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LES ALLÉES DE LA IIQUE

Paris et Versailles, la cour et la ville. La cour y vint, la ville y vient de plus belle. Ce qu'il y a, dans cette station de Luchon, de singulier, d'amusant et d'insupportable à la fois, c'est d'y rencontrer le « tout Paris ». — Tiens, c'est vous ! Oh! cela ne m'étonne pas ; tout le monde est ici.

Ceux qu on ne connaît point, on les connaît encore; on a vu cette moustache et ce binocle à quelque première représentation, et cette jolie femme sur les planches. On a dîné quelque part auprès de cette autre belle personne. On va donnant des coups de chapeau, saluant de la main ; c'est le boulevard. Seulement les côtés de l'allée qui représentent les trottoirs sont abrités sous ces arbres superbes; on a pourtableau de fond le Superbagnères, au lieu du nuage de poussière rougeâtre qui monte, l'été, à Paris, du boulevard de la Madeleine, et le spectacle de la chaussée est autrement pittoresque. Au lieu des fiacres et des coupés de remise, des calèches à quatre chevaux munis de harnais à sonnettes, et, dans ces véhicules, des gens hilares rapportant des excursions à la montagne, la provision d'air pur qui fait couler le sang plus vite, et l'animation que donne l'exercice; des gens, enfin, qui s'amusent.

Les voitures se succèdent, ramenant les excursionnistes de la vallée du Lys ou de la vallée d'Oô ; puis viennent les cavalcades. Chevaux, mulets, ânes : il y a huit cents de ces quadrupèdes à Luchon ; la foule des baigneurs et le goût des promenades n'exigent pas moins; toute cette prodigieuse cavalerie n'a pas un instant de repos pendant deux mois, et ce tumulte est le plus vif attrait de Luchon, pour la plupart des visiteurs. On a passé le printemps à Paris, on vient à Luchon en été ; pour peu qu'on aille en septembre et octobre à Biarritz, et, l'hiver arrivé, qu'on se rende àNice ou à Monaco, on ne sortira pas du tourbillon d'un bout à l'autre de l'année.

Six heures et demie. Le cours d'Etigny a retrouvé quelque paix; on dîne. Huit heures. Les hôtels, les maisons meu- .blées, ou « maisons de famille », rendent le flot qu'ils avaient engouffré. Les cafés en un moment sont remplis; au café Arnative, la moitié des consommateurs reste debout, attendant que l'autre moitié veuille bien faire place ; il faudrait prendre des cachets. Les allées sont noires de promeneurs. Neuf heures

arrivent, changement à vue. Le cours est désert, tout le monde s'est porté vers Tallée de la Pique et monte au Casino.

L'édifice est somptueux : du grec, du roman, de l'égyptien, de l'assyrien, del'Haitssmanien, un mariage extraordinaire. L'énorme bâtisse est illuminée très brillamment; de superbes jardins l'encadrent, illuminésaussi. Au milieu, un kiosque, et un orchestre. On se promène par groupes, on se coudoie à plaisir, ou bien l'on s'assied sur les bancs et les chaises. Le gaz répand sur toute cette foule très parée sa lumière violente; l'illusion est complète: c'est le concert des Champs-Elysées. Il est vrai que de ce jardin, on voit les monts et le col de Vénasque ; cette admirable vue en est même le charme principal. Seulement, il fait nuit. A l'intérieur du Casino, il n'y a pas de représentation dramatique, cesoir. L'heure s'avance, une fraîcheur perfide descend dans les jardins. La foule va se mettre à couvert, et le flot, en entrant sous le large vestibule, se divise en deux branches, l'une s'engouffrant à droite dans les salons de jeux, l'autre se dirigeant à gauche, vers les salons de lecture, de conversation et de danse. Il faut rendre justice au Casino de Luchon, le mieux aménagé peut-être de tant de casinos qui s'élèvent maintenant dans les Pyrénées: on y trouve toutes les distractions et toutes les aises, et les différents amusements n'y sont point mêlés. Le jeu y est entièrement séparé des plaisirs plus innocents : deux salles, le grand cercle et le petit cercle ; dans la première, six tables de baccarat; dans la seconde, deux tables seulement. Le petit cercle admet les dames. A quelle heure finit la partie ? J'ai peur que le soleil, là-bas, ne teigne déjà en rose les neiges espagnoles. Le bal est terminé depuis des heures; on ne danse pas jusqu'au jour à Luchon. Les médecins ont établi que le moment le plus favorable pour prendre le bain est le matin, après le repos de la nuit. Donc, il faut s'aller coucher.

La matinée, à Luchon, est l'heure charmante. Tout un peuple de jolies filles, déjeunes mères et de babys remonte vers l'établis-

sèment des bains ; le soleil, tamisé par les feuillages, argenté le chemin que suivent ces troupes gazouillantes. Les enfants s'arrêtent avec les servantes sous les ormeaux du quinconce, les jolies mamans sous le péristyle à colonnes de marbre blanc qui conduit aux mystères du bain. Une inscription placée dans une niche au-dessus de la porte d'entrée les avertit qu'elles ont été précédées aux sources thermales par des dames romaines: « Deo Lixoni Flavia Rufi Fr. Paulina. V. S. L. M. Au dieu Lixon, Flavia, fille de Rufus et de Pauline, acquitta son vœu.

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