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tances préoccupe les administrateurs. En novembre 1812, le sous-préfet de Châtillon annonce que « la récolte... sera loin de suffire à la consommation ». L'hiver se passa sans trop de difficultés. La plantureuse récolte de 1813, dont les greniers et les granges ne purent contenir en quelques villages toute la surabondance, éloigna définitivement toute crainte de disette (1).
D’après Lecoulteux et Cossé-Brissac, la disette n'aurait été en Côte-d'Or que factice. Ils signalent aux ministres les exportations de grains qui privent le département des subsistances qu'il a produites. D’après les maires « sur les différents ports de la Saône il existe des approvisionnements considérables » ; la taxe établie dans le Jura à 38 fr. 75 provoque un vaste exode du blé de la Côte-d'Or vers ce département. Les préfets souhaïitent que le gouvernement prenne des mesures pour « rétablir l'équilibre » et parer aux agissements des négociants trop spéculateurs et réfréner « l’insatiable cupidité des commercants ». Cette conviction est celle des autorités locales et des populations. On se plaintdes boulangers qui vendent plus cher que la taxe municipale ne le permet et fraudent sur le poids ou sur la qualité ; on proteste contre l’exportation des grains ; om réclame la constitution de magasins ou l'obligation pour les boulangers d’avoir une réserve de farine (2). « On a vu, assure Cossé-Brissac... des choses monstrueuses ; les localités qui devaient être le mieux approvisionnées manquer absolument, leurs habitants obligés d'aller acheter au dehors tandis que les produits de leur territoire n'étaient que cachés ». Le souspréfet de Semur affirme : «Les subsistances n'auraient pas manqué... sans les enlèvements et les accaparements extraordinaires. » Les ministres se refusèrent constamment à croire les rapports préfectoraux ; ils affirmèrent leur foi dans I& liberté intégrale du commerce et leur résolution de la main-
(1) Préfet au 2e arr. Police, 28 août; septembre 1812, 14 décembre (F/T, 3625) ; sous-préfet de Châtillon au préfet, 4 novembre (M/8, 6/2); préfet au Min. Intérieur 14 septembre (M/8, 6/1).
(2) Maire de Nuits au préfet, 16 mars (M/8, 6/1) sous-préfet de Semur au même 9 août (M/8, 6/2); préfet au 2e arr. Police 20 mars, 11 avril, 2 juillet, 28 août, 14 décembre (F/7, 3625) ; au min, Intérieur 13 août 1812 (FE {c/U, Côte-d'Or 7).
tenir. Toute cette rhétorique ne convainquit pas Cossé-Brissac mieux au courant de la situation locale que le duc de Rovigo; il continua à proclamer que la liberté du commerce « doit être coordonnée aux besoins publics » et à regretter de n’avoir, pour ne pas laisser affamer ses administrés, de moyens plus directs que les excédents des exercices départementaux antérieurs et les centimes additionnels. Il aurait voulu éviter la disette par une administration avisée et non y remédier plus ou moins bien par une subite charité 1).
(1) Min. Police au préfet 28 mars : « par la circulation qu’il (le commerce) établit, lorsqu'elle est parfaitement libre, tous les pays sont assurés d'être approvisionnés » ; 31 mars: « la hausse que le prix des grains avait éprouvée à Beaune y aurait amené infailliblement une grande quantité de grains »; 22 octobre : « Je vous recommande d'une manière particulière de ne pas confondre le commerce loyal et légitime avec le monopole et l’accaparement; la moindre fausse démarche de ce genre pourrait avoir des résultats fâcheux ». Préfet au 2° arr. Police, 2 juillet et 44 décembre (F/7, 3625). — Sur des plaintes analogues, cf. Jaurès, Hist. socialiste, NI, p. 248.