‹ L'Administration Préfectorale dans le Département de la Côte-d'OrChapitre 33 sur 98 · PINS · texte numérisé non relu

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par dénoncer au gouvernement cette « poignée d'individus. encore la terreur des honnêtes gens de Dijon ». Il demanda le déplacement de Vaillant qui serait devenu sous-préfet de Semur ; Berthet lui aurait succédé au secrétariat de la préfecture. La faible santé de Berthetrendant cette combinaison impossible, le préfet proposa d'envoyer Vaillant à Beaune et de destituerFrémyetsans compensation ;ilest « rien moins que portéà approuver un gouvernement etdes formes si éloignées de celles qu'il avait affectées sous le directoire exécutif ». La place de Vaillant serait confiée au sieur Alexandre, l’un des chefs de bureaux de la préfecture « des plus anciens et des plus intelligens ». Villeneuve serait remplacé par le citoyen Poligny, « propriétaire honnête et éclairé ». Un « vieillard respectable, Jurisconsulte consommé », Virely, dirigeraitles juges d’appel au lieu de Larché ; le commissaire Legouz, lui aussi, ferait place à un homme «sageet éclairé», Lamarosse.Ce vaste remaniment du personnel supérieur de l'administration côte-d'orienne demeura à l'état de projet. Le secrétaire d'État, H. Maret, appuya les démarches de Guiraudet; le ministre de l'Intérieur, Chaptal, fit un rapport favorable au déplacement de Vaillant et à la destitution de Villeneuve ; le Premier Consul sembla disposé à donner gain de cause au préfet. Puis tout se calma. Les fonctionnaires dénoncés par Guiraudet demeurèrent en fonctions à l'exception de adjoint Villeneuve. Guiraudet avait-il exagéré ses griefs ? L’appui des amis du club, Chauvelin et Berlier, fut-il plus puissant que celui de Maret ? Je ne sais (1).

Entre ces deux partis extrêmes et opposés existe la foule des citoyens de tempérament modéré et désireux, avant tout, d’avoir «un gouvernement fixe, stable, protecteur des personnes et des propriétés ». Ce sentiment, au dire d’un observateur anonyme, est celui de la grande majorité des habitants de la Côte-d'Or. Les uns acceptent le Consulat par lassitude de tant de changements politiques; les autres le soutiennent parce

(1) Maret au min. Intérieur, 8 germinal an IX; Guiraudet au même, 25 germinal ; 44 floréal; rapport du ministre à Bonaparte, 19 floréal ; (Arch. Nat, F 1b/II, Côte-d'Or 2). Sur les circonstances de la démission de Villeneuve, cf. supra. Chaptal enconragea Guiraudet à ne pas s'inquiéter de la « retenue » du corps judiciaire (19 germinal. Arch. dép., M/1, 6/1). Cf. sur l'opposition des ex-jacobins à Toulouse, Morère, p. 40.

qu'il leur paraît réaliser les vœux de la nation en 1789 ; d'autres encore le défendent parce qu’ils craignent le retour de l’ancien régime et la révocation de la vente des biens nationaux {1). Ce parti gouvernemental a pour interprètes les conseillers généraux et d'arrondissement. Bien que fonctionnaires, non payés d’ailleurs, les membres des assemblées départementales, en Côte-d'Or du moins, témoignent d'une indépendance suffisante pour que leur opinion puisseêtre considérée comme l’une des manifestations des sentiments populaires (2. Au cours des séances du conseil général, on fait assaut de loyalisme et bientôt de flatterie à l'égard de Bonaparte et de ses ministres. On parle volontiers du « héros », du « génie » qui gouverne la France, de « Bonaparte que ce siècle a proclamé grand sans craindre que la postérité réforme ce jugement ». On célèbre ce gouvernement « résolu à se concilier les cœurs de tous les Français, digne de leur amour et de leur confiance, dans la pensée duquel se classent successivement toutes les conceptions utiles ». Si le conseil présente des doléances, s’il les renouvelle avec instance, il s'empresse de reconnaître spontanément que trop souvent la continuation de la guerre et la situation des finances ne permettraient pas de les accueillir de suite. À Semur les conseillers d'arrondissement décident de“ placer « incessamment » un buste de Bonaparte dans la salle de leurs séances ; à Châtillon, on se félicite d’avoir enfin un «gouvernement ferme (3) ».

Le parti consulaire est le plus nombreux. Mais il est le moins organisé et le moins actif. Beaucoup de ses adhérents se

(1) Notes anonymes |F 1b/II, Côte-d'Or 2) : « l'esprit politique est tombé dans un tel affaissement qu'il est à peu près nul: un gouvernement fixe, stable, protecteur des personnes et des propriétés forme le vœu général ». Journal, 20 thermidor an VII, souscription entre acquéreurs en faveur du gouvernement qui est leur unique espoir: «c’est nous qui devons périr si nous succombons à l'assaut ».

(2) 11 me semble cependant exagéré de dire avec M. Jaurès : « à défaut de la presse. bâillonnée, les procès-verbaux de ces conseils nous donnent l'opinion du pays » (Hist. socialiste, VI, p. 73) Les conseillers généraux et d'arrondissement sont gens prudents et en relations fréquentes avec les fonctionnaires dont ils ont été les candidats auprès du gouvernement,

(31 Conseil ginéral an IX, f> 24 vo, 29 01 NE 56 7E Dan l'élu

1 23 v°. Conseil de Semur, germinal an IX : Châtillon. germinal an X (Arch, dép. N/1, 1: N/2, 1).

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