‹ L'Adour, la Garonne et le pays de FoixChapitre 54 sur 78 · LA TOUR DE SÉKIAL · texte numérisé non relu

LA TOUR DE SÉKIAL

çons à suivre le bord de l'eau. La vallée tout à coup se rétrécit; puis c'est une autre montée à gravir, et Ion se trouve à l'entrée d'un étroit bassin, fermé au fond par le défilé du Pontdu-Pioy. Un pont relie les deux rives de la Garonne : d'un côté, c'est la France, de l'autre, l'Espagne; mais le pont est serré entre

deux escarpements sauvages. Entre les parois inaccessibles, un passage, plutôt un pertuis. Trois cents hommes renouvelleraient ici l'antique prouesse des Thermopyles.

Pour le moment, il y a bien bataille en cet endroit farouche, mais bataille un peu différente. On n'y dépense pas moins beaucoup de courage à tenir tête aux mauvaises chances de la fortune; les héros, ici, sont desjoueurs. En aval du pont, — par conséquent sur la rive française, mais dans une enclave espagnole, on a construit un Casino, — c'est-à-dire une maison de jeu. Grande attraction pour les joueurs de Luchon, qui sont amenés par les voitures publiques de Saint-Béat et de Bosost. Nous retrouvons au café-restaurant du Casino plusieurs figures que nous avons vues dans la cour de rhôtellerie de Fos. Il parait que la partie n'est pas ouverte; on boit, en attendant l'heure. Je suis obligé d'avouer que ni le bâtiment des jeux, ni l'autre situé en terre française, n'ont lamine cossue: ce sont même d'assez vilaines masures. On me conte que la partie languit depuis qu'une entreprise rivale s'est installée au Portillon. Je ne me sens pas très ému par le tableau de ces langueurs. Ce qui m'affecte en ce moment, c'est l'envie d'un autre fruit défendu.

Pourquoi ne point passer le pont? au delà, c'est terre espagnole, mais si peu! Lebassind'Aran, dans lequel nous entrerions, était destiné par la nature à être français. Puisque Aran tout entier est situé sur les versants nord des Pyrénées, fermé au sud par les Monts-Maudits et le mont Vallier, puisqu'il formelatête de la vallée de la Garonne, et qu'il renferme les sources d'un grand fleuve qui est une artère française, notre droit est évident. Aussi bien Aran a été aux comtes de Comminges ; puis il vint aux mains des comtes duBigorre, malheureusement sans titres bien établis : aussi Alphonse II, roi d'Aragon, put le retenir en sa qualité de suzerain, à la fin du xii^ siècle. Six siècles après, en 1808, Napoléon le reprit à l'Espagne, et le réunit au vaste arrondissement de Saint-Gaudens ; mais les traités de 1815 nous l'arrachèrent.

LA VALLÉE DE LA GARONNE. — SAINT-BEAT. — LE VAL d'aRAN. 278

Se souvient-on de ce gouffre mystérieux, ouvert au cœur de la Maladetta, ce trou de Toro qui, suivant la légende, reçoit les torrents des glaciers et ne les rend pas? La vérité, c'est que l'ogre de pierre ne boitqu'une partiedecepur cristal roulant; une autre partie court en grondant sous les flancs de la montagne et reparait au gouffre ou Goueil de Djouéou, à l'extrémité de ces belles pelouses aériennes que nous avons vues, en montant au col de Vénasque. Le Djouéou ou Jouéou accourt parla vallée d'Artignas

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