LE VAL DE LA GELA
Sur de la terre battue recouverte de paille, s'ouvre le four; on y cuit le pain, l'odeur est agréable. Un robuste garçon retire les " miches » du trou brûlant, sur une pelle de bois à long manche ; une jolie fille les reçoit dans son tablier et va les ranger dans la huche. Sans faire tort à la besogne, ils se dévorent des yeux; l'amour se niche au fond des bois.
Le fermier-aubergiste est aussi l'instituteur du village; il enseigne filles et garçons; son aïeul et son père enseignaient avant lui; il forme son fils aîné, qui lui succédera : c'est une dynastie^,
de maîtres d'école. On peut croire que le poste d'Aragnoûet n'est pas fort envié ; et puis, comment y vivrait un maître qui ne cumulerait point la bêche et l'alphabet? Ici, il faut avoir fait sortir de terre ce qu'on mange ; toute la famille de nos hôtes y travaille. Le père se tient là-bas, confiné dans la majesté de son école, assise au-dessus du torrent; les enfants bourdonnent, le flot mugit; il n'est pas bien sûr que l'on s'entende. Dans la ferme, c'est la mère qui règne, assistée de sa fille et d'un serviteur. Il est même joliment planté, ce grand gars; il tua un ours, l'an passé. Au logis, il y a aussi une servante, avec une horrible « tignasse », couleur de paille, qui n'aime point le gars parce qu'il n'a d'yeux que pour la jolie fille du logis. Elle ne veut pas croire à l'ours. Elle vient des villes, elle a échoué, on ne sait comment, dans ce désert, et parle le français. Je lui dis : Enfin, vous ne croyez pas qu'il y ait ici des ours; vous n'en avez jamais vu? — Oh! que si! dit la maligne; j'en ai vu un à la foire de Tarbes.
La nuit descend vite entre ces murailles noires de sapins. Tandis qu'on prépare notre repas, nous errons sur la berge déchirée de la Neste. Devant nous, une énorme clairière s'ouvre au cœur de la forêt; elle date d'un demi-siècle. Une avalanche, alors, dépouilla toute cette paroi du mont, entraînant les arbres par centaines. Le torrent;, arrêté dans sa course par ce barrage formidable, déborda en amont, et emporta les basses maisons du village. Depuis, on a été corrigé, à Aragnoûet, de bâtir trop près de la Neste. Notre ferme-auberge est élevée de plus de cent pieds au-dessus du flot; elle a son jardin pratiqué entre deux blocs rocheux. Nous y trouvons des fraises, et de ces roses brillantes et légères, d'ailleurs sans parfum, qui ont l'humeur si accommodante, et que l'on rencontre sur les côtes déchiquetées de l'Océan, sous l'âpre souffle delà vague, aussi bien que dans ces creux de roche, en pleine montagne, sous l'haleine des neiges. La soirée s'avance et la froidure est particulièrement pénétrante, en dépit du plein été. La brume, l'af-
freuse brume, qui s'était enlevée pour un moment au-dessus des sapins, enveloppant de sa fumée grise les cheminées del'Aougas , retombe pesamment ; c' est un manteau de plomb et de glace . Il faut se réfugier dans la maison, demander un grand feu dans la salle où Ton dresse le couvert, et faire allumer les chandelles. L'hôtelière nous fait l'honneur de nous servir elle-même, et tandis qu'un petit vin de la plaine de Tarbes, arrosant les œufs et le jambon frais, nous réchauffe, elle babille. Dans cette tribu d'instituteurs, tout le monde connaît le français, sauf le beau gars que nous avons vu retirer le pain du four; aussi n'est-il pas de la famille. La bonne femme nous apprend qu'elle a vingt-deux vaches qui paissent là-haut dans les pâturages aériens, sous la conduite d'un pâtre et de son plus jeune fils. Nous l'interrogeons, quand elle a fini l'énumération des profits qu'elle compte réaliser cette année sur les fromages : Que pense-t-elle de ce brouillard ? Quel pronostic porte-t-elle sur le temps qu'il fera demain? — Eh! dit-elle, voilà six jours que ces vapeurs-là menacent; cela finira par beaucoup de neige et d'eau.
Cependant, le matin venu, nous sommes prêts à tenter l'aventure. Le guide qu'on nous a fourni proteste que les vapeurs se disperseront; à la vérité, ce n'est pas un guide de profession, c'est un chasseur d'isards. La route que nous allons entreprendre est longue ; nous rejoindrons Castets en remontant la vallée de la Neste de Couplan ; nous n'atteindrons pas avant cinq heures de marche les bords du lac d'Orédom. Il est six heures.
Un jour fauve descend sur le chemin ; la lumière est encore si faible que les détails des sapins nous échappent ; on ne voit qu'une masse d'ombre plaquée au flanc de la montagne. Nous entrons dans cette vallée de Couplan que l'on dit si belle; ce n'est pas à nous d'en juger, puisque nous marchons sous les plis d'un voile. Nous suivons la rive droite du torrent ; un pont se présente, nous voilà sur la rive gauche, montant bientôt à travers une forêt. Les ténèbres que répandent ces feuillages sont moins épaisses ; aussi,
AIUIEAU. — r.V HAUTE VALLÉE. — LES LACS. IIH
ce n'est pas une sapinière, c'est une hctrée qui nous parait gigantes<[ue; nous ne distinguons que les troncs, la tête des arbres se perd dans la brume. Le guide parait déconfit ; timidement, il insinue qu'il serait peut-être plus sage de remettre cette excursion au lendemain. Nous n'avons point l'air de l'entendre. Ajourner, à quoi bon ? Et si demain était pire ?
Nous nous engageons donc bravement dans un défilé. Ici, quelques filets de lumière. Elle ne vient point du ciel. La Neste descend en cascade; l'écume blanche éclaire le sentier. Nous traversons de nouveau le torrent; la hêlrée, cette fois, fait place aux sapins; il fait noir comme dans un four.... Entre nous et le ciel, flotte d'abord un premier lit de brouillard, puis le dôme de cette sapinière, une double nuit.
Tout à coup, un bruit bien reconnaissable perce cette muraille d'aiguilles sombres qui nous enveloppe : c'est celui d'une chute d'eau ; une écharpe radieuse passe devant nos yeux. Point de doute; ceci est la cascade de Couplan, ({ui roule de l'autre côté de la vallée. Cette rencontre est la première bonne fortune d'une journée si morose. La superbe nappe brillante vient du mont d'Estourdau, dont nous devons franchir tout à l'heure un contrefort. Il n'est pas possible que ce jet puissant ait moins de 3 ou 4 cents pieds ; — encore ne s'agit-il que de la chute principale, qui se divise en plusieurs branches, roulant avec des ressauts bruyants dans la Neste. La cascade de Couplan est célèbre, bien qu'il n'y ait pas eu, depuis vingt ans, dix touristes en tout qui l'aient vue. Quanta nous, ce que nous en découvrons sous ce linceul maussade peut-il bien s'appeler voir ? Le chemin monte par des pentes raides. Quelle expédition lamentable ! Voici un pauvre hameau planté à 1,700 mètres; nous entrons dans le bassin d'Artigusse. Encore des cascades , puis une nouvelle sapinière, profonde et serrée. Une halte de quelques minutes ne sera point superflue; nous marchons lourdement depuis près de quatre heures.
Ii4 LES PYRÉNÉES.
En route ! Quand nous sortons enfin de cette forêt de Couplan, sous la noire nuit, le brouillard s'est encore épaissi. Devant nous, un escarpement àfranchir ; nous suivons le guide avec une résignation passive. Il marche naturellement en tête de la courte file ; je la ferme et songe à la chanson : « Quand trois canes vont aux champs »... Que faisons-nous, vraiment? nous allons devant nous. Rien de plus. Après l'ascension, vient la descente ; il nous semble que nous entrons dans un vallon très aride. Il nous semble !... Puis nous commençons une nouvelle escalade. Nous aimerions assez à soupçonner au moins dans ces flots de vapeur la crête de TEstradou, qui nous domine. Le guide nous assure qu'elle est noire et tout à fait sinistre; ce n'est pas impossible. Nous frottons une allumette pour examiner nos cartes et déterminer l'altitude où nous arrivons ; elle refuse net de prendre feu. Nous savons que le lac est à près de dix-neuf cents mètres ; or nous y touchons. — Et voilà bien ce qui prouve que toucher et voir sont deux.
Le laC;, où est-il ? En haut ou en bas? dans ces vagues jaunâtres qui se bercent au-dessus de nos têtes, ou là, immobile^ à nos pieds, sous le linceul mouvant? La plaine humide de l'air et ce?7iiro2> des monts ne font qu'un. Du bord où nous sommes placés, nous découvrons à peine quelques mètres d'eau. Du cadre de sapins qui enveloppe la nappe bleue, pas même la silhouette. Quant au pic Méchant qui se dresse au sud, et s'élance à 3,000 mètres, nous savons qu'il est là ; et si nous n'étions pas contents de le savoir, nous n'aurions pas de philosophie ! Ce bord du lac est peuplé ; des ouvriers, sous la conduite d'un ingénieur, achèvent des travaux d'endiguement qui ont pour objet de faire de cette grande masse d'eau d'Orédom la force régulatrice du cours des Nestes. Les travailleurs passent assez près de nous, et nous ne distinguons que des formes noires dans le brouillard ; plus loin, des points lumineux ; ce sont les lumières allumées dans la cantine.
Or, Il no faut pas ci'oii-o ((iie cette cantine soit liospitalière; on n'y trouve point le repas et le gite, et tristement nous tirons du sac que porte le guide, du i)ain et du jambon; nous avons de Teau-de-vie dans nos gourdes, liepas frugal, assaisonné de réflexions désobligeantes.
Nous ne verrons donc point, du moins pour cette fois, ces lacs superbes c{ui éclairent de leurs eaux étincelantes — ■ quand le soleil luit — tout ce sombre noyau des Pyrénées centrales, le Cap de Long surtout, et la muraille colossale qui le ferme, audessous des nevès de Néouvielle, au cœur de la région terrible.
Le déjeuner est achevé, nous commençons à redescendre.
Nous atteignons Aragnoûet, haletants, moulus et surtout trempés. Cependant nous donnons à l'instant l'ordre qu'on attelle nos chevaux. Beaucoup d'humeur;, il faut bien l'avouer, se mêle à cette résolution précipitée de départ. Surtout nous regrettons que l'intempérie nous interdise de remonter la petite vallée de Gela, qui descend des crêtes de Troumouse.
Nous repassons encore une fois à Castets ; mais c'est pour redescendre vers la basse vallée, presque sans halte. Pourtant il ne faut pas oublier que nous n'avons point visité la chapelle de Médiabat;, qui s'élève sur la rive gauche de la Neste, en face de cette gorge sinistre d'où s'échappe le torrent de Moudang....
C'est un édicule sans caractère, qui sans doute a succédé à une construction antérieure;, et qui porte la date de 1660. Notre- Dame en est la patronne et demande l'aumône, en passant, pour les misérables de ce quartier déshérité des monts. Un trou a été pratiqué dans le mur extérieur;, du côté du chemin. Mettez là votre argent, âmes charitables ! Notre-Dame le fera passer aux pâtres indigents qu'elle protège, ainsi qu'une inscription le fait savoir : « Elle veille sur vous et sur vos bestiaux ».
Quant à nous, voyageurs profanes, nous sentons vivement tout à coup que nous ne sommes point protégés. Le linceul do brume s'est déchiré, les cataractes s'ouvrent là-haut, la pluie
commence drue et glaciale. Inutile de dire que notre équipage est un cabriolet et n'a point de capote.
Il pleut ; les grands peupliers de Saint-Lary, que nous rejoignons bientôt, secouent leurs branches chargées d'eau sur nos têtes ; moins que jamais, on aperçoit la montagne, au-devant de laquelle cette pluie enragée étend ses filets ruisselants. Au delà de l'embranchement que forme avec la vallée d'Aure le petit val à l'orée duquel se voit Bourisp, la route se bifurque. A l'aller, nous avions suivi la branche qui court au long de la rive droite ; nous prenons celle qui borde la rive gauche, et nous allons atteindre Vielle- Aure. Un long troupeau de moutons barre toute la largeur du chemin; on ne peut passer sur ce flot de laine vivant, il faudra le suivre. Nous sommes au cœur d'un riche bassin, le fond de l'ancien lac encore. C'est la même végétation puissante qu'en Touraine, dans la vallée de la Loire ; mais il pleut autant et plus qu'en Touraine. La patience est une belle chose, nous l'apprenons en nous mettant à la file de ce troupeau ; enfin nous entrons dans le bourg, derrière les moutons bêlants.
A Vielle- Aure, les Templiers étaient seigneurs. L'éghse est leur ouvrage : un porche au pied d'une tour recoiffée au xv!!*" siècle ; trois nefs reposant sur des piliers trapus et carrés. L'abside est du xii^ siècle ; le tout a été restauré et gâté ; ce n'était pas la peine, pour visiter cette église, de recevoir ce supplément de déluge. Un peu plus loin, dans le hameau d'Agos, on nous signale un autre édifice de même origine. Il faut remonter en voiture, puis en redescendre, gravir les bases d'un mont sur des pentes glissantes, car, ici, le bord du l)assin se redresse brus- .quement. A Agos, du moins, nous sommes payés de notre zèle. On peut croire que là était la commanderie ; ce petit sanctuaire en était la chapelle. Signalé à la commission des monuments historiques, il vient d'être restauré. La chapelle, construite en pierres de taille, est élevée sur un socle de marbre, au milieu
LES LAt;S.
d'un ancien cimetière. Elle est romane ; l'abside surtout en est d'une grande pureté de style ; quanta la façade, il n'y en a point, ou plutôt elle est plaquée contre le flanc du mont ; un couloir seulement la sépare du lit de roches. Là aussi s'élève un campanile enfermant la cloche, et surmonté de la croix de l'Ordre. Ces symboles du Temple remettent devant les yeux tout un
LA CHAPELLE D'AGOS
vieux passé d'héroïsme et de gloire, l'histoire mystérieuse de la corruption des moines-chevaliers, l'iniquité sanglante de leur chute, et font toujours un peu rêver.
Plus rien désormais ne nous arrête, et ne nous condamne à essuyer cette pluie brutale ; nous regagnons Arreau, à grand train, sous la nuit qui tombe. Rentrés dans l'hôtellerie, dépouillés de nos habits ruisselants, vêtus de sec, et d'ailleurs affamés, car le repas du matin, au bord du lac, sous la brume, a été moins qu'une ombre de déjeuner, nous nous mettrions gaîment à table sans la pensée de la pluie, l'abominable pluie, tjui nous retiendra prisonniers peut-être plus d'un jour.
J'ai marqué d'un trait noir ce 26 juillet sur le calendrier placé en tète de mon carnet de voyage. Le 27, le déluge n'a point cessé. La rue du bourg, sur laquelle s'ouvrent de ce côté les fenêtres du logis, n'est plus qu'une large ornière. Parfois le réseau qui enveloppe le ciel et la terre entrouvre ses mailles serrées, les monts reparaissent pour un moment, encapuchonnés de vapeurs vaguement éclairées qui ont des teintes de plomb.
Le 28, enfin, le lever du jour amène une embellie.
Mon compagnon se dirige vers le col d'Aspin ; quant à moi, je voudrais suivre la Neste de Louron. On la dit pour le moins aussi belle que sa grande sœur, notre Neste d'Aragnoïiet.
Le seuil de la vallée de Louron est un défilé assez maussade: — à droite des hauteurs rocheuses — parfois boisées, sans caractère. Je remonte le torrent par la rive gauche, laissant derrière moi le Couret, unétablissement de bains qui n'offre point de curiosité; un peu plus loin, un village; sur l'autre bord, un bois de hêtres. Le chemin est facile, je n'ai qu'un vingtaine de kilomètres à parcourir; autant au retour : la journée est à moi, mon cheval est frais.
Bordères se montre au pied d'un escarpement; au flanc du mont, de belles ruines. Ici fut la maison du Temple, la plus puissante du Bigorre, Comminges et Armagnac. De la commanderie de Bordères, dépendaient quantité d'églises dans les trois comtés, entre autres celle de Saint-André-de-Luz, si curieusement fortifiée. C'est à Bordères que fut saisi, le 12 octobre 1307, le commandeur Bernard de Montagu, qu'on jeta dans la prison du sénéchal d'Auch, sur l'ordre du roi de France et avec l'agrément du Pape, et qui périt ensuite sur un bûcher.
S'il est vrai que l'Ordre du Temple ait poursuivi des œuvres impies, le manoir du commandeur devait, un siècle et demi après, servir à la consommation d'une impiété bien pire. Le comte d'Armagnac, Jean V, en 1450, a séduit sa sœur Isabelle. Il a fabriqué une fausse bulle pontificale qui permet le mariage, appelé un prêtre qui n'y voulait pas croire, et l'a forcé, sous menace de mort,
ARREAU. — LA IIAUTH VALLKK. — LKS LACS. 119
de bénir l'inceste. L'orage éclate bientôt contre le hardi criminel. Le roi Charles VII envoie au comte Jean sommation de comparaître devant le Parlement de Paris, et pour appuyer ce royal papier timbré, fait marcher vingt mille hommes contre r Armagnac. Toutes les places du comte sont prises; l'incestueux se réfugie avec sa complice, déjà mère d'un fils et d'une lille, dans ce petit château de Bordères, et bientôt abandonné de tous, s'enfuit dans la montagne et descend en Aragon.
La suite du drame est plus sanglante : Jean V, rentré en grâce auprès de Louis XI, le trahit, s'associe à la ligue des seigneurs. Les confédérés faillirent prendre au roi sa capitale. Louis se fit l'ami des bourgeois, il allait diner chez eux et leur disait au dessert: Ma bonne ville de Paris, je l'aime fort ! — II dissimula sa haine contre les seigneurs, traitant avec eux, espérant bien avoir sa revancho, contre ce Jean V surtout ; il « lui en vouloit plus qu'à tous les autres ». Longtemps après, en i i72, le tyran eut enfin la joie de pouvoir écraser le bandit. L'armée qu'il envoya contre Armagnac, sous le commandement du cardinal Joffredy,se grossit des milices de toutes les villes du comté; ces princes d'Armagnac prétendaient descendre de Clovis et s'étaient souillés de tant de crimes qu'aux yeux des peuples ils étaient plutôt issus du diable. Ce fut une multitude qui marcha sur Lectoure, où l'incestueux, le faussaire, le faux monnayeur s'était jeté avec quelques soldats. Il fit une sortie, son fils aîné y fut tué. II capitula, on ne tint compte de la capitulation: Jean \' fut égorgé dans sa chambre. On saisit Isabelle encore enceinte, on la força de prendre un breuvage qui la ferait avorter, elle en mourut. Les habitants de Lectoure avaient pris parti pour le comte, on les extermina, la ville fut brûlée; si l'on en croit l'historien Comines, trois hommes et quatre femmes seulement purent s'échapper ; pas un enfant !
Je continue de remonter la Neste, je laisse derrière moi de nom- Ijreux villages; achevai sur le torrent, vuici Genost, avec la
ruine d'un grand manoir; au-dessus de Soudervielle, la tour de Moulor. Je suis désormais la petite Neste de Bayet, j'entre dans une gorge très sombre, dont les parois sont recouvertes de prairies; puis le sentier monte à travers une sapinière et débouche, enfin, au port dePeyresourde.
Le coi s'ouvre entre deux croupes gazonnées, à une altitude de près de seize cents mètres, et la curiosité^, ici, c'est précisément (|u"il n'y en a point. De tous côtés, de plus hauts monts bornent la vue; à peine découvre-t-on en écharpe un coin de la vallée de l'Arboust; un chemin descend en décrivant de grands lacets dans les pâturages ; il conduit à Bagnères-de-Luchon.
La vallée de Louron est trop belle pour que nous n'y fassions pas une deuxième excursion plus complète, nous reviendrons à ce col de Peyresourde.
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