Le blocus continental; la betterave
Ce département est peu industriel (2). Le travail à la main et en petit atelier domine. Seule l’industrie métallurgique a quelque importance. Elle s’alimente aux mines de fer du Chàtillonnais et trouve le combustible nécessaire dans les forêts de la même région (3). Les forges et les fonderies de la Côted'Or profitèrent, du moins jusqu’en 1812, comme celles du reste
(1) Cf. Arch. dép. M/8, 6/1 ; M/14, 8 a/1. Rapports 1er juin 1808, 30 août 1808 13 mars 1809, 9 février 1810 ete. (Arch, Nat. F/7, 3668).
(2) Vaillant, I, p. 446 : « Dans un département agricole tel que celui de la Côte-d'Or, l’industrie doit être très bornée. »
(3) Cf. les détails fournis par Vaillant, I, p. 446 ss. La houille vient de Blanzy et bientôt d’Épinac ou de Ronchamps ; mais elle n’est employée que, par les maréchaux-ferrants et autres petits artisans. Le préfet qui en recommande l'emploi aux maîtres de forge ne peut disconvenir de son prix élevé. (Vaillant, IL, p.440).
de !a France de la disparition de la concurrence britannique; mais elles souffrirent quelque peu de la cessation du commerce colonial et appréhendèrent qu’à la paix cette prospérité factice ne cessa brusquement (1). Le blocus continental n’affecta guère les industries dont les produits et les matières se trouvent sur place, sur le territoire de l’Empire ou en Suisse. Les fabriques de draps de laine sont dans un état assez satisfaisant bien que d’après Vaillant vers 1808 « il importerait que le gouvernement fit quelques avances aux fabricants, leur accordàt des primes d'encouragement ». Malgré cette demande indirecte, la Côted'Or ne semble pas figurer parmi les départements dont Napoléon secourut péeuniairement les industriels (2). Il n’en fut pas de même des tissages ou filatures de coton. En Côte-d'Or comme ailleurs la rupture des relations commerciales avec ou par l'Angleterre provoqua une raréfaction de la matière première et une hausse des prix si considérable que nombre de ces usines durent interrompre leur travail. Vaillant signale une filature dijonnaise qui à fermé ses portes en manifestant l'intention de les rouvrir « lorsque les cotons seront. à leurs prix ordinaires ». Une autre à Barjon « allait être portée au double lorsque l'augmentation du coton l’a obligée de suspendre ses travaux ». Celle de Couternon «n’est plus en activité depuis que la matière première est à un prix trop élevé ». D’autres fabricants doivent suivre cet exemple (3). Quant au commerce intérieur du département la prohibition des marchandises anglaises de fabrication et les surtaxes douanières sur les denrées coloniales auraient produit « peu de sensation » si l’on en croyait le sous-préfet de Beaune. Lui-même ne paraît pas très convaincu du fait et observe qu’on a « souffert. de la rareté du numéraire qu’on s’accorde à attribuer à ce système ». Lecoulteux partage l'opinion de Frémyet et annonce avec plus d'assurance que « ce département n’ayant point de douanes et étant en général peu
(4) Vaillant, 1, p. 440, 467. Préfet au Min. Intérieur 40 juin 1812 (F Ac/IIN, Côte-d'Or 7). — Cf. en général Levasseur, Hist. du commerce de la France, 1949/5p-#15 "55.
(2) De ce nombre sont les papeteries de Châtillon et de Fontenay. Vaillant, 1,p. 478, Il, p. #42. — Ballot, Les prêts aux manufactures sous le premier Empire (Rev. Etudes napoléoniennes, I, 1912).
(3) Vaillant, 1, p. 443-446. Etats et statistiques M/14, 12 et M/14, 8 a/I. Ballot, p. 54, 67.
commerçant les nouveaux droits établis sur les denrées coloniales y ont fait peu de sensation ». En réalité, les habitants de la Côte-d'Or eurent plus de difficulté à se procurer les objets dont ils avaient besoin et les payèrent plus cher. En janvier 1812, le kilogramme de sucre coûte de 11 fr. 40 à 9 fr. 20 suivant les provenances; le café vaut 9 fr. 50 environ. Les prix, autant qu’on peut les comparer, ont presque décuplé depuis la chute de l’ancien régime ; en avril 1814, le sucre baissera à 7 fr. 50. Les populations souffrirent assez du blocus continental pour qu’une chanson locale se félicite en 1814 de sa disparition tout autant que de celle, escomptée alors imprudemment, des droits réunis et de la conscription (1). L’exportation des grains de l’Auxois continua à se faire aisément par la Saône vers le Midi ou par les routes vers le Jura et la Suisse ; les vins de Bourgogne se répandirent en Allemagne dont le vaste marché leur avait été ouvert parles victoires impériales ; on relève de nombreux passeports accordés à des négociants beaunoiïs qui se rendent « pour les besoins de leur commerce » en Prusse, en Bavière, en Saxe, en Westphalie (2). Le commerce de transit se développa considérablement. La permanence de la guerre maritime et la crainte des corsaires anglais firent effectuer les transports entre la Manche ou l'Atlantique et la Méditerranée par voiture et non plus par mer: « depuis lan XI, assure Vaillant, le roulage a presque doublé » sur la route de Langres à Chalon par Dijon (3).
(1) Sous-préfet de Beaune au préfet 30 juillet 1811. Journal 23 janvier 1812, 10 avril 1814. Préfet au Min. Intérieur 2 novembre 1810 (Fic/III, Côte-d'Or 9 ; confidentielle) Gaffarel, Dijon en 1814, p. 80 :
Nous prendrons du bon café
Sans sucre de betterave ;
Nous boirons à bon marché
Sans craindre les rats de cave:
.… Les filles sans trop payer Porteront belles indiennes
Et pour se bien marier
Auront des garçons par centaines.
(2) Arch. Nat. F/7, 8424, 8533 ; d'autres négociants vont en Espagne, en Russie, en Pologne. — Préfet au min. Intérieur 30 août 1808 (F/7, 3668). — ‘Cf. Martin et Martenot, La Côte-d'Or, 1909, p. 127.
(3) Vaillant, I, p. 45. On signale en 1810 Ja présence en Côte-d'Or d’un «assureur de la fraude par Genève » (Etats des mises en surveillance administrative F/7, 3688).
. d'u LÉ. sed
La privation des denrées coloniales et de certaines matières indispensables à l’industrie qui était la conséquence des procédés de guerre employés par l’empereur amenèrent l'intro duction en Côte-d'Or de nouvelles cultures. Le pastel pouvait remplacer l’indigo dans la teinture en bleu. Napoléon en encouragea la production par l'envoi gratuit de graines, la distribution d'instructions imprimées, la perspective de récompenses. Quelques cultivateurs semèrent et cultivèrent la nouvelle plante ; ils obtinrent des résultats satisfaisants et les autorités côte-d’oriennes comparèrent ce pastel à celui d'Albi. Mais cet exemple ne fut pas suivi. Les préfets et sous-préfets constatent à plusieurs reprises que le nombre des producteurs diminue. En 1812, dans l’arrondissement de Beaune « on a cessé de cultiver le pastel »; dans l’ensemble du département sa « culture ne se propage point ». La routine traditionnelle du paysan n’est pas l'unique motif de l’insuccès de la plante récemment introduite. Cossé-Brissac estime qu'il « faudrait des ateliers... pour en extraire l’indigo et dans lesquels le cultivateur pourrait placer son produit. Autrement il ne retire aucun bénéfice et cette position décourageante le force à convertir son champ de pastel en une culture plus utile ». Cependant il continue à seconder les efforts des propriétaires mieux outillés ou plus persévérants et reçoit avec plaisir des échantillons de leur indigo. En avril 1812 le journal insère dans la partie « Administration » un rapport séduisant de deux délégués préfectoraux, le docteur Bounder et le secrétaire particulier d'Hautecour ; mais le sous-préfet de Beaune écrit en juin: «on a cessé de cultiver le pastel... parce que l’année dernière on n’a pas su en utiliser les produits ». Dans le Bas-Rhin on constate semblable insuccès (1).
La culture du pastel est encouragée par le gouvernement mais elle demeure pleinement libre. Au contraire, celle de la betterave est obligatoire. Napoléon veut en effet que le sucre indigène remplace celui des colonies occupées par les
(1) Instructions, rapports, M/13, 26. Préfet au sous-préfet de Dijon 21 novembre 4812 (M/13, 26) ; au Min. Intérieur 24 juin, 24 août, 5 novembre 1811 ; 5 janvier, 16 mai, 16 juin, 22 octobre 1812 (M/8, 6/1) ; sous-préfets au préfet mai et juin 1812 {M/8, 6/2). Cf. Journal 16 avril 1812. Vaillant, I, p. 383. Darmstädter, XIX, p. 642.
Anglais (1. Auparavant, dès 1808 il avait songé à extraire le sucre des raisins. Une circulaire préfectorale du 3 septembre 1810 avertit les maires de l'importance de ce nouvel emploi de ce fruit de la vigne : « le gouvernement regarde tous les succès qu'on obtiendra en ce genre comme autant d'avantages remportés sur l’ennemi du continent ». De même que dans le Doubs et dans le Bas-Rhin, en Côte-d'Or le résultat fut insignifiant. En vain Lecoulteux répand des instructions imprimées ; en vain il stimule le zèle des maires et leur promet de signaler à S. M. ceux qui seconderont avec le plus d'activité les vues de l’empereur ; en vain promet-il au nom du gouvernement des primes aux meilleurs fabricants et impose-t-il aux établissements publics l’usage exclusif du sucre de raisin. Les vignerons de la Côte préfèrent transformer leurs grappes en vin plutôt qu'en une médiocre cassonade ou en un sirop dont la valeur sucrante est inférieure de moitié à celle du sucre de canne. Les rares producteurs, d’après un mémoire officiel, « l'ont employé à leur usage ; ils l'ont substitué assez avantageusement au miel et même au sucre ; quelques-uns en sucrent leur café et leur thé. Cependant on ne peut disconvenir que ce sirop obtient plus de succès lorsqu'on l’emploie avec des matières dont l'arome est prédominant ». Malgré ces obstacles Lecoulteux continue à recommander dans le journal l'usage du nouveau produit « qui peut avec succès remplacer le sucre de canne dans tous ses usages » ; quelques confiseurs où pharmaciens usent du «véritable sirop de raisin » qui ne coûte que 2 fr. 80 le kilog (2).
La mauvaise qualité du sirop de raisin provoqua des recherches qui aboutirent à la découverte du sucre de betterave. On se promettait que « bientôt... la culture en grand de la betterave nous donnera du sucre égal à celui des colonies». Cette espérance fut déçue en Côte-d'Or. Bien que des décrets
(1) CF. en général Levasseur, Hist. du commerce. MD PTARERE
(2) Instructions et rapports ; préfet au Min. Intérieur 24 mai 1809 Gi décembre 1810 ; aux sous-préfets 4 juin 1811 ; aux maires 19 décembre 1808, 21 août 1809, 3 septembre 1810 ; aux administrateurs des hospices, septembre 1810 ; Min. Intérieur au préfet, 5 juin 1809, 18 août 1810 ; 24 décembre 1810 {M/13, 26). Cf. Pingaud, p. 281, Darmstädter, XIX, p. 642. Journal 3, 6, 27 janvier 1814. Vaillant, I, p. 350.
impériaux aient imposé au département de consacrer un certain nombre d'hectares à la « précieuse racine », les paysans éludèrent l'exécution de ces ordres et les bris fonctionnèrent mal (1).
La haute direction de la nouvelle culture est l’une des plus vives préoccupations des préfets et des sous- -préfets. Par une Correspondance incessante ils stimulent ou éclairent les municipalités ; par des rapports imprimés ils signalent tous les avantages des ordres de S. M. « sans cesse occupée du bonheur de ses peuples » ; par des lettres énergiques ils s’efforcent d'intimider les maires ou les cultivateurs hésitants. Au début les autorités témoignent d’une ferme confiance dans le succès de cette innovation agricole. « L'entreprise, écrit le préfet au sous-préfet de Semur en mai 1811, l’entreprise est si belle et le bénéfice si assuré que je ne doute point que vous n'ayez à mettre en œuvre que des moyens de persuasion (2). »
Bientôt cet optimisme s’atténua devant la réalité des faits. Les autorités locales, loin de seconder les efforts des représentants du gouvernement, retardent ou évitent leur exécution. Les maires omettent de répondre au sous-préfet qui réclame des renseignements sur la situation actuelle des cultures betteravières. Malgré des lettres de rappel ils persistent dans cette attitude. [rrité, le sous-préfet de Châtillon envoie dans chaque commune retardataire un piéton qui a ordre de ne pas quitter le village sans avoir obtenu une réponse du maire ou d’un notable. En général on se borne à dire au messager que « personne ne s’en est occupé » ou que « les mesures sont prises pour l’année prochaine ». Ailleurs on déclare que le sol est trop chaud, trop sec ou pas assez profond. Le sous-préfet demande au juge de paix ou au notaire des renseignements
(1) Le contingent du département fut de 200 hectares en 1811 et de 300 en 1812 ; le préfet le répartit entre les arrondissements et les sous-préfets, entre les communes. Cf, en général Vaillant, IT, p. 355. — Le préfet signala encore la « matière sucrée que l'on peut retirer de la tige du maïs » dans le journal (3 octobre 1811) mais sans résultat ni persistance.
(2) Préfet au sous-préfet de Semur 2 mai 1811 (M/13, 26). Get optimisme reparaît de loin en loin dans la correspondance de Cossé-Brissac qui s illusionne volontairement sur le zèle de ses administrés ; en avril 1812, il écrit au ministre de l'Intérieur : « les cultivateurs paraissent mettre beaucoup d’empressement à répondre aux vues du gouvernement » (M/8, 6/1).
détaillés et d’après ces indications signale aux municipalités le terrain propice ; les intéressés protestent et prétendent connaître mieux que leurs voisins la nature et les qualités de leurs propres champs. Certains villages refusent de consacrer à la nouvelle culture le terrain propice à celle du chanvre et des légumes qui leur sont plus nécessaires (1).
D'autres communes affectent plus de zèle. Elles invitent les propriétaires de la commune à se réunir afin de se répartir le contingent assigné au village par les autorités supérieures. Les habitants ont garde de se rendre à celte convocation. À force de lettres ou d'objurgations le préfet finit par obtenir que l’assemblée ait lieu (2. Alors chacun refuse de consacrer une parcelle de ses terres à la nouvelle culture. À Brion-sur-Ource les « plus forts propriétaires ne sont point disposés à le faire » ; à Minot «tous. ont fait observer que le sol... ne serait pas assez fertile » ; à Leugley, à Courcelles, à Noiron la résistance est unanime ; à la Villeneuve le maire dit des 20 ares assignés à sa commune : « Je me suis vu forcé de les garder, personne n'ayant voulu en entendre parler (3). » Parfois de généreux habitants assument volontairement la charge de l’entier contingent communal ; ce sont les bienfaiteurs habi-, tuels de leurs compatriotes ou des maires désireux de recevoir les félicitations préfectorales ; à Vauxhaulles Île maire Jourdheuil accepte, outre les 40 ares de son village, la moitié du terrain imposé à une commune voisine; c’est qu'il se propose de bâtir une fabrique de sucre (4).
(1) Etat annoté du 19 octobre 1811 ; à Recey, on « a seulement préparé le terrain pour le printemps prochain » ; cf. Prusly et Villotte ; nature du sol, Minot, Bure. Maire de Bissey-la-Côte au sous-préfet de Châtillon 7 juillet 1811 ; maire de Beneuvre au même 28 mai 1811 ; réponses 23 juillet et 20 juin 1811 (M3, 26). Maires de Sainte-Colombeet de Gurgy au sous-préfet de Châtillon, 16 août et 14 juin 1811 (M/13, 26).
(2) Maire de Chaumont-le-Bois au sous-préfet de Châtillon 23 mai 1811: réponse 8 juin, Les maires du canton de Montigny-sur-Aube se partagent le contingent de leur circonscription sans tenter d'inutiles démarches (21 mars 4812. M/15, 26).
(3) Maire de Brion au sous-préfet 28 mars 1814 ; de Minot etc., état du 19 octobre 1811 ; maire de la Villeneuve au même 23 mai 1812 (M/13, 26).
(4) Par exemple à Epoisses, le comte de Guitaut (19 avril 1812) ; maire de Vauxsaulles au sous-préfet de Châtillon 22 mai 1812; commissaire de Nesle, 20 avril 1842, de Duesme 6 juillet. On signale quelques soumissions volontaires à Montigny-sur-Armançon par l'adjoint et par un conseiller municipal (14 avril 1812), à Obrée 6 juin 1811, à Recey 1% juillet 1811.
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En général, les municipalités sont contraintes de répartir d'office le contingent communal. On attribue à chacun une part réduite dans le sacrifice commun. À Genay, 40 ares se divisent entre 17 propriétaires dont aucun n'obtient plus de 8 ares ; à Griselles 89 paysans se partagent 95 ares ; à Broingtles-Moines, ils sont 20 pour 13 ares 50! La base de ces répartitions varie. À Laignes, on décide qu'elle se fera au prorata de la contribution foncière ; à Bissey elle aura lieu d'après la qualité des terres. L'opération offre une trop belle occasion de surcharger le voisin et de satisfaire les haines ou les rivalités de clocher ; on cède à la tentation et l'intéressé, en attendant que le préfet ait statué sur sa plainte, se dispense de cultiver la € précieuse racine (1) ». Afin d'éviter cet inconvénient et de ne mécontenter persoune en imposant tout le monde, certains conseils municipaux se décident à amodier un terrain aux frais de la commune et confient à un cultivateur le soin de semer et de récolter les betteraves. Malgré les sérieux avantages offerts, ce procédé rencontre parlois des résistances ; à Noiron on est obligé de mettre le champ «en réquisition ». La culture de la betterave se transforme ainsi en une surcharge au budget communal (2).
Par répartition ou par amodiation les communes ont désigné les paysans obligés de produire des betteraves. Chacun d'eux, en SOn particulier, s’ingénie à éluder cette obligation. Grâce aux convocations et aux réunions inutiles, le temps a passé. La saison est trop avancée ; on verra à faire mieux l'an prochain. S'il ne peut invoquer cette excuse, le cultivateur réclame de la graine. Le maire écrit au sous-préfet qui transmet la demande au préfet qui l'adresse au ministre ; la réponse suit la filière inverse. Pendant cette correspondance le temps passe ; la graine arrive trop tard (3). Si l’envoi est fait à une date rap-
(1) Maire de Bissey au sous-préfet 25 mars 1812 ; de Molesmes au même 16 avril 1812 (M/13,26).
(2) Duesme 26 avril 1812: Beneuvre 23 mai 1812; Noiron 6 avril HNIEZE à Leuglay l'amodiataire aura 50 francs et toute la récolte ; à Rochefort (10 mai 1812) et à Pothières (10 avril 1812) on lui promet de le rembourser de ses avances ct éventuellement du préjudice que lui causerait la transformation en champ de betteraves d’une de ses chenevières(M/13, 26).
(3) Maire de Cérilly au sous-préfet de Châtillon, 43 juin 4811 ; de Bellenot au même 29 imars 1812 ; d'Essarois au même 3 mai 1811. Etat du 19 octobre 1814 ;°M/13;,.26.
prochée, le propriétaire intéressé prétend l'obtenir gratuitement ou du moins ne la payer que sur le produit de la récolte future. Sur ce dernier point l’unanimité et l’opiniâtreté des paysans sont telles que les autorités doivent céder. Le préfet avoue : « Il eût été très difficile sans cela d’engager les cultivateurs à faire aucun essai sur la culture de la betterave. » Même en ne s’engageant à les payer que conditionnellement les paysans entendent obtenir au détail les graines à un prix moins élevé que celui du gros; certains usiniers en avaient acheté à 14 et 16 francs le kilogramme et les vendent 10 « afin de ne pas rebuter le cultivateur (1) ». Lorsque tous ces procédés dilatoires lui font défaut l'intéressé demande à être remboursé des frais de main-d'œuvre (2).
Mécontent de ne pas recevoir de réponse favorable le campagnard « sèmera dans des terres mauvaises la graine qui lui sera distribuée et ne s’occupera aucunement de son produit ». Ces habitudes de sabotage sont constatées par le sous-préfet de Beaune et par le préfet : Cossé-Brissac attribue « le défaut de germination de cette plante... à la mauvaise préparation des terrains ». À Broingt-les-Moines un propriétaire intéressé s’empresse de semer de l'orge dans le champ désigné pour recevoir, les graines de betteraves (3). |
L'hostilité des paysans à la nouvelle culture a plusieurs causes. llest évident que beaucoup ne comprennent pas le lien entre la récolte de la betterave et la guerre contre les Anglais ; ils s’étonnent d'entendre le maire de Vauxhaulles affirmer qu’en cultivant la « précieuse racine » ils feraient acte de patriotisme et seconderaient l’empereur dans sa lutte « contre nos éternels ennemis ». En bons campagnards «timides... même apathiques quand on leur propose des nouveautés », les cultivateurs s'inquiètent devant cette plante mal connue et dont ils ignorent et les procédés de culture et les emplois possibles. Les lettres
(1) Maire de Grancey au sous-préfet de Châtillon 30 mars 1812 ; Roussetet commissaire-betteravier au même 20 avril 4812 ; sous-préfet de Semur au préfet 18 août 4812 (M/138, 261.
(2) Maire d’Aignay au sous-préfet de Châtillon 6 juillet 1811 ; cf. suprà les remboursements promis par les communes de Pothières et de Rochefort.
(3) Sous-préfet de Beaune au préfet 4 décembre 1812 ; commissairebetteravier Develle au sous-préfet de Châtillon 8 mai 1842 (M/13, 26) ; Préfet au Min. Intérieur 41 juillet 1812 (M/8, 6/1).
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