TARDES ET LA VALLEE
entièrement décoré de peintures copiées des maitres anciens.
De beaux ombrages enveloppent le palais de justice, situé dans
la même rue. Les arbres prennent des dimensions énormes dans
TAKBES — ÉGLISE DES CARMEs
ce sol baigné. Un jardin délicieux enveloppe le musée, construction moderne, en briques, surmonté d'une tourelle qui a voulu être mauresque. Il ne suffit pas de vouloir. Ce musée est assez riche. Seulement, un pauvre touriste est bien excusable de songer à monter sur la terrasse de la tour, plutôt qu'à examiner des cartons et des toiles ; il peut avoir sous les yeux la collection du
Louvre toute lannée, il sera forcé de se séparer des Pyrénées dans quelques semaines. Du haut de cet appendice prétendu mauresque, la vue est exquise: le grand rempart des monts, là-bas, ne montrait le matin, sous un ciel chargé, que des lignes grises et maussades; les nuées se sont dissipées, la chaîne se détache maintenant en bleu sombre qui va se dégradant, avec des teintes plus tendres vers les cimes; la plaine verdoyante se déroule avec ses rideaux de peupliers, ses vignes touffues, et le sourire, partout répandu, de ses eaux claires. Je redescends dans les salles du musée ; j'y vois plusieurs ouvrages anciens, mais surtout un immense tableau de Louis Boulanger, représentant l'Agriculture, l'Abondance et la Paix. Voilà, parbleu, trois bonnes déesses !
Tarbes, en résumé, est une ville ombreuse et fraîche; gaie aussi, très vivante. La promenade y a de l'amusement ; on s'en va, cherchant d'instinct cette eau qui gronde et qu'on ne voit pas; subitement, au coin d'une rue, on la rencontre roulant son flot alerte. Deux grands canaux la distribuent dans tous les quartiers. La ville est énorme pour une population restreinte ; ses vingt mille habitants respirent à l'aise ; beaucoup de maisons n'ont qu'un locataire et sont entourées de jardins. La voie qui monte aux allées nationales et à la caserne de cavalerie en est bordée sur un coté ; de l'autre il y a des cafés à l'instar de Paris : la dorure banale, le gaz aveuglant, qui a enlevé à ces petites cités demi rustiques le charme des crépuscules d'été. A Tarbes, le soldat n'est pas moins grandement logé que l'habitant; cette caserne de cavalerie est monumentale. Au-devant, dans les Allées Nationales, s'élève la statue de Larrey, œuvre d'un artiste pyrénéen, Badiou de la Tronchère; elle est de bonne allure. Le socle, en marbre de Sarrancolin, porte en inscription une parole célèbre de Napoléon : « Larrey est l'homme le plus vertueux que J'aie connu ».
Au delà des Allées Nationales, doublez la caserne, montez à travers un quartier industriel et rustique à la fois. Ici des usines, là des parcs. Vous arriverez ainsi à l'hippodrome. Il est naturel