Les partis politiques
Ces prêtres insoumis constituent une fraction de l’un des groupes opposés au pouvoir du Premier Consul (4). On les dit en communion d'idées avec d’autres partisans de l’ancien
(1) Aulard, L'Etat de la France... en l'an IX, 1897, p.90. À Auxonne, cependant, tous les ecclésiastiques firent la promesse ; un seul ajouta qu'il la tenait pour un acte « purement civil » (maire d'Auxonne au préfet, 26 thermidor an IX; V 20).
(2) Frémyet à Guiraudet, 9 messidor an IX : « le fanatisme. a ourdi une conspiration contre les instituteurs tant parce qu'ils demeuraient dans les maisons presbytérales que parce qu’un grand nombre refusait de catéchiser les élèves et d’aller au lutrain :.. ne voulant pas se montrer à découvert, il a engagé les maires à dénoncer ces instituteurs et à demander leur révocation ». Grisel, ministre du culte catholique à Nolay, au préfet, 18 brumaire an X: sous-préfet de Beaune au même, 4 vendémiaire an X:; sous-préfet de Châtillon, 5 pluviôse an X (V 20 et 26).
(31 Préfet au magistrat de sûreté de Dijon, 24 pluviôse an X : maire d’Arnay-sur-Arroux au préfet, 25 thermidor an IX; sous préfet de Beaune au même, 7 ventôse an IX; préfet à min. Police générale, 14 ventôse (V 26, 20 et 18).
(4) Parmi les prêtres même insermentés ou insoumis, beaucoup professerent des sentiments favorables au gouvernement consulaire. Sur les registres d'adhésion au plébiscite. on remarque fréquemment la signature du ministre du culte catholique. À Jailly-les-Moulins, les autorités assistèrent à un Te Deum chanté à l’occasion de l'attentat manqué de la machine infernale (Procès-verbal, 28 nivôse an IX. V 23). Guiraudet reconnait que la plupart des prêtres non-jureurs se conduisent « avec assez de sagesse » (au min. Intérieur, 16 thermidor an IX. Arch. Nat. F/19, 685).
régime, les émigrés. Ceux-ci rentrèrent en grand nombre en Côte-d'Or sur la fin de l’an VIIT. Ceretour causa de vives appréhensions aux acquéreurs des biens nationaux ; des bruits inquiétants cireulèrent à Dijon où l’on interpréta avec pessimisme le départ de trois citoyens chargés par le préfet de représenter. le département aux fêtes du 1* vendémiaire. Guiraudet s'empressa de rassurerses administrés. Les émigrés paraissent avoir observé la plus grande circonspection en matière politique et ne s’être préoccupés que de recouvrer les débris de leur ancienne fortune (1).
Ces royalistes plus ou moins cachés furent moins dangereux pour le régime consulaire que les jacobins et terroristes survivants. Les révolutionnaires dijonnais n’avaient point osé résister au sentiment populaire qui poussait Bonaparte au pouvoir ; comme à Toulouse, ils adhérèrent à la Constitution de l’an VIT sans abdiquer rien de leurs convictions. A Dijon, il se forma une sorte de club dont les membres s'efforcèrent de reconquérir le pouvoir local. La plupart des clubistes appartenaient aux corps administratifs ou judiciaires. Le chef de ce groupe de gauche était le président du tribunal d'appel, Larché ; les membres les plus remuants se nommaient Vaillant et Villeneuve. Les derniers jacobins suscitèrent mainte difficulté au, préfet et entravèrent les recherches prescrites par le général Meynier après l’attentat du 3 nivôse an IX (24 décembre 1800). Le Premier Consulavait, en effet, attribué l’explosion de la machine infernale à un complot terroriste (2). Le club avait pour défenseur attitré le tribun Chauvelin, d'opinions fort démocratiques, et pour organe, le Journal de la Côte-d'Or (3). Guiraudet finit
(4) Journal de la Côte-d'Or, 10,15, 20 fructidor an VIII. Journal, 10 fructidor ; préfet Riouffe au 2e arrondissement de police, 23 germinal an XIII (Arch. Nat. F/7, 3596).
(2) Aulard, Histoire politique de la Révolution, p. 721-723. Morère, p. 42-45.
(3) Guiraudet signale « un folliculaire à leurs ordres, auteur du journal de Dijon, le citoyen Uarion ». Le ministre de la police générale avait plusieurs fois autorisé le préfet à supprimer ce périodique. Guiraudet déclare s’en être absténu « parce que je croyais sage d'entretenir partiellement au dedans la paix que vous conquérez au dehors » ; en d’autres termes, il n’a pas osé & Supprimer ce misérable journal, l'écho de Lous les bruits controuvés ». Cé fait montre et la puissance du club terroriste et la liberté relative de la presse départementale. Sur Chauvelin, cf. Jaurès, ÆHist. socialiste, NI, p. 60. Plus hardi, le préfet de Toulouse, Richard, suspendit et fit supprimer l'Antiroyaliste (Morère, p. 40).