I. AUri/IKIlK KT LAMoni
qui condiiis.iil nu cîiliiiiol d'Ambroise Heaupuy, et cela pour ne j»a8 montrer à son maître son visngp désolô.
I.a main sur le. boulon de la porte, nu moment de la faire rouler sursesgond.jp vioux stM-viteur dit encore h lieiijamin en se peiiebanl ù son oreille;
— Il faut le consoler un peu. Monsieur ; essaye/,; vous lui feriez du bien si vous pouviez le faire pleurer ; les larmes sont une denrée rare sous nos paupières; si mon maître pouvait j)leiirer il souffrirait beaucoup moins.
Hélas ! poursuivait le domcslique, en aparlé, le maître n'avait plus, dans le monde entier, rien à aimer que Mme ilt'lèno ; pauvre petite ! elle le méritait bien, je vous assure.
Et, se composant tin visage indill'érent, le vieux serviteurpoussa la porte de la pièce dans laquelle se trouvait son maître, et il demanda :
— M. lienjamin Jacob peut-il entrer? il désire voir Monsieur.
( — Qu'il viormc tout de suite, répondit le vieillard en relevant la tête et en I faisant un signe d'aireclueux accueil au jeune bomme.
( — Venez ici et asseyez-vous tout près de moi, di'. alors Ambroise Beaupuy, en j montrant un siège à Uenjamin ; meltez-vous bien près, mon enfant, ajouta-t-il ; ( il n'v a que ceux qui sont des étrangers les uns pour les autres qui peuvent j causer à grandes distances, comme des ennemis qui s'observent cl se tiennent
sur leurs gardes, i Après avoir un mcMuciit considère le visiteur, le vieillard ajouta :
— Vous vous fatiguez beaucoup trop; vous avez le visage altéré; c'est un tort ; il faut toujours se conserver bien portant, alerte et soliJe ; l'Ame est plus virile dans un corps en bon état; et le vieillard en parlant ainsi relevait sa haute taille et rejetait en arrière son front couvert de cheveux blancs.
Il semblait dire au jeune bomme : Voyez, l'âge m'a fait vieux, parce que c'est la loi commune ; mais les années n'ont pu faire autre chose en ma personne ; les chagrins n'ont ridé ni mon front, ni courbé mes épaules, parce que je ti'ai pas subi les douleurs comme des ennemies que j'aurais voulu fuir; au contraire, je les ai acceptées comme étant une partie de nous-mêmes, quelque chose d'inhérent à notre existence.
__ Oui, répondit le jeune homme, qui s'adressait plutôt à la pensée qu'à la parole du vieillard, je dois parailre Irès-fatigué ; je n'ai pas encore la force, n'en n'ayant pas l'habitude, de souffrir sans en rien laisser voir.
Ôh ! cela viendra, dit-il en regardant respeclueusen^ent le visage calme du vieillard ; cela viendra, n'en douiez pas, Monsieur, surtout si nous devons, longtemps encore, nous heurter, à chaque pas que nous ferons, à des ignominies nouvelles.
Avez-vous découvert quelque chose encore ? demanda tranquillement
Ambroise à Benjamin.
Oui, répondit le jeune homme; je viens de chez Richard Derock et là, en plein
salon, au milieu d'une des réunions les plus nombreuses qu'il y ait eues depuis lont^temps chez notre ami, un homme s'est permis de raconter quelque chose comme une chronique scandaleuse à propos de l'infâme accusation que M, de Bleulz n'a pas craint de faire peser sur Mme Hélène.
Et, puis, que s'est-il passé après ? demanda le vieillard au jeune homme.
Alors Benjamin raconta, sans en omettre le moindre détail, ce qui s'était dit et tout ce qui était arrivé dans la soirée, ou pour mieux dire dans la nuit, jusqu^au moment où il avait quitté l'hôtel de Richard Derock.
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— C'est bien, ajouta le \ieiilard, je vous remercie d'être venu me mettre au courant de tout cela; maintenant que la provocation est faiie, il ne s'agit plus que d'y marcher le front haut et d'arriver, sans encombre, jusqu'au bout.
— C'est ce que je pense aussi, répondit le jeune homme.
— Richard vous sert de témoin? reprenait Ambroise Beaupuy; il connaît son époque; il sait,sur le bout du doigt, le mondodans lequel ilvit; voilà qui est bien.
Mais il est nécessaire, puisqu'il est de mode, que vous ayez deux témoins ; je serai l'autre, si vous le voulez-bien, mon enfant, reprenait le vieillard, qui enveloppa le jeune homme d'un regard presque paternel, dans lequel la sollicitude et la fierté perçaient au travers d'un grand calme apparent.
— Je n'osais point vous le demander, s'écria Benjamin ; c'est un excès d'honneur que vous voulez me faire, auquel je n'aurais point osé prétendre; mais, du moment où vous me l'offrez vous-même, je vous remercie de tout cœur et j'accepte avec fierté.
— Enfant ! reprit le vieillard en agitant le cordon de la sonnette qui occupait l'angle de la cheminée, enfant ! est-ce encore de mode, aujourd'hui, ainsi que ce l'était auïrefois, de cacher aux grands parents les actes les plus sérieux de la vie et les choses qu'il serait de l'intérêt et de la dignité de tous de leur apprendre? Non, n'est-ce pas? Puisque vous m'avez fait bravement votre confidence, alors pourquoi ne pas me demander mon appui ? Croiriez-vous, par hasard, jeune homme, que le cœur ait cessé de battre parce qu'on a le front garni de cheveux blancs ? Vous figurez-vous que la main serait inhabile à tenir une épée parce qu'elle tremble quelquefois pour manier la plume ? Non, non, Benjamin, vous le verrez par vous-même, quand les années auront p;)ssé sur vous comme elles l'ont fait sur moi; vous verrez, jeune homme, que le cœur a toujours vingt ans dès qu'il s'agit de défendre ceux qu'on aime.
Faites atteler, dit le vieillard au domestique qui entr'ouvrait la porte pour se rendre à son appel, et qu'on me prévienne aussitôt que tout sera prêt.
— Monsieur va sortir ? demanda le vieux domestique.
— Oui, répondit M. Beaupuy.
Quelques instants après, le valet rentrait portant l'habit de son maître sur le bras et, après lui avoir aidé à le passer, il lui donnait ses gants, sa canne et son chapeau.
— Accompagnerai-je Monsieur ? lui demanda-t-il d'une voix suppliante qui quêtait une réponse affirmative.
— Certainement, répondit M. Beaupuy; du moment où tu parais inquiet de me voir sortir seul, il faut bien que je t'emmène pour le rassurer.
Je vais jusque chez Richard, continuait le vieillard en s'adressant à Benjamin; l'heure est assez matinale pour qu'il ne soit pas encore sorti, du moins je l'espère ; de là nous nous rendrons chez M. de Timor pour savoir quels sont les témoins qu'il aura choisis de son côté, afin que nous puissions nous rencontrer avec eux.
Rentrez chez vous, mon enfant, et attendez Richard ou moi, peut-être même tous les deux ; nous irons pour vous rendre compte du résultat de notre démarche.
La voiture était prête, le vieillard et le jeune homme descendirent ensemble ; Ambroise Beaupuy et son vieux domestique montèrent dans la voiture qui avait longtemps mené le vieux président au palais, et Benjamin se fit conduire par le
i/AUULit:ufc; ui lamulu
coupô qui avait passé une partie (!•• la niiil à l'allrudre à la porte de Iticliard, jusque elle/ lui.
— Mon lumrgeuis, lui dit U\ eoelier en le déposant en face de sa maison, il | faudrait bien (jue vous sauliiez vous nieller un petit brin. |
Et eoniuie Benjamin paraissait fort surjiris du conseil qui lui était donné, le j cocher ajouta : j
— Quand on est jeune, mon bourgeois, et qu'on est beau garron aussi, on prend toujours la place de quelqu'un, même sans s'en douter; alors il arrive ) parfois que ce quoiqu'un peut être mauvais coucheur et pas chatouilleux, ni j difficile sur le choix des moyens qui lui pL'rmetlraient de jouer un mauvais tour )
j à celui qui le gène. >
— Je vous remercie de l'avertissement que vous me donnez, dit Benjamin à j son cocher; mais, qui est-ce qui peut bien vous donner celte idée que je gêne )
) quelqu'un ? demanda le jeune homme en souriant, et qu'est-ce qui vous amène '
j à croire qu'il y a des gens qui m'en veulent ? '■
{ — Je vais vous raconter la chose : )
! A la porte du MonsicMir chez lequel on dansait cette nuit et pendant que je [
j vous attendais sur la place, j'ai vu deux vilains visages (|ui rôdaient le long des ;
murs ; jusque-là, il n'y avait trop rien à dire ; ça pouvait être des gârs qui j
avaient besoin de deux sous et qui venaient ouvrir les portières pour qu'on les ,
leur donnât ; tout de môme, ils avaient de drôles d'allures. ;
Je me disais : aussi c'est peut-être des partageux qui ont envie de causer inti- ;
; memenl avec les poches de leurs voisins, et, comme je suis fort curieux par tem- -,
i pérament et par plaisir, je les laissais faire ; je les suivais de l'œil ; c'était une '
( distraction que je me payais gratis et, à part moi, je marmottais encore : — mon î
( bon homme tu auras toujours le temps de crier gare, si lu les vois frôler qucl-
i qu'un de trop près, pour faire un mauvais coup.
Mais voilà que, vers le matin, une voilure arrive et dépose une grande per- ) sonne, encapuchonnée comme par un jour de bal masqué ; on ne lui voyait pas ^ seulement le bout du nez.
! Tiens ! que je me dis, voilà nos partageux qui se grouillent et, en effet, un î autre garçon ayant aussi mauvaise mine que les deux premiers, un gars que je ( n'avais pas encore vu, venait de sauter de derrière la voiture qui avait amené la
grande personne tout embobinée ; il était venu rejoindre les deux autres. ) Je mettais tant d'attention à surveiller ce qui se passait que je ne me bou- { geais pas plus qu'un caillou ; les gars ont cru que- je dormais, parce que je / m'étais couché sur le siège de ma voiture ; ils se sont mis à causer tranquillement de leurs petites affaires ; l'un d'eux disait :
— Elle vent de chez lui ; pour sûr qu'elle ne va pas rester longtemps dans cette maison ; elle n'est pas seule dans sa guimbarde. [
Alors les autres ont parlé tout bas et je n'ai plus rien entendu pour un mo- ; ment; mais la grande personne est revenue ; elle s'est approchée de la voiture j ^ qui l'avait amenée ; elle a dit quelques mots à la personne qui était dedans, puis j 1 elle est vite rentrée dans la maison où l'on dansait. j
î Elle est ressorlie presque tout de suite ; mais c'était pour monter dans la voi- j ture après en avoir fait descendre, quelques pas plus loin, du côté où les lan- j ternes ne faisaient pas de lumière, une femme qui était mise comme la plus pau- j vre des mendiantes. . . [
Les vilains garçons avaient regardé autant que je regardais moi-même et, ^
Veuillez monter, dit le commissaire de police (page 53).
pendant que l'un deux s'en allait derrière le fiacre qui avait emporté la grande fille, un autre s'approchait de la vieille, comme pour pousser une reconnaissance de sa personne.
Tiens ! que je me dis, est-ce que ça ne serait pas des partageux ? Si c'étaient des Messieurs de la Rousse ? ça deviendrait intéressant ; et je n'en regardais que davantage, croyant qu'on cherchait quelqu'un et qu'il y avait, par là, une surveillance toute spéciale.
Mais, tout à coup, je vis que l'homme à la mauvaise mine était tout aussi stupéfait que je l'étais moi-même ; il cherchait à se rendre compîc par où avait bien pu passer la vieille femme; sur l'honneur, Monsieur, elle s'était envolé-^-
13ine LIVRAISON
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3me sÉRiB
L'ADULTÈRE KT LA M nr H
tout h riuMiif l'ilr (lait 1^, lai-^.iiil une laclic noire dans i'unibrc, et tout à coup, bernique I il n'y avait plus rien du luul, en fait de femme.
Ali ! par exemple, en voilà une (|ui est bien drôle, me dis-je, et j'eus toutes les peines du monde à ne pas rire tout haut de celle subite disparition ; mais je nio suis retenu ; je ne voulais pas eirarouclier mon troisième faiceur qui, toujours dans l'ombre de ma voilure, regardait la porU- de l'hôlel où Ton dansait, avec des yeux qui semblaient être rivùs aux pavés de la cour.
('a ne paraît pas trop vous regarder et vous intéresser jusqu'à présent, n'estce pas, mon bourgeois ? ajoutait le cocher qui était, à part lui, Irès-flalté de la longue allcnlion (}ue Benjamin prêtait à son récit.
— Ça n'y fait rien, je trouve la chose Irès-drôle et j'ai plaisir à vous entendre ; continuez, mon ami, je vous écoute avec un réel plaisir, disait Benjamin Jacob au cocher.
Celui-ci ne se le fit pas dire deux fois, et ce fut avec une certaine vanilé qu'il reprit :
— A force de regai'der les deux particuliers qui s'étaient faits immobiles et muets, j'ai fini par faire comme eux et je crois que je me suis endormi un pelit brin.
Vous êtes venu à ce moment-là et c'est vous qui m'avez réveillé ; pendant que vous me donniez l'adresse de la maison où il me fallait vous conduire, je regardais un peu de tous les côtés, pour voir si je ne retrouverais pas les il"".'<'- -le particuliers qui m'avaient occupé une partie de la nuit.
Hien, absolument rien î pas pins de gens que sur la main.
Il paraît .;ue la séance est levée, me dis-je ; et, ma foi, j'allais me mellre en roule sans y penser davantage. Je fis démarrer ma bêle et nous paitîmes.
Nous étions à peine arrivés à la porte de la grande maison dont je viens de vous ramener et voilà que je retrouve mes drôles.
La chose n'était pas douteuse, c'était à nous qu'on en voulait et j£ me suis dit : il faut tirer la chose au clair.
En voyant qu'un des particuliers faisait raine de se cacher, j'ai tout de suite pris le taureau par les cornes et je lui ai parlé, comme si je le voyais pour la première fois de ma vie.
Eh bien î mon brave, que je lui fais, la matinée est fraîche ; qu'en ditesvous? Vous èes du quartier, n'est-ce pas? Pour se trouver ici à pareille heure, il faut avoir son logis dans les environs ; ma foi ! vous seriez bien aimable d€ me dire s'il n'y a pas tout près un raastrosquet chez lequel on pourrait prendre quelque chose.
J'ai tout de suite vu que le méchant drôle était satisfait de n'avoir pas été reconnu ; l'idée que je le prenais pour un habitant de la localité le rassurait entièrement ; aussi s'est-il approché de moi, sans la moindre défiance et nous nous sommes mis à causer tranquillement.
— Les marchands de vin, c'est un peu rare dans ce quartier^ mais en tournant la première rue, à droite, vous trouverez votre affaire.
— Notre affaire, à nous deux, que je lui réponds d'un air aimable ; vous-me ferez bien la politesse, je me plais à le croire, de venir trinquer avec moi : j'ai comme ça des idées qui me sont particulières; mais il me semble que si je vais prendre mon premier verre tout seul, cela me fait mal commencer la journée et les bonnes aventures sont rares. yS
— - C'est tout de même pas de refus, a répliqué le camarade ; et il s'est empressé de m'emboîter le pas .
Pour ne pas offusquer la vérité, continuait le cocher en riant d'un bon gros rire franc et bruyant, je dois convenir qae c'était un vilain merle, l'oiseau que je menais se désaltérer en ma compagnie. Certes, reprenait le brave homme, je ne suis pas un marquis, pas même un petit rentier, mais j'étais bien aise de ne pas être rencontré par des camarades coude à coude avec ce singc-là ; à bien l'envisager, il avait plutôt l'air d'un fieffé coquin que de la moitié d'un honnête homme. Et avec ça qu'il avait des nippes, oh ! mais, des nippes ! je ne vous en dis pas davantage, elles avaient plutôt l'air de vouloir le quitter, chaque fois qu'il faisait un mouvement, que d'être dans l'intention de rester avec lui une minute de plus.
— Il y a des gens bien heureux, me dit-il, en poussant un soupir qui ressemblait au bruit d'un soufflet de forge, pendant qu'il jetait un coup d'œil du côté de la porte par laquelle vous étiez entré tout à l'heure.
— Dame ! que je lui réponds, nous n'avons pas tous les mêmes entournures et voilcà pourquoi il y a des habits faits à la mesure de tout un chacun.
— Oui, qu'il a répondu ; ca, c'est bien vrai ; mais il y a des a:rtistes qui en ont plusieurs de rechange, des habits; c'est à cause de cela qu'il y a pas mal, sur le pavé de ce monde, de chrétiens qui n'en ont pas un seul à se mettre sur le dos.
— Baste ! que je lui ai répondu, tout le monde n'a pas la chance à la fois; cela dérangerait l'équilibre ; c'est à chacun son tour, tout pareillement à la balançoire.
— C'est trop souvent le tour des autres et pas assez souvent le mien, qu'il me fciit, en regardant, tout le long de lui, les guenilles qui faisaient semblant de le couvrir et il trottait, à ma suite, si bien que ses loques flottaient autour des fcseaux qui lui servaient de jambes.
— Il ne faut pas bouder la fortune, lui ai-je dit, qu'elle nous fasse mauvais visage ou qu'elle daigne nous sourire ; c'est une capricieuse qui n'aime que les jolis garçons, qui ne lui font jamais des grimaces d'enterrement, quand il lui a plu de leur tourner le dos pour un temps ; la fortune, mon pauvre garçon, est comme les femmes ; elle a des yeux dans le dos et elle y voit m.ême mieux par derrière que lorsqu'elle a l'air de nous regarder en face ; si on lui tire la langue parce qu'on a le nez dans ses épaules, elle se dit, en mettant notre portrait dans sa poche : sois tranquille, mon garçon, je te revaudrai ça à Ja première occasion qui se présentera et elle ne la laisse jamais échapper ; alors elle daube sur nous à revers de bras.
— Il y a diablement longtemps qu'elle ne la laisse pas perdre, cette occasionlà ; aussi me fait-elle la nique, la méchante femelle, et me met-elle à la portion congrue, si fort et si souvent que je n'ai pas le courage de lui faire risette, môme pour la tromper.
— Je voyais bien, reprenait le cocher, que le méchant gars ne me disait toutes ces choses que pour en arriver à me faire parler ; ses mains, qui n'étaient pas propres, n'en étaient pas moins petites et fines comme celles d'un fainéant, et les poches de son pantalon devaient leur avoir servi plus souvent de mitaines j qu'elles n'avaient passé de temps à manier un outil quelconque.
Alors je lui dis : (
— Aujourd'hui ce n'est pas le cas de la bouder, la fortune, et de l'appeler j 4 méchante femelle, puisque vous avez trouvé, dès la petite aube, un compagnon ^
iSI^^
qui vous ofl're, de bon c(pur, le petit verre qui doit chasser le brouillard du matin. A votre sautô, ajonlai-je, en approchant mon verre du sien.
— \ la v(Mre ! qu'il m'a rj^pondu en me retournant ma politesse.
Puis, to»il h coup, il m'a demandé, comme si cette idée venait de lui traverser brusquement la cervelle :
— Dites donc, si votre bourgeois vous cherche pendant que nous sommes ici, qu'est-ce qu'il va penser ?
— Allons donc ! que je me suis dit tout bas et pour moi tout seul, en me clignant de l'œil pour m'averlir de me tenir sur mes gardes, allons donc ! tu y es tout de même venu, quoique ca t'ait bien coûté d'y arriver, sur le compte de mon bourgeois.
Puis, tout haut, j'ai répondu en riant :
— Ma foi ! tant pis, mon bourgeois m'attendra ; ce sera chacun son tour ; je l'ai bien attendu toute la nuit, moi, pendant qu'il était au bal!
— Ah ! il va au bal, votre bourgeois ? Il est donc parmi ceux qui ont de la chance ? Ne va pas au bal qui veut ; il faut être jeune et riche, pour cela.
— Il me semble, que je lui ai dit, que vous ne devez vous fâcher que pour une moitié ; quant à ce qui est de la jeunesse, je crois que vous êtes à peu près du même âge que mon bourgeois; il ne vous manque donc que les écus.
— C'est bien assez ! pour ne pas dire trop, répliqua vivement et d'un air grognon le vilain drôle.
— !îé ! dites donc, méchant coucheur, que j'ai lait, vous êtes pauvre, cela se voit du reste, mais si vous étiez vieu<c par-dessus le marché, qu'est-ce que vous diriez donc ?
— Ce serait le bouquet, m'a-t-il répondu en me montrant ses dents jaunes ; car il avait beau être jeune, le marsouin, il n'était pas soigné du tout.
Il est donc là, chez. sa maîtresse? me demanda-t-il en me regardant dans les yeux Moi, reprenait-il, chaque fois que je vois un jeune homme aller de si bon matin dans une maison, je parierais qu'il y a du cotillon sous jeu, et je serais sûr, si on tenait mon pari, de le gagner de tout point.
— Sur l'honneur, lui ai-je répondu, ça m'est bien égal que les gens se fassent conduire, par moi, au sabbat ou à l'église ; pourvu qu'ils soient généreux à l'endroit de mon pourboire, je n'en demande pas davantage.
C'est comme les femmes, quand elles montent dans ma guimbarde, croyez-vous que je me casse la tête pour deviner si elles vont chez leurs amoureux ou chez leurs confesseurs? Certes non; je n'en demande pas si long que ça et je ne m'inquiète pas de savoir si les beaux gan-onsque je voilure vont chez quelques jolies filles ou chez un usurier, pas plus que si les barbons se font conduire chez les femmes complaisantes qui leur livrent des tendrons ; ma foi ! non ; que chacun aille à sa guise et s'occupe de soi selon son bon plaisir, voilà ma devise.
— Eh bien ! moi, m'a-t-il aussitôt répondu, ce n'est pas du tout la même chose ; je suis un philosophe observateur ; je regarde tout et chacun, autour de moi, pour taire mon profit de ce qui se passe.
Aussi, tel que vous me voyez, je me suis dit en vous voyant passer : voilà un homme tout Irane. tout rond, qui a le cœur sur la main, et vous voyez bien que je ne m'étais pas trompé.
Mais, par exemple, si votre bourgeois, qui vous a fait passer la nuit à la clarté des étoiles, ne vous a pas donné, ce matin, en entrant chez sa belle, de quoi vous désaltérer largement, pendant qu'il vous laisse à croquer le marmot à la porte, je
dis que c'est un cuistre et qu'il mérite de s'éveiller, un beau matin, trouvant sa place prise par un plus généreux que lui.
Je ne répondais toujours pas, mais je faisais aller mes épaules, de-ci, de-là, comme si je n'avais pas voulu lui dire ce que je pensais, ne voulant me prononcer ni d'un côté ni de l'autre et ne dire ni bien ni mal, mais il reprit :
— Je suis sûr que son physique répond à l'idée que je me suis faite de lui ; il faut que je le voie un peu ; je tiens à m'affirmer que je ne me suis pas trompé.
— Ma foi! lui ai-je répondu, je ne sais pas ce que vous pourrez lire sur sa figure ; quant à moi, je lui trouve l'air d'un bon garçon ; c'est jeune, c'est riche, c'est bien mis, ça a peut-être la cervelle légèrement au vent, mais ce n'est pas une raison pour que ça soit un méchant homme ; c'est tout le contraire, à mon avis. Quand on est jeune, il est rare qu'on soit mauvais, mais surtout avare : ces vices-là ne vont pas avec les jeunes années.
— Ah ! sur l'honneur, m'a répondu le galvaudeux, il ne faut pas toujours se fier à la mine, pas plus qu'à l'âge ; les jeunes loups ont les dents longues et grand appétit, tout à la fois.
— Tant pis ! et au petit bonheur, lui ai-je répondu, en faisant verser encore un verre pour lui et un autre pour moi ; au petit bonheur ! moi, je me suis toujours fié aux jeunes gens que j'ai eus pour pratiques et je n'ai pas eu à m'en repentir ; il n'y a que les vieux, mais les vieilles surtout, qui comptent deux fois leur monnaie avant de nous la donner une ; je vous jure que parmi la jeunesse j'ai toujours rencontré dix bons garçons pour une méchante pratique.
— Ah I ah 1 reprenait vivement le méchant drôle, en riant d'une façon qui ne me plaisait pas du tout, tu défends trop ton bourgeois pour ne pas le connaître depuis longtemps ; je gagerais qu'il te prend de préférence à tout autre, pour le conduire en catimini jusqu'à cette grande porte de la rue Babylone, à l'abri de laquelle il se gaudit, pendant, que nous l'attendons sur le pavé ; cette porte, à mon avis, est une entrée d'amoureuse ; elle s'ouvre sans bruit et tourne sur ses gonds sans grincer ; tout ça c'est fait exprès pour qu'on puisse entrer et sortir sans attirer l'attention des gens ; qu'en dis-tu, toi, camarade ?
— Eh bien ! après, quand cela serait? et je dis au malingreux : où serait le mal, je te le demande, quand même un brave homme gagnerait sa vie à conduire un beau garçon chez une jolie femme ?
— Moi? oh ! je n'y vois pas le moindre mal ; mais, je te l'ai dit, je suis un philosophe qui aime à observer ; je me suis promis de voir le museau de ton bourgeois, il faut donc que je me passe ma fantaisie, quoi que ce soit qui puisse m'en coûter.
— Ce n'est pas bien difficile, lui ai-je répondu, la rue est à tout le monde et tu auras le temps de le considérer tout à ton aise, pendant qu'il montera en voiture ; tu comprends que, depuis hier au soir, mon cheval est sur ses quilles ; pour démarrer, la pauvre bête ne prendra pas le mors aux dents, tu peux être bien tranquille de ce côté-là.
Ainsi que je viens de vous le démontrer, en sortant de chez le marchand de vin, cet affreux singe me tutoyait ; il y avait maintenant, entre nous, la fraternité du petit verre.
Je lui rendais son aimable façon de m'entretenir, pour ne pas être en reste de politesse avec lui, et à peine avions-nous franchi le seuil du mastroquet qu'il "'emboîtait le pas ; et il se planta tout contre ma voiture, les mains dans
LADULTKIIE KT L'AMdUlt
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goussets vides. Puis il se mil à caasor avec moi comme si nous avions, tuulc noire vie, gardé los cochons ensemble.
Attends ! que je me dis loul bus à son adresse, je vais le joiinr im h. m de ma façon, mon philosophe obsen'alour.
Je venais d'enlondre depnis une mimilc à p.iiie, dutis la cuur ou \ /.
entrt\ la voix du vieux domestique qui ûlait venu vous ouvrir quand v /,
frappt'^ et je pensais bien que vous n'alliez pas tardera revenir; alors je dis au vi'ain garçon qui s'était collé dans l'ombre de ma voiture :
— Dites donc, camarade, est-ce que cela ne vous d<;rangerait pas trop si je vous priais d'aller me chercher, le plus près possible d'ici, un paqu.iL de ficelle de fouet? moi, je ne suis pas de ce quartier; aussi je pourrais faire beaucoup de chemin bien inutilement ; de plus, mon bourgeois serait capable d'arriver et si je n'étais pas près do mon cheval ri pourrait le mettre de mauvaise humeur; mais soyez tranquille, puisque vous désirez le voir, j'ai un moycMi de lui faire prendre patience. Je vais ôler le mors de ma bêle, pour lui donner son avoine.
— Vous êtes un finaud, vous aussi, autant que moi, qu'il m'a répondu, en tendant la main pour prendre les deux sous que je lui avançais; pour vous, je n'ai rien à vous refuser ; donnez, je vais chercher votre ficelle.
El il s'éloigna, non sans avoir jeté un coup d'œll du côté de la granu.' j.oiiu.
Pendant qu'il filait à toutes jambes, je faisais Stemblant d'ôler le mors de mon cheval.
Absolument comme si vous aviez entendu ce que je venais de dire à l'homme déguenillé, voilà que vous vous amonez avec un grand vieux qui monlc dans sa voiture attelée à l'abri du grand porlail.
Quand je vois ai eu repoussé dessus la portière du coupé, je suis vivement remonté sur mon siège et j'ai filé d'un train à faire croire que ma bêle avait passé toute la nuit à se dorloter sur sa lilière et moi dans mon lit.
D<? cette façon, le méchant gars avait été dérouté, ce qui prouve que, tout vieux cocher qu'on est, on n'est pas plus bête qu'un autre, quand il s'agit de brûler îa politesse à un macaque dont on se méfie.
Mais, croyez-moi, reprenait le cocher, en revenant à son premier dire, le méchant gars auquel j'ai joué" cette farce vous épie, il vous suit et vous guette, bien sûr, pour le compte de quelqu'un qui a grande envie de vous jouer un mauvais tour.
— Vous avez raison, mon brave ami, reprit Biinjamin, en glissant dans la main de son cocher, non-seulement le prix de la nuit auquel il avait droit, mais encore une certaine somme qui devait augmenter son pourboire du prix de sa narration.
— Ma foi, se disait le coober en remoalant îur son s'ége et en donnant un vigoureux coup de fouet à sa bête pour stimuler son ardeur, c'est tout de même un gentil garçon que ce jeane homm:», et C3 serait vraiment ma"ie irjux qu'il lui arrivât quelque chose de fâcheux.
Si