LA PLACE DES THERMES
ne perdrez rien jDour avoir attendu, vous nous viendrez quelque jour....
A Luchon, réglise est neuve. Maigret d'Etigny n était point d'un temps où l'on bâtit volontiers des chapelles ; il appartenait à l'Ecole philosophique. Cet homme de goût et de bonne volonté laissa deux fils, dont les Luchonnais ignorent certainement la fâcheuse destinée. L'un se faisait appeler le comte de Sérilly ; il fut trésorier de l'extraordinaire des guerres sous Louis XVI ; l'autre avait gardé le nom d'Etigny; il était officier supérieur aux Gardes françaises. L'un et l'autre périrent sur l'échafaud, en 1791, et tous deux pour le môme crime: ils avaient donné asile à des proscrits. M. de Sérilly avait reçu chez lui, dans un de
ses châteaux, en Bourgogne, la femme et les filles du ministre Montmorin,dont Tune, Madame deBeaumont, échappée à la mort, est devenue si célèbre pour avoir aimé Chateaubriand.
A Luchon, tout rappelle le bienfaisant intendant ; il est au commencement de tout. On ne peut l'oublier que si l'on sort du quadrilatère ombreux qui enveloppe la ville moderne, et que les habitants du pays appellent La,ne — la plaine — pour se hasarder dans la vieille ville. Là, en partant des allées d'Etigny, on rencontre des rues tortueuses, et Ton arrive bientôt à de nouveaux ombrages. On ne connaîtrait guère cette allée des Soupirs, longue de six ou sept cents mètres, plantée d'énormes sycomores et de sorbiers, si elle ne se trouvait sur le chemin qui va par la montagne, de Luchon à Bagnères-de-Bigorre. — Cependant ces grands feuillages et ces belles eaux ont bien de l'attrait; car on est au bord de F One, qui fait mouvoir la meule d'une marbrerie ; ces arbres magnifiques , au sud de la ville, abritent un refuge toujours ouvert à ceux qui ont quelquefois la curiosité de la solitude. On est à deux pas de l'élégante mêlée; un petit temps de marche, et l'on se retrouvera sur le c( cours » , à l'angle précisément de l'hôtel de France , l'un des plus brillamment peuplés. On recommencera la lente promenade des quatre allées, toujours si pleine d'agrément, à moins que le ciel au-dessus du dôme vert ne vienne à se tendre de filets gris, quand la bruine descend des monts. — Mais peutêtre voudra-t-on faire halte dans la première allée de la Pique et entrer aux jardins du Casino.
Si l'on aime les tableaux achevés, en voici un; le plus habile décorateur n'aurait pas imaginé cette toile de fond. La vue est la même à peu près qu'on découvre du banc placé un peu plus loin, dans l'avenue, au bord de la chute du torrent; mais ici, avec plus d'étendue, plus d'écartement du rideau des monts, et surtout un premier plan, un mamelon à la croupe ronde, portant une ruine, que cachent là-bas les feuillages. Derrière, deux montagnes
boisées profilent à angle droit leur chevelure de pins; au-dessus, l'entassement des neiges, les Monts-Maudits, le port de Vénasque. Cette tour de Castel-Vicil, qui arretesi heureusement les yeux, se relie à un système de vigies dont nous avons déjà reconnu les traces à Castel-Blancat et à Moustajou