‹ L'Administration Préfectorale dans le Département de la Côte-d'OrChapitre 36 sur 98 · B/IT · texte numérisé non relu

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même que dans certains villages le vote ait eu lieu par acclamation ; le maire se borne à en dresser certificat et n’expédie aucun registre. Le fait s'est passé à Thoste. À Busseaut le maire atteste « quetous les citoyens actifs. qui n'ont pas l'usage de l'écriture ont déclaré d’une voix unanime sur la place publique qu’ils agréoient la nomination de Napoléon Bonaparte. à vie (1) ». A Salives, à Montmançon, à Charigny, le vote écrit paraît bien avoir été précédé d'une proclamation de Bonaparte Consul à vie par le maire au milieu des applaudissements populaires (2).

D’autres témoignages de l’enthousiasme avec lequel Îles populations de la Côte-d'Or se sont donné un souverain sont notés sur les registres. C’est une femme qui vote à Saint-Seine ; ce sont des négaciants absents de leur domicile qui tiennent à s'inscrire dans la commune où ils se trouvent momentanément ; les citoyens illettrés de Busseaut demandent au maire de consigner leur acceptation unanime ; des votants souhaitent que la vie de Bonaparte soit « longue et heureuse »; à Saint-Prisles-Arnay, le sieur Charles Barbollet écrit: « à vie, füt-elle de mille ans (3) ». Cette foi en Bonaparte est d’autant plus remarquable que l’on ignore encore son prénom ; on l’appelle tantôt « léopon », tantôt « néopole (4) ».

L'expression naïve de ces votes en démontre la sincérité. On est, en effet, reconnaissant à Bonaparte « des hommages rendus à la souveraineté nationale par ce grand homme »; on est « persuadé que l’avantage du peuple français, le maintien de la souveraineté du peuple français, le maintien de la souveraineté du peuple, la liberté et l'égalité des droits l’exigent

(1) Le maire certifie « qu'aucun des habitants dudit Thoste et Beauregard ne s'est opposé à ce que Napoléon Bonaparte fut consul à vie puisque au contraire la majeure partie désire qu'il vive longtemps après eux » /B/II, 495 a, b).

(2) Montmançon: «tous les votans ont donné leur suffrage à Napoléon Bonaparte, 1% consul à vie, et que nous maëiton à lui notre chance et que nous le prendron et reconnaissor pour notre bon gouverneur. Telle à été notre vœu et que nous y percerlon (?) tous pour la vie ». Salives (B/Il, 495 b). Charigny (B/II, 494 a).

(3) Saint-Prix-les-Arnay (B/II, 495 a); Saint-Seine et Arc-sur-Tille (B/IL, b); Gevrey, Bonnencontre et Busseaul (B/II, 495 b). )

Curtil: « léopon » (B/IT, 494 à); Vosne : « néopole » (B/IL, 495 b).

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ainsi»; on désire « la prolongation des jours de ce grand homme que le ciel... a donné dans sa bonté, qui est digne de la récompense qui luiest décernée et qui en mérite une encore plus grande ». Trois citoyens de Seurre préciseront la nature de cette « plus grande récompense » en votant pour le « consultat héréditaire (1) ».

Les troupes stationnées dans le département votèrent avec enthousiasme et discipline pour « le général qui après les avoir conduits si souvent à la victoire leur en fait goûter aujourd'hui les fruits plus précieux dans les douceurs de la paix » ; généraux et chefs de détachement accompagnent l’envoi des registres militaires d'adresses vibrantes (2).

Le gouvernement consulaire avait donc réussi à augmenter le nombre et l'ardeur de ses partisans. Il avait su également réunir parmi ses adhérents des hommes appartenant à tous les groupes politiques. Si dans l’ensemble de la France, la majorité obtenue par le plébiscite de l’an X fut une majorité de droite (3), en Côte-d'Or républicains de 1793, réformateurs de 1789, fonctionnaires, prêtres et ex-émigrés composent la masse considérable de suffrages qui accepte le Consalat à vie et désire l'empire (4). I n’y avait pas que de la rhétorique et de l’optimisme obligatoire dans cette affirmation de Guiraudet et de son conseil de préfecture au lendemain du Concordat : « Dans ce département qui se glorifie de vous avoir possédé quelques années la multitude jouit en silence de vos bien-

(1) Charigny (B,II, 494 a). Is-sur-Tille (B/IL, 494 6). Salives (B/IL, 495 b).

Seurre (B/IL, 495 a), votes de Chabé, homme de loi: Philippot, propriétaire : Ducordaux, ancien capitaine d'infanterie.

(2) B/IT, 655. Sur les registres affirmatifs sont portés les noms de tous les officiers ; la mention en tournée remplace leur signature le cas échéant : les soidats votent par compagnie, gradés en tête et dans l'ordre hiérarchique, Le relevé porte 2280 oui, 0 non.

(31 Aulard, Æist. politique de la Révolution, p. 752.

(4) Sur le registre ouvert à la préfecture (B/IL, 494 6) voisinent Carrelet de Loisy, Joseph et Pierre Jacotot, Volfius, Devosge, Guiraudet, le receveur Damotte, Vaillant, des aubergistes, des vitriers, des artisans. À Is-sur-Tille, le médecin Bernard Chaussier vote « pour le premier consul proclamation de la souveraineté nationale » à côté du curé Chauchot et du propriétaire Fauconney (B/Il, 494 b). Relevé officiel des votes, B/II, 671.

faits (1). » De celui qui a vaincu la coalition, imposé la paix à l'Empire et à l'Angleterre, réorganisé et pacifié la France, on attend avec confiance une durable tranquillité et une prospérité matérielle croissante ; la paix va réparer les maux de la guerre. Le régime impérial a-t-il réalisé ces espérances ù

(1) Adresse au Premier Consul, 20 germinal an X (Arch. dép. M/5, 1).

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