PILE ROMAINE D'AUBERT
Nous sommes revenus à Saint-Béat; une route doit nous conduire à Castillon, dansTAriège. Contournant le pied du Gar, traversant Eup et Chaum qui touche la Garonne , nous descendons la rive droite du ileuve et arrivons à Fronsac.
N'ai-je pas déjà parlé delà belle tour carrée qui domine ce dernier village? Elle est du xii' siècle, et il n'est pas certain que
Simon de Montfort essaya de la prendre; mais la légende disait qu'il n'avait pu y réussir. De là une grande réputation attachée à la tour de Fronsac. Elle était aux comtes de Comminges ; Mathieu, le dernier, le môme qui vendit sa femme au roi Charles VII avec une partie de ses Etats, en lui faisant promesse du reste, inscrivit ce donjon en tête de la liste des places qu'il entendait garder. On la lui laissa.
Nous allons rapidement, poussant nos chevaux par Frontignan et Antichamp. Ce dernier village possède une église romane; mais plus de halte, il s'agit de gagner au plus tôt la vallée du Lez. La route monte à un col ; au sud, la silhouette d'une ruine féodale se détache sur le fond des bois. Le col d'Ares n'est élevé que de sept cents mètres et sépare les bases du pic du Gar des escarpements du chaînon d'Encausse qui se déploient au nord; il est semé de bouquets d'arbres disposés pour recevoir les filets où viennent se prendre les palombes. Ce carnage de chaque automne est une mode pyrénéenne. Du pays Basque au Roussillon vous trouverez la même fureur contre ces victimes innocentes, dont la chair n'est pas savoureuse, — ce qui rend ces férocités sans excuse. Nous franchissons le col du Hô après celui d'Ares. Désormais nous courons vers l'est et passons à Moncaup. Le village est couché sous des flots d'ombre qu'y versent les grandes pentes boisées du Gar. Au sud, à droite, Aigucnos, que domine le pic de Cagire. Ce chemin s'élève vers un troisième col, après avoir traversé Cazaunous ; la descente, très rapide, nous porte à Juzet d'Isaut.
Quelle situation que celle de Juzet ! un large tapis de prairie sépare le bourg de la forêt de Cagire, vaste et profonde, formée de hêtres et de sapins, comme tous les quartiers boisés de ces monts. Le feuillage des hêtreS;, plus léger, d'un vert plus clair, frissonne et se soulève entre les lignes immobiles et rigides des sapins. Au-dessus de cette immense houle de verdure ondulant sous le plein soleil, le Cagire dresse sa pyramide à qua-