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LE PORT DE VENASQUE. — LA MALADETTA

En bas, sur le versant espagnol, est un petit refuge, baptisé du nom d'hôtel. On y trouve quelques vivres et un gîte, si le temps est soudainement devenu menaçant ou si l'on est las. L'hôtelierestEspagnol. Sa vie ne ressemble guère à cette existence endiablée de rendez-vous et de sérénades qui se mène par toute l'Espagne, si Ton doit en croire les poètes ; le bruit sourd de l'avalanche et le sifflement de l'ouragan, voilà ses guitares. Le pauvre homme, quand la bise bat sa masure, se console peutêtre en songeant qu'il regagnera ses vallées dorées de Catalogne aux clairs soleils, dès que sa fortune sera faite. Hélas ! j'ai peur qu'elle ne soit lente à faire : les rares caravanes de Luchon ne montent au port de Vénasque que pendant deux mois chaque année.

Une après-dinée et une soirée sont courtes lorsqu'on a sans cesse de nombreuses notes à mettre en ordre. La nuit est remplie par un bon sommeil. Le matin, la brume est dissipée devant nous ; au pied du col, nous avons le plateau gazonné de Pena Blanca, large et brusque saillie, portée sur des escarpements blanchâtres qui lui ont donné son nom, et servant elle-même de piédestal au Port de Vénasque. La vallée de l'Essera se creuse entre la « Roche Blanche » et la base de la Maladetta. Au sud, d'énormes rampesplongentsur un val profond, quijadis fut un lac. A l'est nous voyons distinctement une nouvelle tranchée, faisant face à celle de Vénasque : c'est le port de la Picade, que nous devons franchir pour retourner à Luchon.

Nous n'apercevons plus de neiges que sur les pentes ; les glaciers s'étendent au-dessus de nos têtes ; mais nous en voyons le reflet sur la pelouse qui couronne la Pena Blanca. Le voisinage de ces blancheurs éclatantes décolore ce gazon court, qui n'offre plus qu'une teinte jaunâtre. Tout le pied du groupe colossal est affreusement morne. Eh bien, il vaut mieux que ce tableau n'ait plus rien des sublimes beautés dont nous avons rempli nos yeux pendant la précédente journée; nous le quitterons avec moins de

regret , puisque aussi bien nous le devons, puisque toute envie d'ascension nous est interdite par la règle que nous nous sommes imposée : ne point dépasser les Pyrénées françaises.

Nous marchons vers le port de la Picade, suivant le val de l'Essera. Au-dessus du ravin descendent de longues croupes, qui sont les assises portant ce gouffre merveilleux de Toro, — rue infernale ouverte dans les flancs de la Maladetta, — où les eaux sorties du glacier se précipitent pour rouler ensuite jusqu'au versant opposé de la chaîne, sous la longue suite des monts.

Notre chemin n est point pénible : de courtes pentes bosselant le sol, à gauche une sorte d'étang marécageux, à droite la haute muraille et les lits de neige que nous commençons à revoir.

Une demi-heure de marche ; nous touchons au col. A gauche, les escarpements se redressent. Ce port de la Picade a une importance géographique chez nos voisins d'Espagne ; il sépare l 'Aragon de la Catalogne.

La vue en est pour le moins aussi belle que du port de Vénasque, son voisin. Moins étendue sur la Maladetta proprement dite, qui ne montre plus qu'une haute frange brillante dépassant l'arête de son glacier, elle l'est bien davantage sur le versant septentrional du Néthou, et sur les trois pyramides orientales du massif, la Salenque, les Moulières et la Fourcanade, qu'elle embrasse sans obstacle. Ce dernier pic laisse voir ses quatre fourches; plus loin le Barrau montre sa tête neigeuse; plus loin encore, au sud-est, mais bien plus près de nous, le Pomero ferme le défilé des géants.

Nous saluons une dernière fois le roi des glaciers pyrénéens; on ne doit pas moins à ces froides et sublimes majestés, etnousnous engageons dans un passage difïicile, qui nous ramène aux versants français. C'est le pas de l'Echelle ou de l'Escalette, à un kilomètre et demi environ au-dessous de la Picade. Le chemin bifurque bientôt après à travers des forêts et des pâturages. Nous regagnons l'hospice, puis, Luchon.

ilACLEOX DE BAROCSSE.

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