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LA VALLÉE DE L'ARIÉGE

FOLX ET PAMIEPtS

Pour la dernière fois revenus à Saint-Girons, nous prenons, le lendemain, la route des vallées de TAriège et, d'abord, de Poix. La voiture publique nous conduit à LesGure, au pied d'un mamelon qui porte les ruines d'un cbâteau.

La campagne est fraicbc; des bandes de prés, de petits bocages, des ruisseaux lents et sans couleur, des torrents morts.

3G'i LES PYRÉNÉES.

Nous pourrions nous croire à vingt lieues des Pyrénées, sans la brusque déclivité des ravines et la forme abrupte de ces petits coteaux. Mais, en y regardant deprès, on reconnaît encore ici le pied bossue de la montagne. D'ailleurs une longue pente à gravir nous avertit bientôt que nous allons sortir du bas pays. Au faite, le gros bourg de Rimont se déploie très noblement. Cette villette a bel air. Toute une ligne de bâtisses monumentales court audessus d'un joli bassin de prairies. C'est d'abord la mairie, puis un grand logis flanqué d'une tourelle, puis un beau quinconce de vieux arbres, et tout cela, c'est le reste d'une riche abbaye de Prémontrés.

A Castelnau-Durban, une grande ruine. La forte enceinte du chàtèauest debout, presque tout entière enveloppée d'un manteau de feuillages. Au-devant, un donjon carré, que domine intérieurement un immense peuplier, partant du sol de la tour; l'arbre s'est développé entre les murs àl'abrides vents. Le chemin traverse le ruisseau dWrtillac, qui, enfin, a de l'allure et de la vie; un large vallon s'ouvre devant nous et va s'embrancher à la vallée de l'Arize. Nous allons bientôt longer ce haut torrent qui, descendu des montagnes du Cap-Long, vient de traverser l'une des plus vastes régions forestières des Pyrénées, la forêt d'Esplats, et court au nord-ouest, vers la Garonne. Les deux bords de la vallée s'élèvent. La tour de Bugnas est perchée sur un mont qui n'a pas moins de quatre cents mètres. Le hameau de Vie est au pied de ce débris. Cette campagne agréable dut être de tout temps assez riche , bonne également à rançonner et à défendre. La Bastide de Sérou est située au-dessus de l'Arize. Catherine de Foix, comtesse de Foix et de Béarn, reine de Navarre, qui, par son mariage avec Jean d'Albret, fit passer dans la maison d'Albret tant de seigneuries dont la dernière était nominale, aimait à tenir ses Etats de Foix à la Bastide. C'était un grand honneur, mais point gratuit; pour l'entretien de leur souveraine et de sa maison, il en coûtait cher aux habitants.

Par un chemin qui remonte de la Bastide à Clermont, s'embranchant à la route de poste de Saint-Girons à Pamiers, nous allons à la recherche de la grotte fameuse du Mas-d'Asil. Ce chemin, qui d'abord s'écarte de l'Arize à l'ouest, rejoint le torrent avant qu'on n'arrive au village de Clermont. L'Arize, un peu plus loin, reçoit la Lizère, qui descend au nord d'une petite vallée dont le nom est engageant, le val de Camarade. — On a devant soi une haute muraille percée de grottes ; il faut la contourner et s'engager dans un défilé qu'une tour commande. Si l'on croit à l'influence des milieux naturels, il paraîtra tout simple que ce pays ait produit des calvinistes : il est sévère. Tout près, cependant, au bourg du Mas-d'Asil, il veut des moines. Encore une abbaye fondée par Charlemagne ou par Louis le Débonnaire, son fils ; elle existait au xi^ siècle. Le bassin du Mas-d'Asil est entouré de hautes montagnes aux belles pentes rectilignes, quelques-unes couvertes depâturageset de bois. Au temps des moines, l'Arize contournait le massif clans lequel se rencontre- la célèbre grotte. C'est à une époque relativement moderne que le torrent s'avisa de préférer la voie des ténèbres sous ces voûtes caverneuses. Au moment où nous yentrons, une nuée épaisse de chauves-souris nous enveloppe. Le souffle de ces ailes froides et gluantes cause une impression bien désagréable.

L'Ariège est le paysdes grottes; il y en a d'intiniment curieuses, aucune n'a ce caractère monumental et puissant; aucune n'offre cette beauté vivante d'un grand torrent qui la traverse. L'eau se brise sur les débris des roches qui obstruent son lit, et les blancheurs de l'écume éclairent cette vaste obscurité. Je ne parlerai point des longues galeries que l'on parcourt à la lueur des torches. Une idée me poursuit. Si j'étais le maitre des choses, j'enverrais les architectes considérer la porte delà grotte du Mas, haute de trente mètres, d'un style si grandiose, et surtout le prodigieux pilier qui vers le centre soutient la voûte. Peut-être confesseraient-ils que la mère nature en sait plus long qu'eux.

L'autre entrée de lagrotte estbien moins imposante, haute seulement d'une cin({uantaine de pieds ; mais TArize qui en débouche forme ici un tableau achevé. Retenue par un barrage, elle retombe ensuite en cascade et fait tourner les roues d'une forge.

A la nuit, nous regagnons la Bastide de Sérou.

De la terrasse qui domine la ville en regardant vers le nord, on voit un bâtiment rustique. C'est une ferme, ce fut un donjon. Gaston P"", comte de Foix, ayant résisté aux entreprises du roi Philippe le Bel, qui voulait convertir en bons effets positifs et sonnants sa suzeraineté sur le comté et y faire lever des impôts par son sénéchal de Carcassonne — mourut au milieu de la querelle ; il avait par testament reconnu un fds qu'il avait eu d'une maîtresse et qu'il avait appelé Loup. Jeanne d'Artois, mère du fils légitime qui fut Gaston II, poursuivit cruellement l'enfant de l'amour, qui se réfugia dans ce château, la Tour du Loup.

J'aime bien mieux l'autre version de cette légende ; Loup serait né de Raymond Roger, le batailleur, que Simon de Montfort vainquit et n'abattit point. Raymond Roger aurait été aimé de la dame ou de la Loube de Pennautier, qui lui aurait donné ce fds. Loup de Foix, dans sa tour, aurait combattu les hommes du Nord, comme son père, et serait devenu la tige des puissants comtes de Rabat, les premiers parmi les seigneurs du comté. Il y avait de grandes destinées en ce temps-là pour les bâtards de maison souveraine ; l'humanité de nos lois modernes refuse un état civil et jusqu'à leur place au soleil aux bâtards de nos bourgeois.

De la Bastide de Sérou on reconnaît clairement le direction de la vallée de l'Arize montant en brusques replis vers la forêt de l'Esplat. Au sud-ouest, les monts grandissent, la chapelle de Sainte- Croix est curieusement juchée sur un petit pic de 760 mètres audessus de Monteils, vers le nord. Au sud se dresse le pic d'Alzen, après de mille mètres. La route grimpe à l'escalade d'une crête : c'est la côte de Bouch. Arrivés au sommet, nous avons sous les .yeux un panorama qui mériterait d'être mieux connu.

FOix ET 1' a:\iiers. 3G7

On remarque, en effet, que des cinq départements enfermés dans la haute ceinture pyrénéenne, le moins visité c'est rAriège.

Pour nous, qui avons déjà minutieusement exploré la chaîne, ce panorama de Foix est un tableau neuf. Aspects et couleurs, tout y est particulier. A gauche de la hauteur où nous nous trouvons est un escarpement de roches grises, un long mur sans brèche, à la cime festonnée; à droite, des coteaux boisés formant le couronnement occidental de la vallée de l'Arget, affluent de TAriègc; en face, au midi, un fantastique entre-croisement des monts. Coupes abruptes, vallonnements rapides, superbe gamme de tons; des moissons reluisantes au flanc des montagnes moins escarpées; au-dessus, les bois, de grands plis de verdure grasse et légère; des hêtres, presque pas de sapins; puis les croupes, d'abord rondes, recouvertes d'une herbe rase et dorée. Plus loin, en demi-cercle, d'autres monts rocheux, en aiguilles, se pressent au-devant de Foix assis au confluent des deux rivières, au fond du vallon. Il faut employer la lorgnette pour découvrir dans ce dédale hérissé de sommets et de pointes, le « rocher de Foix » portant ses trois tours. Au-dessus de la ville, une autre grande muraille se dresse; c'est la première assise d'un gigantesque escalier qui va montant au sudest, jusqu'au Saint-Barthélémy (2,350 met.).

La route descend à travers des bocages. A gauche, de nombreuses maisons de plaisance ; à droite, la ville. Le rocher de Foix tout à coup émerge du fond du bassin : escarpement farouche, couronné des trois tours, que relient de lamentables constructions modernes. La tour dite de Gaston est ronde. Les deux autres sont carrées, beaucoup plus anciennes, celle du nord bizarrement formée d'assises alternatives , grès et briques. La tour cylindrique est également construite en pierres de grès, que l'action du temps et des pluies ne noircit point. L'ensemble de l'édifice, en dépit des bâtisses aveugles qui en déshonorent le pied, frappe par la hardiesse de son allure et la pureté de ses lignes ; les gens de Foix ont raison de

dire qu ils possèdent un des plus beaux monuments du Midi.

Les trois tours détachent leur blancheur altière sur la montagne sombre qui ferme la petite cité comme une muraille. Nous longeons une avenue formée de quatre rangées de beaux arbres et pénétrons dans un dédale de rues étroites et obscures, bordées de vieilles maisons et coupées de ruelles. Nous avons cessé de voirie château, nous en sentons encore l'ombre au-dessus de nos têtes. La rue antique débouche sur un pont qui traverse l'Ariège, le rocher féodal reparaît. Sur l'autre rive s'étend un quai inondé de soleil. Là, sont les hôtelleries. Tandis que nous dinons, affamés par une longue route, la nuit descend. Après le repas, nous sortons, les trois fières silhouettes se dessinent dans la pénombre flottante. Au-dessous du quai, un grand bruit, une grande lueur arrivent : c'est le train du soir ; la voie ferrée court sur la berge. La gare est un peu plus loin, en face précisément du château. Lemondemoderne, remuant et tumultueux, environné de feu et de fumée, regarde l'ancien monde rigide, immobile, enveloppé de silence.

Combien y a-t-il en France de plus petits chefs-lieux que celuici? Septmille habitants à peine. Foix a pourtant une histoire que les plus grandes villes n'ont point. Les archéologues du pays sont très préoccupés de déterminer la marche des légions romaines dans la vallée de l'Ariège ; ils ont peut-être raison d'être si curieux. Quant à nous, ce n'est pas notre affaire. Je prends cette histoire des a. Fuchséens » au commencement du xii" siècle : Simon de Montfort vient assiéger leur château, et le terrible conquérant ne peut le prendre; mais, en bon brûleur et en exterminateur consciencieux, il détruit la ville.

En 1212, le comte Raymond-Roger se fait battre à Muret avec ses alliés le comte de Toulouse et le roi d'Aragon. Simon tua même ce dernier de sa main : dans les combats d'alors, les choses se passaient comme dans les opéras d'à présent. La musique, c'était la clameur des peuples mutilés. De profundis

clamavL II fallut que Raymond-Roger se jetât aux jjras du pape Innocent III et remit son château de Foix au légat, Pierre de Bénévent. Montfort, à l'instant, y planta un fort détachement de «es rudes croisés. Or, regardez là-bas, en remontant l'Ariège, dans Taxe même de la belle rivière qui accourt en ligne droite, vous verrez sur un Pecli un amas de ruines. Là était le château de Montgaillard, faisant face aux tours de Foix (celle de Gaston, la seule qui se voie tout entière, qui enfonce dans la roche son pied, que ne masquent point les bâtiments modernes, est postérieure de deux siècles). Montfort avait Foix, mais Roger-Bernard, fds de Raymond-Roger, avait Montgaillard, et c'était aussi un fier guerroyeur. Plus tard, devenu comte, il dut faire sa soumission au roi de France, décidément maitre de la terre des Albigeois, mais du sol tout nu jonché d'ossements et, de décombres. Le Nord avait fait la pleine moisson dans le Midi.

L'an 1229, Roger-Bernard le batailleur, sans soldats désormais et même sans terre, comparait devant l'assemblée des seigneurs orthodoxes et des évoques, présidée par le cardinal-légat. On lui fait connaître les conditions auxquelles il sera pardonné et rentrera dans ses domaines, sauf les places et châteaux où les lieutenants du roi Louis VIII tiendront garnison. De ce nombre est la forteresse de Foix. L'Inquisition vient y planter son tribunal; le comte est obligé d'assister à cette nouvelle mutilation de son peuple par la justice expéditive, après l'extermination par la guerre. Mais le peuple se cabre, les hérétiques se cantonnent dans les bois et dans les gorges. Les grottes dont les monts sont percés dans toute cette partie de la chaîne ariégeoise reçoivent les fugitifs. Cent ans après, il y a encore des Cathares, dont il faut débusquer les bandes, une à une, des hautes vallées de l'Ariège et de l'Aude. Les comtes ne se prêtent pas volontiers à cette besogne. Roger-Bernard, cité devant le tribunal des Inquisiteurs, en son propre château, refuse de comparaître ; on l'excommunie; c'était la troisième excommunication. Il se

soumet encore, mais le dégoût Fa brisé. Il se retire dans l'abbaye de Boulbonne, et meurt sous la robe de moine. Son fils Roger- Rotfer prend un autre parti : il vit confiné dans les châteaux qui lui restent, puis s'engage dans la croisade contre le sultan d'Egypte; peut-être n'était-il pas absolument persuadé que la prise de Damiette serait d'un grand profit pour la chrétienté; mais il préférait se tenir éloigné de ses Etats que de faire le bourreau chez lui pour le compte de l'orthodoxie.

Roger-Bernard III, après Rotfert, court une bien autre aventure. Il s'attaque au roi de France Philippe le Hardi, décidément maître de tout le Midi par la mort sans héritier d'Alphonse, comte de Toulouse, son oncle; Philippe III prend sa marche à travers le comté et vient mettre le siège devant le château de Foix, enfin rendu à son seigneur légitime. Le siège n'avance point ; la place est bien défendue par Roger-Bernard lui-même. Alors le roi du Nord, vindicatif et têtu, imagine de faire saper le rocher qui porte le château. Il fait mander des carriers dans toutes les montagnes voisines, et cette multitude de corvéables, réduite à fobéissance par la peur, commence de tailler le mont. Le roi Philippe avait peu d'iiommes de pied, toute la force de son armée était en chevaliers, qui ne servaient guère dans un siège. Le comte n'en prit pas moins beaucoup de ])eur et se rendit. Il croyait avoir sa liberté sauve; mais on le lia, on legarrotta, on le conduisit au château de Carcassonne. Le roi, au contraire, rendit de grands honneurs à la comtesse, sa femme, Marguerite de Moncade, fille du vicomte de Béarn, et l'em-mena à Paris, en son Louvre.

Mais voici que par ce mariage même de Roger-Bernard et de la dame de Moncade tout a changé : les comtes de Foix sont désormais les plus grands seigneurs du Midi. Gaston VI, vicomte de Béarn, est mort sans laisser d'héritiers mâles. Les Etats du Béarn s'assemblent à Pau. Laquelle des deux filles du sire vont-ils sedonner pour dame etmai tresse? Ils préfèrent à l'ainée, mariée au comte d'Armagnac, la comtesse de Foix, femme de

Roger-Bernard. Ainsi s'accomplit Tunion do Foix et de Béarn.

Roger-Bernard est poète, et cela se voit bien un peu aux écarts de sa politique; il tient des cours d'amour dans son château de Foix: c'est le Béarn qui paie la dépense. Plus tard, Gaston Phœbus, le grand comte, petit-fds de Roger-Bernard, se plut à résider dans son château de Foix autant que dans ceux d'Orthez ou de Mazères. Mais il vit surtout, dans Foix, une forteresse, la voulut encore mieux armée , et y planta la tour ronde. Du moins, c'est lui qui en a l'honneur. Ainsi le veut la tradition.

Gaston Phœbus, après sa grande victoire de Launac sur le comte d'Armagnac, en 136'2 , mit dans sa tour neuve une partie des neuf cents prisonniers nobles qu'il avait faits. Parmi ceuxci se trouvaient le comte de Comminges, les vicomtes de la Barthe et d'Aspet : il dispersa les autres en ses divers châteaux, et à tous fit payer rançon. Ce brillant chevalier était un seigneur très positif. Froissart, qui longtemps après cette fameuse journée, le visita en son château d'Orthez, a raconté comme il était « bon mesnagier ».

En partant du quai de Foix, que dominent la montagne du Pech et celle de Saint-Sauveur, on franchit le pont. A droite, on aperçoit de hautes murailles, sur lesquelles s'épaulent un jardin et des ombrages, au-dessus du confluent de l'Ariège et de l'Arget : c'est l'ancienne abbaye de Saint-Volusien, la préfecture aujourd'hui. Des quatre-vingt-six préfets de France, celui-ci est peut-être le plus pittoresquement logé. Si l'on veut me tenir quitte des fonctions et du panache , je prends le logis ; mais on ne voudra point.

Du pont, la montagne offre tout un tableau curieux, avec ses jardins et ses cultures entourés de petits murs en escaliers, sur lesquels les torrents d'eau de pluie viennent se briser, quand le flot de l'orage dévale du faîte. Sur l'autre mont, directement placé au-dessus du confluent, je vois une chapelle. J'aborde sur la rive

gauche, à droite, un pâté de masures entre lesquelles courent des ruelles étroites; je crois bien que c'est ici le cœur delà vieille ville, blottie, serrée, au pied du rocher féodal, et, sans doute, défendue par une première enceinte.

Sorti de ce mauvais pas, me voici sur la place du marché, où est l'église. Elle est dédiée à saint Volusien; ce fut un évoque de Tours : les Visigoths, en guerre contre les Francs, prirent la ville et voulurent emmener l' évoque en Espagne. Comme le prisonnier leur devenait incommode, ces Ariens déterminés le décapitèrent, sur la route de Varilhes, auprès de Foix, où Ton rapporta son corps^ et dont Féglise, auparavant dédiée àsaint Nazaire, prit en 1 1 10 pour vocable le nom du martyr.

La façade de cette église est bien du xii" siècle ; mais on la voit en un désordre rare. Rien ici n'est arrivé à l'achèvement, ou plutôt à un état de restauration suffisante, car le sanctuaire de Saint- Volusien fut mutilé par les huguenots. Le clocher, placé au couchant, n'est construit qu'à moitié et ne dépasse pas la hauteur de la voûte; tout ce côté n'est qu'un mur de forteresse, une partie de l'ancien rempart auquel il était adossé.

L'intérieur n'offre que peu d'intérêt : une seule nef, assez récemment réparée, de style ogival, postérieure à la façade. L'abbaye de SainlAulusien touchait l'église; on en voit encore un grand reste, un haut bâtiment sans style, mais point sans allure, qui loge actuellement les employés et scribes^ de M. le préfet. Elle fut rebâtie au commencement du xvii^ siècle, après une grande bataille entre catholiques et huguenots. Ceux-ci, s'étant trouvés les plus forts, incendièrent le logis des moines et l'église. Peu de temps après, ils se trouvèrent bien déconfits, Henri IV « ayant sauté le pas », comme il le disait dans une lettre à la belle Gabrielle, — c'est-à-dire abjuré. Le maitre adorait désormais ce que ses partisans avaient brûlé.

■ De cette place de l'église, une rampe, courant d'abord entre des «lUrs, monte à une sorte de petite esplanade plantée de vieux

KOIX ET PAMIERS. 373

arbres. Au-dessous, les eaux, filtrant du rocher de Foix, tombent dans un bassin ; au-tlessus, la pente raide se poursuit, contournant la base du rocher, passant au pied du château des gouverneurs, devenu le palais de justice dans les temps modernes. C'est pourquoi le gouvernement de Louis-Philippe, voulant rapprocher les divers éléments des causes criminelles, les juges et les jugés, eut la malencontreuse idée de planter, là-haut, entre les tours, ces bâtisses stupides qui servirent de prison. Ce coin d'ombrages est extraordinaire. Deux ou trois vieux logis branlants regardent le « château des gouverneurs m, qui fut réellement celuidescomtes. Dix remaniements successifs ont effacé toute trace de la fière et tranquille demeure où ces puissants seigneurs, environnés d'une double ou tripleenceinte de murailles, sousl'ombre de leurs tours, vivaient en paix et en liesse. Ils pouvaient tenir là des cours cramour, ils étaient bien défendus ! De leur château terrestre, ils montaient par des escaliers taillés dans le roc à leur forteresse aérienne. Ce mode d'ascension, relativement aimable, a disparu ; le visiteur n'a plus à gravir que des raidillons pavés de pierres pointues et glissantes; et d'abord il arrive à une porte moderne, cruellement moderne, au-dessus de laquelle se lit une inscription qui fait connaître les usages divers auxquels servit la prison. (Elle ne sert plus, elle est vide.) On y mettait les condamnés subissant des peines correctionnelles et aussi les prisonniers pour dettes. — Enfermer les débiteurs malheureux dans ce nid d'aigle, et cela en un pays qui fait dater ce qu'il appelle sa régénération de la prise de la Bastille !

Le terrible raidillon monte, on arrive au faîte; on y cherclierait en vain les traces de la courtine qui;, certainement, le couronnait; elles ont disparu sous les bâtiments qui masquent le pied des tours. P^oix tout entier vous dira que la plus vieille de ces trois sœurs menaçantes n'est pas âgée de moins de treize cents ans; les savants du pays y ont reconnu l'appareil visigoth. Mettons, si vous voulez, qu'elle soit du xi* siècle (même du xii^);ce.fut le

donjon. Là sont les « oubliettes ». On y pourrait voir « une prodigieuse quantité d'ossements». Je dis : on le pourrait — car on ne les voit plus. L'accès de la tour du milieu, qui est carrée comme la première et beaucoup plus grande, est interdit, les planchers croulent; on y peut monter cependant, pour admirer

CHATEAU DE FÛIX. — aALLE DE LA TOUR DU MILIEU

une magnifique salle du xiv® siècle, la plus belle et la plus vaste de tout le château. Au demeurant, la gardienne accorte qui vous guide ne vous fait plus visiter que la tour de Gaston.

On y arrive en passant dans la tour centrale, qui, de l'autre côté, donne sur le préau. La gardienne se tient sous cette voûte hautaine, et tout d'abord vous offre des sirops. C'est la petite industrie de cette personne obligeante ; un rafraîchissement n'est pas inutile après l'ascension de la roche. Par la porte on aperçoit le degré extérieur qui conduit à l'entrée de la tour de Gaston. Cette entrée s'ouvre sur l'escalier qui, d'un côté, monte au sommet, et de l'autre, plonge aux fondements de l'édifice; en bas, c'est la nuit d'un

cachot. Los historiens ont toujours aimé à maltraiter les princes ; mais de ce superbe Phœbus on ne médira jamais assez; d'autant que les légendes le rehaussent. Il viola l'admiration des peuples, parce qu'il fut beau, de grande mine et toujours victorieux. Au fond, point d'âme si déloyale et si implacable. Il n'eut jamais assez de cachots noirs, ce radieux Phœbus, pour y faire disparaître ceux dont la vie lui faisait obstacle ou dont les biens lui faisaient envie. Ces exécutions cachées avaient l'avantage de sauvegarder sa popularité, qu'auraient entamée des violences publiques. Ce cachot au pied de la tour a sans doute des annales sombres; seulement, elles n'ont pas été écrites.

L'escalier de pierre n'offrait plus que desmarches vermoulues; on les a revêtues de planches; il va s'appuyant au côté nord de la muraille, tournant en vis jusqu'au comble. A chaque étage, un palier; au premier, suivant ma cicérone, était « la chambre de la dame en temps de guerre ». L'accorte personne sait fort bien sa leçon; mais habite-t-elle donc toute seule ce vieux repaire? Je n'ose le lui demander; elle ne me croirait pas d'honnêtes desseins. Au deuxième étage, elle me montre la chambre du comte, munie d'une porte de fer. Au troisième et dernier étage, troisième chambre. Au demeurant, ce sont trois belles salles voûtées. Les voûtes à nervures reposent sur d'élégants arceaux. Phœbus, seigneur d'aussi bon goût que de mauvaise conscience, était un fin bâtisseur...

A moins que ce ne soit pas lui qui l'ait bâtie, cette tour... Quelques archéologues plus attentifs ont émis cette opinion qui contrarie la légende, et qui a été vivement agitée^ cette année même — au congrès de la Société française d'archéologie réunie à Foix. Les « détracteurs » de Phœbus, gens savants, honnêtes et sincères, ont cru reconnaître dans la tour fameuse les caractères d'une. construction du xvi* siècle, dont il faudrait fixer la date de 1510 à 1525. Qui donc aurait alors ajouté cette défense à la forteresse de Foix? — La comtesse Catherine (la reine plutôt, elle était

aussi reine de Navarre) et son mari Jean d'Albret avaient soutenu contre le vicomte de Narbonne, Jean de Foix, une longue guerre; mais la paix était intervenue en 1487. En 1512, le roi

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