‹ L'Adour, la Garonne et le pays de FoixChapitre 33 sur 78 · AUTEL VOTIF TROUVÉ DASS LES THERMES DE LUCHOS , COLLECTION SACAZE · texte numérisé non relu

AUTEL VOTIF TROUVÉ DASS LES THERMES DE LUCHOS , COLLECTION SACAZE

délivrée du mal. » Ainsi, elle fut guérie, cette antique Flavia, qui n'avait peut-être que vingt ans; la puissance de ces sources était déjà si incontestée qu'on les avait divinisées sous le nom et la figure d'un génie présidant à leur cours salutaire. Partout on a trouvé des autels votifs dédiés à ce dieu Lixon.

L'histoire de Luchon se confond avec celle de ses thermes ; il est certain qu'on y venait de toutes les cités de la Gaule romanisée, surtout en cette période de paix profonde qui remplit tout le second siècle ; on arrivait par une voie impériale qui suivait, depuis Toulouse, la vallée de la Garonne. Les traces en subsistent à Labarthe de Ptivière, où se voit la pile romaine que nous avons décrite ; on les a retrouvées dans le faubourg de Barcugnas. La grande voie reliait Luchon à la cité principale de toute cette contrée pyrénéenne : Lugdunum Convenarum (Saint-Bertrand de Comminges). Il est également certain qu'en ce deuxième siècle Luchon était pourvu d'un établissement thermal. Cinq des anciens bassins ont été découverts ; quatre étaient dallés de

marbre blanc, le cinquième de granit, tous entourés de gradins où s'asseyaient les baigneurs ; on a mis aussi à jour, au commencement de ce siècle, beaucoup d'anciennes constructions, et l'on peut croire que la station avait une importance unique (sauf peut-être celle d'Ax, dans l'Ariège), puisque les anciens thermes, qui occupaient à peu près l'emplacement de ceux d'aujourd'hui, avaient presque la même étendue. La fortune de Luchon ne survécut pas à celle de l'Empire. Je passe l'époque barbare, je n'y vois plus, au lieu des duunivirs des villes voisines et de leurs femmes et de leurs filles, drapées du péplum^ que des pâtres farouches assis sur les ruines des gradins de marbre. Super flurtxina, Babylonis.

Au moyen âge, Luchon fait déjà partie du Comminges.Gilberge, fille du comte Roger P"", le porte dans la maison d'Aragon. En 1446, Mathieu, le dernier comte, lui donne une charte, jurée en présence de Manauld d'Aure et de plusieurs autres seigneurs. Charles VII, en prenant possession du Comminges, concède à la commune thermale de nouveaux privilèges, le droit de haute justice, par exemple. Luchon sera gouverné par ses consuls, qui auront le pouvoir de décoller et de brancher les gens. Puis les siècles courent. En 1711 et en 1719, les Espagnols pillent et brûlent la petite ville. Enfin, en 1751, Maigret d'Etigny vint et se prit de belle passion pour ce lieu rare. Il planta, il bâtit, traça des routes, il organisa un service médical, et, résolu de remettre ces bains en honneur, eut en 1762 le talent d'y attirer le duc de Richelieu. La foule élégante suivait partout ce roi delà mode.

D'Etigny se désolait de ne pouvoir offrir à un si beau monde qu'un établissement de bois ; il rêvait du marbre, mais il mourut. Ce fut seulement une quarantaine d'années après lui, qu'un préfet, maigre image des Intendants d'autrefois, fit reprendre les travaux. Un premier établissement thermal fut installé ; il n'était que « convenable », il a fait place à des splendeurs que d'Etigny n'aurait pas osé souhaiter. Le palais actuel des bains a été achevé

en 1856. Je préfère beaucoup à son péristyle somptueux la ceinture de verdure fraîche dont on a su l'entourer; je m'enfonce dans ces bosquets de tulipiers et de catalpas ; j'arrive à un petit lac tout enveloppé de feuillage, où tombe une cascade, et par de nombreux lacets, je joins un sentier pour monter à la Chaumière.Les pentes qui le bordent sont gazonnées; ilparait que, jadis, couvertes seulement des effritements des roches supérieures, elles servaient de lit ensoleillé à un fourmillement de serpentaux qui faisaient reculer les personnes nerveuses.

Arrivé à cette chaumière, j'ai mérité le bol de lait fumeux que m'offre une jolie servante. Luchon est à mes pieds avec le quadrilatère d'ombrages qui l'enveloppe etla route d'Espagne, à laquelle un chemin s'embranche; sur l'autre bord de la Pique, un village pittoresque dont je demande le nom: c'est Saint-Mamet. Un autre ruban de chemin glisse à travers des prairies plantées de peupliers : entre les flèches verdoyantes, voici la pointe grise du clocher de Montauban; au-dessus de ce nouveau village, une montagne en ruine; plus loin, dans les fonds vaporeux de la vallée, Juzet; plus loin encore. Salles. Leruban, ayant ainsi tracé un demi-cercle, se replie vers Barcugnas. On a d'un coup d'œil embrassé tout ce qui à Luchon s'appelle « les promenades », que l'on distingue des excursions dans le vocabulaire des guides. Les médecins brochent sur l'expression, et disent: « promenades hygiéniques ». Ils n'ont point tort, je le vois au libre jeu de mes poumons et aux sollicitations de mon appétit. On ne sert pas que du lait à la « Chaumière ». Pourquoi ne ferais-je point préparer mon déjeuner, tandis que je monterai à une roche que je vois là-haut, surplombant mon kiosque rustique? Pourtant il paraît que cette ascension n'est pas toute simple. Il faut redescendre d'abord ; c'est quelquefois en pays de montagne, — mais là seulement, — le moyen de s'élever.

Après la descente, un chemin tout droit, tout uni; au bout la Fontaine d'Amour. C'est aussi un amour de fontaine. Le chemin

se relève, on grimpe sans beaucoup de peine à travers des pâturages parfois boisés; un petit pré tout encadré d'arbres couronne le Mail de Soulan ; ce serait un endroit à souhait pour y vider une querelle, Tépée en main. Cette idée n'est-elle jamais venue à des matamores de Luchon ? Le beau duel romantique! Ce -Mail de Soulan qui, vu d'en bas, présente un escarpement rocheux, porte à son sommet un tapis vert.

J'ai maintenant tout le panorama de Luchon sous les yeux; aucune topographie n'est si simple. Le cercle des monts est si nettement dessiné qu'on ne peut guère se tromper sur la situation de chacun d'eux. C'est bien le pic de Portillon, que je vois devant moi,ausud,derrièrelacrêtede glaces qui va du picd'Oô aux Monts- Maudits. Ces vapeurs violettes s'élèvent bien au-dessus du pays d'Aran; à gauche et à droite, cet entassement de roches, c'est bien le Céciré, s'élevant en étages jusqu'à 2,500 mètres au-dessus de Superbagnères, qui n'en a que 1,800. Tout cet amphithéâtre de pics, de crêtes noires, de dentelures blanches, de forêts, de glaciers, est un spectacle dont on se lasse d'autant moins qu'on le voit plus souvent. J'ai failli oublier mon déjeuner qui mijotait à la Chaumière.

L'établissement thermal est désert lorsque j'y arrive à plus de midi; j'entre dans une vaste galerie, qu'on a eu tort d'appeler la « Salle des Pas-Perdus ». Ce nom-là est bon dans les palais de justice où l'on n'est jamais sûr d'avoir cause gagnée ; mais puisqu'ici on est assuré de se guérir...

Les parois de cette galerie sont décorées de fresques. Cespeintures allégoriques, bien qu'on ne sesoitpas servi de couleurs à base de plomb, à cause des émanations sulfureuses qui remplissent toutes les salles, n'en sont pas moins dans un état de dégradation menaçante. Allez-vous demander si cela est regrettable?... Je ne fais pas ici de critique d'art.

Ces fresques ont été exécutées de 1854 à 1858 par >L Ptomain Cazes; elles sont au nombre dedix-sept. J'y vois le Génie des sour-

ces, la figure de la Chimie et celle de la Médecine ; ces deux dernières redoutables personnes mecausenttoujours un peu de malaise. L'Architecture, plus loin, trace des plans ; l'Architecture moderne n'a jamais été ma cousine. Je vois aussi les Génies des arts et des sciences, et des nymphes enfin, troupe plus gracieuse. Celles-ci représentent les huit sources principales de Luchon(ilyenaentout cinquante-quatre) : la source du Pré, de Bordeu, des Romains, de la Reine, de la Grotte; la source Blanche ; la source de Richard, celle d'Etigny. L'artiste a également personnifié, dans des panneaux, sous des traits qui veulent être devinés, les montagnes voisines : la blonde déesse de la vallée du Lys marche sur un tapis de fleurs ; celle du portde Vénasque, d'aspect sévère, tient des clefs, et la nymphe de la vallée d'Oô, une urne d'où s'échappe le flot de son beau lac; la déesse de la Maladetta, drapée dans les plis d'un manteau qui doit lui être bien nécessaire, contemple son glacier; enfin, voici les divinités du Montné, d'Oueil,d'Esquierry et de Luchon. Celle-ci a détrôné le vieux Lixon et ne paraît pas incommodée par le sentiment d'une usurpation si noire.

Je quitte cette galerie, je vais de salleen salle dans les thermes. Dans l'une je retrouve encore des déités. Un autre autel votif y a été conservé; j'y lis cette inscription : « Nymphis. Augus. Sacrem. Consacré aux nymphes Augustes ».

L'établissement thermal de Luchon est vaste et richement installé: 12 salles de bain, 120 baignoires, en marbre naturellement, La plus curieuse de ces 12 salles est la dixième, qui contient la grande piscine, dite(( gymnastique et natatoire ». Ce qu'on y doit craindre, ce n'est ni les requins ni les caïmans. Deux autre piscines sont réservées à chacun des deux sexes, et dans chacune il y a place pour douze baigneurs ou baignauses. Des étuves permettent de prendre des douches de vapeur humide ou sèche. Tout cela est d'un confort irréprochable. Je visite encore la salle d'inhalation, les 18 buvettes, les chauffoirs, les salles de consultation— ces dernières, je l'avoue, avec un sentiment superstitieux

qui me fait bien vite revenir en arrière. On a le bonheur de n avoir jamais été condamné à aucun traitement thermal; mais dans une de ces salles des consultations, on a vu un fort bel homme, de mine courtoise et souriante, qui salue. On rend le salut, comme on le doit. N'était-ce pas là un des médecins de la maison ? C'en était un. Il a eu Fair de vous dire, avec toute la bonne grâce imaginable : Vous

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