LE PLATEAU DE LANNEMEZAN. — LES N ESTES
le rempart éventré. De l'autre côté du torrent est un deuxième village enfermé dans les plis des monts, sous l'ombre de la sapinière. Là, vous trouverez des industries : une fabrique de papier à cigarettes, une scierie de marbre. Le marbre rouge de Sarrancolin est le plus beau des Pyrénées. Sur la rive gauche, les masures sont élevées de plus de vingt pieds au-dessus de l'eau bondissante et tapageuse ; mais parfois le torrent se gonfle, la
SARRASCOLIX
nappe d'eau se lève toute droite, comme une autre muraille. A quelle hauteur? on en peut juger par la construction du pont qui joint les deux rives ; je le franchis pour gagner l'autre bord ; arrivé au faite. Je me trouve suspendu au sommet d'un triangle. Un âne vient dans l'autre sens, poussé par une vieille femme, qui le charge à grands coups de bcâton ; il refuse de se prêter à l'escalade. Mon compagnon erre comme moi par ces ruelles étonnantes ; nous nous retrouvons dans l'église, qu'un cimetière curieux environne. L'édifice est roman et sûrement avait été conçu pour être vaste; une moitié seulement a été construite, et
maintenant émerge des ruines du prieuré ; sa lourde tour flanquée de quatre clochetons l'écrase. L'intérieur renferme un rétable du xvi^ siècle, drôlement peinturluré, et un buste doré d'évêque. Est-ce l'image de ce prélat tyrannique et vigoureux qui mena des soldats contre ses moines ?
De Sarrancolin nous devons gagner Arreau, où nous attendent le gite et le souper. La vallée se rétrécit, les montagnes s'élèvent : cà et là, dans les ravines, sur les coins abrités du versant, quelques cultures ; aux étages supérieurs, des sapins.
Puis les monts toujours grandissants affectent des formes pyramidales ; leurs flancs sont formés de blocs rougeàtres ; nous courons entre deux remparts de marbre. Parfois, les hauts versants se creusent, et dans le vallonnement, d'autres cultures se sont réfugiées; des villages, des clochers se dessinent dans la pâleur transparente d'un beau soir. Une curiosité nous arrête encore un moment: c'est la prise d'eau qui verse dans le canal de Lannemezan le Ilot divisé de la Neste; le lieu est sauvage, et la nappe liquide jette sa lueur brillante dans l'ombre qui descend partout des cimes.
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