‹ L'Adour, la Garonne et le pays de FoixChapitre 14 sur 78 · ÉTABLISSEMENT DU SAI.UT · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENT DU SAI.UT

Le chemin continue démonter; d'un côté vient y expirer le versant des Allées de Maintenon. Tout n est que vastes ombrages autour de nous, sauf cette crête aride et festonnée qui nous fait face. Un sentier à lacets y monte, et a reçu le nom d'Allées Dramatiques. Il y a quelque quarante ans, des comédiens amateurs, ayant organisé des représentations à Bagnères, recueillirent de beaux profits; ils les appliquèrent à la charité, et firent tracer ce chemin pour procurer du travail aux ouvriers de la ville qui en manquaient. Les Allées Dramatiques vont serpentant sur les hauteurs qui dominent l'établissement du Salut, et montent au col qui sépare le Montaliouet du mont Bédat. Nous nous y engageons, et tout de suite, nous reconnaissons que, pour avoir été pratiqués par des comédiens, ces rudes lacets ne sont pas du tout de comédie.

La vue, en montant, est d'abord consolante et fraîche, si l'as-

cension est parfois décourageante. Nos yeux plongent dans les deux vallées du Salut et du Cot-de-Ger; ce dernier est aussi appelé l'Élysée-Cottin, en souvenir du plus sentimental de tous les bas-bleus d'autrefois, qui T habita et y plaça même la scène d'un de ses romans.

Ces Allées Dramatiques ne sont qu une promenade assez pénible, mais qui paie largement la peine, si Ton s'arrête en leur milieu; c'est une excursion, si l'on pousse plus loin. Une branche du chemin vient tomber à l'est, sur le plateau du Pouey. Je conseille fort aux personnes qui redoutent la fatigue, de s'en tenir là; le spectacle y est assez beau. On ne découvre pas le Monné dans la direction du sud, mais seulement le castel Mouly, roc isolé, s'enlevant à une hauteur de près de 1,200 mètres, et qui a la forme d'un donjon, flanqué de tours. C'est une surprise que la rencontre subite de cette forteresse aérienne; à l'ouest, ondulent les coteaux de Pouzac et de Labassère, que domine un pics'estompant dans une nuée. Le tableau inférieur n'a pas moins d'attrait : le double vallon du Cot-de-Ger et du Salut fuit sous des hêtres; on voit se dérouler les vagues d'un océan de verdure à ses pieds. — Quant à nous, montons au sommet du Bédat.

Le Bédat est une pyramide creuse ; ce mont est percé de grottes qui s'ouvrent à peu près à la moitié de sa hauteur. On prête un développement de plus de trois mille mètres à ces galeries qui, disposées en trois étages, communiquent entre elles par des fissures assez larges pour livrer passage au visiteur. Seulement le visiteur est récalcitrant, et se contente d'explorer les premières salles. Un récit qui se fait dans Bagnères attiédit les enthousiasmes. Il parait que la municipalité eut autrefois l'idée originale d'organiser des bals et des concerts dans ces grottes illuminées; le lendemain de Tune de ces fêtes, on constata un éboulement, et dès lors adieu sauteries et flonflons; on ne trouva plus ni danseurs ni musiciens.

Quant aux promeneurs, c'est différent: cette petite ascension

UAGNEUES-DE-BIGORllE.

au Bédat est très courue. Nous rencontrons des cavalcades, une composée d'Anglais. Ce n'est pas leur saison, à Bagnères, je l'ai déjà dit; mais il y a tant de ces insulaires hors de chez eux, que toujours on en rencontre partout; même quand ils n'y sont plus, il y en a encore. La britannique chevauchée met

LE CASQUE DE LHÉRIS, ROCTE DE LABASSÈRE

pied à terre et entreavec nous dans la grotte supérieure, la seule qu'il faille voir; celle-ci a son entrée au contour oriental du chemin; sa sortie est au midi. Là est une terrasse ombragée, d'où les yeux descendent dans la plaine et courent aux arêtes des monts : au sud-est, le pic d'Asté, que dépasse le casque de Lhéris; au sud, le Monné, les hauts pâturages d'Esquiou, puis le pic du Midi, que nous saluons comme une vieille connaissance; plus loin encore, un autre pic, dont la forme à peine distincte nous frappe surtout, parce qu'elle nous parait la môme que celle de notre beau mont de Bigorre. Le guide nous assure que c'est l'Arbizon.

o2 LES PYRÉNÉES.

Ainsi, de ce point du Bédat, la vue porte jusqu'à l'entrée de la vallée d'Aure.

La descente du petit mont se fait par un sentier qui glisse toujours en serpentant, sur le versant méridional. C'est le chemin de la Poudrière, schisteux et rapide, quelquefois dangereux ; mais bientôt on a joint la base de la montagne, on se retrouve sous les ombrages, dans le vallon de Salut.

La fin de l'après-midi est proche; quant à moi, je la passe à errer dans la ville. Encore une fois, elle est si gaie et si propre, avec ses maisons de marbre, à galeries et à balcons, et Tony rencontre si naturellement T imprévu à chaque pas ! Ici, un coin d'ombrage qu'on ne connaissait pas encore, là une source nouvelle qui gronde. Le hasard me ramène sur la place des Thermes, par la voie que bordent les établissements particuliers ; j'ai dit qu'ils étaient innombrables. Et tous libres,— du moins autrefois. La liberté à Bagnères n'était pas un mot ; les sources de la ville ne sont pas syndiquées, et dans les Pyrénées cela est rare. Mais quoi! on assure que les municipalités nouvelles sont usurpatrices; on raconte l'histoire de la source de Labassère, qui aurait été confisquée ; justement, je viens de passer devant l'établissement où elle se débitait autrefois, il est désert. Il y a des pouvoirs publics qui aiment tant la liberté des citoyens qu'ils la violent. Mais trouver ces injustices-là même à Bagnères! — Je continue ma promenade errante ; je suis au cœur de la vieille ville. Dans une rue assez étroite, je rencontre un porche roman à colonnes de marbre; c'est, à présent, la porte du théâtre. Ce fut celle de l'église des Templiers. Un peu plus loin, je rase le pied de la tour des Jacobins, je traverse une place octogonale, très marchande, puis une rue ; me voici revenu aux Coustous. Des groupes se succèdent et se pressent devant un des arbres de l'allée. C'est là, sur ce vieux tronc, que Ton affiche chaque jour le bulletin de l'observatoire du pic du Midi, qui donne le pronostic du temps pour le lendemain.

Il pleuvra.

ÉGLISE D'ASQUE

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