‹ L'Administration Préfectorale dans le Département de la Côte-d'OrChapitre 64 sur 98 · NOT PU OR · texte numérisé non relu

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administratives et les instructions imprimées ne peuvent en quelques mois dissiper la routine traditionnelle du paysan. Son apathie n’est pas irrémédiable ; elle disparaitrait à la longue s’il entrevoyait un profit dans cette transformation d’une partie de ses cultures. Ainsi écrit le maire de Grancey : «Ils n’en connaissentpasle résultat ;.. siles betteraves... leur produisent, ils seront plus hardis (1). »

Pour être productives les betteraves doivent tout d’abord exister. Le gouvernement impérial demande aux cultivateurs leur travail, leur terre ; il leur promet la semence. Certains seraient « jaloux de répondre aux vues de S. M. » mais celle-ci semble prendre à tâche de décourager ces rares néophytes en betteraves. Il est difficile de se procurer de la graine et souvent la qualité en est médiocre. À Vauxhaulles au lieu des 6 kilogrammes nécessaires on n’a que 500 grammes ; à Grancey, on ne peut distribuer entre 6 propriétaires que 7 onces et demi ; le maire de Terrefondré n’a reçu des semences que pour 2 ares quoique le contingent de sa commune soit de 25 Cossé-Brissac signale cette pénurie au ministrede l'Intérieur : « On craint non sans fondement qu’il soit impossible d’avoir de la graine en quantité suffisante pour ensemencer les 300 hectares assignés au département. » À diverses reprises il réitère ses plaintes et ses inquiétudes (2). Les semences, parcimonieusement accordées, sont trop vieilles. Le sous-préfet de Semur le maire de Châtillon et d’autres témoins «attribuent le défaut de germination de cette plante à la mauvaise qualité de la graine» ; Cossé-Brissac ne proteste pas contre cette

affirmation (3).

Mauvaise graine, mauvais terrain, culture négligée ne sont

(1) Maire de Vauxsauiles au sous-préfet de Châtillon 26 mai 1811 ; sous-

préfet au maire de Beneuvre 28 mai 1811 (M/13, 26). Maire de Châtillon au sous-préfet, 21 octobre 1811 : de Grancey au même 22 mai 1812 ; de Vauxsaulles au même 26 mai 4811 ; d'Etrochey au même 27 mai 1811 (M/15, 26).

(2) Maire de Vauxsaulles au sous-préfet de Châtillon 18 avril 1812 ; de Terrefondré au même 22 mai 1812 :; sous-préfet de Châtillon au préfet 3 avril 1812 (M/18,26). Préfet au Min. Intérieur, 5 janvier 1812, 17 avril 1812

(3) Maire de la Villeneuve au sous préfet de Châtillon 23 mai 1812; maire de Châtillon au méme 22 octobre 4811 (M/13, 26). Préfet au min. Intérieur 11 juillet 4812 (M/8, 6/1) ; sous-préfets au préfet juin 1812 (M/8, 6/2).

pas des conditions favorables au développement de la production betteravière. Elle est très faible en Côte-d'Or. On annonce au préfet que la récolte est absolument nulle ou que « nulle part (la grenne) n’avoit levéz ou en si petite quantité que chaque cultivateur s’est décidé à labourer le champ où elle avoit été semée ». Le faitest confirmé par le sous-préfet de Châtillon. Cossé-Brissac annonce au ministre de l'Intérieur : «en général les betteraves n’ont pas réussi ». Si mince produit ne mérite pas d'être transporté aux fabriques. Les cultivateurs préfèrent l'utiliser sur place. Le maire de Larrey prévoit qu’elle entrera dans l’alimentation de ses mérinos; celui de Semur constate ce même fait. Dans l’arrondissement de Châtillon, au cours de la disette de 1811-1812, « cette racine sert à la nourriture des hommes (1) ».

Cet emploi alimentaire, tout utile qu'il soit, ne répond pas aux vues de Napoléon. La betterave doit être convertie en sucre. Le préfet le sait et le dit à ses administrés ; il veille de son mieux par ses arrêtés et par ses délégués à ce qu'aucune partie ne soit « détournée de lemploi auquel le gouvernement veut qu'elle soit destinée » ; il prescrit aux propriétaires d'apporter leurs betteraves aux usines, règle le prix et les conditions de paiement (2). Mais les établissements dans lesquels la « précieuse racine » se transformera en « sucreégal à celui des colonies » sont rares dans le département. En 1812, il n'en existeque deux ; un troisième va se construire à Courtivron : Jourdheuil, maire de Vauxhaulles, envisage la création d’un quatrième pour 1813. Ce sont de petites usines à production assez faible ; leur éloignement de beaucoup de villages est une cause de dépenses supplémentaires et de découragement pour les cultivateurs. Si ceux-ci sehasardent à transporter leurs betteraves chez le fabricant de sucre, ils ne sont pas sûrs que celui-ci acceptera ce produit ; la qualité en est souvent inférieure et

(1) Commissaire Drioton au sous-préfet 24 Septembre 1812 ; maire de Bure au même 20 mai 1812 ; sous-préfet au préfet 19 novembre 1812 (M/13, 26). Préfet au Min. Intérieur, 1% octobre 1812 (Arch. Nat. F 1c/IT, Côte-d'Or 7) 24 mai 1811, 16 mai, 16 juin 1812, 41 juillet 1812 (M/8,6/1). au sous-préfet de Châtillon 30 mars 1812 1812, 26).

(2) Journal 17 décembre 1812,

; Maire de Larrey ; Sous-préfet au préfet 19 novembre maire de Sunur au sous préfet de Semur 16 seplembre 1811. (M/13,

nuirait à celle du produit fabriqué. Les industriels se montrent même trop exigeants sur ce point d’après le maire de Larrey etle sous-préfet de Semur. Par suite « il est à craindre que ces racines restent pour le compte de ceux qui les ont cultivées » ; cette perspective, envisagée par le sous-préfet de Châtillon, n'est point faite pour stimuler les paysans « à seconder les vues de S. M. ». Le maire de Montillot avait prévu qu'il « aurait fallu pour encourager les cultivateurs leur indiquer un placement utile de leur récolte {1)».

Cet insuccès de la culture politique de la betterave constaté également dans le Bas-Rhin et le Doubs est donc imputable autant à la néglicence du gouvernement impérial qui ne fournit à ses sujets ni semences convenables ni débouchés utiles qu'à la mauvaise volonté des paysans. Les préfets de la Côte-d'Or semblent l'avoir compris. Jamais ils n’usèrent de moyens de rigueur contre les municipalités récalcitrantes ou contre les cultivateurs désobéissants. Les sous-préfets se contentent de demander aux maires les noms des propriétaires négligents et de menacer de leur écrire ; ils répètent que S. M. « sans cesse occupée du bonheur de ses peuples veutque la betterave soit cultivée ». De telles déclarations ou de telics menaces n'étaient point faites pour intimider les campagnards âpres au gain ; elles demeurèrent, d’ailleurs, absolument platoniques. Les préfets se bornèrent eux aussi à laisser planer une vague appréhension de leur intervention auprès des « cultivateurs qui refuseraient, soit par insouciance, soit par mauvaise volonté, d'exécuter ce qui leur a été prescrit (2) ». Ils s’abstinrent de passer de la parole aux actes. Ils n'employèrent constamment que « des moyens de persuasion ». Articles dans le Journal, exposition d'échantillons, lettres d’éloges ou de blâmes se multiplient. Afin de lutter contre la mollesse ou la

(1) Préfet au Min. Intérieur 1, octobre 1812 (EF 1c/HT, Côte-d'Or 7) ; au sous-préfet de Châtillon 8 février 1813 : sous-préfet de Semur au préfet novembre 4812 ; 30 juillet 4812 (M/S8, 6/2); sous-préfet de Châtillon au même, 10 avril 1812 (M/13,26); maire de Montillot au sous-préfet de Châtillon 28 mai

(2) Sous-préfet de Châtillon au maire de Bissey-la-Côte 23 juillet 1811 ; de Beneuvre, 7 juin 4811 : de Chaumont-le-Bois. 23 mai 1811: « je vous prie de me faire connaitre leur nom : je leur écrirai » : arrété préfectoral 26 mars 1812 (M/13, 26), Darmstädter, XIX, p.642, 648, Pingaud, p. 280-282,

négligence coupable des maires et contre l'ignorance ou la mauvaise volonté des paysans, des commissaires sont créés. Ces nouveaux fonctionnaires, délégués directs du préfet, se rendent dans les villages, se renseignent sur l’état des cultures betteravières, pressent la répartition du contingent communal, veillent à la mise en état des terrains désignés, distribuent les semences, dirigent la culture et la récolte, indiquent l’usine proche. Choisis parmi les percepteurs, les notaires ou les citoyens zélés et ambitieux des faveurs préfectorales, ces commissaires ne trouvent pas toujours un cordial accueil parmi les populations. On ne tient aucun compte de leurs avis ; on manifeste « partout beaucoup d’insouciance » et peu de bonne volonté ; les autorités municipales refusent de les recevoir. C’est ainsi que Develle, percepteur à Recey-sur-Ource, se rend à Broingt-les-Moines enquêter sur les agissements de certain propriétaire qui a semé de l’orge dans le champ assigné par la commune à la culture de la betterave. Il propose au maire de faire amodier un autre terrain. « Mais M. ie maire qui avait été dérangé de son sommeil est retourné couché » ; le commissaire va chez le secrétaire de la mairie qui ne se dérange pas. Après 4 heures de démarches inutiles, l’infortuné percepteur rentre à Recey «aussi avancé » qu'auparavant {1). Ainsi la ténacité paysanne et l'inertie des municipalités ont raison des arrêtés du préfet et des décrets de l’empereur.

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