CHAPITRE X A la Conquête d'un Cœur
Cependant Ambroise Beaupuy éîait allé prendre Richard Derock et, ainsi qu'il avait été convenu, ils s'étaient rendus ensemble chez M. de Timor pour apprendre de lui le nom de ses témoins.
Le domestique du marquis accourut d'un air empressé ; il fil entrer ces deux j vJa. Messieurs au salon pour leur dire, avec une mine confite en désespoir, que son ^
15me LIVRAISON
Reproduction forinollcmont interdite
-mh.
LADI'LTKIIK KT I/AMOUR
innilre availélé obligé lie parlir prcriiiilamuicnl ; il avait, [x-udaiil lu nuit, re«.;u une (l('|iÔche qui lui aonourait qu'un de ses parents était à toute cxtrénili;, et il s'était vu forcé de prendre le premier train pour se rendre auprrs du moribond.
Monsieur était désespéré de ce contre-temps ; In-aèse, le Talet, il allait partir aussitôt qu'il aurait jugé l'heure conrenable pour se préseoler chez les |tersoiines auxquelles son maître écrivait, car il y avait là une lettre qu'il devait porter tout de suite.
Kt, tout en disant ces choses, le domestkfBe montrait, étalée sur la table, une envelopi^e blancbe, sur laquelle se détachait le nom de Benjanin Jacob,
De ptetf nJOTfti^ le valet, je devais courir anssitùl après chez deux amis
de MonsiOBr, pear leur donner les deux autres lettres qui sont là ; ah ; Monsioiir était bien désespéré, je vous assure.
Sans en aUendre daTanUige M. Aobroise Beaupny et Richard se regardèrent d'une certaine façoaqvftnit clairement que ce départ subit ne les étonnait pas et, après «▼oir remis leHTsetrtes à l'intelligent domestique qui jouait, en artiste consommé, le jeu de son maître, ils gagnèrent la porte et sortirent.
Je me doutais qu'il allait arriver quelque chose de ce genre, dit M.Beaupiiy.
Quant à Richard il était stupéfait de la ' ! jeune hoaae.
— De Timor serait-il, en effet, la créait. . x .eatz et travaillerait-il, dans
son intérêt, à nuire à Mme Hélène ? C'est ce que je voudrais bien savoir ? se demandait M. Derock, et il commençait à croire que cela pourrait bien être la vérité .
Les deux homiaes «lOBtèrent aussitôt dans la voiture de M. Bcaupuy ; le coelier venait de recevoir Tordre de les conduire chez Benjamin Jacob ; il était urt^ent que le jeune homnce fût averti de la disparition de son adversaire.
A peine étaient-ils arrivés chez le jeune peintre que le domestique de M. de Timor accourait aussi pour remettre, à son adresse, la lettre qu'en partant son maître Ijî avait laissée.
Benjamin venait d'être mis au courant de l'absence du marquis ; on lui avait aussi annoncé qu'avant de partir M. de Timor avait écrit un mot à son adresse; il ne s'agissait donc plus que de savoir ce que contenait cette missive.
Benjamin Jacob n'avait de secrets pour aucun de ses amis, pas plus pour M. Beaupuyque pour Derock ; aussi, après avoir ouverlla lettre, se mit-il en devoir de la lire tout haut.
Elle était ainsi conçue:
<( Monsieur,
» In alVreux malheur m'empêche de me trouver au rendez-vous que nous avions pris, hier au soir ; un vieux parent, qui m'aime tendrement et auquel je dois beaucoup de déférenceet d'affection respectueuse, est à la mort: je lui dois, avant tout, et à quel prix que ce puisse être, d'assister à ses derniers moments, de lui fermer les yeux, de l'accompagner à sa dernière demeure ; il est tels devoirs et telles circonstances qui doivent tout primer, même la satisfaction très-grande que j'aurais eue, ce matin, à me rencontrer avec vous.
» La mort n'attend pas, je suis donc obligé de me rendre à la brutale invitation que
ux
qui vouaroni oien me servir ue lemoiiis eije les prie u aiitr savoir ciiez
vous quelles sontlcspersonnes avec lesquelles ils doivent s'entendre à ce propos."
— Quand je vous disais, Richard, s'écria aussitôt Benjamin Jacob ; quand je vous affirmais que cet homme ne serait pas chez lui au moment où vous vous y présenteriez ! La lettre d'hier au soir ne nous trompait pas ; elle nous a bien renseignés ; la partie de cette lettre relative au duel étant l'expression de la vérité, le reste doit l'être de même ; néanmoins, pour plus de sûreté, il nous reste à chercher encore le nom à mettre sur les deux beaux yeux qui doivent être si nuisibles.
Benjamin Jacob retint, à déjeuner, Richard Derock et M. Beaupuy ; le vieillard n'était pas cout^mier du fait; c'était une chose aussi rare qu'extraordinaire, pour lui, de déjeuner ou de dîner ailleurs qu'en sa maison ; mais il faisait volontiers, ce matin-là, une exception en faveur de Benjamin ; de plus, il avait pensé que M. de Timor, voulant mettre, jusqu'au bout, les rieurs de son côté, il ne manquerait pas, ainsi qu'il le disait, d'envoyer ses deux témoins chez le jeune homme ; alors, disait le vieillard, nous serons là pour les recevoir.
En effet, quelques instants après on se mettait à table.
A peine le déjeuner était-il achevé qu'un domestique annonça deux Messieurs, dont il portait les cartes sur un plateau. L'une de ces caries portait le nom de Pierre de Konideck, la seconde celui de Placide de Charvilles.
— Faites entrer ces Messieurs au salon, dit Benjamin.
Ambroise Beaupuy, accompagné de Richard, s'empressa d'y passer pour recevoir les nouveaux venus.
Le comte Pierre de Konideck était l'homme cheval, dont M. de Timor avait parlé à Henri de Bleutz; ce brave homme était toujours à califourchon sur quelque chose, même sur le point d'honneur, et, comme il avait pris très au sérieux et fort à cœur la mission dont la confiance du marquis l'avait investi^ ce fut lui qui s'empressa de porter la parole.
— Monsieur, dit-il, en s'adressant à x\mbroise Beaupuy, nous sommes les amis du marquis de Timor, et nous venons...
— Pour vous entendre avec nous, reprit vivement M. Beaupuy ; nous, nous sommes les témoins de M. Benjamin Jacob et si nous avions su où vous trouver. Messieurs, soyez persuadés que nous nous serions rendus chez vous, pour vous éviter la peine de venir nous chercher jusqu'ici.
Les témoins du marquis de Timor étaient fort riches; ils ne faisaient jamais de folies, en dehors de celles qui leur étaient permises par le chiffre très-large de leurs revenus } personne ne les voyait donc ruinés, dans un avenir plus ou moins prochain; aussi tout le monde les entourait de ces attentions qui frisent le respect, dont on accable les gens dont les poches sont et doivent toujours rester pleines.
Etant donnée la nature des deux personnages, on comprendra qu'ils auraient très-mal pris qu'on doutât de la vaillance de celui dont ils étaient les témoins ; les choses se passèrent donc absolument comme si l'univers entier était convaincu de la maladie du parent de M. de Timor et de son inévitable et prochain trépas.
Pierre de Konideck eut même, à ce propos, un mot épique.
— Soyez persuadés, Messieurs, dit-il en s'adressant à Ambroise Beaupuy et à Richard, que le parent du marquis connaît trop les devoirs de son neveu, vis-àvis de vous, pour faire traiaer les choses en longueur plus qu'il n'est convenable pour des gens de notre sorte!
— Nous l'espérons bien, répondit M. Derock, en souriant à l'abri de sa moustache.
Mais Pierre de Konideck était tellement imbu de la valeur et de la dignité (^ de toqtce qu'il disait qu'il ne s'aperçut même pas du sourire du jeune homme
S^ 116 LADLLTkllE KT L'AMOUR
Parla force des choses, le duel était donc suspendu, retardé, ajourné, jusqu'à on ne savait quelle époque, et Ii»Mijamiii Jacob, quohjiie ardeur, (piclque désir qu'il eût d'en finir avec M. de Timor, lui l'orcé d'attendre le trépas du vieux parent, puiscjuc des hommes, réputés sérieux, le lui donnaient pour aussi immédiat que certain.
Lia Hhinland qui avait entrepris, pour les causes que nous savons, la conquête de Kichard et (jui s'était llallée de ne pas trouver la chose diflicile, s'élail appliquée à l'occuper beaucoup d'elle ; pour cela, elle lui écrivait lettre sur lettre, faisant, avec esprit, l'étude de ses œuvres ; les prenant les unes après lès autres et mettant son cn-iir de la partie, du moins en apparence ; elle sentait bien que c'était seulement en agissant ainsi qu'elle pouvait attirer et retenir l'attention de l'écrivain, la curiosité de l'homme, la vanité de cœur qui est toujours active en chacun de nous.
t^lle avait l'air d'être de si bonne foi que Uichard était vraiment émerveillé de la bonne fortune d'esprit que le hasard lui amenait ; aussi n'avait-il garde d'en rien laisser perdre. j
Les jours passaient et M. de Timor ne revenait pas; M. de Bleutz pressait Lia ! d'en Unir; aussi la jeune femme écrivit-elle un jour à M. Derock qu'elle lui serait ) toute reconnaissante de vouloir bien lui faire une visite, parce qu'elle avait quelque j chose de tout à fait particulier à solliciter de lui. j
Richard aurait eu mauvaise grâce à ne pas se rendre à l'invitation qui lui était j ainsi faite ; il courut donc chez Lia qu'il trouva dans le plus coquet de tous j les réduits.
— Ah ! que vous êtes bon ! lui dit-elle ; que vous êtes bon ! de venir perdre avec moi quelques-uns des moments si précieux de votre existence ; si vous saviez combien je vous en suis reconnaissante 1
Richard avait beau s'en défendre et assurer, de la meilleure foi du monde, que tout le bonheur était pour lui , la jeune femme paraissait ne vouloir en rien croire ; c'était d'une voix pénétrée de reconnaissance qu'elle poursuivait :
— Je vais vous présenter, tout de suite, ma requête ; si j'attendais encore un peu, je crois que je n'oserais plus.
— Je vous écoule et je vous assure que je serai toujours trop heureux s'il m'est permis de faire quoi que ce soit qui puisse vous être agréable.
— J'ai envie d'aller au théâtre, dit vivement la jeune femme et je voudrais y aller avec vous tout seul.
— Vous me comblez, répondit Richard.
— Pas du tout, c'est à mon intention que je prépare une longue soirée de bonheur, à laquelle je serais si heureuse de vous voir participer.
— Je ne saurais rien vous refuser, répondit le jeune homme, plus ému, plus gagné qu'il ne trouvait convenable de le laisser paraître.
— Alors ce sera pour ce soir ? demanda vivement Lia en frappant ses deux petites mains l'une contre l'autre ; oh ! je vais me faire bien belle pour qu'on ne dise pas que vous accompagnez une ridicule étrangère qui ne sait ni se mettre ni se tenir ; je vais tâcher de vous faire honneur.
Comme je vous aime ! s'écria-t-elle ; puis, tout à coup, une légère rougeur couvrit son beau front, comme si elle avait compris qu'elle venait de dire une 4 chose un peu trop aventureuse ; mais, aussitôt, elle reprit :
11 est permis, n'est-ce pas, de dire qu'on aime un auteur ; cela n'est ni compromettant ni osé ?
— On peut même ajouter qu'on aime un peu l'homme, dit tout bas M. Derock, cela n'est pas osé davantage et cela n'est pas compromettant du tout.
— Je ne sais pas, murmura-t-elle pendant qu'elle donnait à sa physionomie cet air enfantin, adorable et naïf qui faisait d'elle une créature à part et toujours de plus en plus charmante et troublante.
Richard perdait la tète depuis le premier moment où il était entré chez Lia ; jamais son esprit et sa vanité n'avaient été à pareille fête, et quelque amoureux, d'autre part, qu'eût pu être un homme dans sa position, il est fort probable qu'il n'y aurait pas résisté plus que lui.
— Ce sera pour ce soir, reprit le jeune homme en s'emparant d'une des mains de Lia, sur laquelle il appuya ses lèvres dans un long et et tendre baiser.
— Merci ! lui dit-elle, merci !
Alors je vous renvoie tout de suite. A ce soir, fit-elle en détachant une fleur de son corsage pour la donner au jeune homme, pendant qu'elle ajoutait : c'est bien le moins que je vous récompense un peu de tout le bonheur que vous me promettez.
Ainsi congédié, Richard partit ; mais, en montant dans sa voiture, il se disait, non sans une certaine joie intime :
— Elle est charmante, cette jeune femme, attrayante, irrésistible ! ce serait un joli rêve !... Et, il n'est pas besoin d'en dire davantage, son sourire achevait sa pensée.
A l'idée de passer une soirée tout entière avec Lia Rhinland, Richard était parfaitement heureux ; cette âme toute jeune, cet esprit si charmant et si désireux d'apprendre les choses de l'amour et du sentiment, dans lesquels il allait pouvoir fouiller tout à son aise pendant de longues heures, ouvrait, au devant de lui, des horizons aussi désirés que nouveaux.
Aussitôt rentré chez lui, Richard prétexta une affaire grave qui devait le retenir dehors la soirée entière ; il dîna avec rapidité et mangea peu ; ses préoccupations, pour le moment, n'étaient pas aux satisfactions de la table.
En quittant la salle à manger, il gagna son appartement pour faire une de ces toilettes auxquelles les hommes s'adonnent d'instinct quand ils sont appelés par les circonstances à servir de cavalier à une femme hors ligne à tous les points de vue, aussi bien par la richesse que par la beauté, et, pour M. Derock, c'était bien le cas.
La toilette achevée, Richard vint prendre congé de sa femme.
Rlanche trouva dans le regard de son mari quelque chose d'extraordinaire qui acheva de mettre son esprit aux champs ; nous le savons depuis plusieurs jours déjà, elle se méfiait des fugues que pouvaient faire l'esprit et même le cœur de Richard ; aussi prêtait-elle une oreille très-prévenue aux discours que lui tenait sa jalousie.
La jeune femme se garda bien de rien dire ; elle ne montra pas davantage l'inquiétude à laquelle elle était en proie, les doutes dont son âme était pleine ; elle tendit la main à son mari et le laissa partir, puisqu'il avait dit que toute sa soirée était prise et que, probablement, il rentrerait fort tard.
Richard avait fait demander, quelques heures auparavant, une voiture de grande remise.
Celte voiture devait attendre M. Derock à une légère distance de chez lui,^ et
ns
LADULTEHi: KT F/AM()i:il
il s'y rendit h pied en allongeant le pas; il voulait arriver un peu avant Tlicure voulue clie/ la jeune femme, afin de lui prouver, par son empressement, quel bonheur il avait à être auprès d'elle.
On allait au Français, i''(!'lail un jour à la mode pour le public d'élite, et Lia était s«li>raile de débuter ainsi, se réservant, pour un peu plus tard, une grande soirée d'Ujtrra, afin de pouv<Mr montrer à cet homme, dont elle voulait entiôrement gagner resj)ril et lu volonté par les sens, sa j)ersonne tout entière dans le déshabillé le plus riche qu'on pourrait imaginer pour la parer.
Pour le moment, c'était par l'esprit que Lia désirait gagner Kichard ; le Français lui suflisail donc entièrement.
Lia était déjà prèle; elle allendait, son chapeau sur la léte, les mains gant('*es, que M. Derock la vint chercher. Bientôt ils lurent, l'un prés de l'autre, dans une loge, au théâtre.
Lia, nous le savons, avait de l'esprit, de la finesse ; elle avait aussi, chose rare chez une personne du monde auquel elle appartenait, une instruction solide autant que brillante, sa mère n'ayant pas voulu, disait-elle, faire de sa fille une grue vulgaire ; toutes ces choses servaient à donner le change à Derock.
Si, pour le gagner, pour arriver à savoir par lui ce que voulait et ce que tentait Mme Hélène, on lui avait dépéché une de ces jolies cocottes ignorantes comme des carpes, dont le manque d'instruction et d'éducation aurait montré aussitôt le bout de l'aile, on n'aurait certes pas atteint le but qu'on se proposait; Richard se serait aussitôt mis en garde et on n'aurait rien obtenu de lui.
Li soirée que passèrent Derock et Lia se composa d'heures charmantes ; le temps parut à l'écrivain s'écouler avec une rapidité désolante; quand le rideau tomba, après le dernier acte, il se trouva tout à coup enveloppé de tristesse, comme si on venait de fermer devant lui les portes du paradis.
Lia avait été ravissante toute la soirée ; elle lui avait fait part de ses impressions, de ses idées, de ses émotions, dans de tels termes et avec de telles phrases; elle lui avait ouvert des aperçus si nouveaux à propos de la faron d'envisager certaines situations théâtrales que, pour rien au monde maintenant, il n'aurait voulu se priver des heures de tète-à-lète, un peu longues parfois, que lui promettait pour l'avenir l'amitié de la jeune veuve.
Blanche avait été frappée de l'étrangeté du regard de son mari lorsqu'il était venu prendre congé d'elle.
Aussi bon comédien que puisse être un homme, aussi désireux qu'il soit de cacher ce qui se passe en lui, il n'arrivera jamais entièrement à dissimuler une joie de vanité, un réveil de cœur, et c'était un vrai réveil de jeunesse qui avait lieu dans l'âme de M. Derock.
Blanche s'était dit :
— II se passe quelque chose ^'extraordinaire chez mon mari ; j'en avais le prèsscnlimenl ; j'en étais inquiète, troublée; aujourd'hui, mes soupçons s'afûrment, mes doutes prennent un corps : Richard est possédé par une volonté qui n'est plus celle qui présidait à notre bonheur.
Où peut-il aller ? Sou absence d'aujourd'hui me brise le cœur.
Je vais le suivre ?... c'est affreux d'en être arrivée là ; moi, suivre mon mari ! j l'épier, mettre de la défiance entre son cœur et le mien !
Il le faut, je le veux, répondit-elle quelques instants après ; et, s'envelopi^ pant dans un grand châle noir, mettant un voile épais sur son chapeau, elle
descendit derrière M. Derock, qu'elle suivait à quelques pas de distance ; elle longeait les murs, ne perdant pas son mari des yeux. Ce fut ainsi qu'elle le vit monter dans la voiture qui l'attendait.
Un fiacre passait à vile ; elle l'avisa, fit signe au cocher et monta vivement après lui avoir dit :
— Suivez la calèche qui est là devant nous. Les cochers sont faits à ces sortes d'aventures ; celui-là ne s'étonna donc pas
plus que ne l'aurait fait tout autre à sa place, et il se mit en devoir, pour gagner son argent et un peu aussi une belle main, de suivre la voiture de grande remise dans laquelle M. Derock allait chercher Lia Rhinland.
— .le ne m'étais pas trompée, murmurait lUanche en voyant la calèche s'arrêter en face de la porte de la jeune femme ; c'est elle qu'il va voir !
Alors elle fit signe au cocher d'avoir à se ranger un peu plus loin, sans pourtant perdre de vue la porte par laquelle Richard venait de disparaître.
Très-peu d'instants après, M. Derock ressortait, donnant le bras à Lia Rhinland, et la calèche partait pour les conduire au théâtre.
Blanche les suivait, toujours abritée dans le fiacre vulgaire qui la promenait à la suite de l'homme qu'elle avait épousé par amour ; quand elle les vit s'arrêter, elle s'arrêta de même ; elle vit Richard et Lia entrer ; elle courut au contrôle quelques instants après les avoir vus disparaître, elle prit une baignoire et courut s'y enfermer.
Là, à l'abri de son voile qu'elle n'avait pas relevé, elle passa la soirée tout entière les yeux pour ainsi dire rivés sur cette loge dans laquelle son mari était assis auprès d'une autre femme, ne s'occupant que 'de cette voleuse de tendresse, écoutant les paroles qu'elle lui disait tout bas en se penchant à son oreille, comme si elle avait eu le droit de s'approcher si près de lui, de l'absorber ainsi qu'elle le faisait.
Rien de ce qui s'était passé entre Richard et Lia n'avait échappé à la malheureuse femme ; pour elle, ce n'était plus douteux : Richard aimait cette fille !
Quand ils repartirent, elle les suivit encore et elle eut la douleur extrême de voir Richard rentrer chez Lia et y rester longtemps, bien longtemps pour elle, car les minutes lui paraissaient être des siècles.
— A coup sûr, se disait-elle enserrant sa tête en feu dans ses deux mains brûlantes, à coup sûr, mes cheveux doivent être devenus blancs . Je souffre trop pour qu'il puisse en être autrement.
Quand il eut quitté l'hôtel de Lia Rhinland, Richard rentra vivement chez lui ; après avoir passé, ainsi qu'il l'avait fait, la soirée qui venait de s'écouler, il avait besoin d'être seul. Il est de ces bonheurs si jeunes et si charmants qu'ils appellent la solitude afin qu'on puisse jouir à son aise et à tout loisir du souvenir qu'on en a gardé.
Richard rentra donc chez lui, marchant légèrement dans l'antichambre et dans le salon qui séparait sa chambre do celle de sa femme, pour ne pas réveiller Mme Derock qui, croyait-il, devait dormir depuis longtemps déjà.
Blanche était rentrée aussi, mais après son mari.
Quand elle eut atteint sa chambre, dans laquelle elle s'enferma vivement comme si elle avait craint une attaque à main armée, elle tomba dans un fauteuil et fut tout étonnée, après avoir subi de si longues douleurs, de se trouver les yeux secs, alors que, d'habitude, pour le plus léger chagrin, elle versait de si (4^ bonnes, de si abondantes larmes
L'ADULTKMi: KT I/AMOUH
Le commissaire de police avait pari lilemenl tenu la parole qu'il avait donnée à Mme do IMoulz ; il avait fait prévenir Amitroise licaupuy, Honjamin Jacob, M. et Mme Derock ; c'était, du reste, à la siiile de la commuuicaliim pleine de détails qui lui était venue île sa part qu'ils avaient tous agi ainsi que nous l'avons vu.
Amitroise Heaiipuy avait oblenu, f^rài;e à la position qu'il avait occupée dans la magistraluro, la |)LM'mission d'arriver jusqu'à Mme Hélène, et c'était k Saint- Lazare qu'il la voyait pour la première fois depuis son arrestation.
Lorsqu'il avait été appelé à la visiter, on l'avait introduit dans le petit parloir où les avocats sont autorisés à entretenir leurs clients ; ce parloir est au rezde-chaussée, et Mme de Bieutz y était descendue pour causer avec son vieil ami.
Elle était tellement effrayée à l'idée de perdre ou seulement d'égarer un seul des papiers dont son frère avait payé le martyre de toute sa vie <|u'à peine était-elle arrivée auprès de M. Beaupuy qu'elle lui disait tout bas, en se penchant à son oreille de peur que quebjues ennemis ne lussent encore aux écoules :
— J'ai sur moi des papiers tellement précieux que pour les défendre je ne craindrais pas d'aventurer mon existence, peut-être même celle de ceux que j'aime le mieux; il faut que je vous les donne; comment puis-je m'y prendre pour les faire passer de mes mains dans les vôtres sans que personne s'en aperçoive ?
— " Tournez le dos à la porte, mon enfant, répondit M. Beaupuy; de ce côtélà il V a un guichet qui peut servir d'observatoire ; je vais me mettre en face de toi, il te sera donc facile, pendant que de ton côté tes épaules feront ombre au guichet, de me faire passer tout ce que tu voudras confier à ma vieille amitié.
Alors la jeune femme prit, les uns après les nutres, les actes, les plis cachetés, les lettres et les notes que, depuis plusieurs jours, elle conservait sur sa poitrine et les remit à son vieil ami.
Vous examinerez tout cela quand vous serez chez vous , dit-elle à
M. Beaupuy.
Je suis, aujourd'hui, entièrement décidée, plus que je ne l'ai jamais été, à en finir avec M. do Bleulz; (juoi que ce soit qu'il me faille pour en arriver à une position nette et définie, je le ferai sans faiblesse comme sans hésitation.
Ambroise Beaupuy avait fait glisser, les uns après les autres, tous les papiers que lui avait donnés Mme Hélène, dans les poches de son vêlement ; il avait essavé de consoler la jeune femme, étant étonné lui-même du courage qu'il lui trouvait et de l'énergie dont elle faisait preuve.
Je crois, disait-il, que le moment de tout rompre avec cet homme est enfin
venu; oui, il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée, et, quoi que ce soit qui puisse arriver à Hélène à la suite du procès qu'on lui fait , quoi que ce soit qui puisse découler aussi de l'action qu'à coup sûr elle intentera au misérable dont elle a la honte de porter le nom, il faut que ces choses arrivent, l'heure en est sonnée, c'était
écrit !
Ma chère petite amie, reprit-il, en enveloppant la jeune femme d un doux
re^^ard paternel, je crois absolument comme toi qu'il est urgentque tout celaaitun terme ; je vais examiner ce que tu viens de me remettre et tu • sais que je n'y apporterai ni retard ni négligence ; tout ce qui te touche, tu en es bien persuadée, touche aussi à la meilleure part de mon âme ; je vais donc lire, annonter et classer ^
II était temps que l'on intervînt (page ôO).
ce que tu m'as donné; après cela, je reviendrai te voir aussitôt ; je ne doute pas que nous n'arrivions à avoir gain de cause vis-à-vis M. de Bleutz.
— Je n'ai plus le moindre doute à ce sujet, reprit la jeune femme.
Un bruit de clé vint avertir la prisonnière que le temps légal pour son entrevue avec M. Beaupuy s'était écoulé.
En toute hâte Ambroise Beaupuy dit encore à la jeune femme :
— Tous les amis ont été prévenus de ce qui t'arrive, tous aussi se sont réunis pour t'arracher des mains de M. de Bleutz ; il y a môme, dans le monde, une pauvre créature qui s'appelle d'un étrange nom : Poigne-d'Acier ; elle a trouvé le moyen de m'attendre dans la rue, de me reconnaître à la porte de la
Reproduction formellement interdite
4"" SIÎRIE
I/.\I»I I rt'lU' IT I.VMiiI M
préfocluro, de uu' ilin» où vous aviez jjassr I;i nuit cl (toiurn«:Ml ccUn luiriililr imil s'était ûnoiilôc
— I*ul^vn r n V ': " u douL'ipiBamuiimi, xn qiiitlanl ta priHim.
— Suif
cUo s'i' ' . iioiiii.
d'iiitoll' 'iirtl pMii
bien avoc tooux qui «oti
bon qiicnuus u(^nlH^»Hu.lI-^, i.M.i ... .|... .. ...n...,,.., v....... ,
et do la F^oiilii,.iille"vit pour uinfli din; duiVR IniirnniliPC n(hi
— PaïKvrc Tunirae ! Houp; lUîs-liii t,
cœur et que je lui >fiuiB;prolij... ....:... ;..... saute de
à sorlirvvioluriuuae de riioirrible eilualion où on m'a ni
à ce pi-, -. ^ ,i
prison.
— A" ' '' ' V, ] ~ ii.vi;^ ' ijic- d'une façon M
AmbrDfs iiy attira VFVBmeni Ntilène jusque -sur «a ;pDitPiue, oanlrc la-
quelle il 'hi M r:a luudrouient, ipondant qu'il «ppnyait -sef U'A'vùs à-son froiit.
— Piilieniic at courage, mon enl'Hiit, lui dit-U : «.viic ucla nuuB aurons facilement f^nin de cause.; le )>on droit ■■ noiw.
— J!aurui du Cf"" f'- 'nitaiiL g^iu ., ... ... la patieiiop., .répondit-fiU^jipoTjce que je
suis mairtlHiianl p' que, si :mon :niurhyr£ n'er^l paB fini, j'ai :toUl4iu moins
bu lad lie me» imiile&JEt/aprts itvoir rendu, à lîijone rid:iDdc«mi parrain,
a jamais;
ucmenl et
lire assez
^ fpi'il est
.. (!.• MIeulz
ne lie tout . ,ijur m'.'ii'K'r
ni'ail rien Uil, i );'UjK lie colle
les baiû.
uvuil doumÎB.à^ou froul, elle feuLTAulitt-de iiCK iicafi^Bi suivit le
gardien, gientkirtt qu'AinibroiBe iBoaupny -BORtail aussi rpar In iporke destinée au.\ avocats, attUKJélrangers, guidevait Le malkneipp^guefiii fane-dc l'cgliflESt-ILaurent.