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La mission du comte de Ségur

Le commissaire extraordinaire arriva au chef-lieu de la Côted'Or le 6 janvier. De suite il lança une proclamation aux habitants. Il leur annonce que la paix est proche, que l’empereur la désire ardemment et que, pour la procurer plus promptement à ses peuples, ila accepté toutes les conditions des alliés. Ces affirmations se terminent par de séduisantes et irréali-

(1) Min. Intérieur au Préfet 1# janvier 184 (Arch. Nat. F/7, 7025). Décision de Ségur nommant Frémyet commissaire des guerres à Auxonne 9 janvier (ibid.).

(21 Cf. Cornereau, La mission du comte de Séqur dans la 18° division militaire, 1813-1814. (Mémoires Soc. bourguignonne de géographie et d'Histoire, XVII, p. 327-368). Le rapport de Ségur est imprimé à la suite.

sables promesses : « l’armée de l’empereur et sa redoutable garde seront sous peu de jours à vos portes ;.. les sacrifices, les efforts que vous faites seront les derniers (1) ».

Ségur avait reçu une mission difficile. La perception des impôts directs se ressent dela désorganisation administrative et de la faiblesse des autorités locales. Cossé-Brissac constate que les contributions ordinaires rentrent mal et que des taxes supplémentaires un tiers à peine a été payé. Il est à croire que le décret du 9 janvier qui augmente de 50 0/0 la contribution foncière et double les autres impositions directes ne fut pas mieux exécuté en Côte-d'Or. Redevenu fervent légitimiste, Cossé-Brissac se félicitera plus tard de la mauvaise volonté mise par ses administrés à remplir les caisses de Buonaparte (2). Plus impopulaires que les autres impôts, les droits réunis cessent complètement d’être acquittés.« Les employés craignant de compromettre leur existence en pure perte se bornent à tenir note de tout. » Cette affirmation du préfet est corroborée par celles du comte de Ségur. Les agents de la régie avouent leur impuissance et écrivent au comte Français, Directeur général des droits réunis : « les redevables ne paient plus dans l’arrondissement de Beaune; sans force armée, on ne peut plus espérer d'y faire de recouvrements ». Dans l'arrondissement de Dijon, les employés « ne pouvant plus faire de recouvrements » abandonnent même leurs registres et leurs bureaux pour servir dans la garde nationale. Cette cessation des services n’est que prudence ; l’'émeute menace en effet. À Beaune, le 9 janvier, «la populace... devenue plus furieuse par l'approche de l'ennemi, menace d'incendier la maison des droits réunis (3) ».

Le commissaire extraordinaire n’a pas d'argent ; il n’a pas de soldats. La conscription de 1815 ne fut pas levée en Côte-d'Or par suite de la proximité de l’ennemi. Le département fut compris au nombre de ceux auxquels l’empereur demanda des

(2) Préfet au Min. Intérieur 13 janvier; Ségur au même 8 janvier (F/7, 7025).

(3) Préfet au Min. Intérieur 6 janvier (F/7, 7025). Lettres au comte Français (F/7, 4291).

secours militaires mais sous une autre forme. Un décret du 25 décembre et des instructions ministérielles du 5 janvier édictèrent la levée en masse. Cossé-Brissac l’organisa par un arrêté du 7 janvier 1814. Les hommes seraient choisis par les sous-préfets parmi les habitants de 20 à 40 ans etse réuniraient le 20 au chef-lieu du département ; les sous-préfets nommeraient provisoirement les officiers. Ainsi que le préfet l’avait prévu dans sa lettre du 29 décembre 1813, la Côte-d'Or refusa d’obéir et de marcher à l'ennemi. Cossé-Brissac écrit au ministre de l'Intérieur : « On déclare qu'on ne marchera pas. Les cohortes ne veulent point s'habiller et protestent que créées pour maintenir l’ordre dans les villes, elles contiendront les malveillants mais ne résisteront point à l’ennemi dans la crainte d’être traitées militairement. » L'intervention personnelle de Cossé- Brissac serait inutile : « quand je désignerais moi-même on ne partirait pas ». [l'est obligé de suspendre l’exécution de son arrêté ; le comte de Ségur ne peut qu’approuver cett e mesure (1).

Les habitants ne sont pas seuls à résister aux volontés impériales. [ls sont soutenus par les fonctionnaires. Napoléon avait prescrit aux autorités des départements envahis de se retirer avec les troupes françaises. En Côte-d'Or ce plan « d’une ; retraite générale des fonctionnaires plonge dans la consternation ; la plupart n’obéiront qu’en frémissant ;..… les maires ne quitteront point, telle est leur ferme volonté ». Les maires accéentuent encore cette attitude à la réception de l’arrêté du 7 janvier ; pour la plupart, ils se refusent à concourir à la formation de bataillons mobiles de gardes nationales. Fait plus grave, des représentants directs du gouvernement approuvent et excitent cette rébellion. Le 12 janvier, le sous-préfet de Beaune s'oppose à la levée et offre sa démission (2).

La lettre de Dupré de Sainte-Maure au préfet Cossé-Brissac est un véritable acte d'accusation contre le régime impérial. Il décrit la situation désespérée, le mot n’a rien d’exagéré,

(1) Directeur Conscription à Napoléon 18 janvier (Arch. Nat. AF/IV, 1147). Cf. Vaillant, Il, p. 277, Journal 9 janvier. Préfet au Min. Intérieur 6 et 43 janvier ; Ségur au même 8 janvier (F/7, 7025).

(2) Préfet au Min. Intérieur, 6 et 13 janvier, supra.

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à laquelle la politique de Napoléon à réduit le commerce et l'agriculture de son arrondissement. « Les vins, seule richesse des infortunés propriétaires de cette contrée,.… sont ou dans les caves de l'Allemagne, non payés, ou dans celles du pays, non vendus... Les percepteurs... étonnés de la misère publique, craignent de demander un argent qui n'existe pas. Les femmes essaient de surmonter leur faiblesse pour labourer avec leurs enfants en bas âge. » Ces détails précis expliquent que les « deux tiers de la population, réduite au désespoir, a la sottise de désirer l'ennemi ». Le Secrétaire des commandements de S.A.Ï. la princesse Pauline ne veut pas présider un conseil de recrutement « exposé à taxer des négociants secrètement ruinés dont l’honneur est encore sauvé par la compassion de leurs créanciers ». I1ne veut plus participer à l'administration et encourir la haine de ses administrés contre la préfecture « où se forge la misère publique ». Il termine par cette déclaration : « L'obéissance la plus passive et le dévouement le moins équivoque ont des bornes que l'honneur à posées; l'espoir de mon avancement prochain, … la crainte n’aur(ont) pas... le pouvoir de rien changer à la détermination invariable que Jai prise de ne point exécuter la nouvelle levée, d’après le mode qui m'est prescrit. » Cette lettre, qu’on aimerait à croire parfaitement désintéressée (1), ne manquait pas de courage car le gouvernement impérial n’était pas encore abattu et les hasards de la guerre pouvaient lui donner, au moins temporairement, assez de force pour châtier le fonctionnaire rebelle. Dupré de Sainte-Maure fut dénoncé au ministre de la Police générale mais sans résultat. Par contre, Cossé-Brissac continua à le compter parmi les «gens les plus éclairés et les plus dévoués au gouvernement » et dans une lettre du 14 janvier fit au ministre de l'Intérieur l’éloge de M. de Sainte-Maure « cet homme d’un si beau caractère et d’une âme si élevée ». La lettre du sous-préfet de Beaune fut bientôt connue du public. Elle se répandit dans

(1) Plus tard Dupré de Sainte-Maure fera valoir sa conduite auprès du gouvernement royal et sollicitera ardemment une préfecture, Son dossier aux Arch. Nat. contient plusieurs copies de la fameuse lettre (F 1b/I, 158/38 ; 173/5 ; 15 novembre 1815 au ministre Vaublane ; 20 mai 1816 à Laïné).

les départements voisins ; on en distribua cinq cents exemplaires imprimés à Lyon. On la traduisit en plusieurs langues et divers journaux étrangers la reproduisirent ; la Gazette de Lausanne, si lue en Côte-d'Or, la qualifia de « monument de courage et d'honneur (1) ».

Cossé-Brissac, lui-même, demeura-t-il complètement fidèle à Napoléon ? Le comte de Ségur atteste, il est vrai, que « S. M. n’a point de serviteur plus zélé et plus intelligent » que le préfet de la Côte-d'Or. Lui-même n’a pas d'auxiliaire plus actif ; Cossé-Brissac multiplie les arrêtés et les lettres, signale au ministre les maires les plus énergiques. Il fait réparer les quelques fusils quise trouvent dans ie département et décide le général Belair à ne pas quitter Dijon avant que les Autrichiens n’approchent de la ville. Par contre, les circonstances dans lesquelles il partit du chef-lieu, l’obstination qu'il mit à demeurer éloigné de son département pendant toute la durée de l’occupation étrangère, les termes de sa lettre de soumission à Louis XVIII et l’accueil qu'il trouva près du gouvernement royal sont autant de motifs de suspecter la sincérité du préfet dans ses manifestations et dans ses pxotestations de dévouement à l’empereur. Peut-être ne se tromperait-on pas de beaucoup en estimant que Cossé-Brissac était surtout un fonctionnairé* prudent ; il sentait la faiblesse du régime impérial et l'approche d’un changement de gouvernement ; se souvenant deson titre de duc de Brissac il se tenait prêt à profiter des événements et « à servir 9. M. sur un terrain moins obscur » ; si ses désirs ne se réalisaient pas, du moins demeurerait-il préfet de la Côte-d'Or au nom de l’empereur ou au nom du roi (2).

Sans argent, sans autres auxiliaires que des fonctionnaires ouvertement désobéissants ou secrètement royalistes, presque sans soldats, le comte de Ségur et le préfet Cossé-Brissac s’efforcèrent de défendre une cause dont ils n’espéraient et, peut-être, ne désiraient pas le succès. Dans la mesure de

(1) Ces renseignements sont empruntés aux diverses lettres de Dupré, candidat à une préfecture qui ne vint pas. Le mss, 259 du fonds Baudot à la bibl. mun. de Dijon en renferme une copie. Préfet au Min. Intérieur 14 janvier (F Ac/III, Côte-d'Or 9).

(2) Ségur au Min. Intérieur 8 janvier (F/7, 7025). Sur la conduite de Cossé-Brissac cf, infrà $ 3.

leurs forces ils remplirent loyalement la mission que Napoléon leur avait confiée de défendre la Côte-d'Or contre l'invasion. Is furent utilement secondés par les autorités militaires, les généraux Veaux et Belair en particulier. Mais c’étaient des chefs sans soldats. Les troupes actives du département ne s’élevaient pas à deux cents hommes armés et à peu près instruits. À son arrivée à Dijon, Ségur y rencontre 15 gendarmes et 150 conscrits avec quelques débris de la compagnie départementale. A cette faible troupe vinrent se joindre un petitnombre d'hommes provenant de la compagnie et de la gendarmerie du Jura ainsi que 24 cavaliers du dépôt du 23e dragons obligés de quitter Lons-le-Saunier. Dijon renferme encore trois cents conscrits appartenant au dépôt du 153 de ligne mais ils n'ont ni armes ni instruction et le général Belair songe à les faire partir dans une région moins exposée C Aucun moyen d'augmenter la garnison de Dijon. Le préfet et le commissaire extraordinaire ont dû, nous le SAVONS, suspendre la mobilisation des gardes nationaux. Revenir sur cette décision provoquerait une émeute. La garde nationale dijonnaise ne veut pas même défendre la ville de Dijon : elle est « décidée à ne pas tirer un coup de fusil de peur d'attirer le pillage ». Ségur est impuissant à modifier cette résolution. Dijon ne sera donc pas défendu (2).

Cependant les troupes autrichiennes avancent dans la direction du chef-lieu. On croit à Dijon qu’elles sont à Salins dès le 1% janvier, à Poligny le 3, à Dole le 5 ; de Gray et de Seurre, au 6 janvier, avanceraient deux avant-vardes de 1.500 soldats chacune. Le général Valence, commissaire extraordinaire dans la 6° division militaire (Besançon), essaie de couvrir la route de Dijon avee les 200 hommes qu'il a pu réunir. Îbest contraint de se replier sur le corps du maréchal

(1) Préfet au Min. Intérieur 6 Janvier ; Ségur au même 8 janvier (F/7, 7025).

(2) Lettre anonyme au préfet : « Plutôt mourir mille fois que de servir les projets d’un cannibal... L’heure de la vengeance va sonner; vous pouvez... l'avancer.… en effectuant votre levée. Essayez si vous l'osez ». L'auteur de ce billet se félicite du soulèvement de la Hollande, prodigue à Napoléon les épithètes de « fléau dévastateur… tigre... monstre» dont « l'Europe entière va être délivrée » (Arch. Nat. F 1C/UT, Côte-d'Or 9). Ségur au Min. Intérieur 8 janvier (F/7, 7025).

Mortier vers Langres. La marche de l'ennemi se continue sans obstacles mais avec beaucoup de lenteurs. Bien que la cavalerie autrichienne ait atteint Mirebeau dès le 13 janvier, ce n’est que le 19 que l'avant-garde du prince de Hesse- Hombourg se présentera devant Dijon a}

La conservation du chef-lieu de la Côte-d'Or n'avait guère pour Napoléon qu’une importance politique. La défense de la ligne de la Saône était par contre fort utile pour les opérations militaires. Aussi bien s’était-il déjà préoccupé de faire mettre en état la forteresse d'Auxonne et avait-il prescrit d’y réunir trois bataillons de l’armée, d’y accumuler des provisions et des munitions et d'y constituer une garde nationale. Ces ordres ne furent pas tous exécutés. Si la ville fournit deux compagnies de gardes, l'esprit de cette troupe bourgeoise est aussi pacifique que celui de la garde nationale de Dijon. Comme renfort, la garnison recevraseulement quelques hommes des compagnies départementales de Franche-Comté; sa cavalerie sera constituée par des gendarmes et des partisans, presque tous gardes forestiers ou employés de la régie des droits réunis. Elle a une vingtaine de pièces de canon. Le commandement de l'importante place d’Auxonne fut d’abord confié au général Veaux qui transmit la direction de la 18 division au général Belair* Bientôt Veaux quitta Auxonne pour organiser la levée en masse que le préfet venait d’ordonner sur les bords de la Saône (2)-

Cossé-Brissac s'était, en effet, résigné à la chose mais avait eu garde de prononcer le mot. Par un arrêté du 11 janvier il prescrivit aux maires des communes riveraines d'appeler aux armes tous les habitants de 20 à 50 ans; les anciens militaires ou ceux qui possèdent un fusil seront mobilisés de suite ; les autres attendront la venue de l'ennemi pour se munir « de sabres, de piques, de faux, d'instruments aratoires ». Le son du tocsin les avertira de se porter sur les points menacés. Des paysans réquisitionnés par les maires et dirigés par les ingénieurs des ponts-et-chaussées barricaderont les pontset les villages. La

(1) Lettres au comte Français (F/7, 4291). Préfet au Min. Intérieur 13 janvier. Journal 16 janvier.

(2) Correspondance de Napoléon 20.489, 20.912, 21.028, 21.052. Rapport de Ségur (F/7, 7025).

date de cet arrêté, la proximité des troupes autrichiennes, l'esprit général des populations ne permirent pas à la levée en masse des riverains de la Saône de produire de résultat appréciable. Cossé-Brissac signale une seule demande de fusils émanant de la commune de Pluvet et n’est satisfait du zèle que d’un très petit nombre de maires (Saint-Jean-de-Losne, Charrey, les Maillys) (1).

Ces essais de défense n'arrêtèrent point l'ennemi. Le 18 janvier, à 2 heures du matin, Cossé-Brissac quittait sa préfecture et prenait la route de Paris par Sens et Auxerre. La veille, au soir, le comte de Ségur l'avait précédé. À cette Occasion, des Dijonnais firent « entendre des exclamations insultantes » ; le préfet ne donna pas ordre de les arrêter car, dit-il, son « départ eût été Je signal de leur mise en liberté ». Les troupes se retirèrent également vers Sombernon tandis que le général Veaux allait occuper le Val-Suzon avec quelques paysans. En partant Cossé-Brissac lui avait conféré « les pouvoirs les plus étendus » et déclaré applicables à tout le département les dispositions de son arrêté du 11 janvier. La retraite du préfet fut imitée par quelques fonctionnaires supérieurs, désireux d'aller à Paris suivre de plus près le cours des transformations politiques, et par les percepteurs, peu enclins à demeurer en contact avec une population qui les exécrait (2).

Laissés ainsi maîtres de leurs actes, municipalité et garde dijonnaises n'obtempérèrent pas de suite à la demande de reddition formulée, Le 19, par un maréchal de logis hongrois, mais se hâtèrent de lui donner satisfaction lorsqu'ils apprirent qu'il était l'avant-garde d’un corps plus considérable. Dijon fut occupé sans combat (3).

Au 19 janvier il n'existe plus de représentants directs du gouvernement impérial en Côte-d'Or. L'administration du département est abandonnée aux autorités locales et aux offi-.

ciers autrichiens.

(1) Journal 13 janvier. Préfet au Min. Intérieur 13 janvier (F/7, 7025). (2) Préfet au Min. Intérieur 19 janvier : proclamation du 18 (F/7, 7025). H. Houssaye, 1814, 23e éd. p. 46 n. 1.

(3) CF. Gaffarel Dijon en 1814, pp. 1e, AGE

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3, — L'administration étrangère

Ces derniers sont les véritables administrateurs des pays occupés par leurs troupes. Ils sont placés sous la haute direction de commissaires etde gouverneurs; de ces fonctionnaires étrangers, les principaux furent, en Côte-d'Or, le gouverneur de Dijon, de Barbenstein, et les commissaires baron de Haan et comte d’Avensberg ; Dijon eut pour commandant militaire le capitaine de Lüden. Les autorités autrichiennes ont besoin d'intermédiaires dans leurs relations avec les habitants. Elles imposent cette tâche soit aux fonctionnaires impériaux demeurés dans le pays, soit à des organes administratifs nouveaux.

Le conseiller de préfecture Petitot, nommé préfet, fut assisté d’un conseil général composé des sieurs Carrelet de Loisy, Barbier de Reulle, Durande et Derepas. Toute l’activité des nouveaux administrateurs du département fut absorbée par la nécessité de satisfaire les besoins des troupes qui traversent la Côte-d'Or ou y séjournent. Les populations doivent leur fournir le logement, les vivres et les objets aussi nombreux que variés dont leurs chefs ordonnent la réquisition (1). Dans chaque commune on constitue des commissions chargées, d'assurer chacun de ces services. IL faut, en outre, payer les impôts. Le commissaire-général de Haan en donne l’ordre le 27 février ; les percepteurs ou contribuables en retard seront « poursuivis extraordinairement et contraints par les voies militaires ». Cette décision avait été précédée de la réorganisation de l'administration financière ; le 6 février, le comte d’Avensberg avait nommé un receveur généraletdes receveurs d’arrondissements etinterdit aux percepteurs présents d'abandonner leur poste (2). Le paiement du douzième des contributions est immédiatement exigible. Deux innovations importantes sont apportées au régime fiscal existant. La perception des impôts directs aura lieu d'après «les rôles ordinaires de 1813 » ; par conséquent, toutes les augmentations décrétées par Napoléon disparaissent. D'autre part, les droits réunis sont

(1) Sur tous les détails de l’oceupation autrichienne cf. Gaffarel.

(2) Journal et Affiches 27 février 1814. Bibl. mun. Dijon fonds Baudot mss. 259.

totalement supprimés. Dans une proclamation aux habitants de la Côte-d'Or le baron de Haan fait ressortir toute Ja portée de ces suppressions.

Les autorités autrichiennes assurent Ja police et la tranquillité publique. Par là, elles sont amenées à diriger les journaux et à se préoccuper des manifestations politiques. Les deux feuilles autorisées par la préfecture impériale furent réunies en une seule Le 23 janvier parait le Journal de La Côte-d'Or et des Affiches de la ville de Dijon. Mais le caractère officiel de la presse départementale subsiste ; le nouveau périodique se publie les jeudis et dimanches « par ordre de S,. A. le général prince de Hesse-Hombourg » et chaque numéro porte la signature du commandant militaire de Dijon. On ne remarque également aucun changement dans les matières traitées. Les communications du commissaire général ou du gouverneur remplacent celles du préfet ; on y lit les ordres du jour du prince de Schwarzenberg, les déclarations des souverains alliés et des «nouvelles de l’armée » manifestement rédigées par l'état-major autrichien {1}. Des articles nécrologiques ou littéraires, œuvre des collaborateurs de l’ancien journal, des annonces diverses, des mercuriales complètent la ressemblance.

Dans les communiqués politiques apparaît le désir des autorités étrangères de se montrer respectueuses du gouvernement français établi et de ne favoriser aucune manifestation royaliste, Le 17 mars, un démenti formel est Opposé à l’annonce publiée dans la Gazette de Lausanne de l'envoi par la ville de Dijon d’une députation auprès du Comte d'Artois. En d’autres circonstances, gouverneur et commissaire général conservèrent la même attitude. Dès le 30 janvier, un notaire dijonnais avait arboré la cocarde blanche ; 1 fut arrété sur l’ordre de Barbenstein. Ce n'est guère qu'à la fin de mars, lors du séjour de l'empereur d'Autriche à Dijon, que les couleurs royalistes reparaissent (2).

(1) 3 février : «. . l'ennemi... a attaqué les troupes. du général comte de Giulay ;.. Le maréchal Blücher... a fait attaquer l’ennemi ». 22 mai : « à compter d'aujourd'hui ce journal cesse d’être officiel ».

(2) Journal 17 mars : « Le journal suisse à annoncé qu'une dépultalion de la ville de Dijon s'était présentée au comte d'Artois Cette nouvelle est de toute fausseté. La ville de Dijon n'a donné aucune députation pour l'objet qu'on lui prête si gratuitement, » Galfarel, pp. 38, 62 n. 2.

En Côte-d'Or, la résistance des forces militaires françaises s'était concentrée sur deux points, Auxonne et les confins de l'Yonne. Auxonne avait aperçu l’ennemi dès le 6 janvier mais la place ne fut bloquée que le 24. Le siège, conduit assez mollement, se prolongea longtemps et sans grands résultats pour l’assiégeant. Le major Rubelin, qui avait remplacé le général Veaux, réussit à conserver le passage de la Saône (1). La garnison de Dijon, nous le savons, avait évacué cette ville le 18 janvier et s'était retirée le long de la route de Paris par Sens. Arrivée dans l'Yonne, elle reçut quelques renforts et fut placée sous le commandement du général Alix. Au 31 janvier celui-ci ne disposait encore que de 500 hommes. Il parvint cependant à se maintenir et même à reconquérir quelques parties du territoire envahi. Vers la fin de février, il tente de combiner ses efforts avec ceux du maréchal Augereau et de seconder par une diversion vers Montbard l'attaque de flanc que l’armée de Lyon va tenter en remontant la Saône. Alix réussit à pénétreren Côte-d'Oravec 1.400 soldats, dont 150 cavaliers. Arrivé le 2 mars à 10 heures du soir à Montbard, il proclame la levée en masse; faute d'armes, il ne peut mettre à profit l’ardeur patriotique des habitants. L’insuccès de la manœuvre prescrite par l'empereur au duc de Casliglione entraîna la retraite du général Alix (2).

Il ne s'éloigne cependant pas de la Côte-d'Or. Soutenu par le bon esprit des populations de l'Yonne, il augmente le nombre de ses soldats et de ses paysans mobilisés. Le 26 mars, il est encore à Auxerre avec 2.000 hommes de troupes régulières et d'assez nombreux partisans. Soutenus par ce voisinage, les habitants de la Montagne organisent des bandes qui tiraillent contre la cavalerie ennemie dansles bois du Châtillonnais. Il en est de même dans la région accidentée du Morvan. Les bandes de Saulieu s'opposèrent à la proclamation de Louis XVIII dans la commune d'Arnay-le-Duc et continuèrent à lutter contre

(1) Cf. Latruffe, Auxonne... (Mém. Société bourg. de géographie et d’histoire, HT), p. 376-379.

(2) Commissaire police Morière au Min. police 2 mars (F/7, 4290). H. Houssaye, 1814, pp 82, 403. Sur la manœuvre d’Augereau cf. Borey, La Franche-Comlé en 1814, p. 213 à 237.

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les Autrichiens après la capitulation de Paris. On les signale comme encore agissantes le 14 avril 1814 (D),

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