‹ L'adultère et l'amourChapitre 11 sur 35 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

Un gros Nuage dans un Ciel bleu

Après que tous les invités de Mme Blanche Derock eurent quitté ses salons ; lorsqu'elle se vit seule avec les lustres, dont les bougies pâlissaient devant le petit jour que les rideaux relevés laissaient apercevoir, elle se reposa de la contrainte qu'elle s'était imposée, en laissant couler, sur ses joues pâles, deux ruisseaux de larmes, de ces larmes brûlantes qu'elle avait retenues à grand'peine.

Elle ne songait pas que, depuis quelques instants, son mari l'observait et, le premier jet de larmes partie elle rentra chez elle, presque en courant ; elle congédia sa femme de chambre, en lui disant :

— Je n'ai pas j esoin de vous ce soir, merci. Elle ne lui permit même pas d oter ses bijoux, de détacher les fleurs de sa

coiffure et de son corsage.

A peine la femme de chambre avait-elle refermé la porte sur elle que Mme Derock se laissa tomber dans un fauteuil.

La chambre de la jeune femme était une petite merveille, coquettement meublée, et à laquelle avait présidé un goût exquis. j

Les murs étaient tendus de salin d'un rose vif, sur lequel couraient de gros ( bouquets de fleurs blanches qui brillaient comme des diamants, au milieu d'un large et abondant feuillage vert ; les meubles et les tentures étaient de la même étoffe. j

Une lampe d'albâtre, soutenue par un rameau de lierre, pendant qu'elle était à ) demi recouvcrle de fleurs roses et blanches, répandait une luaiière doucement ) voilée sur les tentures et sur tous les objets qui garnissaient ce mystérieux et î coquet logis. )

L'épaisseur du tapis avait amorti le bruit des pas de Richard Derock, qui était \ entré, tout doucement, dans la chambre de sa femme, inquiet et troublé des larmes j qu'il lui avait vu répandre, il s'était approché d'elle et il écartait doucement les deux petites mains qui recouvraient le visage, tout en larmes, de Mme Blanche.

— Blanche, ma bien-aimée I qu'est-ce qui peut vous affliger de la sorte? demandait-il, en approchant ses lèvres des beaux yeux noyés de pleurs ; voyons, mignonne, qu'avez-vous pour nous faire tant de chagrin à tous les deux?

— Rien, absolument rien, je vous assure. En disant ces mots, la jeune femme ne repoussait pas les caresses de son mari,

mais elle ne les accueillait pas, non plus, ainsi qu'elle en avait l'habitude.

— Mon amie, lui demandait Richard en l'attirant à lui et en la pressant affectueusement contre sa poitrine, ne m'aimerais-tu plus, que tu pleures sans moi ?

— Oh ! s'écria la jeune femme en se reculant un peu pour regarder bien en face son mari qu'elle enveloppa de son regard ardemment affectueux; je ne l'aime 'plus, moi ? et c'est toi qui le dis !

Alors, pour donner un libre cours au chagrin qui l'oppressait et l'étouffait ^ depuis deux jours, elle s'écria, au milieu de ses sanglots

104 L'ADULlKilK ET L'AMOUH

— Est-ce moi qui, la prcmi«Vc, .'li manqué de confiance ? Ks(-cc moi (|ui ai dissimulé des inquiétudes, peul-«Hre mrme (les chagrins ? Est-ce moi qui ai songé à souflTrir seule et à cacher ce que j'avais dans l'esprit el dans le cccur ? Si maintenant je doute et si je verse des larmes, si je me torture moi-même pour djercliiT quelle est la chose qui vous enlève à moi depuis deux jours, est-ce ma faute ?

Non, non ! c'est hien la vôtre. C'est vous, Richard, vous seul, qui, en changeant lirusquement vos façons d'être à mon égard, m'avez laissée mesurer, du cœur et de l'esprit, tout ce qu'on peut rencontrer de soullrancc et d'anxiété dans un amour qui, jusque-là, avait fait toute la joie de mon existence.

— Mais, ma chère enfant, reprenait le jeune homme en se faisant encore plus caressant et plus tendre pour sa femme, qu'est-ce qui a pu faire naître en toi ce grand chagrin ?

— Taisez-vous ! reprenait Blanche, oh ! taisez-vous ! et elle appuyait sa petite main snr la bouche de son mari pour l'empêcher de parler davantage ; au nom de mon afTeclion, ne dites pas un mol de plus. \

Et, pendant que de nouvelles larmes jaillissaient de ses yeux, elle ajoutait : '

— Taisez-vous, je vous en prie, taisez-vous ! j'étais vraiment trop heureuse > hier seulement pour vouloir être trompée aujourd'hui.

— Je vous allirrae, ma chérie, que je vous aime aujourd'hui comme je vous | ai toujours aimée ; vous êtes mon bonheur et ma vie : pourquoi donc voulez- ) vous que je vous trompe ? ^

— Est-ce qu'on raisonne ces choses ! s'écria la Jeune femme ; est-ce qu'on ) met en balance le mal qu'on se fait à soi et la douleur dont on accable les autres ?

— xMais, enfin, que crains-tu ? que redoutes-tu ? mon enfant, lui demandait ( Richard en prenant ses deux mains dans les siennes et en les couvrant de baisers; ] voyons, que crains-tu ? que redoutes-tu ? j

— Si je le savais bien exactement, répondit-elle, je vous définirais ma dou- . leur et je vous dirais tout de suite : ne faites pas cela. Mais je ne puis rien vous ) dire de semblable ; j'ai le pressentiment qu'un malheur plane sur moi ; j'en suis j torturée et j'en souffre à mourir.

Elle se répandit longtemps en reproches amers. j

Elle avait la lèvre rose, et sa parole émue la rendait tremblante ; son beau \ regard, voilé de larmes mal essuyées encore et dont quelque chose restait sous sa paupière, avait l'éclat d'un diamant noir enchâssé dans une nacre azurée et

transparente. ) Richard prit dans ses bras la belle atlligée et, lui laissant égrener tous les [ reproches dont elle avait l'âme pleine, il écoutait cette voix fraîche et cares- ) santé au fond de laquelle tremblaient encore des larmes, comme il aurait prêté j l'oreille à un chant d'amour inventé tout spécialement pour lui ; pour toute i réponse, il promenait ses lèvres sur les bras, sur le cou blanc, sur les cheveux ; noirs et sur les yeux à demi clos de la jeune femme. \ Elle se laissait aller tout entière à ce puissant magnétisme des caresses don- ^ nées par l'homme qu'on aime ; peu à peu, elle laissa glisser sa tête jusqu'à J l'épaule de son mari et, lui faisant un collier de ses beaux bras nus, elle lui rendit tous les baisers qu'elle en recevait, pendant qu'elle lui disait encore tout ( bas et à l'oreille : ) Hélas ! méchant ami, pourquoi donc affligez-vous si fort votre petite ^

Le front du vieillard reaplendissait dans l'ombre (page 51).

Blanche qui vous aime si tendrement ? Dites-le-moi, pourquoi me faites-vous tant de peine ?

Plus les reproches devenaient tendres et caressants, plus la voix qui les formulait se faisait douce et basse, pendant que les baisers et les caresses devenaient de plus en plus envahissants de la part de Richard.

Ces beaux baisers faisaient, à chaque instant, un pas de plus et laissaient sur la peau satinée de la jeune femme une empreinte rose que deux lèvres ardentes faisaient plus roses encore sous de nouveaux baisers.

Les fleurs de la coiffure de Blanche se mêlèrent bientôt aux roses qui couraient le tapis ; les bijoux glissèrent des mains tièdes, réunies et tremblantes des

Roprodurtcon formcUcment interdite

lOi

L'AUri/IKIlK KT LAMOUIl

f>ie. releva 'elle, puis

'I 'Miiltée si vile ?

IMDilant qu'elle

doux époux dans les coupes d'onix, et toute la fralclic toilette de la jeune femme tomba . • ' I îs.

Alor. > ^oule frénissaote, les bras DOués à son

cou, et il remporta dans t'atci^ve sombre dont les lourds rideaax de satin dérobaient le lit ù 1 " de la lampe d'ulbàtre. qui répandait uoe lueur douce et diserèle dans 1» ^lo la chambre.

Hientôt on n'entendit plus qu'un bruit de baisers donnés et rendus, de longs soupirs qui semblaient se souvenir encore du chagrin de tout à l'heure ; puis, un j)eu après, la rcspiraiinn de lilanehe se fit régulière, calme et bas.se, un vrai souille d'oiseau : elle dormait î

llichard quitta la chambre tout doucement, plus d.MKw'moMf ««nrore qu'il n'y était entré.

A peine élail-il sorti " jeune femme, qni éluiL

ses paupières roses et p: ■ son regard étonné, d"

dans sa chambre tout entière.

— I' i m'a-t-il quilt ' " ' , r,^ • '■

KUe - ;iit son cou>

appuyait son Iront à la paume de sa main.

Elle resta longtemps ainsi, réfléchissant, songeant; mais à mesure que des pensées de toutes sortes arrivaient à son esprit en réponse aux questions qu'elle venait de se poser, son front se couvrait de nuages, des plis inquiets s'y creusaient; puis, tout à coup, elle en vint à se dire tristement :

Il ne m'a pas expliqué le pourquoi de ses absences; je suis sûre qu'il

s'occupe de cette femme !

Dans sa pensée, cette femme, c'était Lia.

Alors, 1 élevant son front et ouvrant tout grands ses beaux yeux noirs qui lancèrent des éclairs, elle s'avouait, en frémissant, qu'elle était jalouse, mais jalouse à en mourir 1...

Je n'aurais jamais cru reprit-elle quelques instants après, qu'un pareil

scntimr, ' " u'alleindie; ' "■■ " ' *ant forcée de recoanaifcre que la chose est

vraie, p . j'en souffre ^ .t.

La dignité de la jeune femme lui un moment blessée ; elle trouvait, et avec raison, que la jalousie était une chose honteuse dans son essence, et, d'un coup d'œil, elle souda la profondeur des humiliations qu'une âme jalouse s'impose à elle-même; puis elle compta le nombre plus grand encore des lâchetés que l'on est toujours prêt à commettre pour reprendre l'atreetion que l'on sent échapper et pour en arriver encore, ne fût-ce qu'une fois, à enfermer dans ses deux bras l'être .aimé qu'on se dispute et à pouvoir se dire : II est bien à moi ! lors même qu'on se mentirait. ^

A la frêle barrière que lui font mes bras, rien n'échappe, rien ne peut échapper, ni le corps, ni la pensée, ni les idées, ni les aspirations, ni les rêves; voilà ce qu'elle voulait encore pouvoir se dire, peut-être seulement pour une heure ; mais enfin, pendant cette heure restreinte et rapide, il est à moi ; moi seule je suis son avenir entier î

A la suite de ces pensées. Blanche versa d'abondantes larmes ; les idées d'un ordre tout nouveau qui s'agitaient en elle l'étonnaient et la troublaient.

Elle eut peur un moment.

Il était déjà tard, les heures s'étaient écoulées, et elle sonna vivement sa femme de chambre pour se faire habiller.

S'habiller, maintenant, ne devait plus être seulement un plaisir; cela devenait surtout un travail : ne fallait-il pas être la plus feelle toujours, puisque la beauté était une arme, et qu'il fallait qu'elle fut armée en guerre pour descendre dans la lice où elle allait vaillamment prendre sa place ?

Quand elle eut achevé de se parer, elle demanda si la voiture était avancée; elle sortit avec un certain petit air de tête qui n'appartient qu'aux femmes dont les projets viennent d'être bien arrêtés.

Cela ne l'empêcha pas de pousser un soupir, en s'asseyant sur les coussins de son coupé^ qui gagna la rue Blanche au trot de ses deux magnifiques chevaux.

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