‹ L'admirable Don Quichotte de la MancheChapitre 61 sur 100 · CHAPITRE xmii · texte numérisé non relu

CHAPITRE xmii

par lui deux peraonnes distinctes ne iont plus qu'une seule et même ctmir. 11 fait plus encore dans un bon ménage , où les époux avec deux âmes n'ont qu'une

seule volonté. De là vient que la chair de l'épouse n'étant qu'une même chose avec celle de l'époux , dès qu'elle est tachée, souillée, ses taches, ses souillures retombent sur la chair du mari, bien qu'il soit, quant à lui ) comme je l'û dit » absolument sans reproche ; car, de même que la douleur du pied ou de tout autre membre du corps humain est ressentie par le corps tout entier, parce que c'est une seule et même chair^ de même que la tête sent le mal de la cheviUe, quoiqu'elle ne Tait pas causé , de même le mari participe au déshonneur de la femme, parce qu'il n'est avec eUe qu'une seule et même chose. Or, comme tout déshonneur en ce monde naît de ia chair et du sang , et que celui de la femme mtidèie est particulièrement de ce genre, force est au mari d'en prendre sa part , et , sans même qu'il le sache , d'être tenu pour d^bouoré. Considère donc , 6 Anselme ! le péril où tu t'exposes en voulant troubler le calme ou vit La Odèle compagne ; cousiciere pour quelle vaine et folle curiosité tu veux éveiller les pas- » sions, qui maintenant sommeillent dans son chaste cœur. Songefr-y , ce que tu cours la chance de gagner est bien peu de chose, et la perte que tu risques est si grande (jue je n'ajoute pas un mot , les paroles me manquant pour expi inier toute ma pensée. Mais si tout ce que je viens de dire ne sutht pas^pour te détourner d'un si mauvais dessein, cherche un autre instrument de ton déshonneur et de ton iufortune ; car pour moi je ne consens pas à l'être, dussé-je par mon refus perdre ton affection , ce qui est la plus grande perte que je puisse imaginer. »

Gela dit, le vertueux et sage Lotario se tut, et Anselme demeura si troublé, si rêveur, que, pendant un long moment, il lui fot impossible de répondre un seul mot. Eulia s'éLaiit remis : « Tu as u 31

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vu , dit^il 9 mon cher l^otario , avec quelle attention j6 t'ai éoottté jusqu'au bottt< Dans les raiflons que tu aa ddveloppéM 9 comme danalés ejcemples que tu as

ciLos et dans los comparaisons que tu m faites , j'ai reroîînii tout le sirns et tout Fesprit dont le ciel t'a doue , et cette véritable amitié dont tu es le parfait modèle. Je reouDiiaii mcùTB et oonfei»e que , suivre mon avis de préférence au tien , c*est fuir le bien et courir «près le mal. Cela posé , tu dois me regarder comme atteint d'une maladie bizarre, d'une de ces maladies qu éprouvent quelquefois les femmes enceintes, lorsqu'elles sont prises du désir de manger de la terre , du plâtre , du charbon ou d'autres choses pires encore , répugnantes à la vue et à plus forte raison au goût. Il faut donc emplov^ r quelque artifice f)0ur me guéHr, et cela ne sera pas ditticile* (jommeuce seulement , même en manière de badinage, à solliciter Camille , laquelle ne doit pas être d*ttn naturel si faible que sa vertu succombe au premier choo i et avec ce seul essai je serai content , et toi tu auras ainsi rempli tes devoirs d'ami, ei on me rendant la vie, et en me démontrant que mon hooneur n'a rien à craindre. Une considération seule t'oblqierail à le rendre t c'est qu'étant déterminé , comme je le Mils ^ à tenter celte épreuve , tu ne penic pas conseiUir à ce que je révèle mon extravagant projet à un autre , ce qui ine lerail risquer cet honneur que tu veux m'empéober de perdre. Quaot à ce que tu m'as dit que ton honneur à toi peut être compromis dans Topinion de Camille , une fois qu'elle verra tes soUicilatiens, peu importe vraiment, puisque, bientôt après, trouvant chez elle la résistance à laquelle nous uuus attendons, tu pourras lui avouer la vérité» ce qui le rendra sa première estime. Àinsi donc, puisque tu risques si peu, etque tu peux par là me faire un tel plaisir, ne te refuse plus à ma demande « quelques obstacles que tu y voies?, as8ui*«% cou» me je Icl^i dit, que, p'nii- \m\ (jue tu commences, |e rei^ardcrai mou procès comme gagné. »

îx>lario vu^aiiL une résolution aussi antHëe,el ne saûbaat plui ni quai» nouveaux exeoiples rappeler, ai quelle» Qouvellet raûioiit donner à eon ami , et remarquant d'ailleurs qu'Anselme le menaçait de eonRef» à un

autre son désir insensé , se décida, pour éviter un plus graïKi mal, à le contenter et à lui obéir, avoc la fei-me intention de conduire cette aiiaire de façon que , sans troubler Tâme de Camille , Anselme restât satisfait. 11 lui répondit dono de ne communiquer i nul autre son dessein , qu'il se chargeait de cette entreprise , et la conrimenceraii dès que cela lui ferait plaisii'. Anselme le serra tendrement dans ses hras, le remerciaiil de son otfre , comme s'il lui eût accordé une insigne laveur. Ils convinrent tous deux ensuite qu'on se mettrait à Tœuvre dès le lendemain. Anselme promit à Lotario de lui procurer roccasion et le loisir d'entretenir Camille tête à tête, ainsi ([iie l'argent et les bijoux avec quoi il essayerait de la séduire. Il lui conseilla de donner des sérénades à sa femme, et de composer des vers à sa louange , s*oS^nt , si ce travail ne souriait pas à Lotario, de s'en acquitter Iui-m6me. Lotario consentit h tout, mais avec une intention bien différend^ do celle que lui supposait Anselme. Après ces arrtiiiueajeuLs, ils reiouruèrent chez ce dernier , où ils trouvèrent Camille attendant avec inquiétude son mari qui, ce joar4à, avait tardé plus longtemps à rentrer que de coutume.

Lotario regagna sa maison, et Anselme resta dans la sienne; celui-ci enchanté, taïuiisque l'autre s'en allait pensif, ne sachant quel parti prendre pour sortir convenablement d'une aussi sotte affaire. Dana la nuit, tou» tefois* il imagina un moyen do tromper Anselme sans offenser Camille. Le lendemain , il alla diner obea son ami, et fut bien reçu de Camille qui raccueillait et le traitait de son mieux, en considération de l'affection qu'Anselme lui portait. Le repas achevé , on desservit , et Anselme pria Lotario de rester avec Camille , disant qu'il avait à sortir pour une affaire pressante, qu'il serait

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de retour (U^ns uno heure ou doux. Camille voulut retenir son mari» el Lolario s'oiirit à raccompagner; mais Anselme n'écouta rien. Au contraire, il insiata pour que Lotario restât el Tattendlt, sous prétexte qu'il avait à traiter avec lui d'uue chose de haute importance. Il recommanda <\2:alemeiil à ( -amillo de ne point laisser seul Lotario jusqu'à son retour. Enhn, il sut si bieu temdre la nécessité où il était de s'absenter» que personne n*au«rait pu croire qu'elle était feinte. Anselme sorti » Cbt mille et Lotario restèrent seuls à table, tous les gens de la maison ayant été dîner. Lotario se voyait placé dans la lice où son ami avait désiré qu'il entrât, et il avait en présence un ennemi dont la beauté seule aurait pu vaincre un escadron de chevaliers armés. Qu'on juge si Lo» tarîo le fedoutait à bon droit! Mais savez-vous ce qu'il fit? il appuya le coude sur le bras de son fauteuil, puis la joue sur sa main ouverte , et , demandant pardon à Camille d'une telle impolitesse, il lui dit qu'il voulait reposer un peu en attendant le retour d'Anselme. Camille lui répondit que, pour reposer, il serait mieux dans l'estrade que sur un fauteuil , et l'engagea à y passer. Lotario reiusa et resta endormi à sa place jusqii'au retour d'Anselme^ Celui-ci» à son arrivée, trouvant Camille dans sa chambre et Lotario endormi» pensa que sa longue absence leur avait laissé à tous deux le loisir de causer et même de dormir, et il attendit impatiemment que Lotario s' éveillât pour sortir avec lui et le questionner sur le succès de ses amours. Lotario s'étant éveillé, tous deux sortirent aussitôt. Anselme alors le questionna, et Lotario répondit qu'il n'avait point jugé convenable de se découvrir entièrement dès le premier jour; qu'ainsi, il s'était conlenh' de louer Camille sur ses attraits, lui disant que, dans toute la ville, on ne parlait d'autre chose que de son esprit et de sa beauté. « Cela m'a semblé , ajouta-tril , un heui^eux début pour m'ouvrir l'entrée de son cœur, el In disposer à m'écouler une autre l'ois avec bonté»

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J'ai usé de Tartifice qu'emploie le démon quand il veut tromper un homme qui se tient sur ses gardes. 11 se traoslarme en aûge de lumière, iui, esprit des ténèbres, et se cache sous d'honnêtes apparences; puis, i la fin, il se montre tel qu'il est, et triomphe , si dès le principe sa ruse n'a point été découverte. » De tout cela , Anselme fut charmé , et il annonça à Lotario qu'il lui laisserait chaque jour la même liberté , dût»il même ne pas sortir de la maison où il saurait s'occuper de façon à ne donner aucun soupçon à Ca« mine.

I4umeurs jours se passèrent ainsi sans que Lotario adressât une parole à Camille, et cependant il assurait Anselme qu'il parlait à elle, mais qu'il n'avait pu en ob* tenir ni la plus légère favenr , ni la moindre ombre d'espérance, et que, même , elle l'avait menacé sMl ne renonçait pas à une aussi vilaine pensée, de tout dire à .sou mari. « Cela va bien, dit Anselme; jusfju'ici Camille a résisté aux paroles, il faut voir comme elle résitîte aux œuvres : Je te donnerai demain deux mille écus d*or que tu lui offriras en présent, et deux autres mille pour acheter des joyaux dont l'appât puisse Tattirer, car toutes les leuiaies, surtout quand elles sont belles, et si chastes qu'elles soient, aiment avec passion la toilette et la parure. Si elle résiste à cette nouvelle tentation, je me tiendrai pour satisfait, et ne te donnerai plus aucun ennui. » Lotario répondit que, puisqu'il avait commencé, il mènerait jusqu'au bout son entreprise, quoique assuré d'avance d'en sortir humilié et vaincu.

Le lendemain il reçut les quatre mille éens d'or, et en même temps quatre mille confusions ; car il ne savait plus quHmaginer pour soutenir son mensonge. Toutefois , il résolut de dire à son ami que Camille était aussi inaccessible aux offres et aux présents qu'aux paroles, et qu'il serait peu raiïsoimable d'insister puisque c'était perdre son temps. Mais le sort, qui conduisait les chu* ses d'une autre façon, voulut qu'Anselme , ayant laissé

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comme d'habilude Lotario et Camille lêle à téte, s'en-^ foi nuii ilnm une chrirnl)t e voisine et se mît à regarder par le trou de la ien urc ce qui «e passait eatrd eux i il vit qu'en une gmide dami-hcure Lotario ne dit pas un mot à Camille , et quMl ne lui en aurait paa dit davaii«« tago , ffttril demeoiÀ un siècle auprès d'elle. Il comprit aussitôt que tout ce que lui rapportait soii anii des réponses de Camille notait quMnventions et mensonges. Afin de s'en assurer il sortit de ia chambre et, prenant Lotario à part, il lui demanda des nouvellea de la aoiP^t et de quelle humeur était Camille. Lotario répondit qu'il avait rintenlion de ne pousser plus loin cette a traire; que Camille venait de le traiter avec laol d aigreur et de dureté qu'il ne se sentait plus le courage de lui adretaer désormais un seul mot. « Ah ! Lotario , Lota^» rio , reprit Anselme , combien mal tu réponds A mon amitié , à ma confiance ! Je viens de t'observer par Touverturo dcbLiaée à cette clef, et j'ai vu que Lu n'as pas adressé une seule parole à Camille , ce qui me prouva que tu ne lui aa encore rien dit » et , s'il en est ainai, oumme je n'en puis douter, pourquoi donc me tnm^ pes-tu? ou pourquoi veux-tu m*6ter par un semblable stratagème les moyens qu<; je pourrais ^voir de satip» faire mon désir? m

Anselme n'en dit pas davantage i mais ce peu de. mots auffirent pour rendre Lotario honteux etconfua. Se faisant comme un point d'honneur d'avoif été priç en flsgraiii mensonge, il jura a Anselme que , dès cet instant, il se chargeait du soin de Itî contenter, et sans supercherie, ainsi qu'il pourrait le voir, s'il avait ia curioaité de Tépier , mais que toute diligence était inutile , et que celle que lui-même , Lotario , mettrait à satisfoire son ami , aurait bientôt dissipé les soupçons de celui-ci. Anselme le crut, et, pour lui laisser le champ libre avec entier rej)o8. il résolut de faire une absence de huit jours et d'aller passer ce temps chez un de ses amis qui demeurait à la campagne non loin de la ville. U se fit

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même iavtta* ofiaellement par cet ami pour avoir auprès do Camille un motif à aon départ. Imprudent et

walhciireux Anselme! Que fais-tu là? où vont ces tra« njt's? a quoi irndont ces préparatifs? Snnge8-y donc , c*e(8t contre toi-même que tu agis î tu trame» ton déshonneur et prépares ta perte. Ton épouse GamiUe oat vertueuae; tu la poesèdea en paix et tranquille $ penonne ne te eauee d'alarmea; eea pensées n'ont jamais franchi le seuil de sa maison ; tu es son eiel sni la terre , le but de «es désirs, rarcomplissemeutde ses joies, la mesure où se rogle sa volonté, qu'elle eonforme eu toutes choses à ia tienne et à celle du ciel. Eh bien ! si la mine de son honneur, de sa beauté , de sa modestie , de sa pudeur, te donne sans aucun travail toute la richesse qu'elle renferme et que tu puisses désirer, pourquoi veux~tii encore creuser le terrain, et ehen^her de nouveaux filons d'un trésor inconnu en reposant à iaiàire éorottler tout entière , puisqn'enfin elle ne repose que sur les faibles étiôs de sa fragile nature? Prends^y garde; celui qui cherche l'impossible se voit à bon droit refuser le possible, coaime uu poète Ta fort bien exprimé en disant :

a Je cherche dans la mort la vie, dans la maladie la santé « dans la prison la libsvté, dana Tenelos une issue, et dans le traître la loyauté.

« Mais ma destinée , de qui je n'attends jamais aucun bien , a réglé , d'accord avec le ciel , que , puisque je demande rimpossible , le possible môme me soit refusé, n

Anselme partit le lendemain pour la campagne ^ après avoir dit à Camille que , pendant son absence, Lotario

viendrait voir ce qui se passait en sa maison , et dîner avec elle, et après lui avoir recommandé de le traiter comme un autre lui-même. Camille, en femme de sens et d'esprit, et qui n*avait pas moins de sagesse, s'affligea de l'ordre que lui donnait son mari ; elle le pria de remarquer qu'il n'était pas convenable que , lui

absenl, personne occupât sa place à table; que^ s'il en agissait ainsi, dans la crainte qu'elle ne gouvernât pas

bien sa maison , il n'avait qu'à la mettre cette fois à répreuve et qu'il verrait par expérience qu'elle pouvait suffire à des soins plus gmves. Anselme lui répondit que tel était son bon plaisir,, et que ce qu'elle avait de mieux à faire, c'était de courber la téte et d'obéir. Camille promit de se conformer à cet ordre, bien que contre son gré.

Anselme partit , et des le lendemain Lotario vint chez son ami ; Camille lui fit l'accueil le plus aflectueux et le plus honnête ; mais elle s'arrangea de façon à ne se troi>ver jamais seule avecLotario, marchant toujours entou» réede ses gens et de ses suivantes, et ayant constamment auprès d'elle une caniëriste appeléeLéonellaqu'elleafUH tîoouait beaucoup : elles avaient été élevées ensemble depuis Tàge le plus tendre, et, en se mariant, Camille Tavait emmenée avec elle. Pendant les trois premiers jours, Lolario ne diL absolument rien, bien qu*il eût pu parler tandis qu'on desservait la table et que les gens allaient manger en toute bâte , suivant la recommandation de leur maîtresse. Léonellaavait même reçu Tordre de manger avant Camille afin d'être tonjours à ses côtés; mais la camëriste, préoccupée d'autres choses qui lui plaisaient davanlage , et qui , précisément, avait besoin de ces heures-là pour les employer à sa guise , n'était pas toujours très-ponctuelle à faire ce que sa maîtresse désirait; au contraire, elle la laissait le plus souvent seule avec son hôte, comme si c'eût été 1& l'ordre qu'elle avait reçu. Mais le chaste maintien de Camille , la gravité de son visage, la modestie de toute sa personne suffisaient à contenir la langue de Lotario. Cependant la vertu même de Camille, en imposant silence à Lotario, finit par tourner à leur détriment à tous deux; car si la langue du jeune homme se taisait, sa pensée avait iecliamp libre ; il pouvait contempler à loisir tous les charmes dont Camille éiait

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pourvue, cen charmes laits pour toucher non-seulement le cœur d'un homme, mais une froide statue de marbre. Lotario, au lieu de lui parler, la regardait , et il considérait combien elle était digue d'être aimée. Cette réflexion commença peu à peu à battre eu brèche les égards qu'il devait à son ami. Cent fois il voukit partir, quitter la ville, fuir loin d'Anselme, loin de Camille; maïs déjà il était comme retenu et enchaîné par le secret plaisir qu'il trouvait à la voir. H se faisait violence, il luttait contre lui-même pour repousser, pour affaiblir, du moins, la joie que lui causait la vue de Camille. Quand il était seul il se reprochait sa faiblesse, il s'appelât mauvais ami et même mauvais chrétien ; puis il comparait la conduite d'Anselme et la flienne , et après cet examen il finissait toujours par dire qu'on devait moins accuser son manque de fidélité que Taveugle confiance et la fulie de son ami, et que, s'il pouvait se justifier devant Dieu comme devant les hommrs , il n'avait pas à craindre d'être puni pour sa faute. Bref, le mérite et les attraits de Camille, en même temps que Toceasion que lui avait fournie Fimprudentmari, triomphèrent enfin de la loyauté de Lotario. Trois jours après le départ d'Anselme, pendant lesquels il s'efibrça continuellement de combattre ses désirs , ne voyant plus que l'objet vers lequel son cœur Tentrainait , il déclara son amour à Camille , avec tant de trouble, avec des paroles si passionnées , que Ca-» mille , confondue , ne put que se lever de la place qu'elle occupait et rentrer dans sa chambre sans lui répondre un seul mot. Mais cette froideur, ce dédain n'ôtèrent pas à Lotario l'espérance qui toujours mût en même temps (jue Tamour : il ne fit qu'en estimer Camille davantage. Celle-ci , quand elle eut vu la conduite de I.otario , à laquelle elle s'attendait si peu , ne savait quel parti prendre. Enfin, jugeant qu'il n était ni sûr ni convenable de laisser à l'infidèle ami l'occasion et le loisir de Ventreténir une seconde fois, elle ré*

SI70 Bow Qfnimom.

sohii d'envoyer , celle nuil même , un de ses gens à Ân» selme^ avec un ïÀllei ainsi conçu :

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