Les levées spéciales
Les conscrits côte-d’oriens sont destinés à recruter principalement les troupes de terre (3). ILest difficile de préciser
1) Inspecteur de la gendarmerie au préfet, 14 novembre 1806 (F/7, 8424). Etats 1811 (R/1, 18/1 ; parfois de zélés administrateurs municipaux traquent les conscrits insoumis et obtiennent ainsi les félicitations préfectorales (Journal, T janvier 4808). D’Hauterive, La police secrète. IT, p-M0, 59€
(2) Journal, 18 janvier 4807; 26 novembre 1811. Cf. F/7, 8424. Préfet au 2€ arr. police (25 mai 1813. F/7, 3590) ; 135 et 120 amnistiés sur 277 et 281 déserteurs et réfractaires.
(3) Le décret du 28 octobre 1806 assigna 20 conscrits de ce département à l'artillerie de marine. Des arrêtés consulaires des 23 ventôse et 10 thermidor an X{, lui demandèrent une soixantaine d'ouvriers pour les arsenaux mari-times (R/1, 23 et 23 bis).
les armées et les corps de troupes dont ils firent partie car la correspondance ministérielle ou préfectorale n'indique que les lieux de dépôt et, à cette époque, il n’était pas rare que le même régiment eûtdes détachements dans diverses régions de l'empire. La formation de régiments provisoires, composés de bataillons ou d’escadrons empruntés à divers corps, le rappel de fractions détachées ou de cadres compliquent encore la recherche. Il semble que les recrues de la Côte-d'Or soient d'ordinaire dirigées sur l'Italie ; les 52°, 53° et 92° de ligne, le 7° cuirassiers, le 15° chasseurs, le 6° hussards, les 28° et 30e dragons en reçoivent beaucoup. Cependant, en 1806, les régiments stationnés à Boulogne et en 1809 ceux de \Wesel furent en partie recrutés dans ce département ; les légions ou dépôts de Lille et de Grenoble, les fusiliers et conscrits de la garde figurent aussi sur les listes de répartition (1).
La Côte-d'Or doit également fournir son contingent aux troupes nouvelles que créent le Premier Consul et l’empereur et qu’ils organisent au moyen d'appels spéciaux. En l’an XI, le gouvernement consulaire demanda à chaque arrondissement d'envoyer quatre hommes recruter les grenadiers et les chasseurs de sa garde ; ils désiraient que ces recrues aient déjà fait la guerre, soient d’une taille assez élevée et âgés de moins de trente ans. Plusieurs maires certifièrent que leur commune ne comptait point d'anciens militaires présentant les qualités requises. Guiraudet dut avouer au ministre de la Guerre qu'il n'avait obtenu qu’un seul engagement (2).
Cet accueil peu encourageant fait à ses demandes d’engagements volontaires amena le Premier Consul à permettre la désignation des jeunes gens nécessaires aux vélites à pied et à cheval qu'il créa et réorganisa à différentes reprises. Ces corps d'élite, placés à la suite de la garde, devaient se recruter parmi les conscrits aisés ; les vélites à pied recevaient de leurs parents une pension annuelle d'au moins deux cents francs ; ceux à cheval étaient taxés à 300 et payaient leur équipement. Le contingent dela Côte-d'Or varia selon les années et les
(1) Décrets et états de répartition de 1808, 1809 (R/1, 24%); Vaillant, I, p. 42, 50, 78, 273, 275, 276.
(2) Circulaire préfectorale, 30 germinal an XI; préfet au min, guerre, 18 fructidor an XI (R/1, 12).
troupes de 4 à 20 hommes. Il fut malaisé de les réunir car beaucoup de conscrits de la taille exigée étaient réclamés par l'artillerie ou la grosse cavalerie et le taux de la pension paraissait trop fort, En l'an XII, le préfet écrit au minisire : « Quoique le contingent de mon département ne soit que de 16, nous aurons peut-être... beaucoup de Peine pour le compléter ». Les engagés volontaires demeurérent rares et ne se décident que Par l’appât d’un rapide avancement. Les conscrits désignés rejoignent les dépôt de la garde avec lenteur: les autorités municipales doivent stimuler leur zèle QE
Les familles tardent encore plus à verserles frais de l’équipement ou le montant de la pension. Durant l'an XIII le préfet Riouffe est assailli de réclamations continuelles émanant des bureaux du ministère ou des conseils d'administration intéressés. Le ministre de la Guerre presse Molé de Poursuivre les débiteurs négligents ; il signale à Lecoulteux an« arriéré considérable » parce que « des parents... n’ont rien payé depuis plusieurs années ». Cette attitude s'explique parfois par le manque total de nouvelles de leur fils dont se plaignent certains parents (2).
Malgré ces difficultés Napoléon persista dans cette idée ingénieuse de faire Payer parles familles la solde de ses soldats et de relever en même temps le niveau intellectuel et social de ses grognards. En 1806, une Compagnie d'artillerie fut constituée sur le modèle des vélites à cheval : deux ans auparavant On avait formé des bataillons de la garde à pied sur celui des vélites à pied. Les volontaires ne furent pas plus nombreux à s'engager dans ces nouveaux corps de troupes (3).
(1) Décrets 30 nivôse an XII, 2e complémentaire an XIIL, 11 juin 1806 : préfet au min, guerre, 4 ventôse an XII; au général Veaux, 24 ventôse an XII; maire de Montbard au préfet, 2 nivôse an XIV: adjoint de Dijon au même, 42 mars 1806 (R/1, 12).
(2) Min. guerre au préfet, 107 pluviôse, 4er germinal an XIII, 4er septembre 1807, 15 mars 1808, 14 octobre 1811 ; Conseil d'administration, colonel-major et quartier-maître-trésoricer de la garde à pied au même 10 thermidor an XII, 29janvier et 19 février 1806 (R/1,° 12). Lettre du cultivateur Rouyer: « Il seroit bien malheureux pour moi d'être obligé de payer une somme parei/ Parce que je n'ai reçus aucune nouvelle de luy depuis la batail d'osterlys ;.… je voudrois... une extrait Mmortuaire affn de me rendre ainsy que ma femme tranquille » (2 décembre 1806. N/4412)
(3) Décrets : registres ; la pension fut unifiéeà 300 francs en 1806 (R/1, 12),
Une pensée différente inspira la création de compagnies de voltigeurs par l'arrêté consulaire du 22 ventôse an XII (13 mars 1804). He Premier Consul songeait à constituer une infanterie montée; aussi demandait-il des conserits « de la plus petite taille ». Il n’hésita point, pour en obtenir, à prescrire un second examen des hommes définitivement réformés pour défaut de taille. Le contingent imposé à la Côte-d'Or dans cette levée anormale de 5.616 soldats fut de 56. Bien que le nombre des jeunes gens susceptibles d’être incorporés dans les voltigeurs se soit élevé à 1.179, le préfet dut faire procéder à plusieurs tirages avant de pouvoir atteindre le nombre obligatoire. Les années suivantes, il fut pourvu au recrutement des nouvelles
troupes par un prélèvement sur la conscription régulière (1).
Deux autres levées spéciales présentent un caractère particulier. En 1809 et en 1812, une partie des gardes nationaux de la Côte-d'Or fut mobilisée. À l'annonce de l'expédition anglaise qui menaçait Anvers, les ministres durent, en l'absence de l’empereur et de ses armées guerroyant en Autriche, organiser la défense des côtes belges. On mobilisa les dépôts, on rassembla les gendarmes, on appela les troupes hollandaises. Enfin, on leva des gardes nationales. “
Le ministre de la Police générale, Fouché, mit en mouvement celles des départements les plus éloignés. Il écrit au préfet de la Côte-d'Or de préparer la levée de 1.000 gardes, le charge de nommer provisoirement les officiers et de pourvoir à l'armement. Lecoulteux répartit le contingent réclamé entre les arrondissements, excite l'enthousiasme de ses administrés par des communiqués au Journal départemental et stimule le sèle des fonctionnaires. Il ordonne d'ouvrir des registres d'engagements volontaires. Le nombre de ceux-ci ne dépassa pas 44 à Dijon et la plupart n'avait qu'une portée morale. Que pouvait-on, en effet, attendre de plus que cette preuve de patriotisme du capitaine Denis Rousselot, âgé de 71 ans et comptant 52 ans de services militaires ou d’autres anciens soldats plusieurs fois blessés ? Quelques-uns des volontaires sont
(1) Arrèté 22 ventôse an XII ; 46 germinal an XIII; procès-verbaux 27 floréal, 19 prairial, 24 prairial (R/1, 23).