CHAPITRE XXXlll. 3ÔÔ
Gisément au même moyen et au même procédé qu^il me
faudra recourir avec toi ; car le désir cjui t'est venu me paraît tellement déraisonnable (|ue ce serait, en vérité, du temps perdu que celui que j'emploierais à vouloir te faire comprendre ta simplicité, à laquelle je yeax bien pour le moment ne pas donner un autre nom. Je serais même tenté, pour te punir, de t'abandonner à ton extravagance; mais Tamilié (jne je te porto no mo permet point d'user de tant de rigueur à ton égard , et me commande au contraire de t'arracher au péril affreux où tu t'exposes. Et, pour que tu le voies bien à découvert, réponds-moî, Anselme, ne m'as-tu pas dit qu'il me lallait solliciter une femme vivant dans la retraite , loucher une lemme honnête, ollrir dos ]>résen(s à une femme désintéressée , rendre des soins à une femme prudente et sage? Oui , tu m'as dit tout cela. Eh bien! si tu sais ({ue tu as une femme retirée , honnête, désintéressée , prudente et sage , que cherches-tu donc? Et si tu penses qu'elle sortira victorieuse de tous les assauts que je lui livrerai , ce dont je ne doute pas , quels noms, quels titres espères-tu lui donner après qui soient au-dessus de ceux que dès à présent elle mérite? Yaudra-t-elle plus , enfin , alors qu'aujourd'hui? Ou tu ne l'estimes pas aiiiant que tu dis, ou tu ne sais pas ce que tu demandes. Dans \v pi'emier cas, pourquoi vouloir l'éprouver? ne serait-il pas plus simple de la traiter tout de suite, à ton gré, eu mauvaise femme? Mais si elle est aussi parfaite que tu le crois , à quoi bon éprouver la vérité même, puisque , l'épreuve faite , elle aurait tout juste la même estime et le même prix qu'auparavant ? Une raison concluante , c'est que vouloir tenter une expérience de laquelle il doit résulter plutôt dommage qne profit, est d'un esprit étourdi et téméraire ; surtout lorsque rien n'y force et n'y engage , et (pie l'on voit clairement de prime abord (jue lu tentative est une manifeste folie. I.os chf)ses difiiciles s'entioprennent soit pour Dieu , soit pour le monde , soit pour tous deux
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à la fois. Celtes qu'on entreprend pour Dieu son l celles qu^accompliflseut les saints, qui, avec des corps hu*
mains , ont voulu vivre de la vie des anges. Celles qu'on entreprend pour le îiininlc sont ce que iunt ces gens qui traversent laut de mers immenses, tant de climats divers, tant de pays étrangers pour acquérir ce qu'on appelle les biens de la fortune. Enfin celles qui s'entreprennent pour Dieu et pour le monde à la fois , ce sont les actions de ces vaillants sulihus qui , en voyant aux remparts ennemis une ouverture do la grandeur d'un boulet d'artillerie, aussitôt, sans crainte, sans réflexion, et sans considérer le manifeste péril qui les menace , emporlt*^ par un t luhousiasme sublime, calriiînés par le ni)})!e d('sir de bien mériter de leur religion , de leur nation et de leur roi, s'élancent intrépidement au mi* lieu de mille morts qui les attendent. Yotlà les choses qu'on entreprend avec honneur, gloire et profit, bien qu'offrant tant d'inconvénients et de périls. Mais c^lle que tu veux tenter ne te doit obtenir ni la gloire céleste , ni les biens de la iortune, ni renommée parmi les hommes; car enfin, si le succès répond à ton désir, tu ne saurais en être ni plus fier, ni plus riche, ni plus honoré qu'à présent, et si l'issue était autre, tu te verrais dans la plus [)rolond(' rtlllietion (pii se puisse imaginer. De quoi te servirait , en efiet, de penser alors que personne ne connaît ta disgrâce? il te sultirait, pour te désoler et te déchirer le cœur, que tu la connusses toi-même. Et , comme confirmation de cette vérité , jo veux te citer une strophe du fameux poëte Luigi Tansdo, à la lin de la première pai tie des Larmes de mini Pierre^. Elle est ainsi conçue :
« La douleur s'accroit, et en même temps s*accroit la honte dans Fâme de Pierre, quand le jour a paru ; et bien qu il ne soil aperçu de personne, il rougit de lui-
• Luigi Tansiio , auteur du poenie intitule les Lai^m^i de saint Pierre (le Ijigiime di mm Pletrn), étnt né dans le nyi* siècle, à Nota , dans le royaume de Naples.