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période ennuyeuse à traverser : « Si votre déparlement à fait une récolte moins abondante... il fournira moins aux départements méridionaux qui cette année sont mieux traités Me 2vos administrés trouveront près d’eux les subsistances dont ils auront besoin. » Quant à l'exportation à l'étranger, elle est impossible car toutes les routes sont surveillées et les coupables « seront arrêtés, traduits au château de Ham et jugés comme criminels de l’État (1) ».
Ces assurances et ces dissertations n'empêche pas la pénurie alimentaire de persister et même de s’'aggraver. Le blé coûtait en brumaire an IX, 13 fr. 56 le quintal, prix estimé trop élevé ; en messidor, il vaut 15 fr. 55. Guiraudet s'inquiète. Il redoute des troubles :« Dans ce département, le prix des grains ne peut guère dépasser 13 francs le quintal sans que les habitants... ne se livrent à des mouvements séditieux ;.. la rareté, la cherté des subsistances sont une arme puissante entre les mains des mal intentionnés. » Cet état d'esprit est la suite des précautions prises autrefois par le Parlement de Bourgogne afin de maintenir le prix du pain à un niveau assez bas. De fait, au début et à la fin de l’an IX il se produit quelques mouvements populaires, vite apaisés d’ailleurs (2).
Guiraudet et les autorités locales suppléent de leur mieux à l’inaction ministérielle. Le maire de Dijon arrête que tous les grains qui arrivent dans cette ville doivent être présentés au marché ; de cette manière, l’approvisionnement des boulangeries sera assuré et « la cupidité de petits revendeurs de grains et de porteurs de sacs » sera déçue. L'adjoint d’Auxonne fixe les heures auxquelles les négociants en grains auront accès au marché. Ces arrêtés provoquent quelques protestations de la part des commerçants lésés mais semblent avoir un heureux effet sur le prix des céréales (3). En dépit de ces
(1) Préfet au min. Intérieur, 22 fructidor, 2 messidor; min. Intérieur à préfet, 7 frimaire, 12 messidor, 2° complémentaire an IX |F/11, 337).
(2) Préfet au min. Intérieur, 2 messidor, 22 fructidor. Préfet au min. Intérieur, 143 messidor, 22 fructidor ; commissaire de police de Dijon au préfet, 25 brumaire: « Hier dans le marché il s'y faisait tout haut des menaces et l'autorité n’était plus écoutée »; adjoint d’Auxonne au même, 2 messidor (F/11, 337). Cf. Dejean, p. 332-336; Darmstädter, XIX, p. 646.
(3) Préfet au min. Intérieur, 13 messidor ; adjoint d’Auxonne au préfet, 2 messidor. Pierre Florest au min. Intérieur, 7 messidor (F/11, 337).
mesures la situation est inquiétante en fructidor. Les réserves sont depuis longtemps épuisées ; une grêle vient de ravager les récoltes. Le préfet craint et pour la subsistance: de ses administrés et pour le maintien de l’ordre public. Il annonce au gouvernement: « Nous sommes done menacés... de nous trouver plus où moins promptement dans un état de pénurie plus ou moins réelle qui se manifestera toujours par une cherté continue; la tranquillité publique... n’a pas été... troublée jusqu'ici au poiut d’alarmer mais il eût été dangereux de laisser croître le mal sans employer les mesures de prévoyance. » À Seurre, par exemple « le manque absolu de grains » occasionne une effervescence que calme « l’assurance donnée par les négociants. d’approvisionner la ville ». Enfin le 25 floréal an X, Guiraudet a la satisfaction d’écrire au ministre : « L’approvisionnement a été suffisant et les prix ont subi une diminution sensible (1). »
Les populations côte-d’oriennes avaient pu traverser la crise alimentaire de l’an IX, pénible également dans la Seine-Inférieure et le Bas-Rhin, sans de trop vives souffrances grâce à l'abondance des légumes qui concoururent à la nourriture des paysans. Ils facilitèrent aussi le fonctionnement des soupes dites à la Rumford. Ces soupes, destinées à devenir célèbrés lors de la grande disette de 1812, se composaient essentiellement de légumes cuits à l’eau ; on y ajoutait un peu d’orge ou de maïs et de pain grillé avec quelques assaisonnements. Chaque ration pesaitune livre et demi, équivalait à 300 grammes de pain et devait coûter dix centimes. Sur l'initiative de Guiraudet, il se constitua à Dijon une Société qui réunit les fonds nécessaires et répandit la connaissance de cette nourriture économique. Un comité dont le trésorier fut le futur maire, Ranfer de Bretenières, et dont les membres appartinrent en grand nombre aux corps administratifs, adressa un appel aux Dijonnais charitables et sollicita du préfet la concession gratuite d’un local. Contre la résistance de la régie des domaines, le comité soutenu par la municipalité obtint d'établir ses fourneaux dans les anciennes cuisines ducales où la confection des soupes fut l’œuvre « des filles respectables de la Charité ».
(1) Préfet au min. Intérieur, 13 messidor ; 22 fructidor.
Cette institution de bienfaisance produisit d'assez bons résul: tats pour que des départements voisins songent à limiter (1),
C'est encore la charité privée qui subvient aux besoins des indigents et des malades. Le sous-préfet Frémyet proclame, il est vrai, le droit de tous à l'assistance et le devoir corrélatif de PEtat (2). Mais ces paroles n’aboutissent pas à des actes. Les assemblées départementales regrettent que la guerre aitentrainé l'abandon des hospices et se bornent à émettre des vœux dont la réalisation sera retardée jusqu’à la conclusion de la paix. Elles désirent cependant remédier autant que possible à la situation actuelle, fort attristante. On sait que les gouvernements révolutionnaires ont aliéné les biens des hôpitaux comme des autres personnes morales. « Le. patrimoine sacré des pauvres », comme le qualifie le conseil général en l’an IX, a disparu. Les ressources des hospices de Dijon, qui se montaient à 300.000 livres, ne suffisent plus aux charges actuelles bien qu'elles n’atteignent plus que 180.000 francs ; celles des hôpitaux de Beaune sont inférieures de plus de 20.000 francs aux dépenses. À Arnay-sur-Arroux, on ne touche plus que 1.300 francs au lieu de 4.500 livres et les frais indispensables montent à 2.000 francs. À Is-sur Tille, la réduction des revenus de 4.000 livres à 800 a nécessité la suppression des six lits de l'hôpital et leur remplacement par des allocations en faveur de 4 enfants abandonnés. Les bureaux de bienfaisance ont subi des pertes analogues. Aussi bien le gouvernement est invité à concéder aux établissements charitables des domaines nationaux où une partie de l'octroi municipal, lorsque les circonstances le permettent (3).
On lui demande encore de réaliser la suppression dela mendicité « sans doute... opération difficile ». Les conseillers
(1) Préfet au min. Intérieur, 22 fructidor. Exemplaire de cet appel, Bibl. mun. Dijon, fonds Delmasse 2249. Arrêtés du 23 pluviôse an X et 3 germinal (Arch. dép. X/12, 1). Préfet de l'Aube au préfet de la Côte-d'Or, 22 nivôse an X (X/12,1). Vaillant, [, p. 410: «cet établissement a eu un véritable succès ».
(2) Conseil général de Beaune, germinal an IX : « La société doit aux malades, aux infirmes et aux vieillards indigents, des secours et des soins ». (N/IE, 1).
(3) Conseil général an IX, fo 18 r°, 20 ro, 21rv; anX,p. 34. Conseil d'arrondissement de Dijon, germinal an IX (N/I, 1; N/IL, 1). Vaillant, I, p. 381-405.
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généraux ont foi dans le « héros qui préside aux glorieuses destinées de la France » ; il rédigera une loi qui «portera l’empreinte de ses vertus et de son génie» (1). Les conseillers sont parfois moins réservés et moins courtisans ; ils se hasardent à dénoncer parmi les causes de la « progression effrayante » du paupérisme la destruction de l’ancien ordre social et la disparition des maisons religieuses et à prier le gouvernement d'encourager la charité privée « par la considération publique (2) D.
(1) Conseil général, an X, p. 36, 37. La Société de Charité maternelle se reconstitue à Dijon en 1801 (Cornereau, La Societé de Charité maternelle de Dijon, Mém. Académie Dijon, 4° série, VII, 1899-1904, p. 408).
(2) Conseil général an IX, fo 21 ro. Vaillant, au contraire, estime que la Révolution a été un temps de fraternelle simplicité et que « depuis que les temples catholiques ont été ouverts... les mendiants ont reparu » (Séatistique, 1, p. 408). Conseil général, an IX, fo 21 vo.