‹ L'Adour, la Garonne et le pays de FoixChapitre 37 sur 78 · LA VALLEE D'OUEIL. — SAI^T-A^'EXTIX — LES LACS D'OO · texte numérisé non relu

LA VALLEE D'OUEIL. — SAI^T-A^'EXTIX — LES LACS D'OO

On part de Luchon, en face de l'église, on remonte l'allée des Soupirs jusqu'au pont de Mousquère, et, avant de le franchir, on retrouve à gauche le sentier qui conduit à la source de Sourrouille. La route monte en lacets, à droite, sur un mamelon ; puis le coteau, qui s'élève à gauche, s'en rapproche brusquement : il n'y a plus entre tous les deux qu'une étroite fissure, au fond de laquelle le torrent mugit. On découvre au midi les hautes pentes de Superbagnères, toutes tapissées de sapins.

En face de la montagne d'Antenac, le cap de Bassios, le cap de Laragouère; le plus haut de ces trois sommets n'a que deux mille mètres. Sur l'un des versants, le village de Cazaril, dont l'église romane renferme des antiquités intéressantes. Si l'on se tourne vers le sud, on reverra Luchon sous ses grands bocages, au fond de la vallée. Deux ponts ont été construits à peu de distance l'un de l'autre, sur la Xestc d'Où. Les lacets continuent.

se dessinant à droite; la route est ombragée, la vue toujours belle. On arrive à la bifurcation de deux routes ; c'est celle de droite qu'il faut prendre ; elle s'enfonce dans la vallée d'Oueil.

Ouailles, brebis. — La vallée d'Oueil est riche en troupeaux de moutons. Pays perdu autrefois. Aussi, à cet embranchement que nous venons d'atteindre, les habitants de la vallée ont érigé une colonne en l'honneur de Napoléon III, qui leur fit présent d'une route. Ils étaient peut-être plus heureux quand ils n'en avaient point, mais depuis qu'ils en ont une, ils se croient plus riches ; cette route, c'est l'instrument des temps nouveaux. A l'orée du val, on aperçoit l'image des temps anciens : au-dessus des deux petits villages de Saccourvielle et de Trébous, la tour carrée de Castel-Blancat sur sa haute roche.

D'un océan de grands blés mûrs, aux longues vagues dorées, émerge le clocher de Saint-Aventin. Mais nous quittons la route de ce village (la route nationale"] pour gagner le chemin du Montné par le Bourg d'Oueil. Le torrent de l'Arboust coule à droite^, dans une gorge très sombre ; on voit plus distinctement la tour de Castel-Blancat, qui plonge dans la gorge. Une montagne sépare les deux vallées: c'est l'Espiaup, — quelque chose comme un Brocken gascon. Ici, on donna le Sabbat.

L'Espiaup contient un nombre extraordinaire de monuments mégalithiques : alignement de pierres, enceinte de pierres, pierres à écuelle, pierres à légende. A chacun de ces témoins obscurs du passé, se sont attachées des superstitions. Les gens d'Oueil pensent que, « certaines fois, la foudre est en pierre», et recherchent « ces pierres de tonnerre «, qui sont des talismans. A des yeux plus éclairés, ce sont des pointes de flèches ou des . haches des premiers âges.

Des blocs, plus ou moins grossièrement façonnés par la main de l'homme, ont la réputation de communiquer par l'attouchement la fécondité aux femmes et de rendre une certaine puissance aux vieillards. Le Cailheou cl Ait iha-Pard in, près du

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village de Poubeau, dans la vallée de l'Arboust, a donné lieu, pendant des siècles, à des scandales que le curé, un jour, résolut d'empêcher; il fit planter au sommet une croix de fer et défendit en chaire, à ses paroissiens, d'approcher de la pierre diabolique. Jusque-là, chaque année, la nuit du mardi gras^, les jeunes gens menaient une procession, puis des danses autour du Cailheou. Il y avait des attitudes et même des paroles consacrées pour cette réjouissance païenne ; c'étaient vraiment les rites d'un ancien culte secret. L-es populations de ces deux vallées de l'Arboust et d'Oueil sont longtemps demeurées primitives ; il parait que c'est aussi le coin des Pyrénées où le patois s'est le moins corrompu par des mélanges ; il est encore tout plein de locutions latines ; et de tous les anciens idiomes romans, c'est peut-être le mieux conservé.

Le premier village de la vallée, c'est Benqué-dessous. Sur la place, on peut admirer l'un des plus beaux ormeaux qui soient au monde ; rien n'empêche de le croire plus vieux que les arbres dits de Sully, parce qu'ils furent plantés dans toutes les bourgades de France, devant les églises, sur l'ordre de grand ministre de Henri IV. La tradition vous dira que les seigneurs rendaient la justice à son ombre ; après quoi, ils pouvaient appliquer la sentence à l'instant même, en faisant brancher solidement le condamné.

De Benqué-dessous, on monte à Benqué-dessus. Ici, une église ogivale;, avec des peintures murales qui peuvent être attribuées au xV siècle.

Cette montagne d'Espiaup, résidence favorite des mauvais esprits, et que le souffle des feux d'enfer devrait avoir calcinée de sa base à son faite , est presque entièrement gazonnée. En partant de Benqué, montant à travers des pâturages, on arrive, à une hauteur de 1,300 mètres environ, aux premières enceintes de pierres. Cette région intéressante a été longuement étudiée en 1875 par MM. Sacaze, deCraonneetGourdon. Le monument le plus frappant de tout ce quartier a reçu le nom de Peyrelade ;

C'est 1111 « alignement » rectiligne qui n'a pas moins de 277 mètres de longueur, et se compose de 93 IdIocs de granit, dont quelquesuns mesurent jusqu'à 58 mètres cubes. « Les enceintes circulaires, dit M. Julien Sacaze, sont pourtant les plus nombreuses; elles sont formées de pierres brutes, presque toujours placées de champ et fichées dans le sol. Au centre de chaque cromlech, à une profondeur de 15 à 65 centimètres, se trouve ordinairement une cella, sorte de caisse rectangulaire faite de dalles schisteuses et renfermant des cendres et des ossements calcinés. » Vieilles sépultures, vieux morts. Quelques-uns de ces étuis informes renferment des vases cinéraires dont la forme fait supposer un âge relativement peu reculé; dans un des vases, on a trouvé deux bracelets de bronze. Or le bronze est le signe de ce qu'on appelle « une civilisation primitive ». — Je crains fort qu'il n'y ait jamais de civilisation « définitive », en sorte que tout ceci n'est affaire que de degrés. La vallée de l'Oueil, en des temps encore plus obscurs, formait le bord du glacier de l'Arboust ; la vallée de Luchon était un lac.

Pour joindre Bourg d'Oueil, au pied du Montné, le mieux est de regagner la route de voitures, qui, bientôt après Maylin, franchit la Neste d'Oueil ; on traverse Saint-Paul, le plus gros village de la vallée ; on a déjà dépassé l'altitude de 1,000 mètres. On suit le torrent, qui, sur la rive opposée, baigne les bases de la montagne de Bilourtède. Entre une sapinière qui les couvre et la Neste, se voient dé grandes roches éparses ; nous retrouverons dans la vallée de TArljoust des blocs de même provenance vomis par le glacier.

Bourg d'Oueil, situé àplus de 1,350 mètres d'altitude, environné d'un cercle de monts qui n'en atteignent pas deux mille, est un village des sommets; ce fut le chef-lieu de la vallée, jadis. Au moyen âge, les vicomtes de l'Arboust, de l'ancienne maison d' Aure, tenaient fortement le cours des deux Nestes. Bourg d'Oueil eut pourtant ses seigneurs, une vieille race du pays qui n'est pas éteinte. Le baron de Fiancetted'Agos, un des plus savants archéo-

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logues des Pyrénées, habite près Saint-Bertrand de Comminges, au village de Tibiran. Le château des Fiancette d'Agos, à Bourg d'Oueil,est maintenant une auberge. On y prend ses logis avant et après l'ascension du Montné.

Cette belle montagne, comme le Pêne de Lhéris, comme le pic du Midi de Bigorre surtout, est placée en vedette au-devant de la chaîne; la vue qu'on découvre du sommet est donc très étendue et très nette. Aussi l'ascension du Montné est à la mode ; on la fait de préférence pendant la nuit, ce qui montre bien qu elle est aisée. On arrive au sommet quelques instants avant le jour, afin de contempler un lever de soleil sur les glaciers ; et c'est grand dommage que cette fine partie manque si souvent : les brouillards sont des trouble-fête; qui le sait mieux que nous?

Deux chemins conduisent àcette cime courtoise : onpeut suivre la route jusqu'au col de Pierrefîtte, ouvert au flanc de la montagne, et d'où Ton glisse dans la vallée de Louron. Du col on y monte à cheval « en demi-heure >> (style méridional) ;c'estlec]iemin de nuit. Le chemin de jour part de Bourg d'Oueil, et l'on doit gravir d'abord quelques escarpements, pour gagner ensuite des pâturages ; on prend un temps de repos dans la cabane d'un berger; on atteint le faite en moins de deux heures. La vue est presque sans limites. A l'est, on découvre les pics derAriège;en inclinant vers le midi, tout le pays d'Aran, avec son point culminant au pic de Montarto, et l'on devine les divers étages de crêtes qui descendent vers l'Ebre ; à l'ouest et au sud-ouest, le massif du Mont-Perdu et des monts d'Aure, le Néouvielle, l'Arbizon, le pic du Midi. Au plein sud, toute la couronne des glaciers, de Clarabide à la Fourcanade, et, en son milieu, le fleuron étincelant de la Maladetta.

Le retour du Montné peut se faire par le col de Pierrefîtte; on suit en pleine montagne un chemin difficile qui longe le sommet du Lyon, puis la montagne de Pouglouby, et par un val étroit et pittoresque, on rentre dans la vallée de l'Arboust.

Quant à nous, redescendant à Bourg d'Oueil, nous allons rejoindre la route d'Arreau , et nous passons le lendemain à Castillon, dans la vallée de l'Arboust. Le nom de ce villao-e

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