‹ L'Administration Préfectorale dans le Département de la Côte-d'OrChapitre 70 sur 98 · Les mendiants · texte numérisé non relu

Les mendiants

Egalement inquiétants pour la tranquillité publique sont les mendiants que la législation et les pratiques administratives du régime impérial assimilent volontiers aux vagabonds. Guiraudet désira ne pas être seulement à leur égard le chef de la police ; il s’associa très activement aux efforts d’un groupe de commerçants dijonnais soucieux « de venir au secours de la classe indigente des citoyens en procurant de l'ouvrage à ceux qui n'en ont pas » et de fournir sur place un débouché industriel aux laines produites dans le département par la création d’une filature. Les promoteurs de l’entreprise entendaient que la nouvelle manufacture füt la propriété d’actionnaires qui se partageraient les bénéfices éventuels après prélèvement d’un dixième au profit du bureau de bienfaisance. Cette filature n’a par conséquent rien d’un atelier publie et fonctionnant dans un but désintéressé. Cependant cette œuvre de commerçants actifs et philanthropes pouvait rendre service aux chômeurs et aux mendiants valides. Comme ses collègues des Bouches-du-Rhône et du Bas-Rhin le firent pour des ateliers de charité, Guiraudet s'intéressa à ce moyen de lutter contre la mendicité. Il s'empressa de donner à ce projet l'approbation administrative, légitimement sollicitée « pour un établissement aussi utile ». Il prit l’atelier de filature sous sa haute protection, prescrivit aux mendiants d’aller y demander du travail, présida

(1) Cf. tableaux comparatifs et observations de Vaillant, [, p. 508. Conseil arr. Dijon juillet 1810 (N/2, 1). Cf. Martin et Martenot, Za Côte-d Or, p. 127.

les assemblées d’actionnaires, encouragea ses administrés à souscrire les actions, indiqua au directeur des employés capables et obtint de l'administration militaire la concession gratuite d’un ancien couvent transformé en caserne (1).

La filature des Capucins éprouva quelque peine à recueillir l'argent nécessaire. Une réunion d’actionnaires décida d'y joindre un atelier pour la fabrication des draps afin d'employer les produits filés ; par cet « encouragement salutaire à l’industrie » on espère justifier « un rehaussement de la valeur des actions qui ne peuvent plus être considérées seulement comme des gages de bienfaisance ». Malgré cette extension le développement de la manufacture demeura gêné par la «lenteur... avec laquelle. est rentré un capital de 49.000 francs au lieu de 60.000 francs à quoi se montent les souscriptions ». La gratuité de l’apprentissage lui assura un personnel suflisant de jeunes garçons et de jeunes filles ; les ouvriers durent être recrutés parmi les vieillards de l’hospice ou les détenus; d'autres y entrèrent plus librement mais en petit nombre (2).

Cependant filature et tissage vivaient et tendaient à grandir. En l’an XII, on employa 18.000 livres de laine, 16.000 de coton, 600 de fil ; l’année suivante on put utiliser 30.000, 20.000 et 1.000 livres. Riouffe s’intéressa à la création de son prédécesseur. IL résista de son mieux aux demandes de l'autorité militaire qui réclamait de rentrer en possession de la caserne des Capucins afin d’y établir un hôpital et un dépôt pour les prisonniers. Consulté, le ministre des finances se déclara incompétent. Riouffe dut céder. « On n’a pas eu, rapporte Vaillant, égard aux réclamations réitérées faites par M. le préfet .… les agents militaires ont mis un très grand empressement à réoccuper cette maison ». On chercha en vain un autre local aussi économique et aussi convenable. La filature dijonnaise dut liquider en 1807. « Les comptes ont été réglés et les action-

(1) Journal, 15 fructidor an XI ; 20 thermidor an XI. Directeur Viole au préfet 4 frimaire an XI (M/14, 2) ; procès-verbal 9 germinal an XI (X/15, 1); brochure-prospectus Bibl, mun. Dijon, fonds Delmasse 301. Cf. Darmstädter, XIX, p. 307, 308 ; Fournier et Saint-Yves, p. 80,

(2) Journal, 24 frimaire an XIV. Etat du 3e complémentaire an XIII et notes du directeur Moret (M/14, 12).

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