LA
Brissac indique « la quotité du contingent que (chaque) arrondissement... paraît ne pouvoir se dispenser de fournir » ; plus tard il précisera le montant de la générosité de certaines communes {1}.
Les sous-préfets s'empressent de réunir les maires et de leur adresser des discours enflammés. Devant les maires des communes rurales de l'arrondissement de Semur, Martin stigmatise « l’impie et lâche désertion du général d’Yorck, cette trahison achetée par l'or corrupteur du gouvernement britannique ». L'assemblée est « simultanément électrisée » par ces paroles. Les maires «retrouvant dans leurs dispositions comme dans leurs cœurs les sentiments exprimés par M. le sous-préfet » votent sans hésiter le crédit qui leur a été suggéré ; ils assurent même regretter que « le manque absolu de ressources que présentent les communes ne leur permette pas de faire des offres proportionnées à leur désir ». Ailleurs le maire donne l’impulsion.A Saint-Jean-de-Losne, Coste obtient le vote de 2 cavaliers; à Dijon, Durande « a vraiment à cœur que la ville se distingue » d’après le témoignage peu suspect de partialité du préfet ; un maire du canton d’Arnay-sur- Arroux fait approuver par l'unanimité de son conseil municipal un crédit de 1.500 francs et tout en dissertant abondamment sur « l'intensité du froid » et « la perfidie d’un prussien » annonce qu’il paiera le double de sa propre contribution mobilière ; la commune de Précy-sous-Thil offre 2 cavaliers « non comme des sacrifices mais comme une dette sacrée de tout français ». Seule, peut-être, la ville de Semur ne vota point le contingent assigné par le préfet. C’est que ses disponibilités budgétaires ne s'élèvent qu’à 97 fr. 99. Pour monter les
cavaliers qu'elle décide de s'imposeril sera nécessaire de provo-
quer une souscription ou d'établir une taxe supplémentaire. Elle ne peut donc promettre que deux chasseurs alors que Cossé-Brissac en désirait d'elle trois. Le maire s’en excuse humblement ; il énumère au préfet les dettes de la ville et
termine en disant : «c’est le denier de la veuve ;.. il a été (1) Décret du 18 janvier (manque dans Duvergier) ; circulaire du préfet, 18 janvier. La ville de Dijon est taxée à 40 cavaliers, l’arrondissement à 31
et ceux de Châtillon, Semur et Beaune respectivement à 17, 23 et 31 (Arch. dép. R/1, 13).
offert avec dévouement et mériterait d’être vu avec indulgence ». Cossé-Brissac ne put que convenir de la situation financière de Semur et protesta que le taux de sa demande n'avait été déterminé que par son désir d'attirer sur cette ville les faveurs de S. M. (1).
Les communes ne furent pas seules à recevoir les suggestions préfectorales. Le conseil académique de Dijon vota l'achat et l'équipement de deux chevaux. Le prix des animaux fut de 1.212 francs et celui de chaque harnachement s’éleva à 128 fr. 75 (2). Dans l'impossibilité de réunir d’aussi fortes sommes, les internes du lycée de Dijon se contentent de verser dans la caisse du payeur général les deux cents francs qu'ils ont prélevés sur l'argent de leurs menus plaisirs. Les officiers en retraite abandonnent dix jours de leurs pensions. Des souscriptions sont ouvertes parmi les employés des diverses administrations, les soldats de la compagnie de réserve, le conseil d'administration du 1° d'artillerie à cheval. A titre individuel les fonctionnaires contribuent également à la reconstitution de la cavalerie impériale. Le préfet offre équipement complet de deux cavaliers ; le receveur général fait de même pour un troisième, On constate encore d’autres dons, proportionnés au traitement du donataire (3). *
Le résultat obtenu dépassa les espérances et les exigences du préfet. Il n'avait prévu que l’offre de 112 chevaux montés ; au :25 avril, 125 devaient être fournis avec leur cavalier ; 18 autres seraient livrés non montés (4). Maïs la réalisation
(1) Procès-verbal 2% janvier 1813 ; maire de Semur au sous-préfet 24 janvier ; Préfet au sous-préfet de Semur 30 janvier : délibération du Conseil municipal de Précy 27 janvier (Arch. dép. R/2, 2). Préfet au Min. Intérieur 19 et 25 janvier (R/1, 13).
(2) Reçu du marchand Jacob 24 mars 1813 ; Préfet au président du Conseil de l’Académie de Dijon 30 mars (Archives de l’Académie à Dijon).
(3) Reçu du payeur Dubard 8 février 1813 (Archives de l’Académie). Etat du 8 septembre (Arch. dép. R/1, 43). Dunan, p. 127 (abandon de 2 jours de solde par la compagnie départementale de l'Allier).
(4) Etat du 25 avril (R/1, 13). Parmi les premiers cavaliers organisés, 22 furent dirigés sur le 5° d'artillerie {dépôt à Besançon) et 95 sur le 409 hussards. Ce dernier régiment faisait partie du 1er corps d'observation du Rhin destiné à devenir le 3e corps (maréchal Ney) de l’armée de Saxe (Général Vial à Préfet, 7 février 4813 ; R/1, 13. Correspondance de Napoléon, 19769, 17 mars).
de ces promesses fut malaisée. Les hommes ne purent être procurés par la voie des engagements volontaires. Quelques cavaliers, il est vrai, se présentèrent spontanément. Les uns étaient désireux de témoigner un zèle qui sans doute ne demeurerait pas sans récompense pour eux ouleur famille (1). Les autres espéraient faire partie du dixième dont le décret du 18 janvier annonçait l’incorporation dans les chasseurs de la garde ou désiraient profiter des allocations pécuniaires promises par les communes ou accordées par les sous-préfets (2). Ils ne furent qu'un petitnombre. Cossé-Brissac avoue qu'il a dû désigner « en conseil de recrutement la plupart des hussards ». De fait 122 hommes furent demandés à l’une des levées de 1813 et qualifiés pour sauvegarder la bonne réputation du département et du préfet d’engagés volontaires (3):
Réunir le nombre de chevaux votés ou promis présentait des difficultés matérielles et financières. «Pour se conformer. à l'esprit des instructions», le préfet invite les sous-préfets à suggérer aux principaux propriétaires fonciers d'assumer d'eux-mêmes lalivraison ou l'achat decesanimaux.Lesintéressés ne comprennent pas ces invitations administratives. On leur répète en vain qu'il s’agit seulement d’une avance de fonds et qu’une taxe spéciale sera établie pour les en rembourser. Cette promesse les rassure d'autant moins que l’impôt ainsi annoncé ne portera que sur les cotes les plus élevées. De toute manière les notables paieront les cadeaux faits par la commune. Aussi s’abstiennent-ils de verser leur argent trop tôt. Le préfet recourt alors à des virements de crédits. [l écrit au sous-préfet de Semur le 30 janvier 1813 : «Rien ne s'oppose à ce que vous intimiez au besoin l’ordre aux receveurs de faire les avances nécessaires sur les fonds restés sans affectation.» Le 11 février un arrêté
(1) Par exemple le maire de Marcheseuil fait inscrire son neveu dans une réunion des maires du canton de Liernais (23 janvier ; R/1, 13).
(2) Préfet au sous-préfet de Semur 19 mars 1813 . « Si vous pensez comme moi qu'une gratification de 100 francs par cavalier soit convenable, vous pouvez inviter à joindre cette somme aux rôles » ; le même au même 7 avril (Arch. dép. R/2, 2).
(3) Préfet au sous-préfet de Semur 7 avril ; «... ayant été forcé de désigner moi-même en conseil de recrutement la plupart des hussards... », Rapport au Min. Police, 26 février 1813 (Arch. Nat. F/7, 3590).
MR Ce
préfectoral décide de couvrir les frais occasionnés par la garde des chevaux et l'instruction des hommes au moyen d’unemprunt sur le produit des amendes. L’emploi du système des réquisitions est également autorisé par le préfet qui recommande d’en user «en évitant les lenteurs inutiles ». Les moyens importent peu à Cossé-Brissac. Aussi qu’il écrit au sous-préfet de Beaune «le principal est d’aller en avant pour obtenir un prompt résultat». Par conséquent, Frémyet pourra répartir à son gré une imposition spéciale que les instructions ministérielles établissent sur les cent cotes les plus élevées des contributions foncière, personnelle, mobilière et des patentes (1).
Malgré ces mesures énergiques les offres de la Côte-d'Or n'étaient pas encore entièrement réalisées le 17 avril. Le ministre de l'Intérieur se montrait surpris et mécontent de ce retard. Cette lenteur s'explique par la vente frauduleuse de certains chevaux requis, l'impossibilité affirmée par le gouvernement de substituer au cheval sa valeur en argent et beaucoup par la rigueur avec laquelle les commissions régimentaires examinent les animaux qu’on leur présente (2).
La réorganisation de la Grande Armée ne pouvait être l’œuvre du seul zèle intéressé des conseils municipaux et des” préfets. Napoléon ordonna dès le 13 janvier la levée de 350.000 hommes. D’après le Sénatus-Consulte du 11, cent mille d’entre eux proviendront de la mobilisation des cohortes de garde nationale organisées. l’année précédente ; pareil nombre sera demandé aux classes 1809, 1810, 1811 et 1812 ; le reste constituera le contingent appelé sur la conscription de 1814.
La mobilisation de la 55° cohorte ne présenta pas de difficulté. Le bataillon côte-d’orien avait été complété par l’adjonction de 85 conscrits de 1813 ; il fut incorporé dans un régiment de nouvelle formation, le 150° deligne. La compagnie d’artillerie
(1) Préfet au sous-préfet de Semur 4 février 1813 : « pour se conformer à l'esprit des instructions, on devra engager les plus riches propriétaires à faire eux-mêmes les avances » ; au même 30 janvier (Arch. dép. R/2, 2). Arrêté du 11 février, $ 3 ; Préfet au sous-préfet de Beaune 23 janvier (R/1, 43).
(2) Min. Intérieur au préfet 17 février (R/1, 13). Préfet au sous-préfet de Semur 21 février (R/2,2). Min. Intérieur au Recteur 8 mars (Archives de l'Académie).
Var
correspondante fit partie du 10° d'artillerie à pied qui allait s'organiser à Anvers. Par une adresse au ministre de la Guerre, officiers et canonniers avaient manifesté leur désir de « partager les travaux et la gloire de leurs frères d'armes de l’armée active ». De même, les conscrits des classes 1809 à 1812 témoignèrent, si l’on en croit Cossé-Brissac « d’un véritable enthousiasme ». Sur un contingent de 1.070 hommes, 989 étaient en route vers les dépôts à la date du 26 février. La classe 1814 devait fournir, à elle seule, 1.638 soldats attribués pour la plupart aux 4°, 40° et 105e de ligne de l’armée d'Allemagne. Le préfet annonce le 7 avril le départ de 751 conscrits ; trois jours après, une autre troupe de 437 jeunes gens quitte Dijon. Au dire de l’optimiste préfet, ces «premiers départs se sont effectués au cri de Vive l'Empereur ! et avec la démonstration d’une véritable gaîté ». Toutefois il s’écoula plusieurs mois avant que la Côte-d'Or ait intégralement fourni le contingent de cette classe 1814. Le préfet obtint même l’autorisation du Directeurgénéral de la conscription de ne pas faire porter ses choix sur certains « conscrits du dépôt de droit... qu'on ne pouvaitappeler sanscompromettre l'existence d’un grand nombre de familles ». En juillet les événements militaires contraignent le Directeur à exiger la mise en route des 107 conscrits restant à désigner ; le 17 juillet ils partent pour les dépôts de la garde et du 105° de ligne (1).
Les levées prescrites en janvier n'étaient pas encore achevées que Napoléon en ordonnait d’autres. Le Sénatus-Consulte du 3 avril et le Décret du 5 demandèrent 80.000 soldats au 1° ban de la garde nationale et créèrent quatre régiment de gardes d'honneur. En réalité l’appel adressé aux gardes nationaux était une conscription déguisée ; le ministre de l'Intérieur eut soin d’en avertir les préfets par une circulaire du 8 mai : « cette levée est comme toutes celles de la conscription régie par les règles d’une organisation purement militaire ». Cossé-Brissac emploie, en parlant de ces gardes nationaux, le terme de conscrits. [l se loue, d’ailleurs, de leur bon esprit ; il atteste
(1) Duvergier, XVIII, p. 208. Journal 21 janvier. Lettres de Napoléon, éd, Lecestre, Il, 940, 9 janvier 1813. Préfet au Min, Police 26 février ; 7 et 20 avril, 22 juillet (F/7,3590).
au ministre que tous ont« montré la volonté et... pris leur parti avec la plus grande résignation ». Au 18 juin, des 839 soldats, montant du contingent assigné à la Côte-d'Or, 15 seulement ne sont pas encore en route. Le préfet avoue que la mission du conseil de recrutement a été pénible. « Obligé de faire la plus grande partie de ses désignations parmi des individus placés au dépôt de droit ou réformés,.… il s’est vu dans la dure nécessité d’en faire partir dont la privation pourra réduire les parents à la misère ». L'empereur ne s'était pas décidé à porter atteinte à l’exemption coutumière des hommes mariés ; pour accroître le nombre des conscrits, il n’avait pas hésité cependant à ordonner un nouvel examen des réformés des années antérieures.
L’accroissement du nombre des réfractaires et des déserteurs, la difficulté de les arrêter « malgré les perquisitions fréquemment répétées », le faible chiffre des soumissions prouvent combien Cossé-Brissac exagère le bon esprit de ses administrés (1).
Plus délicates, mais finalement aussi efficaces, furent les opérations de la levée des gardes d'honneur. Elles sont intéressantes à étudier de près malgré le petit nombre de soldats qu'elles concernent car elles révèlent l'état d'esprit politique de la noblesse et de la haute bourgeoisie (2). Le but de la création de ces nouveaux régiments n’est pas, en effet, de grossir sensiblement la force en cavalerie de la Grande Armée. Napoléon veut avoir auprès de lui des otages et obliger libéraux et royalistes à lui souhaiter de nouvelles victoires et l’affermissement de sa domination. Ce dessein, bien connu, se manifeste dans les dispositions du Décret et dans les instructions ministérielles. Contrairement à la législation militaire de droit commun sous l'empire, il n'existe pour les gardes d'honneur
(1) Duvergier, XVII, p. 387 ss. Circulaire Min. Intérieur 8 mai (Arch. dép. R/#,9). Préfet au Min. Police 24 avrilet 21 mai, 18 juin (F/7, 3590) ; au min. Intérieur 14 août (F 1c/III, Côte-d'Or 7). Journal 15 avril.
21 Cet intérêt historique et, beaucoup peut-être, l'attrait du pittoresque ont provoqué de nombreuses études sur les levées de gardes d'honneur. On
trouvera une bibliographie dans F. Sagot, Les gardes d'honneur de la Marne, 1813. (Thèse lettres, 1911.) Je me borne à signaler le travail général de M. Bucquoy.
Caucune faculté de se faire remplacer ». On recommande au préfet d'inscrire « les individus sans état. qui conservent dans le département une influence par leur parenté ou par les successions qu'ils peuvent attendre » et « les membres des. familles plus particulièrement faites pour se dévouer au service de prince dans nos anciennes idées monarchiques ». La plus grande latitude dans les choix est laissée aux préfets qui agissent en vertu d’un pouvoir spécial à eux confié par le souverain. Lorsque Cossé-Brissac profite de cette dernière disposition pour admettre le neveu d’un tonnelier ou le fils d'un instituteur, il en est vivement repris par le duc de Rovigo et réduit à s’en excuser sur le désir ardent de leurs familles, la nécessité de « conquérir les classes moyennes » et le danger « de blesser leur amour-propre (1) ».
Cossé-Brissac désirait avant tout fournir le contingent assez élevé de son département. Le minimum imposé à la Côte-d'Or avait été fixé à 41 gardes ; le maximum était du double. En fait ce dernier chiffre était le seul à considérer et ne constituait point la limite imposée au zèle du préfet et de ses administrés (2). Pour atteindre le nombre de 82 « jeunes gens dela plus haute volée » Cossé-Brissac met touten œuvre. Il écrit des lettres multipliées et pressantes aux maires etaux sous-préfets ; il leurinsinue que de leur activité en la circonstance dépend leur avenir administratif. Sur les listes d’aspirants gardes il s'inscrit luimême et l’évêque avec les hauts fonctionnaires de la Côte-d'Or. Bien évidemmentiln’est pas question d’enrôler effectivementces volontaires officiels ; mais cette inscription leur confère l’autorisation exceptionnelle de se faire remplacer par leurs fils ou par leurs neveux et le « droit de concourir de leurs deniers » à
(1) Les documents sont rassemblés dans Arch. dép. R/1, 13. Circulaire confidentielle du ministre de l'Intérieur 9 et 23 avril ; Préfet au Min. Intérieur, 21 juillet : « les familles m'eussent accusé de violer la loi et... auraient été révoltées de voir refuser les services de leurs enfants :... il n'est pas moins essentiel de conquérir les suffrages des classes moyennes... que celui des classes élevées et il est beaucoup plus dangereux de blesser leur amourpropre. »
(2) La moyenne des contingents imposés aux 31 départements qui concoururent à la formation du 2e régiment de gardes d'honneur est de 39 recrues au minimum et de 78 au maximun (Sagot, p. 16). Circulaire du 9 avril : « Vous aurez rempli sesintentions (de S. M.)si vous fournissez le maximum :.-. l'excédent serait toujours agréé. »
la formation de l’escadron départemental. Il répand discrètement autour de lui les instructions ministérielles qui incitent les fonctionnaires à offrir leur fils à l’empereur et le munissent de sanctions « de haute police » contre les hésitants (1). Cependant les registres ouverts dans les diverses mairies ou souspréfectures ne se remplissent pas. Au 13 avril Cossé-Brissac ne peut compter qu’un seul volontaire, le sieur Rameau, fils d’un propriétaire de la Chaleur. Le 16, les engagés ne sont qu'au nombre de trois; le 28, ils sont 11. Le 18 mai Cossé-Brissac constate que des 82 gardes, 49 sont inscrits, 23 désignés et qu’il en reste 10 à trouver. Il semble que le préfet réussit à parfaire le contingent de la Côte-d'Or (2).
Celui-ci devait faire partie du 2° régiment, en formation à Metz sous le commandement du général Lepic (3). En attendant de rejoindre les autres escadrons départementaux, les jeunes gardes furent réunis à Dijon pour s'initier au métier des armes ; le préfet leur désigna comme instructeur un ancien officier de cavalerie, M. de Juigné. Quelques-uns s’empressérent de revêtir leur brillant uniforme et d’assister dans cet appareil coquet au Te Deum chanté à l’occasion de la victoire de Würschen-Bautzen. D’autres charmaient leurs loisirs en composant pour le Journal de la Côte-d'Or des strophes enflammées (4). Enfin le 31 mai, Cossé-Brissac fixa le départ d'un premier groupe au 15 juin. On dut le retarder jusqu’au 6juillet. La mise en route des gardes ne s’opéra point sans une vibrante allocution du préfet aux « jeunes guerriers » ni sans un long banquet agrémenté de toasts et de musique. Le 22,
(1) Circulaire du 9 avril: « Le département doit son contingent, voilà votre règle et votre réponse à toutes les observations ou réclamations... S'il était besoin de mesures de rigueur... vous ferez comprendre que ce serait des mesures de haute police »; Circulaire du Ministre du Trésor 18 avril. Préfet aux maires 13 et 18 avril ; au sous-préfet de Dijon, 20 juin.
(2) Préfet au sieur Rameau 13 avril; au Min. Intérieur 16, 26 avril, 48 mai, 5 juin.On dut rayer cinq des inscrits qui avaient trop présumé de leurs forces physiques. Min. Police au préfet, 10 juin.
(3) L'histoire de ce régiment à été écrite par M. Bucquoy ; Cf. Sagot, periortss:
(4) Préfet à Juigné 12 mai, 10 juin. Rapport du préfet au Min. Intérieur 16 juin 1813 : « on à vu avec plaisir huitou dix gardes d'honneur, en grande tenue, ayant tous la meilleure tenue» (Arch. Nat. F Ac/III, Côte-d'Or 4). Journal 10 juin.
Cossé-Brissac présida à un second départ. Ainsi qu’il l'avoue lui-même au comte de Montalivet « il n'y avait pas d’enthousiasme dans le premier moment ». Cependant presque tous les engagés plus ou moins volontaires obéirent aux ordres du préfet ; quatre seulement ne se présentèrent pas pour rejoindre le 2e régiment. Deux semblent avoir promptement changé d’attitude ; le troisième se soumit à la fin de septembre. Le préfet n'eut à vaincre qu'une résistance opiniâtre. Désigné pour le 2e régiment, le sieur Guyard, de Changey, imagina de se faire porter sur les contrôles du 1# (Versailles). Il espérait bien ne rejoindre ni l’un ni l’autre. Le vigilant Cossé-Brissac découvrit la ruse. Le 27 octobre il écrit à Guyard de se rendre à l’un de ces corps avant le 5 novembre ; en cas de retard, le menace-t-il, « je placerai dans vos propriétés des garnisaires qui y resteront jusqu'à ce que vous soyez incorporé dans le 2° régiment ». Nous ne savons si Guyard finit par opter entre Versailles et Metz.
La levée des gardes d’honneur ne souleva done pas de vives résistances en Côte-d'Or. Cossé-Brissac avait su, d’ailleurs, ménager les familles les plus considérables du département et faire appel le moins possible aux descendants de riches propriétaires ou de maisons nobles. Le duc de Rovigo s’en aperçut eten le félicitant d’avoir, sur le papier, atteint le maximum, il remarque : « le département... doit conserver encore parmi les anciennes familles de Parlementaires des ressources qu’il est dans les intérêts comme dans les vues du gouvernement de mettre en usage dans la circonstance honorable qui leur est offerte ». Cossé-Brissac fit la sourde oreille et se garda bien de rechercher un plus grand nombre de « jeunes gens de la plus haute volée ». Il apporta beaucoup de ménagements, on vient de le voir, dans la poursuite des insoumis et beaucoup de modération dans la perception des sommes dues par les parents des gardes d'honneur (1).
Napoléon, ingénieux à varier le nom des impôts, avait en
(4) Journal 8 et 22 juillet. Préfet au Min. Intérieur 5 juin. Lettres d'appel, 16 juin. Préfet au sieur Espiard 28 septembre, 22 octobre ; à Guyard 27 octobre, Min. Police au préfet 10 juin. Préfet à Intérieur 26 avril: «Je tempère par toutes les consolations qui dépendent de moi ce que le décret peut avoir de
pénible. »
ce 318
effet prescrit que ses nouveaux soldats se monteraient et s’équiperaient à leurs frais. La dépense ne laissait pas d’être sensible ; elle atteignait 2.500 francs. Dans le but de l’atténuer on constitua un fonds commun, alimenté surtout par les dons des fonctionnaires ou de jeunes gens exemptés pour cause de « frêle.…. santé ». Le montant de ces libéralités ne dépassa pas 21.340 francs. Restait à recouvrer la somme de 103.300 francs. En septembre beaucoup de familles n'avaient pas encore acquitté leur quote-part; le préfet le leur rappelle avec quelque douceur. À un notaire de Liernais, il écrit: « J'aurais pu employer les moyens que la loi met à ma disposition mais... cela m’eût été trop pénible. » Il regrette de ne pouvoir dispenser un notaire de Grancey de verser le prix du cheval fourni à son fils parce que le fonds commun a dû déjà acquérir le petit équipement du jeune Ally. Ce n’est que le 11 décembre que Cossé-Brissac se décide à mettre deux des retardataires en demeure de s’acquitter dans les dix jours (1).
Le préfet n’oublia point de tenir le public et les familles au courant de la vie militaire des gardes d'honneur. Il signale leur arrivée à Metz et la satisfaction témoignée par le général Lepic. Plus tard il annonce qu’il a reçu de l’escadron côted’orien «les nouvelles les plus satisfaisantes » et l’avis de plusieurs récompenses accordées aux jeunes cavaliers. Dans sa correspondance avec les ministres, il en fait fréquemment
l'éloge (2).
Pendant six mois on put croire que ces différentes levées seraient suffisantes (3). Mais la rupture des négociations de
(1) Préfet au receveur général 11 mai ; au sieur Séguier, de Broin, 18 mai ; à divers 20 septembre ; item, 11 décembre.
(2) Journal 1er août: 31 octobre. Le général Lepic fut plus content des hommes que des chevaux dont il refusa plusieurs (Lepic au préfet 93 juillet; Préfet à Lepic 16 août). Préfet au Min. {ntérieur 45 juin (Arch. Nat. EF 4c/LI, Côte-d'Or 9): 29 mai (Côte-d'Or 7).
(3) Le décret du 24 août 1813 (Duvergier, XVIII, p. 475) qui appelle
30.000 conscrits pour l’armée d'Espagne est spécial aux départements du Sud- Ouest. N
Prague et l'entrée én ligne de l'Autriche provoquèrent de nouveaux appels d'hommes. Un Sénatus-Consulte du 9 octobre mit en activité 120.000 conscrits choisis dans les classes de l'an XI à 1814 inclus et accorda au Conseil de Régence le droit d'appeler la Conscription de 1815 fixée à 160.000 hommes. L'empereur ne fit usage de cette dernière faculté qu’en janvier 1814 ; la préfecture de la Côte-d'Or n’eut pour l'instant qu’à se préoccuper de la levée couramment nommée dans la correspondance administrative, levée des 120.000 hommes. Le contingent du département fut fixé à 2.000 conscrits. Il fut impossible de le fournir en entier. Au 44 novembre parmi les corps dont la Côte-d'Or doit assurer le recrutement un seul a reçu tous les conscrits auxquels il a droit; c’est le 42e de ligne dont le dépôt se trouve à Alexandrie. Les 152* et 154 de ligne, le 1° d'artillerie à cheval n’ont vu arriver à Strasbourg, Besançon et Auxonne que 116, 213 et 18 recrues au lieu des 199, 500 et 28 qu’ils attendaient. Le principal motif de ces lenteurs est, d’après le préfet, le nombre considérable de jeunes gens mariés. À chaque nouvel appel, un article du décret stipule expressément qu'ils sont dispensés de concourir à la formation du contingent requis ; beaucoup s’empressent de se munir de ce commode et précieux brevet d’exemption.Ainsi diminuent les réserves de ces classes déjà bien affaiblies par plusieurs appels successifs. En outre beaucoup de conscrits sont déjà enrégimentés comme engagés ou comme remplaçants. Les ressources militaires de la Côte-d'Or sont en réalité si faibles que le directeur de la conscription prend une mesure tout à fait extraordinaire à cette époque. Alors que Napoléon songe à élever le chiffre de cette conscription de 120.000 à 150.000 hommes et de demander à celle de 1815, 200.000 soldats au lieu de 160.000, le général d'Hastrel abaisse le contingent de la Côte-d'Or de 800 conscrits. Cossé-Brissac, grâce à cette diminution des deux cinquièmes, réussit à mettre en route le nombre de recrues demandé. Ce ne fut pas sans de grandes difficultés. Il ne put laisser dans leurs foyers que les jeunes gens qui avaient divers motifs d’être inscrits au dépôt de droit ; l'un est le dernier enfant d’un père septuagénaire ; un autre est l'unique soutien d’une veuve dont plusieurs fils sont à l’armée. « Des conscrits dans une telle position ne pourraient
mue
être mis en route », déclare:t-il au ministre de l'Intérieur (1).
Il est vrai, Cossé-Brissac tient un tout autre langage dans une circulaire adressée le 6 décembre aux maires du départe ment. Le préfet affirme que les opérations de la levée des 120.000 hommes se sont exécutées avec aisance et rapidité; il ne craint pas de leur dire: « dans ces derniers temps les conscrits n’ont-ils pas été les premiers à s'offrir » ? Semblable défaillance de mémoire était de saison dans cette circulaire qu’allait bientôt suivre l'annonce de la conscription des 300.000 hommes. Celle-ci, autorisée par le Sénatus-Consulte du 15 novembre, ne s’effectua pas en une seule fois. Un décret du 30 de ce même mois n’appela que 100.000 à prélever de suite sur les classes de l’an XI à 1814 inclus. Malgré l’expérience récente qu'il avait pu faire de l’état des conscrits disponibles en Côte-d'Or, le général d'Hastrel porta le chiffre du contingent de ce département à 3.000 recrues. Cette fois encore, le grand nombre des jeunes gens mariés s'opposa à l'exécution des ordres du gouvernement. La Côte-d'Or ne comptait plus que 1.500 conscrits célibataires dont 800 finirent par être mis en route au 8 janvier 1814. On constate la fréquence des demandes et des offres de remplaçants; ces dernières émanent souvent d'hommes mariés (2). :
Entre temps la mauvaise volonté déclarée des populations avait contraint le préfet à solliciter la suspension du Décret du 7 novembre qui prescrivait l’organisation de six cohortes de gardes nationales. Chacune d’elles se composerait de quatre compagnies de 150 gardes l’une. Fonctionnaire soumis, Cossé- Brissac en avait de suite ordonné la mise à exécution. Son arrêté du 10 novembre avait ordonné la formation immédiate des contrôles et réparti les 24 compagnies entre les divers arrondissements. On devait incorporer les grenadiers et
(4) Duvergier, XVIIT, p. 481. Préfet au Min. Police 44 novembre ; 25 octobre « Le nombre des gens mariés est inimaginable ; jusqu’à présent nous en avons trouvé... 7 sur 9 » : 13 et 14 novembre (F/7,3590). Préfet au Min. Intérieur 13 décembre (F1c/IIL, Côte-d'Or 9).
(2) Circulaire 6 décembre (Bibl. mun. Dijon fonds Baudot mss. 259). Sénatus- Consulte(Duvergier, XVIIT, p. 510); Décret du 30 novembre (manque dans Duvergier) et arrêté préfectoral, Journal 9 décembre. Commissaire extraordinaire de Ségur au Min. Intérieur 8 janvier 1814 (Arch. Nat. F/7, 7025) Affiches 23 mai, 7 novembre, 11 décembre 1813, ‘
chasseurs des deux premiers bans et en cas d'insuffisance ceux de 40 à 60 ans. Décret et arrêté furent extrèémement mal accueillis. D’autre part, Napoléon préférait accroître l’armée active et ne se servir des gardes nationales mobilisées que pour la défense des places fortes. Aussi ne fut-il pas difficile d'obtenir de lui de retarder la date d'application de ses ordres jusqu’à l'approche de l'ennemi (1).
A ces levées de recrues s'ajoutent les appels que sur l’ordre des ministres le préfet adresse, soit aux officiers retraités ou réformés, soit aux ouvriers utiles aux ateliers ou à l’intendance de l’armée. Le préfet poursuit avec vigueur déserteurs et réfractaires, envoie des garnisaires, fait procéder à des perquisitions par la gendarmerie, les gardes-champêtres et forestiers (2). Cossé-Brissac doit, en outre, se préoccuper de la formation d’une garde nationale urbaine dans l’unique place forte de la Côte-d'Or, ‘Auxonne: Dans le reste du département, cette Catégorie de troupes n'existe pour ainsi dire pas. Les habitants manifestent « une invincible répugnance pour ce genre de service ». À Semur, aucune compagnie n’est formée; les Beaunois refusent d’escorter les prisonniers ou les réfractaires, estimant que cette mission incombe à la gendarmerie ; à Dijon, les postes ne sont occupés que par des remplaçants attirés par une solde de 40 sous par jour. Parfois, cependant, quelques villages lèvent quelques gardes nationaux à l'occasion des tournées préfectorales ; à pied ou à cheval ces détachements temporaires escortent Cossé-Brissac ou lui rendent les honneurs militaires. 1ls servent peu pour le maintien de l’ordre public. Le grand nombre des prisonniers ou des réfractaires qui passent, les mouvements continuels de conscrits. l'agitation causée un peu partout par la désorganisation administrative et les nouvelles dela guerre rendaient cependant fort appréciable le concours des gardes nationales. Elles avaient
(4) Rapport au Min. Intérieur 13 décembre (F {c/III, Côte-d'Or 9). Journal 14 novembre. Les arrondissements de Dijon, Beaune, Châtillon et Semur devaient lever respectivement 9, 7, 3 et 5 compagnies. Dès le 11 novembre Napoléon avait songé de lui-même à suspendre cet appel dans divers départements, en particulier en Côte-d'Or (Correspondance 20879).
(2) Préfet au 2e arr. Police 21 mai 1813 (F/7,5390) ; au Min. Intérieur 14 août 1813 (F 1c/IIT, Côte-d'Or 7).
été quelque peu suppléées par la compagnie de réserve départementale. Celle-ci reçut sur la conscription de 1814 un renfort de 34 hommes. Mais bientôt un décret du 18 juin appela 5.551 hommes des diverses compagnies pour rejoindre les dépôts de Mayence ; sur ce nombre la Côte-d'Or dut fournir 72 soldats. Aussi considérablement diminuée, la compagnie départementale ne pourra être d'aucun secours contre l’invasion autrichienne (1).
Recruter des soldats ne serait rien si on neleur procure des armes, des chevaux et des vivres. Ordonnée le 14 novembre, une réquisition d'armes ne procura que 55 fusils en assez mauvais état puisque les armuriers de Dijon sont requis pour en réparer de suite 51. Deux cents autres ont été rassemblés mais ils sont absolument inutilisables (2). IlLest fort possible que des armes aient été conservées par des cultivateurs, aussi peu empressés de déférer à cette réquisition qu’à celles de fourrages que l’on adressait de temps en temps. Un habitant de Bagnot refuse de livrer 50 doubles décalitres d'avoine réclamés pour l’armée d'Espagne. Le préfet ordonne de les acheter à ses frais et d’en poursuivre contre lui le recouvrement comme, s’il s'agissait de contributions directes. L’intéressé proteste ; contre cet arrêté et soutient que d’après le montant de ses contributions il a été proportionnellement surtaxé. Cossé- Brissac rejette la plainte du cultivateur parce que les réquisitions sont proportionnelles non aux revenus mais à la quantité que l’on détient de denrées réquisitionnées et que le réclamant possède dans ses granges près de deux mille doubles décalitres d'avoine. L’attitude de notre homme s’'explique. Il sait, peut-être par expérience personnelle, comment
(1) Appel auxanciens officiers, Journal 4 février; réquisitions de 75 ouvriers pour le corps d'observation du Rhin, Journal 6 mars; Correspondance de Napoléon 20912, 18 novembre. Rapport au Min. Intérieur, 13 décembre (F 4c/ll, Côte-d'Or 9). Journal 18 juillet et7 octobre, — Compagnie de réserve. Etat de répartition de la classe 1814 ; Directeur général de la Conscription à l'empereur, 47 juillet (Arch. Nat. AF/IV,1147). Rapport au Min. Intérieur AT juillet (F 1c/lII, Côte-d'Or 9). Lacompagnie départementale de l’Allier envoie 19 hommes à Mayence (Dunan, p. 128).
(£) Min. Guerre au préfet 14 novembre ; Préfet à Guerre, 18 janvier : arrêté préfectoral du 6 janvier 4844 (Arch. dép. R/2,3).
le gouvernement impérial paie les marchandises livrées sur réquisition. Les 10.000 hectolitres demandés le 6 septembre furent embarqués sur la Saône le 23 octobre ; d’après le prix fixé par le ministre de la Guerre, le Trésor aurait dû remettreau payeur de la Côte-d'Or 60.000 francs. Le 30 décembre, il n’est alloué que 40,000 francs queles circonstances empêchent de répartir entre les ayants-droit (LR
Plus fréquentes et plus lourdes encore sont les réquisitions de chevaux. On sait combien avait été complet l’anéantissement de la cavalerie pendant la retraite de Russie ; en mars 1813, après les premières levées et les offres des communes, Napoléon estime qu’il lui manque encore près de 30.000 chevaux. Cependant, dès le 4 janvier 1813, un décret avait requis 15.000 chevaux de selle, La Côte-d'Or fut taxée à 120. Malgré les arrêtés et les lettres du préfet, à la fin du mois, 61 seulement ont été présentés aux commissions régimentaires qui en ont refusé 39. Cossé-Brissac se désespère. Il écrit au ministre de l'Administration de la Guerre le 29 janvier : « Après des efforts extraordinaires... mon département n’a encore fourni que 22 chevaux ;.… là où il y à impossibilité absolue, je ne peux imaginer aucun expédient ». Pourquoi demander à la Côte-d'Or des chevaux de selle alors qu’elle ne possède guère que des bêtes de trait? Des mesures de rigueur ont été en vain prévues par un arrêté préfectoral autorisant les maires « en cas de refus... à employer tous les moyens que laloi met à leur disposition pour assurer l’exécution des ordres supérieurs ». Si le propriétaire cache ses animaux, ceux-ci seront remplacés par d’autres achetés par le sous-préfet aux frais du coupable qui en remboursera le prix au vu d’un état «exécutoire comme les rôles des contributions ». Outre la mauvaise volonté des possesseurs de chevaux, Cossé-Brissac rencontre de sérieux obstacles dans l’apathie de certains fonctionnaires et la modicité de l'indemnité accordée par le gouvernement. Le 11 février, il constate que l'arrondissement de Dijon n’a fourni que 20 chevaux de dragons et 11 de
(1) Min. Guerre à Préfet, 6 septembre 1813; Préfet à commissionnaireordonnateur de la 18e division militaire, 9 novembre : arrètés préfectoraux, 6 octobre et 3 novembre (R/3,2).
hussards au lieu de 44 et de 33. Il s’en plaintvivement au sous-
-préfet : « Vous auriez pu... y mettre... plus d'ordre et d’activité » ; les réquisitions seraient déjà effectuées « si les habitants eussent montré plus de bonne volonté et si les fonctionnaires eussent usé davantage de... (leur) influence ». Il morigène également les sous-préfets de Châtillon et de Beaune. Le préfet reconnaît, d’ailleurs, bien vite l'impossibilité où se trouvent ses subordonnés de se procurer directement les animaux demandés. Il les autorise à en acheter à des marchands de chevaux. Mais le prix fixé par le ministre est insuffisant ; on ne peut obtenir un cheval pour 300 à 400 francs ; on doit estimer le coût de chaque bête à 600 francs en moyenne. L'écart entre les deux chiffres sera « une charge... pour les plus riches propriétaires » de chaque arrondissement. Grâce à cette méthode d'achats et de taxes supplémentaires les 120 chevaux sont livrés le 6 avril (1).
Cette première réquisition n'était pas exécutée que les décrets des 19 et 25 mars réclamaient de la Côte-d'Or 120 bêtes de trait pour letrain d'artillerie et les équipages militaires. Instruit par l’expérience, Cossé-Brissac traita de suite avec des fournisseurs. Afin de parer à l'insuffisance des 400 francs alloués par Je gouvernement, le préfet décide d'augmenter les cotes foncières de un centime et demi. C’est, écrit-il aux maires le 10 avril, «une mesure impérieusement dictée par les circonstances et. adoptée... en vue de favoriser le succès de la levée et. de venir au secours des agriculteurs exposés à ne plus pouvoir faire valoir leurs terres ». Il invoque lestermes un peu vagues de l’article 8 du décret prescrivant aux administrateurs locaux de prendre « les mesures convenables (2) ».
Des mesures analogues permirent au préfetde satisfaire à de nouvelles réquisitions. Le 17 juillet un décret demande au département 25 chevaux de trait ; une circulaire du 4 août exige 30 autres pourla remonte de la cavalerie d'Espagne. Ces
(1) Correspondance de Napoléon 19710. Arch. dép. R/2, 5: Décret du 4 janvier : arrêtés des 9 et 28 janvier: Préfet au Min. Administration de Ja Guerre 29 janvier, 6 avril; Préfet au sous-préfet de Dijon, 11 février, de Châtillon 20 février : de Beaune 17 mars.
(2) Décrets des 19 et 25 mars; circulaire du 10 avril (Arch. dép. R/2,5).
55 bêtes sont fournies par le marchand Jacob pour la somme de 35.920 francs ; le gouvernement n’en alloue que 20.000. Une surtaxe foncière de un centime est établie. Une autre de trois centimes et demi acquittera la part du département dans l'acquisition des 300 chevaux que lui imposent des ordres des 5 et 11 novembre (1).
Cossé-Brissac avait spontanément transformé les réquisitions en natureen impôt pécuniaire, Ce système avait l'avantage de ménager les populations et de permettre l'exécution assez rapide des ordres impériaux. L'un des inconvénients du procédé était de favoriser les fournisseurs « lesquels mettaient les chevaux à un prix exhorbitant ». Napoléon préférait la méthode plus économique et plus autoritaire de la réquisition. Aussi bien le comte de Cessac défendit au préfet de continuer à passer des marchés avec des négociants. Ce nest que par réquisition que la Côte-d'Or pourra fournir les contingents à elle assignés dans les levées de 10.000 chevaux de trait et de 15.000 de selle prescrites par les circulaires des 17 novembre et 12 décembre 1813. Cossé-Brissac se résigne à obéir mais en prévenant les ministres que les ordres du gouvernement ne seront pas exécutés « dans ce département où il n'existait pas de chevaux de selle de la qualité requise ». Enhardi par les plaintes de ses administrés et la faiblesse croissante du pouvoir impérial, il déclare nettement que les représentants de l’empereur ont tort de ne pas le laisser suivre le système qui lui a déjà plusieurs fois réussi. Dans une lettre au ministre de l'Intérieur du 20 décembre, il lui annonce « l'effet déplorable que produira la connaissance de l'ordre de S. M. ». «Il faudra, dit-il, mettre la gendarmerie en campagne et ses efforts même seront infructueux ;… ces tracasseries.. ne serviront qu’à aigrir.… et occasionneront partout des scènes fâcheuses où l'autorité sans moyens répressifs.. ne pourra obtenir le dessus ». Il ne s’illusionne pas sur la réponse ministérielle mais a conscience d'accomplir son
(1) Décret et instruction ministérielle: circulaire préfectorale, 11 août : états. (Arch. dép. R/2,5). Les chevaux de trait coûtent chacun 700 francs et ceux de cavalerie légère, 615 francs. — Circulaire 16 novembre. D’après un état de novembre 1820, le département n'aurait fourni que 200 chevaux lors de cette dernière réquisition,
devoir de loyal fonctionnaire : « ces tristes réflexions... ne seront pas écoutées ;... je dois avertir l'autorité supérieure et faire des vœux pour que la vérité soit entièrement connue ». Le ministre se borna à lui déclarer : «l’urgence des circonstances... doit faire surmonter tous les obstacles ». 248 bêtes de trait furent fournies sur les 300 demandées mais des 100 chevaux de selle requis, un seul fut livré le 14 janvier 1814, au moment où le département va être envahi (1).