Employeurs et employés
Ils se préoccupèrent moins des travailleurs adultes. À cette époque le gouvernement et les autorités témoignent plus de sympathie pour le patron que pour l’ouvrier. L'administratif Journal de la Côte-d'Or annonce en 1806 la réapparition des associations de compagnons en ces termes : « ces associations toujours funestes à la tranquillité publique et à la sûreté individuelle connues sous le nom de compagnonnage paraissent s'être renouvelées ;.. ces coteries sont une vraie peste publique » ; il ajoute que « les autorités ont l'œil ouvert sur ces sociétés illicites ». De fait, le tribunal de Dijon condamna à la prison et à l'amende des compagnons auteurs d’une rixe entre membres des différents devoirs. Le commissaire de police de Beaune fut blâmé par le Grand Juge pour avoir arrêté sans en référer au magistrat de sûreté un « compagnon ouvrier » qui injurie les femmes du marché. Mais les « sociétés illicites » et secrètes persistèrent ; on a retrouvé la trace de compagnons
beaunois en 1811 (1).
(1) Journal 3 août, 148 décembre 1806. Martin-Saint-Léon Le compagnonnage, 1901, p. 96. — Sous-préfet de Beaune au préfet 30 mars 1808 (F/7, 8533). Cf. en général, Jaurès, Hist. socialiste, NI, p. 564.
À part leurs querelles historiquement inhérentes à l’institution compagnonnique, les « coteries » ouvrières ne troublèrent pas l’ordre publie en Côte-d'Or. Les documents semblent avoir conservé le souvenir d’un seul mouvement ouvrier et encore il fut de modeste gravité. Les compagnons papetiers de Troyes, de Châtillon et de Fontenay se coalisèrent en juillet 1811 et prononcèrent l'interdit contre un patron ; Lecoulteux dénonça le fait au procureur impérial. Le conflit s’apaisa facilement car les avis parvenus à la préfecture étaient exagérés. Un patron papetier exposa au préfet que la coalition avait été provoquée par un ouvrier congédié qui aurait désiré recevoir une gratification promise à tout ouvrier ayant séjourné trois ans à la fabrique. Il avait été convenu que les primes dues aux ouvriers quittant l’usine profiteraient à ceux qui continuaient d'y travailler. Pour éviter le retour de ces incidents, le patron « suivant le principe admis par les ouvriers qu'aucun bon ou mauvais ne doit gagner plus qu’un autre » supprima toute gratification « ce qui s'exécute très facilement ». (1)
Cette mise à l'index est bien l’œuvre de compagnons car le préfet de l'Aube remarqua que les ouvriers contraignaient le patron à verser une indemnité à leurs camarades de passage et se réunissaient chez un aubergiste ; ce sont là pratiques connues du tour de France. Ils veulent aussi régler la nourriture, le salaire, réserver à leurs enfants les places d’apprentis et ont organisé contre les employeurs récalcitrants « des peines sévères dont la capitale est l'interdiction de la fabrique ». Aussi bien les patrons se plaignent-ils du « despotisme des ouvriers » et par l'intermédiaire de l’Académie de Dijon saluent avec joie l'invention de machines qui permettront de diminuer le nombre de ces auxiliaires exigeants. Ils remercient en même temps le « gouvernement vigilant » qui combat cet abus et constatent qu’il «subsiste encore dans presque toute sa force ». Cossé-Brissac s’appropria dans un rapport au ministre de l'Intérieur les sentiments de l’Académie (2)
(1) Préfet de l'Aube au préfet de la Côte-d'Or 8 juillet : patrons au même, » juillet; préfet au 2e arr. Police 21 juillet 1811 (Arch. dép. M/14, 12).
(2) Rapports à l'Académie de Dijon (M/14, 1/a), préfet au Min. Intérieur 21 septembre 1813 (F {c/II, Côte-d'Or 7). Darmstädter, XVIIT, p. 318. Cf. Levasseur, Æist. du commerce, 1, DOS:
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Dans un département aussi peu industriel que la Côte-d'Or, le mouvement ouvrier eut peu d'importance. Les salariés agricoles virent leur sort s'améliorer par suite des conscriptions répétées qui raréfièrent la main-d'œuvre. Cause et effet sont constatés par Vaillant et les conseillers d'arrondissement de Dijon. On sait comment Napoléon essaya de donner satisfaction aux plaintes des propriétaires en leur fournissant des ouvriers à bas prix par l'obligation du travail imposée aux prisonniers de guerre (1).