CHAPELLE DU CHATEAU DE SALIES
occupé par des arcades. Dès minuit, au pied de l'hôtellerie, le bruit des chariots, les querelles des marchands nous éveillent. A six heures, nous descendons : le tableau demande un peintre. Les chars, couverts de leurs bâches rouges, sont rangés audevant du café; la cavalerie piaffe dans la rue qui s'enfonce vers le nord, l'un des côtés de l'ancienne bastide. Au milieu de la place, sur de longues tables supportées par des tréteaux, voici les paniers et les corbeilles alignés : des monceaux de pêches dorées, de figues brunes, de melons verts, de tomates couleur de sang. Les ménagères arrivent, méfiantes; les vendeuses, à cette
heure où la marchandise est fraîche, ont un caquet du diable. Les disputes s'élèvent dans le patois mordant et grinçant du pays. C'est un entrain, une furie, qui assourdissent.
Levoiturier nous attend, et nous partons. Au sortir de la ville, la route suit le cours du Salât, entre des collines boisées. Nous rencontrons une grande papeterie à cheval sur la rivière et passons près du village d'Eychel. Plus loin, Encourtiech , à l'issue d'une gorge qui glisse entre de petits monts : passage très sombre, qu'animent des eaux claires et vivantes; le torrent du Nert vient se joindre au Salât. Au-dessus du confluent, un donjon, Tune des résidences, autrefois, des vicomtes de Couserans... par la grâce de Dieu.
La vallée du Xert^, dont Rivenert est le chef-lieu, est en partie remplie par la grande forêt du même nom; le torrent qui la traverse s'échappe du flanc du Pech d'Arbeil (1,440 met.). Encourtiech est environné de sommets qui ne dépassent pas 900 mètres. Toute cette partie de la vallée supérieure du Salât, assez ouverte, courant vers le sud, bien abritée par ses coteaux et ses bois, prend un caractère méridional ; la vigne y croît, et même le mûrier. Les cultures, aux approches de Lacourt, ont fait reculer les bois, et tapissent des escarpements. Lacourt a son donjon, une petite tour cylindrique de beaucoup d'allure. On y voit aussi les restes d'une autre demeure féodale d'une époque postérieure; enfin, le village avait autrefois un des plus vieux ponts du pays. L'inondation de 1875 l'emporta.
Les versants se dénudent. Nous entrons dans un nouveau défilé, à peine assez large pour laisser place au torrent et à la route: c'est le pas du Ribaoulo. Ce mauvais pas a son saint, à qui Ton a édifié un oratoire. Le bienheureux préside à la rencontre du Salât et de l'Arac, qui se joignent au sortir de la gorge. L^\rac traverse la vallée du môme nom, dont le chef-lieu est Massât; il descend du versant nord des monts; le versant opposé porte Auzat et Vicdessos.
Une belle route, se détachant de celle d'Aulus, que nous no cesserons plus de suivre, se dirige vers Tarascon, en passant par Massât. Le pont qui traverse le Salât en aval du confluent s'appelle d'un nom visiblement celtique : Kercabanac.Notre chemin à nous, se continuant sur la rive gauche du Salât, rencontre un accident singulier; elle passe au travers d'une roche qui descend
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