‹ L'Administration Préfectorale dans le Département de la Côte-d'OrChapitre 72 sur 98 · Etablissements hospitaliers et institutions charitables · texte numérisé non relu

Etablissements hospitaliers et institutions charitables

La création du dépôt de mendicité est une mesure de police administrative et non un acte d'assistance publique. Le gouvernement impérial pensa rarement aux malheureux. Les préfets, les municipalités et les assemblées de la Côte-d'Or le suppléèrent.

Les malades avaient été abandonnés pendant la Révolution à la bienfaisance privée; Vaillant et les conseillers généraux déplorent l’aliénation du patrimoine « sacré » des hospices et l’affaiblissement de leurs ressources. Le régime impérial ne put restaurer complètement l’ancienne organisation des hôpitaux côte-d’oriens. Il leur assura cependant une administration régulière d’un comité nommé par le préfet et de nouvelles ressources par l’assignation d’une partie du produit des octrois. D’assez nombreux legs furent faits aux hospices. Cependant, au témoignage de Vaillant « cette partie de l’administration publique est susceptible de beaucoup d’améliorations (2)».

(1) Conseil général 1811 (N/1, 1); états (X/15, 3). Sous-préfet de Semur au préfet 9 novembre 1811 ; préfet à Rémond 21 novembre 1811. Lestre-Gautherin au préfet 6 avril 1809; sous-préfet au même 15 juin 1809; duc d’Abrantès au même 19 décembre 1809 ; préfet au sous-préfet de Semur 8 avril 1841. — Min. Intérieur au préfet 12 septembre, 41 et 17 octobre 1811 (X/15, 1).

(2) Vaillant, I, p. 381-398 ; Il, p. 217-243, Des lettres de l'administration de l’hospice de Montbard et de sous-préfet de Semur au préfet montrent que Vaillant n’a point exagéré l'état des hospices durant le régime impérial (23 nivôse an XII ; 1% avril 1809. X/2, 4). Cf. général an XII (N/1, 1).

Parmi ces améliorations souhaitées par Vaillant, la municipalité dijonnaise réalisa celle d’une clinique gratuite. En 1807 elle restaura l’ancienne « chambre des pauvres» oùles « chirurgiens de la ville donnaient aux malheureux des conseils sur leur santé (1) ». Et surtout l'administration préfectorale développa considérablement la prophylaxie médicale. Elle institua un médecin des épidémies par arrondissement et propagea l'emploi de la vaccine. Guiraudet organisa un comité central dont il se réserva la présidence ; des articles insérés dans le Journal exposèrent les avantages de ce procédé et calmèrent les inquiétudes causées par certains accidents ; des circulaires invitèrent les municipalités à créer des salles de vaccination gratuite. Le maire de Dijon rapporta de Paris du vaccin (2). Mais desrésistancesse produisirent, d’après Vaillant, « de la part de ceux qui devaient... favoriser » l'introduction de la vaccination ; cette réforme médicale « a été en but en quelque sorte à l'esprit de parti ». Afin de triompher de ces obstacles et d'accélérer l'accroissement du nombre des vaccinés dans son département, Lecoulteux décida le 26 septembre 1810 que la vaccination serait obligatoire dans un certain nombre de cas ; il défendit en effet aux maitres d’école d'admettre, aux administrateurs des hospices ou des prisons de laisser sortir, des enfants ou des adultes non vaccinés ; il recommandait en outre aux ofliciers de l’état-civil d'inviter les parents à faire vacciner les nouveau-nés et aux patrons d’agir de même à l'égard de leurs ouvriers. L'action du préfet rencontra de zélés auxiliaires en la personne de plusieurs médecins et curés auxquels le ministre adressa des félicitations ou des médailles (3). Le nombre des vaccinés augmenta, En 1810, des 349.006 habitants de Ia Côte-d'Or, 256.335 avaient eu la petite vérole, 25.523 avaient été vaccinés ; les années suivantes 22.886 suivirent

(1) Vaillant, II, p. 247.

(2) Journal 20 messidor an XI; 30 floréal an XII; 30 prairial an XII; 30 frimaire an XIII. Vaillant, 1, p. 104. Il n’existe aucune trace de décision impériale blâmant ces mesures en Côte-d'Or, il en fut autrement dans les Bouches-du-Rhône (Aulard, Centralisation, p. 196).

(3) Vaillant, II, p. 385, 386, 393 : en particulier le curé Girarde et les docteurs Morelot, Bounder, Lacoste et Rouhier. Préfet au Min. Intérieur novembre 1812 (F 1c/IIT, Côte-d'Or 7). Journal, 24 mai 1810. Cf. Pingaud,

les conseils des autorités ; ce département avec sa proportion: d'environ un septième de vaccinés suivait de bien près le. Bas-Rhin, département qui occupait le premier rang dans la prophylaxie de la petite vérole et où l'activité du préfet Lezay-Marnésia réussit à faire vacciner le sixième de la population (1).

Pour les pauvres, l'administration releva les bureaux de. bienfaisance si déchus pendant la période révolutionnaire. Administrés par un comité analogue à celui des hospices, ils avaient des ressources provenant, soit des allocations communales, soit des fondations, soit des libéralités privées. En hiver le préfet ouvre des chauffoirs et la distribution de soupes à la Rumford recommence si le besoin grandit (2). Il existe encore un « conseil gratuit et charitable » des prisons nommé par le préfet et une commission administrative de secours à domicile, subventionnés par les budgets locaux et dont l’activité est fort appréciée de la municipalité dijonnaise et du gouverne-. ment (3). Préfetet maire encouragent les aumônes particulières que distribuent les sœurs de Charité « qui sont les ministres de Ia bienfaisance » ; ils les chargent de répartir du bois et du pain, de préparer les soupes durant la disette de 1812, de rechercher les couvertures nécessaires aux prisonniers : ils se félicitent de leur collaboration et attestent, par exemple en 1806, que « dans le service des prisonniers de guerre (elles) ont déjà donné tant de preuves de leur zèle et de leur entier. dévouement (4) ».

Napoléon ne s’occupa des enfants en bas âge que lors de la naissance du roi de Rome. En 1810, son ministre de l'Intérieur refusait encore d'approuver le crédit voté à plusieurs reprises

(1) Vaillant, II, p. 393. Préfet au 2° arr. Police, 10 août 1812 (Arch. Nat. F/7,3625). Darmstädter, XVIII, p. 314, 345).

(2) Vaillant, I, p. 399-405. Journal, 15 frimaire an XI, 5 janvier et 13 mars 1806, 1% février 1810. Préfet et maire autorisent et surveillent la « maison de prêt sur gages » du sieur Bulliot, plus tard administrée par les hospices de Dijon (X/9, 1).

(3) Journal 1® février 1810 ; 49 décembre 1811; Durande au préfet,. 2 février 1809 (X/15, 1).

(4) Journal 1® février 1810, 26 mai 1811 ; appel de Durande 2 décembre 1806 (R/1, 4j. En Côte-d'Or les « hospitalières » desservent encore divers. hôpitaux et bureaux de bienfaisance (Vaillant, I, p. 381-398 ; I, p. 5).

par le conseil général de la Côte-d'Or en faveur des enfants trouvés (1). La restauration officielle de la Société de Charilé maternelle fut inspirée plus parla politique que par la bonté ; la nouvelle institution devait réunir les dames de la haute bourgeoisie, des principaux fonctionnaires et de l’ancienne aristocratie sous l'égide de Marie-Louise et pour le plus grand profit de la domination napoléonienne. Aussi bien le préfet dut-il promouvoir la formation de la section dijonnaise. Lecoulteux s'y employa. Il suggéra à ses administrées effrayées du chiffre de 500 franes fixé pour la cotisation annuelle de se grouper sur le nom de lune d’entre elles ; il fit appel au concours des autorités, il multipliales exhortations écrites aux personnes les plus riches de son département et se servit près des dames de Dijon «de l'intermédiaire de Me Lecoulteux qui par son exemple et par la douceur de son éloquence parviendra plutôt à la persuasion ». Malgré le préfet, la préfète et de zélés collaborateurs (2) la liste demeura longtemps tres courte et beaucoup de souscriptions furent inférieures au tarif impérial (3).

Le cardinal Fesch, qui avait été nommé secrétaire-général de la Charité maternelle, stimula l’activité de Lecoulteux ; un décret du 95 juillet aplanit bien des obstacles en supprimant, la réglementation minimum des cotisations. Cependant le préfet dut attendre jusqu’au 8 décembre 1811 pour convoquer une assemblée générale des dames associées. La réunion présidée par Lecoulteux choisit un conseil d’administration. La présidente fut M®*° de Bretenières dont Lecoulteuxloue la bonté traditionnelle et délicate ; les fonctions de trésorier, offertes à l’avocat-général Jacquinot, échurent après son départ pour La Haye en qualité de procureur général à M. Pradier d'Agrain ; celles de secrétaire furent remplies parle conseiller de préfecture Amanton sur le refus de M. Legouz de Saint-Seine, puis

(1) Conseil général 1810 4% et 2° sessions (N/1, 1); conseil d’arrondissement de Semur 4809 (N/2, 1).

(2) Cf. Cornereau, La Société de Charité maternelle de Dijon (Mémoires des Sciences, Arts et Lettres de Dijon, 4° série, VIT, 1899-1900), p. 395-417. Parmi ces collaborateurs le préfet distingua Amanton.

(3) Décret du 5 mai 4810 ; préfet au min, Intérieur 41 juillet 4810 (X/5, 1).

par Hernoux (1). À peine constitué le groupe dijonnais vit diminuerle nombre de ses membres et baisser le chiffre des souscriptions. Seule en 4813, la préfète, maintenant comtesse de Cossé-Brissac, remplira presque un devoir administratif en versant la somme réglementaire de 500 francs, cotisation que la fortune et le traitement élevé de son mari rendaient légère. Le total des 19 souscriptions atteint 2.798 franes. Ces ressources, augmentées d’une subvention impériale de 2.500 francs, suflirent aux dépenses et permirent de secourir en 1812 75 femmes ou enfants /2). En 1513, les dames de la Charité maternelle de Dijon continuèrent leur office charitable en attendant de solliciter le haut patronage de la duchesse d'Angoulême, affirmant ainsi le caractère politique et administratif de l’œuvre du père du roi de Rome (3).

(1) Convocations du 28 novembre : cardinal Fesch au préfet 26 décembre 1811 ; Legoux de Saint-Seine au préfet 2 janvier 1812: Hernoux au même 10 février 1812.

(2) Journal T janvier 1813. Générale Heudelet au préfet 48 novembre 1811 ; comtesse de Champmol au même, janvier 1812: listes de 1811, 1812, 1813 (X/5, 1). — Vaillant, II, p. 499,

(3) Min. Intérieur au préfet 19 décembre 1814 (X/5, 1); la liste de cette date porte de nombreux noms de l’ancien régime.

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