettre que des vœuxetdes regrets ; routes et canal demeurent en l’état où les a laissés le régime révolutionnaire. Le gouvernement consulaire laissa également la Côte-d'Or sans Secours aucun pendant la disette des ans IX et X. La récolte de l’an VIIT avait été moins abondante que de coutume. Elle eût été toutefois suffisante sans les grosses exportations que des spéculateurs firent à destination des départements voisins. Telle est du moins la conviction de Guiraudet et du conseil général, confirmée par les indications des magistrats municipaux (2). Les administrateurs de la Côte-d'Or auraient désiré que le gouvernement autorise certaines mesures énergiques, interdise l'exportation des blés au- dehors du département qui les a produits, fasse procéder à d'importants achats de grains en Lorraine par l'administration militaire. La liberté du commerce leur semble devoir céder à l’urgence des circonstances. Le préfet écrit au ministre : « Quelque faveur que l’on doive au commerce, quelques urgents que puissent être les besoins de nos voisins, il serait... contre les principes du droit naturel que la production la plus précieuse allât alimenter exclusivement les départements étrangers et que celui qui a contribué à cette production... éprouvât les horreurs de la disette. » A cette thèse interventionniste, le ministre de l'Intérieur répond par les affirmations de l’école libérale. « I1 faut en principe, écrit-il à Guiraudet, que le gouvernement s'occupe le moins possible des subsistances et qu’il laisse agir le commerce... plus propre... à les répartir également entre tous les consommateurs. » Le remède indiqué lui parait pire que le mal : « Gardez-vous surtout de partager l’opinion de ceux qui dans les moments difficiles ne voyent de ressource que dans les achats que peut faire l'administration ; dès qu’elle se montre, le commerce se retire et la disette s'établit. » Le ministre s'efforce de démontrer au préfet que cette crise n’est qu’une
(1) Conseil général an IX, fo 22; an XP Po 6:
(2) Conseil général an X, p. 29 (N/I, 1). Préfet au min. Intérieur, 27 brumaire, 13 messidor, 22 fructidor an IX ; adjoint d’Auxonne au préfet, 2 messidor (Arch. Nat. F/11, 337)