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distributions de prix et les installations des hauts fonctionnaires (1). À cette variété d'informations et à sa docilité aux prescriptions administratives, {e Journal de la Côte-d'Or dut d'être le manuel bihebdomadaire du bon bourgeois dijonnais, dévot serviteur de S. M. I. & R. Ila exercé une action certaine, quoique difficilement saisissable, sur les sentiments politiques de la Côte-d’Oret par là ilfut un véritableannexe dela préfecture.
k. — L'esprit public : les notables
Les préfets de la Côte-d'Or eurent peu besoin de stimuler le zèle politique des fonctionnaires. Les conseillers généraux donnent le bon exemple. En l’an XI ils votent avec élan 5 centimessupplémentaires afin d'offrir au Premier Consul cent canons destinés à l’armement de la flotille de Boulogne. L'année suivante, ils prédisent le succès du débarquement en Angleterre. La victoire d’Austerlitz provoque l'envoi d’une députation « déposer aux pieds du trône les hommages d’amour, de reconnaissance et de respect de tous ses fidèles sujets » ; on admire la création de la Confédération du Rhin ce « système fédératif habile et vaste conception du génie immortel qui donnera son nom à son siècle » ; ces décisions sont prises, affirme le procès-verbal, « d’un mouvement spontané ». À diverses reprises l'assemblée départementale se déclare « pénétrée d'amour et de reconnaissance pourS. M. » ; en 1811 elle décide de supplier Napoléon d’autoriser un crédit de 4.600 francs qui seront dépensés « à l’achat et autransport d’unestatue en marbre blanc représentant le monarque chéri par la France et toujours occupé du bonheur et de la gloire de ses peuples (2) ».
Également enthousiastes sont les conseillers d’arrondissement. N’osant élever leur pensée jusqu’au souverain ils célèbrent la « sagesse » des sous-préfets et prophétisent à Molé, après la réfection de la route de Beaune à Semur, que cet «inappréciable bienfait..…. éternisera la mémoire de son administration dans ce département ». Si les conseillers beaunois se
(1) Cf. particulièrement 15 janvier ; 19 février 1809 ; « la gastronomie ne manquera jamais de sectateurs » ; 15 mars ; 26 avril ; 3,17, 31 mai 1810.
(2) Conseil général an XI, an XII, 1806, 1811 (N/1, 4). Vaillant, [, p. 327.
hasardent à solliciter quelques adoucissements à l’application des droits réunis, les Châtillonnais félicitent le gouvernement consulaire de cette réforme fiscale (1).
Les municipalités rivalisent d’éloquence et d'enthousiasme. Nombre de communes offrirent de l’argent ou du bois pour la flottille de Boulogne ; certaines dépassent dans leur zèle anglophobe leurs disponibilités budgétaires et le gouvernement doit refuser ces imprudentes libéralités. Dijon vote 20.000 francs pour un bateau plat; Beaune s’impose5 centimes additionnels ; Bissey-la-Pierre, Salives, Montigny-sur-Aube, proposent de vendre leurs réserves forestières. Voulaines en aliènerait pour plus de 6.000 francs et renoncerait à une créance de 2.000 (2) contre le gouvernement. À Dijon on donne le nom de Bonaparte à la rue Charbonnerie où le vainqueur de Marengo logea en allant vers le Saint-Bernard et celui de Napoléon au pont que l’on construit sur l'Ouche ; la promenade située entre la porte Guillaume et l’Arquebuse est dédiée au roi de Rome (3). Sur le théâtre on représente des pièces à allusions faciles et un publie prévenu applaudit et réclame les passages à succès; l'anniversaire d’Austerlitz est fêté par un défilé de la compagnie de réserve départementale qui, par de savantes évolutions, dessine sur le plancher dela scène une N fortréussie. Le mariage de Napoléon suscite celui de cinq militaires en retraite avec autant de jeunes dijonnaises dotées parla municipalité. C'est surtout la naissance du roi de Rome qui excite la verve des poètes et l'imagination des administrateurs. Dijon délègue sept citoyens pour féliciter S. M. de l'heureux événement et assister au baptême de l’impérial nouveau-né. Or le maximum réglementaire de semblables députations avait été fixé à cinq membres. Le maire Durande l'ut avisé que le groupe dijonnais ne serait point admis en présence de l’empereur. Désolé le digne magistrat insista auprès du grand-maréchal de
(1) Semur janvier 1809. Beaune octobre 1807. Châtillon an XII (N/2, 1).
(2) Journal 5 thermidor an XI. Min. Intérieur au préfet 12 germinal an XI ; 2 prairial an XII ; procès-verbaux 15 et 21 messidor an XI (F 1c/INI, Côte-d'Or 9). Préfet au min. Intérieur 4® fructidor an XI : Auxonne 4 messidor an XI (F {c/II!, Côte-d'Or 8).
(3) Journal 13 août 1809 : 45 fructidor an XII : 20 fructidor an XI. Chabeuf, Dijon, monuments et souvenirs, p. 97.
la Cour ; il sollicita une décision de S. M. elle-même. I] lui fut répondu que le texte était formel. Cet incident n’empêcha point les zélés délégués d'obtenir la décoration ou le titre qui motivait leur démarche. Durande sut gagner l'estime des maires des bonnes villes quile chargèrent de surveiller la frappe d’une médaille commémorative du baptême. Cette désignation le combla de joie. « Sera-t-il jamais pour nous, écrit-il à ses commettants, de plus honorables souvenirs et de plus flatteurs que notre réunion près du trône en ces jours de fête et de cérémouie ? » Durande se consacre tout entier à la frappe de cette médaille « impérissable comme la gloire du héros dont elle transmet l’image ». Pendant ce temps la vie municipale dijonnaise est suspendue; Dijon n’a plus d’adjoint, plus de maire. Le préfet, par l'intermédiaire d’un conseiller de préfecture et d’un auditeur au conseil d’État, administre les affaires communales. Durande n’en a cure. Il songe à être présenté plus intimement à l’empereur. Il écrivit en effet au ministre de l'Intérieur : « Il serait bien flatteur pour le commissaire des 49 maires... que vous puissiez obtenir de S. M. linsigne faveur qu’il accompagne V. E. » lorsque le ministre remettra au souverain un exemplaire de l’impérissable médaille (1).
À Auxonne la victoire d’Austerlitz, l’entrée de l’armée française à Berlin, la naissance du roi de Rome sont l’objet de réjouissances dont Amanton envoie le récit détaillé au ministre de l'Intérieur ; elles comportent assez régulièrement le couronnement et le mariage d’une rosière et la rédaction d’une lettre dans laquelle les Auxonnaïs attestent leur « dévouement sans bornes, attachement inviolable, reconnaissanceïnfinie et amour indicible pour la personne auguste et sacrée de S. M. ». En 1812, la ville projette d'élever une statue à l’empereur ; elle obtient sans peine l’autorisation d’affecter 10.934 francs à cette urgente dépense et le directeur-général de la comptabilité communale s’empresse d’exonérer ces crédits de la retenue instituée par le décret du 28 septembre 1810 (2). A Saint-Jean de Losne, le
(1) Journal 14 frimaire an XIV ;: 11 décembre 1806 ; 1er avril 4810. Arch. Nat. F1c/III, Côte-d'Or 4 et 9.
. (2) Auxonne 28 frimaire an XIV ; 6 novembre 1806 (E 1c/HT, Côte-d'Or 1). 3 décembre 1809 ; 9 juin 4814 (F 1c/II!, Côte-d'Or 8).
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maire Coste s'inquiète des dangers que la reprise de la guerre continentale peut faire courir à la personne « auguste et sacrée » de Napoléon. Il s’ouvre de ses craintes au ministre de l'Intérieur et lui suggère le plan d’une adresse « qui partirait simultanément de tous les points de l’empire » afin de conjurer S. M. «de ne point exposer une vie dont la perte en couvrant la France d’un deuil éternel compromettrait si éminemment sa tranquillité ». En 1811 le prudent magistrat fait délibérer par son conseil municipal : « la naissance de S. M. le roi de Rome met le comble au bonheur de la France en assurant à jamais le repos de l’empire ». D’analogues protestations se retrouvent dans les autres villes ; Le 15 août et le 2 décembre sont fêtés avec entrain par les municipalités et par les fonctionnaires. Les victoires sont célébrées par des Te Deum et des réjouissances publiques. Les maires ont soin d’exciter la gaieté de leurs concitoyens par des libations gratuites et par des proclamations enflammées [1).
Toutes ces démonstrations sont-elles bien sincères? Il est permis d’en douter car les préfets ont convoqué extraordinairement le conseil général en l’an XI et tracé à l'assemblée son devoir ; ils laissent les maires actifs ou ambitieux réunir de leur propre autorité les conseils municipaux ; le bon ‘ témoignage qu’ils rendent de ces fonctionnaires dévoués et les distinctions ou fonctions qu'ils leur procurent sont pour eux une récompense et pour leurs collègues un stimulant (2). En 1814 Durande deviendra baron de l'empire juste à temps pour ne pas avoir déjà arboré le drapeau blanc ; Amanton continuera sa carrière administrative sous la Restauration et sera révoqué par le gouvernement de Juillet. Conseillers généraux et conseillers d’arrondissement acclameront le retour! des Bourbons. Toutefois leurs sentiments politiques ont pu évoluer. Durant le régime impérial les auteurs des
(1) Maire de Belle-Défense au Min. Intérieur 26 vendémiaire an XIV (EF c/Hl, Côte-d'Or 1); délibération 15 mai 1811 (F 1c/III, Côte-d'Or 8). Hutinel et Mathey, Vitfeaux, p. 485. Journal 3 mai 1810.
(2) Le ministre de l'Intérieur provoqua par circulaire la collaboration des municipalités et des départements à la construction de la flottille (Correspondance de littérature... 4 messidor an XI). Préfet au min. Intérieur 143 prairial ee (F 1c/III, Côte-d'Or 8) ; délibération de Bure 46 pluviôse an XII (Côte-
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adresses ou les orateurs officiels furent peut-être de bonne foi : ils ont accompli une partie de leurs devoirs administratifs en célébrant la gloire du souverain.
Dans le nombre, assez considérable, des fonctionnaires deux groupes méritent une place particulière. Le clergé a été en Côte-d'Or un ferme soutien de la domination impériale. On signale de temps en temps un desservant qui prêche contre le mariage civil ou contre les ex-assermentés ; des maires accusent leur ennemi local de chanter « râremant le domine saloum fac imperatores ».Le plus souvent de telles imputations sont inexactes. Lorsqu’elles semblent fondées préfet et évêque châtient promptement le délinquant et tout rentre dans l’ordre. Au. besoin le ministre de la Police générale les supplée et incarcère d'office un prêtre qui a prêché contre le Concordat. Le duc de Rovigo se substitue même au préfet. Le vicairegénéral Lemaïtre avait prononcé le 2 décembre 1812 « un discours... des plus médiocres quoique composé dans un bon esprit »; mais un agent du ministère remarqua « un passage analogue à la guerre actuelle qui contre l'intention de l’auteur était la critique du gouvernement ». Cossé-Brissac confessa l’abbé Lemaitre et le força « d’avouer.. franchementsa bêtise ». Son sermon n'est qu’une « ridicule composition » et il est inutile de sévir contre un homme de bonnes dispositions. Le duc de Rovigo ne fut point de cet avis et il envoya l’orateur passer quelques semaines dans la forteresse de Pierre-Châtel. Pareille mésaventure n’arriva pas au vicaire-général Colin. A l’occasion de l’annexion du territoire pontifical il se produisit « quelques alarmes dans le clergé et parmi les personnes en qui le zèle de la religion n’est pas suffisamment éclairé par les connaissances historiques ». M Reymond étant absent, Colin rédigea un mandement qui lui valut les félicitations de l’exconventionnel Guillemot. Il prouva que la « souveraineté temporelle du chef de l'Église n’a rien de commun avec la religion » et professa hautement les maximes gallicanes. Ayant ainsi manifesté « la sagesse de ses principes et son dévouement à S. M. » l'abbé Colin attendit sa promotion à l’épiscopat (1).
(1) Maire de Maïlly au préfet 8 février 1808 ; Evêque au même 16 mars et 13 septembre ; enquête préfectorale 16 juillet (V 24) ; préfet à l'Evêqué