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CHAPITRE IX

Un Mari qui arrange ses petites Affaires

Henri de Bleutz, après avoir quitté la Perle, se dirigea vecs son hôtel. En approchant de son logis, il retira de sa poche une toute petite clé et, après avoir passé devant la grande porte de sa demeure, il gagaa une petite porte bâtarde si habilement dissimulée que dans l'obscurité on .la distinguait à peine ; il l'ouvrit, puis la referma, sans faire enteadre le moindre bruit. Il atteignit ensuite un3 dos entrées du re;:-d.-3hau3sée ; il la franchit vivement et entra, pour ainsi dire, en cachette chez lui.

M. de Bleutz, depuis longtemps déjà, menait une existence exemplaire, surtout depuis qu'il avait fait arrêter et emprisonner sa femme ; il avait compris qu'il devait être et rester irréprochable aux yeux de ceux qui l'entouraient; c'était un cas exceptionnel dont il profitait pour afficher beaucoup de conduite : quand on attaque sa femme et qu'on l'accuse d'en manquer totalement il faut être puritain.

De plus, M. de Bleutz s'était dit, non sans raison, qu'au moment où viendraient les débats judiciaires à propos de l'action en adultère qu'il avait intentée à Mme Hélène, il serait bon d'avoir pour lui le témoignage de ses domestiques ; généralement, cela pèse d'un grand poids dans la balance de la Justice ; il s'arrangeait donc de façon à avoir tous les témoins en livrée de son côté ; il jouait gros jeu et il s'arrrangcait pour que sa conduite fût très-vertueuse aux yeux de tous.

Seul, son valet de chambre, ce confident forcé de la plupart des hommes, connaissait les sorties qui avaient lieu tous les soirs aussitôt après le dîner et les rentrées qui ne s'effectuaient que dans la matinée, presque à l'aube, quelquefois même un peu plus tard.

Le valet de chambre était encore le seul qui connût l'emploi de la porte secrète qui amenait, chez son maître, certaines visites qui lui étaient rendues par des

LAD! l/nOllK KT I/AMOl'Il

gens à ligure Irop caraclérisliqiie pour qu'il u'eii rcjaillil pas de nombreux soupijons.

Arrivé dans sa cliambre, M. de iJleulz rcrcnna précaulionneusemenl la porte.

Alors, quand il se sentit bien isolé, dès qu'il n'eut plus rien h redouter de la curiosité d'autrui, il déposa le masque qu'il ne quittait jamais tout à fait, môme vis-à-vis de la Perle.

Alors la glaee qui était sur la cheminée, de mémo que celle qui lui faisait visà-vis et qui prenait depuis le panpiet jusqu'aux corniches, renétèrenl un visage foncièrement repoussant, en dépit de la régularité des traits et de la beauté plastique, de rensemble de cette tète.

Henri de Bleutz était de haute taille et avait cela de commun avec beaucoup d'hommes qui ont, depuis quelques années, dépassé la quarantaine, qu'il prenait du corps; sa taille jusque-là élégante, svelte et pleine de distinction, avait perdu de sa souplesse et de sa grâce primitives ; cela se remarquait d'autant plus qu'il faisait de grands elTorts pour dissimuler l'empalement de ses lignes, si parfaitement élégantes et pures jusqu'alors.

M. de Bleutz avait le front d'un blanc mat, plus haut que large, et la peau en était polie comme la surface d'un beau marbre ; on voyait aisément qu'il s'appliquait, avec un soin tout spécial, à chasser de son front la trace qu'auraient pu y laisser ses pensées intimes ; il s'était fait un visage immobile, le seul (jui ne vieillisse pas.

Son grand œil noir, doué d'une expression toute particulière faite moitié de traîtrise, moitié de dédain, reprenait, aussitôt qu'il outrait en scène, un grand air d'autorité, quelque chose qui semblait être supérieur au regard et à l'attitude des autres hommes qu'il s'appliquait à dominer, sans avoir même l'air de faire, attention à eux.

il avait, dans le monde, une réputation toute spéciale ; on le regardait un peu comme un personnage hors ligne, que rien ne pouvait ni émouvoir ni atteindre.

De Bleutz avait résumé sa vie dans ces quelques mots : tout s'achète î puisque tout est à vendre : tout ! depuis le couteau d'un assassin qu'on peut avoir facilement à ses gages, jusqu'aux baisers des femmes les plus en renom de beauté, de vertu ! tout s'achète, s'élait-il-dit, bien convaincu de ce qu'il avançait.

Henri de Bleutz était fatigué cette nuit-là ; il s'empressa donc de revêtir sa robe de chambre, de glisser ses pieds dans des pantoufles, puis il s'assit, dans un fauteuil, en face d'un immense bureau.

Le dessus de ce bureau était envahi par toutes sortes d'antiquités, depuis les aiguières transparentes, aux longs cols, jusqu'aux larges plats massifs, sur lesquels tout un monde de salamandres, de scarabées, de poissons et de coquillages, étalait ses écailles chatoyantes et ses yeux diamanlés, sous le vernis brillant qui le recouvrait.

Ce meuble, ainsi chargé et encombré, faisait bien plutôt l'office d'un dressoir que d'une table de travail, et les plus habiles eussent dilTicilement découvert, aux deux côtés de ce bureau, les fines rainures à l'aide desquelles la partie supérieure de ce meuble glissait, entraînant, après elle, tout le dessus sculpté qui, en s'éloignant du centre, allait avec les tablettes supérieures qui glissaient à sa suite, découvrant de la sorte une table de travail sur laquelle on trouvait des poinçons, des burins, des plaques de cuivre et d'acier , des crayons, des plumes, quelques feuilles blanches de papier, un paquet de lettres, des modèles de toutes les espèces d'écritures et des chiffres de toutes les natures.

Après avoir quelque temps cherché dans tout cet attirail, M. de Bleutz poussa un long soupir comme si, après de longues et de pénibles recherches, il avait enfin trouvé une chose sur la rencontre de laquelle il n'osait plus compter.

Alors, se renversant au dossier du fauteuil sur lequel il était assis, il se mit à lire avec une attention très-soutenue une des lettres qu'il venait de prendre au paquet qui était tout ouvert devant lui ; il en étudia les caractères, la forme de chaque lettre, leur tournure spéciale, la manière dont elles étaient reliées entre elles par les liaisons ou par les traits, par l'achèvement des mots ; puis il s'appliqua à comprendre la physionomie des virgules, l'aspect des accents, la façon dont les lignes étaient commencées et finies ; l'allure des majuscules et des points fut aussi Tobjet d'une étude toute particulière et, après cela, se croyant bien sûr de lui-même, il prit une plume, approcha devant lui une des feuilles blanches minutieusement examinée et il se mit à écrire lentement, doucement, avec attention, précaution et mesure.

Quand il eut rempli la feuille, d'un bouta l'autre, il signa d'un nom qui rappelait les deux initiales du chiffre qui ornaient l'en-tête du papier.

Cette œuvre terminée, ses lèvres laissèrent échapper un soupir de satisfaction.

Il plia la feuille en quatre, puis la déplia et s'adonna à ce manège plusieurs fois de suite, pour que la brisure perdît celte arête vive qui caractérise les papiers fraîchement maniés ; quand la feuille n'eut plus celte raideur trop parfaite qui la faisait beaucoup plus jeune et moins maniée que celle du paquet de lettres qui était devant lui, M. de Bieutz prit une petite cassette en bois de rose qui portait, inscrites sur sa tablette supérieure, les nrêmes initiales que sur le papier: une H et un T séparés par la particule.

Il déposa son minutieux travail sur un amas de feuilles déjà entassées dans la boîte ; il y joignit un médaillon qu'il venait de prendre dans un casier de son immense bureau, puis il la ferma.

Cela fait, M. de Bleutz dissimula, sous les plis de sa robe de chambre, la boite qui portait les initiales H. T., puis, quittant son appartement avec précaution, il s'achemina vers la chambre inhabitée, depuis quelques jours, de Mme Hélène.

Arrivé là, il ouvrit un petit meuble qui servait de secrétaire à la jeune femme et il y glissa, au milieu de papiers couverls d'écritures de toutes sortes, la boîte en bois de rose qu'il avait dissimulée jusque-là ; cela fait, il referma le petit meuble, et il reprit le chemin de son apparlement.

Pendant que ces choses se passaient au premier étage de l'hôtel de M. de Bleutz, au rez-de-chaussée les domestiques s'agitaient, sans bruit, pour ne pas troubler le sommeil de Monsieur, qu'on savait ne pas être d'humeur à être dérangé.

Le cuisinier, dans sa toilette blanche, s'apprêtait à sortir pour aller faire une tournée chez ses fournisseurs, pendant que son aide, tout vêtu de blanc comme son chef, le bras passé dans l'anse d'un gigantesque panier, attendait, dans une pose respectueuse, sur le seuil de la porte, que le cuisinier voulût bien sortir afin de lui emboîter le pas.

Le Vatel de la maison ne semblait pas devoir se mettre en route de sitôt ; il avait été arrêté, dans le vestibule, par le valet de chambre qui, après l'.ii avoir demandé de ses nouvelles, avait poussé un soupir tellement gros d'histoires inédites que M. Fumet, oubliant, tout à la fois, son élève sur la porte et l'heure du déjeuner qui s'approchait, s'arrêta net et demanda, du regard pour le moins liant que de la parole :

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LAmi/ri;iiE et lamour

Qu'\ Jl-l-l 1 donc dv liU l \ f i ii , in lilSIOlir l»;ipt ISlC, ji mi > i j n \ i m,^ :^<iy/. .>i

profondt'rnent ab-^orbô, cliagrini^ m<^ino ? Ce dernier mot dépcindrail encore mieux l'étal de vo'rc physionomie. Serail-i' arrivi'' q'ielque catastrophe nouvelle dans la maison ? Vous connaissez le proverbe, n'est-ce pas ? monsieur Hapliste : les malljeurs-marchenl en troupe, il n'y a que le bonheur qui vient toujours seul.

Le proverbe est d'une v(^ril(^ absolue, reprit le valol df eliaîiibre : il,

jusqu'il présent, rien n'est arrivé chez nous, du moins que je saciie ; mai- . ; .l ir devient de jour en jour plus triste, plus sombre ; si cela dure, il tombera certainement nirilndo ; sans compter qu'il no s'npirçoit absolument \)Q^ du ."crncc (lu'on fait aupri's de lui ; l'hôtel ressemble à un va^tc tombeau ; plus de fêles, plus de réceptions, presque pas de visites non plus ; quelques rares personnes seulement viennent, de loin en loin et comme par acquit de conscience, dire bonjour à Monsieur, lui serrer la main presque en courant, lui demander de ses nouvelles fort en l'air; elles prennent un cij^arc sur sa table, qu'elles allument à la hâte et qu'elles s'empressent d'ail r fumer dans la rue.

\)i \ mon excellent ami, s'écria M. Fumet, en levant vers le ciel ses yeux

profondément découragés, vous n'êles pas le seul à déplorer l'état de choses qui assombrit l'hùlel où nous vivons ; croyez-vous que mon lot soit meilleur que le votre ? A coup sûr, non ; il y a quelque chose de navrant dans les fonctions qui me sont échues ; le matin : une c(Mclelte, une tranche de fil t pour Monsieur, avec un œuf à la coque, un vulgaire plat de légumes, a icItîcs d.^sscrts et s<>n café jaspé d'un soupçon de crème

Le soir : un véritable dîner de g.iicon ; enfin, rien niu ^'n-.s. pcinu iic a uk-h intelligence de produire ce dont elle est capable ; s'il n'y a plus de fôlcs chez nous, ce que vous déplorez avec raison, il n'y a pas davantage de ces dîners qu'un homme de ma sorte pourrait signer avec son très-légitime orgueil d'artiste; pas le moindre raout non plus ; oh ! vraiment, c'est fort triste pour nous d'avoir un maître qui, pour un caprice, pour une simple promenade qu'il plaisait à Madame de faire, à la belle étoile, met toute une maison confortable sens dessus dessous, et cela saas le moindre respect pour les gens qu'il conserve à son service,' sans la plus légère considération pour leur amour-propre, pour leur dignité personnelle.

C'est, en effet, vraiment pitoyable ! répondait M. Baptiste.

Pitovable, àcoup sûr, pitoyable! Vous avez trouvé*le mot juste, ajoutait

M. Fumet*; je ne vois pas d'autre terme pour rendre exactement ma pensée. i Je ne saurais jamais trouver un adjectif assez lamentable pour qualifier l'étal où nous sommes ; veuillez reconnaître, monsieur Fumet, que généralement, dans des maisons comme la nôtre, les choses se passent d'une autre façon ; presque toujours c'est Monsieur qui a des maîtresses et, alors, ce sont des commissions à faire en toute hâte, des lettres à porter vivement, des réponses à recevoir en cachette, des sorties par la porte basse, des rentrées que Ton doit couvrir et dissimuler de manière à les faire prendre par tout le monde pour des promenades matinales, et toutes ces choses se paient fort bien, ajoutait Baptiste; aussi la livrée tout entière a-t-elle lieu de se réjouir, parce que les aubaines sont larges ; mais avec un maître triste, morose et rangé comme une demoiselle, ainsi que l'est le nôtre, il n'y a rien à faire, par conséquent rien à gagner non plus. Hélas ! reprenôit-ilj'en faisant un geste dégagé qui sentait le Frontin de la bonne école, chez nous tout est à l'envers : c'est Monsieur qui reste chez lui, pendant que Madame sort et court seule la prétentaine, au beau milieu de la nuit ;^

c'est Madame qui se permet d'avoir des intrigues ! Comprenez, monsieur Fumet, qu'à un pareil état de choses il n'y a que la femme de chambre de notre maîtresse qui puisse se faire des rentes ; les autres valets n'ont même pas le plaisir de connaître toutes les petites histoires qui se passent ; on ne Jes apprend que par le dénouement: on arrête Madame !...

— C'est vrai, reprenait M. Fumet, c'est triste ; mais je ne vois pas les choses sous le même jour que vous ; je déplore la catastrophe qui nous frappe, d'autant que c'est moi qui en suis atteint plus particulièrement que tout autre ; veuillez vous rappeler, Baptiste, que Madame était une femme de goût ; sans avoir des idées culinaires excessivement développées, elle n'en possédait pas "moins un goût très-juste ; de plus elle avait, de mes lumières, une estime toute particulière ; je ne vous cacherai donc pas que je regrette sincèrement que, dans la circonstance présente. Monsieur se soit permis d'agir en véritable bourgeois.

Baptiste ouvrait démesurément ses yeux étonnés, pendant que M. Fumet entraîné par la chaleur de son discours, par le feu qu'il mettait dans l'émission de ses opinions, continuait, sans s'apercevoir de la stupéfaction du valet de chambre:

— Un véritable grand seigneur, monsieur Baptiste, un homme qui n'aurait rien perdu des nobles traditions du grand siècle, en apprenant que sa femme était à la promenade, aurait fait atteler les deux plus beaux chevaux de son écurie à la voiture de gala et, absolument comme s'il avait été averti par Madame de l'endroit où il aurait plu à Madame d'aller^ il s'y serait rendu en personne ; il aurait offert la main à Madame pour la conduire à sa voilure ; il l'y aurait courtoisement fait monter et il l'aurait gracieusement raccompagnée jusqu'à l'hôtel, en l'appelant : ma bonne amie ! devant ses gens, quoi qu'il eût eu jusque-là l'habitude de l'appeler Madame devant tous les étrangers.

— Et cela pour en arriver où? demanda M. Baptiste, qui ne comprenait pas encore où en voulait venir M. Fumet.

— Ah ! monsieur Baptiste, s'écria M. Fumet, en jetant au valet de chambre un regard étonné, car il était vraiment surpris de trouver cet homme d'antichambre si peu fait aux belles manières des gens de noblesse ; vous osez me demander : Pour en arriver où ? Puisque vous ne le devinez pas, je vais vous le dire tout de suite : pour continuer à donner des déjeuners, des dîners, des soupers surtout ; oui, Monsieur ! des dîners splendides, des déjeuners charmants, des soupers dont les journaux parlent.

Est-ce que vous trouveriez, par hasard, que tout cela n'est rien et ne mérite pas une sérieuse considération ?

J'ai l'expérience de la vie, monsieur Baptiste, reprenait M. Fumet en soulevant sa toque blanche d'un air magistral pour montrer ses cheveux gris à l'appui de ce qu'il avançait, et je puis vous affirmer que je n'ai jamais vu recevoir ni plus ni mieux que dans une maison où Madame a ses affections d'un côté, pendant que Monsieur prend ses distractions d'un autre.

Madame, en échange de la liberté qu'elle a reconquise, devient inévitablement et toujours une maîtresse de maison tout à fait remarquable. Quand il faut dresser le menu d'un repas, elle a des moments d'inspiration sublime ; s'il s'agit d'un déjeuner, elle sait trouver des choses d'une légèreté et d'une délicatesse extrêmes ; pour les soupers, elle a des ressources dont personne ne se ferait une idée si on n'avait pas été appelé à le voir comme moi.

Oui, monsieur Baptiste, conùnuait M. Fumst de plus en plus emporté

LAlUîI/rKHK KT I/AMoril

l'atlrait et par la grandeur de son sujet, oui, continuait-il en ajçilanl sa toque de cotonnade blanclie, dont il avait oublié de recouvrir son eli(;f, c'est un grand maliieur (|ue Monsieur ail aj^n d'une f.iroii aussi vulgairement bourgeoise; je ne crains pas de vous le dire, Madame avait en elle tout ce qu'il faut pour faire une exemplaire maîtresse de maison.

Avani de dire son avis sur les appnHs d'un repas, lorsque je lui en soumettais le menu, elle attendait que j'en eusse développé le plan ; elle écartait fort peu de clioses de ce <|iio j'avais décidé, cl cela arrivait dans de très-rares circonstances. Lorsque, par basar.l, elle avait une 0|)inion que je ne partageais pas entièrement, avec un sourire qui était un véritable sourire de grande dame (je puis parler 1e ces choses, monsieur Haplisle, parce que je m'y connais, n'ayant jamais surveillé que d'arislocralcs lourneaux et soigné que d'illustres estomacs), je reprends : Madame me disait donc, avec un sourire à nul autre p^ireil :

Faites selon votre inspiration, monsieur Fumet ; vous avez toujours trop

bien réussi jusqu'à présenl pour que je vous relire une parcelle de ma confiance; je vous la laisse donc tout entière !...

Oui, monsieur Baptiste, disait M. Fumet, c'est ainsi et dans les termes dont

je viens de vous parler que me traitait Madame ; et, le plus souvent, cette femme intelli"^enle entre toutes me faisait appeler et se contentait de me dire l'heure à huiueffe elle désirait être servie, le nombre de ses convives et leur qualité, se fiant, après cela, entièrement à moi du soin de traiter dignement ses hôtes.

Elle ne craignait pas qu'il m'arrive jamais de confondre le palais d'un diplomate avec celui d'un financier. Moii>ieur Baptiste, rappelez-vous da ce que je vous dis aujourd'hui : Madame était une femme rare et Monsieur regrettera, il regrette nuMiie. à cette heure, j'en suis persuadé, pour p^u qi'il ait le plus léger souci de la dignité de sa maison, il regrette, dis-je, d'avoir agi avec une aussi déplorable légcrelé pour une promenade !...

Quelle bagatelle ! s'écriait M. Fumet en levant les épaules sous sa veste blanche et en mettant brusquement sa toque, comme pour témoigner du peu d'estime (ju'il avait de la conduite de son maître.

Le marmiton s'était peu à peu rapproché et il avait écouté, avec une onction remarquable, la tirade que venait de débiter son chef; il fit, en joignant les mains, un signe d'approbation auquel fut très-sensible M. Fumet, qui lui dit

familièrement : ,, , Fais ton profit de ce que tu as entendu, jeune homme, et allons acheter

la dînette de Monsieur, puisqu'on ne fait plus que des dînettes ici.

El, saluant gravement M. Baptiste, il fil quelques pas vers la rue, puis il se

perdit avec son aide sous les grands arbres qui dissimulaient la porte des gens

de service.

Le valet de chambre suivit d'un regard stupéfait M. Fumet et son jeune adepte;

puis, pirouettant sur ses talons, il regagna son poste tout en faisant la réflexion

suivante : , ^ , • j /.

— J'avais entendu raconter que la trop grande fréquentation des fourneaux exaltait le cerveau et mettait en ébullilion le jugement des cuisiniers; je croyais, ^ jusqu'à présent, que c'était un préjugé; il y a tant d'idées fausses répandues, >^ rnèrae parmi les gens qui savent leur monde, que je ne m'étonnais pas outre mesure de voir s'accréditer jusque dans l'antichambre une chose que je tenais , pour entièrement absurde. L

L'ADULTERF. ET L'AMOUIl

De son regard affolé elle parcourait la grandn pièce (pagn 55).

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