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La question religieuse

Avant la création de la préfecture côte-d'orienne, un observateur anonyme annonçait au ministre de l'Intérieur que le gouvernement consulaire serait bien accueilli par les populations, mais qu’une persécution active contre les prêtres serait dangereuse dans ce département cependant assez peu dévot (2.

(4) Vandal, L'avènement de Bonaparte, W, p. 398-412. Guillon, Les complots militaires sous le Consulat et l'Empire, 1894, p. 15-43.

(2) « .… Quand l’exagération des principes religieux sera tombée, l’ordre public n'aura plus rien à redouter; ... en maintenant les subsistances à un prix auquel le peuple puisse s’en procurer, en évitant toute espèce de persécution active contre les prêtres, on jouira dans le département d’une tranquillité qui s’établira de plus en plus » (Arch, Nat, FAb/IT, Côte-d'Or 2.

Guiraudet profita du renseignement. Il tint avec fermeté la main à l'exécution des lois de police cultuelle et s’abstint de toute mesure de rigueur. Cette conduite, conforme à celle du Premier Consul, ne fut pas imitée par les disciples locaux du Ministre de la Police Générale ; sans les tendances libérales du préfet, les sous-préfets de Beaune et de Semur auraient persévéré dans l’attitude de l’ex-administration centrale et surveillé très étroitement l'exercice du culte catholique romain.

Le clergé catholique constitutionnel se montra, comme par le passé, strict observateur des lois civiles. Ses églises étaient assez fréquentées par «le bas-peuple (qui) y entre par habitude, y chante pour faire du bruit, en sort avec plaisir ». D’après Guiraudet, les prêtres assermentés sont en « bien petit nombre » et n’ont pas « la confiance générale (1) ». Ils entretiennent de cordiales relations avec les administrateurs du département. Lorsque l’évêque de la Côte-d'Or, Volfius, convoqua un synode préparatoire aux prochains conciles métropolitain et national, Guiraudet crut convenable d’envoyer un délégué assister aux séances de cette assemblée ecclésiastique. Volfius ne protesta pas. L'acte du préfet n’en demeurait pas moins une grave infraction au principe de Séparation entre les cultes et l’État. Le ministre de l'Intérieur, Lucien Bonaparte tança l’auteur de cette « démarche inconsidérée (2) ».

Le clergé insermenté « acquiert de l’importance en raison des dangers qu’il court et du mystère avec lequel il célèbre l'office ». Beaucoup de paroisses sont desservies par des prêtres non-jureurs. Lorsque les habitants ont le choix, ils délaissent l’église du constitutionnel ; au besoin, les femmes recrutent des « prosélittes au curé en communion avec le Pape et les maires les protègent (3) ». Dans d’autres communes, il est vrai, le magistrat municipal ou son adjoint dénoncent leur présence

(1) Notes anonymes, supra. Préfet au min, Intérieur, 46 thermidor an IX (Arch. Nat. F/19, 865).

(2) Ge synode eut lieu du 19 au 21 messidor an VIII (8 au 40 juillet 1800) et réunit 24 assistants (Jarrot, Le clergé constitutionnel en Côte-d'Or, Bull.

d'histoire et d'archéologie du diocèse de Dijon, XVI, 1898, p. 200. Arch. Nat. F/19, 417).

(3) Notes suprà. Préfet au min. Intérieur, 16 thermidor an IX (F/19, 685). Adjoint de Daix au préfet, 23 thermidor an IX ; maire de Plombières au L 27 ventôse an X (Arch. dép. V 21 et 29).

au préfet et demandent la déportation du prêtre « turbulent ». Frémyet signale à Guiraudet que « le fanatisme fait chaque jour des progrès nouveaux ». Les prêtres n’ont-ils pas revêtu leur costume traditionnel ? N’a-t-on pas vu, à Beaune, pendant l’octave de la Fête-Dieu «lesrues pleines de petits saint Jean, de petites Sainte-Vierge » ? Berthet se plaint de la négligence des maires à constater le port illégal du costume ecclésiastique et s'oppose à la célébration de la messe dans la chapelle de l'hôpital de Saulieu parce que cette cérémonie en une maison nationale serait une atteinte au principe de Séparation (1). D'ordinaire Guiraudet donne à ces lettres età d’autres semblables une réponse identique. Il invite le dénonciateur à recueillir les preuves du fait incriminé et à les soumettre aux tribunaux. Le préfet stimule d’ailleurs le zèle de ses collaborateurs et les félicite, à l’occasion, de leur activité (2). Il s'inquiète surtout des infractions auxloisrelatives à l’état-civil et aux sonneries de cloches. Certains prêtres sont signalés comme célébrant des mariages à huis-clos, donnant à nouveau le baptême, tenant des registres « comme cy-devant les prêtres les tenoient (3) ». D’autres sonnent les cloches en dépit de la loi du 7 vendémiaire an IV, des circulaires de Fouché et des arrêtés de l’administration centrale et du préfet (4). Le ministre du culte à Gissey-le-Vieil est condamné par le tribunal de Semur à 4 jours de prison et aux dépens pourunecontravention de ce genre. Le sous-préfet Berthet se félicite de ce jugement et prie le préfet de lui donner une salutaire publicité. Il recommande à la gendarmerie de noter les imitateurs du citoyen

(1) Maire d'Arnay au préfet, 25 thermidor an IX ; Frémyet au préfet, 9 messidor an IX : « Ennuyé de ressembler extérieurement à un honnète homme, les prêtres ont quitté le costume des autres citoyens ; la tranquillité a failli être troublée et la division règne dans les familles » ; Berthet au même, 21 nivôse, 26 floréal an IX (V 20 ct 27).

(2) Préfet au min. police, 42 messidor au IX : « Je prescris au sous-préfet de Beaune de dénoncer aux tribunaux les faits dont il me donne connaissance » ; préfet au maire d'Uncey, 2 nivôsean X ; au maire de Talant, 24 frimaire an iX : de Saint-Seine, 6 nivôse an X (V 20, 27, 28).

(3) Préfet au maire de Fleurey, 1* complémentaire an IX. Maire de Fontaine-Française au préfet, 19 pluvièse an IX (V 23).

(4) Min. Police au préfet, 23 floréal an IX; préfet au maire de Belle- Défense, 6 frimaire an X(V 20 et 27).

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Fleurot (1). Sur cette question, dont on a signalé l'importance à cette époque (2), Guiraudet est d'accord avec ses subordonnés. Il écrit au maire de Belle-Défense pour l’avertir que les cloches ne peuvent être sonnées en signe de joie, le cas n'ayant pas été prévu par les arrêtés en vigueur (3).

Toutefois, moins rude que son collègue Shée, du Bas-Rhin: Guiraudet se garde de méconnaitre les usages des populations et leurs désirs bien avérés. Il tolère la sonnerie des trois points du jour réclamée par de nombreux villages (4). Il évite de porter atteinte à la liberté de conscience sous ombre de respecter le principe de Séparation ; les malades de l'hôpital de Saulieu n'auront pas la messe à la chapelle, bâtiment national, mais le prêtre aura libre accès au chevet de ceux qui le feront mander. L'un de ses premiers actes a été de mettre en liberté les ecclésiastiques âgés détenus à Dijon, à l'exemple de Richard, préfet de la Haute-Garonne. Guiraudet, d'ordinaire, apostille favorablement les requêtes de ceux qui désirent rentrer dans leur département natal (5). Il] rend hommage à la conduite calme de la plupart des non-jureurs et constate : « la partie de mon département ainsi servie n’est pas la plus troublée », Quelques mots amers lui échappent contre les évêques insermentés dont le souveniretles instructions empêchent l'harmonie, entre les membres des clergés côte-d’oriens (6).

Malgré ces dispositions libérales, Guiraudet se montre sévère à l'égard des prêtres qui ont refusé la promesse de fidélité à la Constitution réclamée par l'arrêté du 7 nivôse an VIII 28 décembre 1799) ou qui inquiètent les acquéreurs de biens

(1) Sous-préfet de Semur au préfet, 14 messidor an IX: «11 vaut mieux cela que de ne pas avoir puni du tout. L'individu.. méritait de l’indulgence ; il a de bonnes intentions » (N 23).

(2) Vandal, op. laud., II, p. 269. Jaurès, ist. socialiste, V1, p. 66,67. Darmstädter, XVIII, p. 553.

(3) Préfet au maire de Belle-Défense, 6 frimaire an X (N°27)

(4) Préfet au maire de Varanges, 17 frimaire an IX (V 29). Cf. supra,

le vœu inscrit par les habitants de Bagnot sur les registres du plébiscite en l’an VIII.

($) Arrêté 2 ventôse an IX; 19 floréal an VIII ; 27 floréal an IX. Préfet au min. Police, 3 prairial an VIII : 8 floréal an IX (V 20). Cf. Morère, p. 38, 39.

(6) Préfet au min. Intérieur, 16 {hermidor an IX (Arch. nat. F/19, 685),

nationaux. Le nombre des nouveaux réfractaires fut considérable dans le département (1). Refuser cette promesse d'ordre purement civil pouvait être considéré par le gouvernement consulaire comme une preuve d’hostilité politique. Leur présence et leurs discours étaient une cause de danger pour la paix intérieure des villages, ils se querellaient volontiers avec les instituteurs et les maires (2). Guiraudet les rechercha avec soin et les signala aux magistrats de sûreté. C’est que ces prêtres prononcent «contre le gouvernement actueldes discours très condamnables » ou se livrent à des prédications dont « le but est de faire détester le gouvernement, de mettre les citoyens en révolte contre les acquéreurs de biens nationaux » ou répandent un « petit catéchisme des temps présents » assez inquiétant pour que Guiraudet en adresse un exemplaire au ministre de la Police générale (3.

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