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désintéressent de la politique par habitude ou par crainte d’un nouveau changement. Par suite, les élections de l’an IX furent surtout favorables au parti terroriste. Les citoyensélirent, avec des formes assez complexes et bon nombre d’irrégularités (1), ceux d’entre eux qui composeraient la liste de notabilité communale dans laquelle le gouvernement devait choisir les fonctionnaires locaux. Les notables communaux désignèrent les notables départementaux et ceux-ci, les notables nationaux. De ces trois listes, la plus significative, au point de vue politique, est la liste nationale qui résume les deux autres et est moins influencée par les considérations locales. Un fait surprend. Le préfet n’est que le quatrième élu par 320 voix sur 469 votants. Les candidats plus favorisés appartiennent au parti révolutionnaire ; ce sont Morisot, ex-membre des Cinq- Cents en 1799, Dézé, ex-conventionnel, et Vaillant ; le nombre des suffrages par eux obtenu va de 376 à 333. Les électeurs se divisent ensuite et la composition de la liste devient plus hétérogène. Si Larché réunit 290 voix, son concurrent à la présidence du tribunal d'appel, Virely, en a 248. Par contre, le commissaire Legouz l'emporte de 100 bulletins sur son adversaire Lamarosse. Le médecin Durande, qui, en 1814 relèvera le drapeau blanc à Dijon dont il sera le maire, le receveur Damotte que ses liens d’alliance avec la famille Léjéas autorisent à compter dans le parti modéré, obtiennent 244 el 227 suffrages. Ainsi continue lasérie des notables départementaux, formée de citoyens appartenant, autant qu'on puisse aujourd’hui en juger, aux divers groupes républicains mais avec un avantage marqué et dans le nombre des élus et dans le nombre des voix obtenues en faveur de la fraction d’opinions avancées (2). À ces notables résidant dans le département, les électeurs doivent adjoindre des élus pris parmi les citoyens absents. Un seul de ceux-ci représente l'élément civil ; Martin Léjéas, maire de Dijon, recueillit 136 suffrages ;
(1) Général Pille au préfet, 24 germinal an X; min. Intérieur au préfet, 4er pluviôse an X (Arch. dép. M/3, 8 et 1); 1® floréal, 26 messidor an IX (Flc/III, Côte d'Or 2).
(2) Les élections nationales eurent lieu le 20 nivôse an IX (10 janvier 4802) ; le dernier élu obtient 113 voix (Listes et autres pièces, M/3, 8).
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les six autres de cette catégorie furent des généraux originaires de la Côte-d'Or (1).
Malgré l'existence en Côte-d'Or de partisans du régime disparu, l’autorité du Premier Consul ne fut pas menacée en ce département. A peine signale-t-on quelques incidents : à Is-sur-Tille une statue de la Liberté est brisée (2) Le pouvoir consulaire se consolide à mesure qu’une législation libérale efface les traces des violences passées et que la guerre cesse sur le continent et sur les mers. Le Concordat, ratifié dès le 23 fructidor an IX (10 septembre 1801), est transformé en loi le 18 germinal an X (8 avril 1802) ; il restaure l’unité religieuse et dissout l'alliance des défenseurs du trône et de l’autel. Le Sénatus-Consulte du 6 floréal an X (26 avril 1802) achève la désorganisation du parti royaliste en amnistiant les émigrés et en leur offrant la rentrée dans leur patrie à condition de ne pas chercher à renverser le gouvernement établi. Beaucoup d’entre euxavaient déjà étérayés des listes d’émigration ; beaucoup s’empressèrent de profiter des nouvelles dispositions législatives. Le préfet de la Côte-d'Or leur facilita l’accomplissement des formalités légales. Placés sous la surveillance des autorités administratives, désireux de recouvrer leurs biens ou leurs anciennes fonctions les émigrés allaient être ou pa=* raître de fidèles adhérents du gouvernement de Bonaparte (3). Plus encore peut-être que la pacification intérieure, la conclusion des traités de Lunéville (20 pluviôse an IX ;9 février 1801) et d'Amiens (6 germinalan X ; 25 mars 1802) permit au Premier Consul de réaliser ses rêves ambitieux et de devenir en fait le véritable souverain de la France (4).
En Côte-d'Or l’annonce de la paix fut accueillie avec enthousiasme et reconnaissance. Le préfet et son conseil en remercient le Consul par une adresse. Les sous-préfets la propagent avec joie. La ville d’Auxonne éleva une statue à Bona-
(1) Ce sont les généraux Borton, Gassendy, Petitot, Laborde, Veaux et Heudelet.
(2) Maire d’Is-sur-Tille au préfet, 45 brumaire an {IX (M/6, 93/a).
(3) Préfet au min. police, 20 floréal an X ; arrêtés 24 nivôse, 5 pluviôse an X, listes d’amnistiés ou de rayés (Arch. Nat., F/7, 5796).
(4) Sur l'échec d'une tentative re de DEEE consulaire et ses causes, cf. Vandal, L’avènement …., 11, p. 521.
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parte que le maire couronna de lauriers « aux accens de l’allégresse publique ». Une distribution de pain auxindigents, un Te Deum à l’église, un feu d'artifice et un banquet complétèrent la série des réjouissances. Des toasts furent prononcés et des couplets composés et chantés en l'honneur de la paix et de celui qui l'avait donnée (1). Diverses communes suivirent cet exemple, sonnèrent les cloches, demandèrent au ministre du culte un Te Deum (2). L'influence du rétablissement de la paix sur l'esprit publie et le développement de la puissance du Premier Consul se révèlent avec netteté dans les procès-verbaux des sessions du Conseil général. La déférence du début fait place à la flatterie déclamatoire. Les discours de clôture évoluent d’une manière significative. Le salut adressé en l’an VIIT à «la mémoire de ses concitoyens morts en combattant pour la patrie » est encore d'inspiration républicaine. L'année suivante, on exprime « la joie qu'inspire à tout bon Français la paix heureuse. qui vient de couronner les hautes destinées de la France et la reconnaissance profonde que l’on doit au génie qui lui a procuré ce bienfait inestimable ». Le lyrisme éclate en prairial an X lorsque le conseil, ayant achevé ses travaux « peut se livrer enfin aux mouvements comprimés de sa reconnaissance.
(1) Adresse du préfet et du conseil de préfecture, 20 germinal an X : «Il n'appartenait qu'à celui qui avait fait une pareille guerre à l'Europe armée d'en être ainsi le pacificateur » (M/1, 6/1). Discours de Frémyet au conseil d’arrondissement de Beaune, germinal an X (N/2,1). Procès-verbal imprimé des fêtes. des 17 et 18 brumaire an IX à Auxonne (Arch. Nat., F Ac/III, Côte-d'Or 8). Le 1% adjoint Amanton chante :
« Gloire à Bonaparte (bis) !
«11 nous a donné la paix; « Qu'il vive, vive à jamais !.… 4 « Puisqu’à cette table
- & La paix nous à réunis...
-« Que chacun, le verre en main, « Par un mouvement soudain, « Boive à Bonaparte ! »
(2) A Nolay, le ministre Grisel chante ce Te Deum le 17 brumaire parce que ce jour correspond à un dimanche (8 novembre 1801). Le maire entend qu’il renouvelle la cérémonie le lendemain, «sinon... il le chanterait lui-même avec les citoyens sousles armes qu'il avait rassemblés ». Ge second Te Deum, d’une liturgie insolite, eut lieu en effet (Grisel au préfet, 18 brumaire an me Arch. dép. V 26). Cf. préfet au maire Belle-Défense, 6 floréal an X (V 27). -
à Bonaparte que ce siècle a proclamé grand sans craindre que la postérité réforme ce jugement (1) ».