L'esprit public: les masses populaires
IL peut également témoigner aux ministres de l’excellent esprit qui anime l’ensemble des populations côte-d’oriennes. À maintes reprisesille fait et obtienten retourles félicitations de ses chefs qui y voient « le résultat d’une bonne administration. » S. M. déclara avoir « toujours été satisfait du bon esprit des habitants de la Côte-d'Or (2) ». Ces éloges l’encouragent à ne point apercevoir ou, du moins, à ne pas divulguer les symptômes de mécontentement qui se manifestent de temps en temps chez ses administrés. À l’exemple des préfets de la Loire-Inférieure, il n’use guère de son pouvoir de chef de la police politique départementale que pour atténuer les inquiétudes des directeurs du 2° arrondissement de Police générale. De fait, les incidents qui se produisent dans le département sont insignifiants. Après boire quelques discoureurs dijon-" nais réclament le retour des Bourbons. Des officiers de la légion du Midi, en garnison à Auxonne, « se sont emparés d’un portrait de S. M. et se sont permis des actes scandaleux ». Le maire et Riouffe, après lui, ne s’émeuvent pas de ces gestes d’ivrognes. Quelques individus écrivent des lettres violentes contre le préfet « généralement détesté » et déplorent la chute de Robespierre ; il s’agit en réalité de solliciteurs éconduits par des jacobins nantis ou de gens d'humeur acariâtre. On relève les traces d'agents secrets du comte de Lille (Louis X VIIT) tels qu’un émigré rentré de Russie, Villedieu de Torcy. Le préfet, bien que satisfait de la conduite de cet ancien conseiller d'Etat en Russie, le surveille d'assez près pour que de Torey, qui n’a
(4) Vaillant, Il, p. 497. Journal, 16 février, 26 avril, 20 septembre, 8 novembre 1812, 19 décembre 1811,
(2) Préfet au 2° arr. Police 29 mai 1806 (F/7,8424); Min. Intérieur au Préfet, 4% juillet 1813 (F 4c/III, Côte-d'Or 7).
point sollicité le bénéfice de l’amnistie, retourne à l'étranger. C'est encore la préfecture qui proteste avec quelque ingénuité contre les manifestes du prétendant (1). Les ex-émigrés continuent à être observés par la police locale mais les préfets appuient volontiers les demandes en mainlevée de surveillance que les intéressés formulent fréquemment, d'ordinaire sans succès s'ils ne peuvent invoquer quelque patronage influent (2).
Plus graves sont certaines menaces de mort contre Napoléon où certains propos séditieux. Riouffe s’alarme difficilement. Un déserteur est conduit devant lui : il a déclaré que «s’il était auprès de Bonaparte, ce dernier n’existerait pas longtemps ». Le préfet le renvoie au lieu de son domicile car l'individu lui Ca paru plutôt être un mauvais sujet qu’un homme dangereux pour l'Etat ». Il paraît s'inquiéter encore moins de lettres anonymes venant de Beaune et annonçant et le meurtre de Bonaparte et le prochain rétablissement de Louis XVIII sur le trône (3). Son successeur, questionné sur l'existence d’un complot tramé à Beaune, affirme qu'il n'en est « absolument rien » et demande comment les propos de « deux ou trois perruquiers.. dans l’état d’yvresse » compromettraient la solidité du pouvoir impérial. Lecoulteux explique que certaines menaces, attribuées à un propriétaire de Saint-Andeux qui se serait réjoui de la mort du fils du roi Louis, sont dues à la haine de quelques habitants de ce village avec lesquels l’inculpé est en procès. Ce genre d'accusation est un procédé volontiers employé pour nuire aux gens dontona à se plaindre ; on en rencontre d'autres exemples. Un vertueux citoyen dénonce un forgeron pour avoir prophétisé que les « victoires n’étaient que momentanées »; il ne dissimule pas aux gendarmes que
(1) Journal 20 messidor an XII. Préfet au 2e arr. Police 41 juin 1809, 22 janvier 1811, 12 mars 1813 (F/7,8533); commissaire de Dijon au préfet (4 germinal an XIII); préfet au maire d'Auxonne 10 juillet 1806 (M/6,93/a).
(2) Femme Marey au 2e arr. Police juin 4809 ; Coëtlogon au même 20 mars, 14 septembre 1809. Préfet au même, 29 septembre 1808, 41 janvier 1809 (F/7, 8533). Cf. Villat Napoléon à Nantesen 1808, R. Et, Nap., Il, 4912,p. 345.
(3) Préfet au 2e arr. Police 12 avril 1806 (F/7, 8424); note de police 28 vend.an XIIL (F/7, 3668): «il faut qu'avant que ta tête soit couronnée. elle ait volé en l’air et que ton corps par mes mains déchiré soit la nourriture des chiens. Paris... n'attend plus qu un faible renfort pour mettre Louis XVIII sur le trône et en dépouiller l’infâme Bonaparte ».
«la conduite de ce jeune homme lui avait fatigué l’âme ». Amené devant Rioufïe, le criminel s’expliqua : il avait « bu un peu plus qu’à l'ordinaire ». Mais son loyalisme est incontestable ; n’a-t-il point «il y a environ dix mois nourri avec soin un aigle et... porté à M. le préfet de la Haute-Marne pour qu'il fut offert à S. M. »? Riouffe ne put que le féliciter de cette ingénieuse pensée et déclarer : « Il est dans l'intention de S. M. que ses sujets jouissent d'une liberté sage et raisonnable (1) »,
Aussi bien les préfets ne font-ils incarcérer par mesure de police administrative que des individus dangereux pour la tranquillité publique mais que la police judiciaire ne peut atteindre en l'absence de délits caractérisés. Riouffe interroge et incarcère deux pseudo-moines italiens qui quêtent en faveur de l'hospice du « Mont-Saint-Martin, situé au pied des Alpes » ; certains préfets le confondent avec celui du Mont-Saint- Bernard et s’empressent de remplir l’escarcelle des pieux délégués d’une maison chère au «€ vainqueur de Marengo ». Une femme est emprisonnée afin de & soustraire au regard du public le scandale d’un libertinage effréné et d’une ivrognerie dégoûtante »; une vagabonde, « être très dangereux à la société », la complice d’un assassinat, des incendiaires constam* mentaccuséset constammentacquittés par le juryl’yrejoignent ; la prison hospitalise les libérés auxquels la saison ou leur passé ne permettent pas de trouver du travail (2). La mise en surveillanceadministrative émane du ministre de la police ; elle est infligée à plusieurs personnes originaires du département pour écrits ou propos séditieux, fréquentations suspectes, escroqueries ou contrebande, participation à la première conspiration du général Malet ou attaches aux « ci-devant princes ». Rien ne prouve qu'aucun de ces délits, souvent douteux, ait été perpétré en Côte-d'Or (3).
La masse des citoyens s'intéresse peu aux affaires publiques.
(1) Préfet au 2e arr. Police 20 avril 1809 (K/7, 8533) ; 8 janvier 4811 (F/7, 3668), 21 novembre 1806 (K/7,8424): 2e arr. Police au préfet 1e" mars 1808; 28 novembre 1810 (K/7,8533).
(2) Rapports mensuels au 2° arr. Police (F/7, 3282). 2e arr. au préfet 5 novembre 4806 ; réponse 24 février 1807, rapports (F/7,8424).
(3) Liste de 1840 (?) (F/7,3668).
Molé constate que les Beaunois se préoccupent plus de « faire avec avantage le commerce des vins »; Cossé-Brissac assure que leur unique participation au gouvernement de l’Etat consiste à «admirer les exploits de l'empereur ». Les électeurs, nous l'avons vu, restent volontiers à l'écart des luttes électorales (1). Leur assistance aux fêtes publiques, l’allégresse qu'ils témoignent à l'annonce des victoires impériales, l’illumination Spontanée de la ville de Dijon à la première nouvelle de la naissance du roi de Rome sont vraisemblablement exagérées par les chroniqueurs officiels. Un pharmacien de Seurre compose la « liqueur d'Austerlitz (qui). fortifie la faculté digestive et réveille l'énergie vitale » altérées par « la fièvre... apportée par les prisonniers russes ». Est-ce éloge de la victoire ou constatation de ses suites (2) ? Par contre, durant le régime impérial, il se produisit en Côte-d'Or divers malaises politiques ; plusieurs fois, le préfet dut expliquer à ses administrés les motifs et les avantages de la politique impériale, exciter leur zèle ou réclamer leur soumission, démentir les faux bruits et calmer l'agitation naissante.
La reprise et la continuation des hostilités sont la première et principale cause de ces époques légèrement inquiétantes pour le représentant du gouvernement. Le soin avec lequel le Journal relève les moindres signes de paix possible avec les Anglais, la vigueur avec laquelle il signale la conduite du cabinet anglais qui entretient le soulèvement dans la Calabre « vrai scandale aux yeux de tous les gouvernements européens » (14 août 1806) sont des indices de la joie que manifesteraient les populations à la cessation de la guerre. Dans les adresses emphatiques des collèges électoraux et des corps administratifs ce souhait de la paix reparaît, discret mais constant. Après
(4) Préfet au 2° arr. Police 20 avril 1809 (F/7,8533); au Min. Intérieur novembre 4812 (F 1c/IIT, Côte-d'Or 7).
(2) Journal 21 août 1806 ; 43 août 1809 ; 22 avril 1810, 30 thermidor an XI ; 14 mai 1809, 23 mars 1811. Préfet au 2e arr. Police 23 mars 1811 : «toute la ville a été illuminée. sans qu'aucun ordre n'ait été donné » (FAc/III, Côted'Or 9) : au Min. Intérieur, novembre 1812 (F 1c/III, Côte-d'Or 7). Vaillant, II, p. 45,
Tilsitt, annoncé « au bruit du tambour et au son des trompettes » les poètes du cru chantent :
« Napoléon, viens parmi tes enfans « De leur reconnaissance entendre les accens. »
On se réjouit du projet de descenteen Angleterre, du mariage de l’empereur et de la naissance de son fils parce que ces événements semblent rapprocher la conclusion de la paix et assurer « à jamais le repos de l'empire ». C'est ce même désir de paix qui explique avec quel empressement « les bonnes gens » accueillirent en 1810 l’annonce du mariage du roi d’Espagne détrôné, le futur Ferdinand VII, et d’une sœur de Marie-Louise; ils la «croyaient, renseigne Lecoulteux, parce qu'ils croyaient y voir la fin de la guerre d'Espagne (1) ». On aspire à la paix car elle mettrait un terme à la conscription et aux continuelles levées d'hommes. On ne résiste pas mais on murmure. Riouffe lance le 8 vendémiaire an XIV (30 septembre 1805) une proclamation qui annonce la guerre contre les Autrichiens « salariés de l'Angleterre » ; le préfet calme les appréhensions provoquées par l'appel des conscrits de réserve dont le séjour dans leurs foyers n’était qu’une faveur du gouvernement. En tenant compte de la réapparition du calendrier grégorien la classe 1806 comprendra les jeunes gens nés pendant 15 mois ; elle sera par conséquent et naturellement supérieure aux précédentes. On s'est ému de la levée de conscrits déjà réformés pour entrer dans les compagnies de vélites récemment créées ; c'est une « faveur du gouvernement dont la bonté paternelle sourit à la jeunesse ». Enfin, la réorganisation de la garde nationale «cette institution tutélaire » n'est que l'application des lois existantes. Mais en 1807 Riouffe ne veut pas faire examiner à nouveau les conscrits de petite taille ; il a « encore présens les mécontentemens » causés auparavant parsemblable mesure. D’alarmantes rumeurs circulent lors des levées de recrues ; on parle de défaites, on s’inquiète de l'absence de l’empereur et de l'éloignement de l’armée. On se dit qu'à la victoire sanglante et incomplète d'Eylau le corps du maréchal
(1) Préfet au Min. Intérieur 2 novembre 4810 (confidentielle Fic/HI, Côted'Or 9). Journal 23 juillet, 2 et 20 août 1807.
Augereau a été presque complètement anéanti. De suite le Journal publie des rectifications, parfois plus fausses que les bruits qu’il veut démentir (1).
La stagnation du commerce et les crises économiques sont une autre source de faux bruits et de craintes. Riouffe observe en 1806 la « paralisie commerciale » produite par l'établissement des droits réunis. Des placards séditieux sont affichés, des affiches reproduisant les bulletins de la Grande Armée sont lacérés par des inconnus à Dijon. Mais on préfère par la soumission obtenir « quelques modifications qui concilient… les besoins... du gouvernement avec l'intérêt du commerce ». Les délibérations du conseil d'arrondissement de Beaune et la conduite des Beaunois en 1814 prouvent que Molé ne se trompait point en déclarant que dans cette ville « tous les habitants ne sont pas également attachés au gouvernement (2}° En 1810, le ministre de la Police signale au préfet dela Côted'Or, comme à ses collègues « l'espèce d’effervescence qui paraît... régner » dans ce département. Lecoulteux ne nie pas les faits ; il indique les tentatives d'accaparement sur le sel, sur les blés, les bruits de détresse financière, la crainte de voir décréter « les cédules hypothécaires, le papier-monnaye, le cours forcé des billets de banque, la suspension des paiements de la caisse d'amortissement, l'impôt sur le sel » ; beaucoup d’autres « absurdités » furent « débitées avec profusion ». D'après le préfet la véritable cause de toute cette agitation est « la réduction des monnoyes » ; des décrets venaient, en effet, d’abaisser la valeur de la livre tournois à un franc et de l’écu de 3 livres à 2 fr. 75 ; « toutes les têtes ont travaillé parce que toutes les bourses étaient atteintes ». Lecoulteux ne recourut pas aux mesures de rigueur ; il profita de ses « fréquentes relations avec un grand nombre d'individus des diverses classes » pour diriger les conversations sur ce sujet et rétablir l’exactitude des faits. « Un baume souverain, ajoute-t-il,
(1) Proclamation (F 4c/[IT, Côte-d'Or 9); préfet au Directeur dela Conscription {1 août 1807 (R/1,13) : au maire de Dijon 9 frimaire an XIV (M/6.93/a). Journal 16 octobre 1810 ; 12 mars 1807.
(2) Préfet au 2e arr. Police août 1806 (K/7, 8424) ; d'Hauterive, La police secrète du premier empire, 11, 1913, p. 468 ; Beaune conseil d'arrondissement 1806, 1807 (N/2, 1); préfet au 2e arr. 20 avril 1809 (F/7,8533).
a été répandu sur ces plaies par la nouvelle de la grossesse de S. M. l’impératrice ». L'effervescence se calma (1).
La question des biensnationaux ne laissa pas de troublerlaréalisation des vues consulaires de pacification intérieure. Comme dans les Côtes-du-Nord les émigrés réclamèrentleursbiens aux détenteurs actuels ; par des lettres anonymes, par les « suggestions de quelques prêtres » ils essayèrent de les intimider. Guiraudet ne se serait pas montré fort énergiqueen la circonstance si l’on en croit son successeur ; Riouffe au contraire, par son « opinion bien manifestée dès le début » de son administration mit fin à ces tentatives. Il pense qu’on ne « distingue presque plus des biens patrimoniaux » les domaines nationalisés. Cette affirmation, fausse également dans les Côtes-du-Nord, émise pour la Côte-d'Or en l’an XIIT n’y est pas encore vraie en 1809. Dans leur session de cette année les conseillers généraux désirent une nouvelle répartition des petites parcelles non seulement parce que cette mesure présente des avantages économiques mais aussi parce qu’elle permettrait « l’'amalgame et la confusion des biens nationaux de toutes origines qu’un sentiment déraisonnable se plaît toujours à distinguer dans les transactions ». On essaya encore de faire revivre les anciennes" tenures. La Cour d'appel de Dijon refusa de considérer comme féodal et par suite comme aboli un baïl à cens emphythéotique portant lods et retenue ; cet arrêt fut cassé par la Cour de Cassation le 30 mai 1809 et par cette dernière décision, écrit Vaillant « la tranquillité a été rendue à un grand nombre de familles qui se trouvaient après 20 ans inquiétées (2) ».
La question religieuse n’eut pas en Côte-d'Or grande importance. Grâce à l'esprit conciliant de l’évêque et aux visées épiscopales de l'abbé Colin, l'accord entre les deux pouvoirs fut facilement maintenu. Si le Concordat a été accueilli « avec
(1) Préfet au Min. Intérieur 2 novembre 1810, (confidentielle Fc/III, Côted'Or 9); 29 novembre 1810 (F/7, 3668). Sur cette réduction cf. Lanzac de
Laborie, Paris sous Napoléon, NI, p. 125-127. Sur l'agitation des esprits à la fin de 1810 cf. Schmidt, R. Et. Nap., Il, 1912, p.101.
(2) Préfet au 2e arr. Police frimaire an XII (M/8,6/2). Vaillant, II, p. 260,
261. Journal 20 nivôse an XI. Dubreuil, Biens Nationaux Côtes-du-Nord, p. 445, 448, 623.
reconnaissance », si au passage du Pape revenant du Couronnement « tous les cœurs étaient émus »et si Gueneau d'Aumont et Ranfer de Bretenières s’empressaient d'offrir l'hospitalité au Pontife que Guiraudet haranguait en latin (1), on ne témoigna pas un vif intérêt au prisonnier de Savone. Cossé-Brissac comme ses prédécesseurs put attester que le « département continue de jouir de la plus grande tranquillité » religieuse et que « l’esprit public... entièrement opposé au fanatisme... n’est point disposé à embrasser les opinions d’aucune secte ». Etait-ce réelle indifférence ou silence contraint et trompeur? De fait on saisit avec avidité les occasions de se renseigner sur les actes de l’empereur autrement que par la voie du Journal de la préfecture. À Dijon, un colporteur vendit en peu d'instant 2.000 exemplaires d’une brochure sur le concile national de 1811 annonçant que « les Pères... s’étaient séparés du Pape... et que le clergé allait être gouverné par l’empereur ». Lecoulteux fit incarcérer le colporteur trop bien informé (2). En dépit de la vigilance et de la rudesse du préfet et du duc de Rovigo, les habitants de ce département favorisèrent la correspondance occulte des cardinaux noërs Gabrielli, Oppizoni et di Pietro en résidence forcée à Semur. Le maire s'occupa de leur trouver un logement convenable dont ses concitoyens oïfrirent le mobilier avec empressement et les propriétaires omirent de se faire payer. Lecoulteux ne put réussir à découvrir ces anonymes quêteurs qui suppléent à la modique pension allouée aux prisonniers par la générosité impériale. Il envoya constamment d’élogieux rapports sur la « vie retirée » des Eminences « prudents, modestes et affables » tandis que le cardinal di Pietro continue à correspondre avec Pie VIL. Lorsque Savary, informé par d’autres voies, fait conduire devant lui le cardinal, maire et préfet s’étonnent « ne voyant oun’apprenant que des choses honorables pour le carac-
(1) Préfet au 2e arr. Poli:e 18 prairial an XII (F/7, 8424); Journal 25, 30 germinal an XII. On signale quelques traces de l'ancienne rivalité entre adhérents des constitutionnels et des réfractaires (curé d’Arnay-sur-Arroux à l'évêque 20 fructidor an XII, V, 20).
(2) Préfet au Min. Intérieur rapports sur les premier et troisième re de 1812 (F 1c/IIl, Côte-d'Or 7). Bulletin de police 18 juillet 14811 (F/7,3772).
tère et la conduite » des prisonniers (1). Cette expérience n’ouvritpointles yeux de Napoléon; il continua d’avoirconfiance dans les populations de la Côte-d'Or pour monter une vigilante garde autour des prélats qui lui déplaisaient. L’évêque de Gand, M# de Broglie, coupable d’avoir trop rappelé la captivité du Pape, fut envoyé à Beaune en 1811 (2).
Les mouvements politiques, moins rares qu'on ne serait tenté de le croire, contre l’autocratie impériale n’eurent point d'échos en Côte-d'Or. La seconde conspiration de Malet fut communiquée tardivement à ses lecteurs par le Journal préfec toral. Elle avait duré trop peu de temps et avait été trop promptement et trop durement réprimée pour exercer quelque influence en province. Cossé-Brissac et son conseil de préfecture l’affirment avec solennité dans une adresse à S. M.: « absent comme présent vous pouvez compter sur leur fidélité. Fidèles à notre poste nous donnerons l'exemple du dévouement le plus absolu... Ces sentimens sont ceux de tous vos fidèles sujets de la Côte-d'Or ». Cette lettre est datée du 31 décembre 1812; le 29 décembre 1813, Cossé-Brissac prendra en face de l’ennemi la direction de la résistance aux ordres du souverain (3).
(1) Préfet au 2* arr. Police 22 octobre 1810, 21 février 1811 (F/7,3668) ; maire de Semur au préfet 17 octobre 1810, 11 janvier 4811, 28 janvier 1811 (M/6,94). Cf. Lucotte, Les cardinaux noirs à Semur (Bull. histoire et archéologie du diocèse de Dijon 1885). De Grandmaison. Vapoléon et les cardinaux noirs, p. 75-129.
(2) Welschinger, Le Pape et l'empereur, p. 323, 389... Les sœurs de la Charité soutinrent longtemps contre l'empereur l'abbé Hanon. Le ministre des Cultes déclare à Napoléon en mai 1811 que de tous les membres de cette congrégation «13 seulement persistent dans leur opposition en y comprenant les 7 de Dijon qui ont toujours été des plus exagérées » ; en décembre les religieuses dijonnaises persistent dans cette attitude qui ne prit fin pour les plus obstinées que par le renvoi administratif dans leur commune d’origine (Rapports à l'empereur 4 mai, 18 décembre 1811, 6 mai 1812. AF/IV,1048). Cf. Canton, Napoléon et l'abbé Hanon, Revue historique, CII, 4909.
(3) F Ac/IIT, Côte-d'Or 1.