‹ L'adultère et l'amourChapitre 14 sur 35 · CH.\PITRE XI · texte numérisé non relu

CH.\PITRE XI

Qui vaut noyer son Chien l'accuse de la Rage

M. Beaupuy ne s'était, en elTet, pas trompé ; à peine avait-il franchi la der-

ère porte de la prison de St-Lazare qu'il se trouvait en face de Poigne-d'Acier.

— Gomment va-t-elle ? demanda aussitôt la grande fille ; comment supportet-elle sa détention dans cette horrible maison ? ajouta-t-elle en s'adressant à M. Beaupuy.

A peine ie vieillard eut-il répondu aux questions que venait de lui faire Poigne- (4.. d'Acier que celle-ci reprenait

wm-

— J'ai bien envie de faire une chose quelconque, pour me faire arrêter, afin qu'on m'enferme avec elle ; elle aurait au moins quelqu'un à qui parler, quelqu'un pour la servir.

— Gardez-vous-en bien, ma pauvre enfant, répliqua vivement M. Beaupuy ; il se pourrait que nous fissions sortir Mme Hélène très-incessamment, tandis qu'il serait peut-être plus difficile de vous retirer de derrière ces portes ; rappelez-vous que la liberté est le premier de tous les biens, non-seulement pour soi, mais encore à propos des services qu'on veut ei peut rendre aux autres ; pour cela, croyez-moi, il n'y a rien de tel que d'être libre,, tout à la fois, de ses affections, de ses biens et même de ses actes. Restez donc libre, ma petite, restez libre; de cette façon, vous serez utile à Mme Hélène; dans le cas contraire, vous ne seriez bonne absolument à rien, même pour la pauvre femme à laquelle vous me paraissez (Hre profondément attachée.

Alors le vieillard redit à la jeune fille les mots de bon souvenir que lui adressait Mme de Bleutz et, en les écoutant, Poigae-d'Acier avait les yeux pleins de grosses larmes de bonheur.

— Je ne me ferai pas boucler, dit-elle enfin à M. Beaupuy, puisque je ne pourrais plus lui être utile, ni bonne à quoi que ce soit ; mais faites-la sortir bien vite, je vous en prie ! pour que je puisse 4a voir ella servir; je suis persuadée que, malgré mon peu d'habileté, elle préférera encore être servie par PoJgne-d'Acier plutôt que par* la plus adroite de toutes les femmes de chambre du monde.

— Je le crois aussi, répondit M. Beaupuy qui ajouta, presque aussitôt, d'une voix affectueuse :

— Où ajlez-vous, maintenant? J'ai ma voiture parla et, pourvous épargner toute fatigue inutile, je puis vous conduire où bon vous semblera.

— Je vais voir une vieille gredine, qu'on appelle la Fauvette, répondit Poigaed'Acier ; tous les jours je me rencontre avec elle et j'apprends ainsi beaucoup de choses qu'il est, pour nous, utile de savoir ; je me tiens de celte façon au courant de ce que M. de Bleutz et une autre pas grand'chose, qu'on nomme la Perle, manigancent contre M ne Hôlèn^. ; pour le moment, ils cherchent, paraît-il, un tas de papiers qui étaient sous l'oreiller du frère de Mme Hélène lorsqu'il est mort, dans une caserne h coquines.

Je sais que le man et la Perle pourchassent ces paperasses, chacun pour son compte ; je me suis aussi laissé dire que, s-'il n'y a pas encore brouille bien ouvertement accentuée entre eux deux, chacun néanmoins se méfie entièrement de l'autre ; quant à la vieille Fauvette, pourvu qu'on lui promette deux louis par-ci et qu'on lui en donne un, par-là, elle vendrait le Christ sur l'autel et livrerait la tête de sa fille pour l'échafaud.

Je vais donc voir cette estimable femme au square du Temple, sur un banc où elle m'attend ; quand j'aurai causé avec elle, je lui remettrai quelques pièces de monnaie ; puis elle attendra, avec une ardente impatiente, d'avoir encore quelque chose à médire, pour que je lui donne de nouveau un peu d'argent.

— Eh bien ! venez, ma petite, dit Ambroise Beaupuy ; venez avec moi, je vous déposerai tout près du Temple; cela vous évitera de faire, à pied, une course fatigante et longue.

— Vous voulez que j'aille avec vous en voiture? reprit Poigne-d'Acier, tout émue et presque tremblante, tant son émotion joyeuse était grande.

— Certainement, ma petite, répéta le vieillard ; n'êtes-vous pas l'amie de Mme Hélène? A ce litre, vous êtes aussi un peu mon amie et je vous traite comme si ^

^ 1Î4 L'ADL'LTÈIIE KT L AMOUIl

VOUS élic/ mon enfant; à mon Age, cela m'est permis.

Doux grosses larmes jaillirent des yeux de Poignc-d'Acier, pendant qu'elle

prenait place dans la voilure de M. Heaupiiy et, tout bas, elle murmurait: ) — C'est tout de même bien bon de marcher dans l'ombre des honnêtes gens;

( cl dire quil y a pourtant des malheureux qui ne comprennent pas ça ! I Ouebjues instants après, M. Ileaupuy déposait la jeune filbî U l'une des portes ( du Temple ; puis il rentrait aussitôt chez lui; il était pressé de voir les papiers

que lui avait remis Mme Hélène et de constater (juelle pouvait être leur valeur

dans les procès qui allaient avoir lieu. 1 Après avoir fait arrêter sa icmme, ainsi que nous l'avons vu, dans une maison

de la rue des (Iravilliers, M. de HIcutz, qui avait accusé Mme Hélène d'adultère, j voulait voir son accusation maintenue, espérant qu'une condamnation s'ensuivrait.

M. de Bleutz avait eu un moment l'idée de donner, pour partenaire à sa femme,

dans le terrible jeu de l'adultère, Benjamin Jacob, qu'il délestait profondément. ! Il savait d'une façon certaine que le jeune homme était profondément dévoué à j < Mme de Bleulz et cela suffisait pour le faire haïr. (

Depuis un certain temps déjà il avait mis des espions en campagne pour suivre ( le peintre et pour surveiller sa femme; ils n'avaient rien découvert et, ce qui j était pis encore, son imagination n'avait rien trouvé pour compromettre le jeune ( homme en même temps que Mme de Bleulz: c'était un de ses regrets les plus

amers.

Il lui fallait pourtant quelqu'un à mettre à côté de Mme Hélène, dans cette ( maison de la rue des Gravilliers ; il lui fallait donc trouver un homme sur lequel il

pût faire retomber la moitié de l'accusation qu'il avait jetée an visage de sa femme. ( Mieux que personne, M. de Bleulz savait que Mme Hélène était irréprochable ( et que jamais l'ombre d'une mauvaise pensée ne s'était approchée d'elle ; mais j que lui taisait tout cela ! Son but à atteindre était désigné, préparé : tous les ( moyens devaient lui être bons.

M. de Bleulz, nous l'avons dit, recevait parfois d'étranges visites, ou plutôt il

recevait des visites de personnages étranges: il avait conservé, à distance, certai-

mes relations qui, le cas échéant, pouvaient lui être utiles ; ce fut donc parmi ces

relations hétéroclites qu'il chercha l'homme qui lui était nécessaire; ce fut aussi

là qu'il le découvrit.

Il y avait, fréquentant assidûment le marché aux chevaux, un grand garçon de

trente-cinq à trente-six ans tout au plus; on ne le connaissait pas autrement que

sous le nom du beau Karll.

Karll était grand, souple comme un peuplier et de formes élégantes.

De quoi vivait Karll? Au premier abord cela aurait pu passer pour un mystère ;

non-seulement il n'avait pas de fortune, mais il n'avait pas même d'état pour

gagner son pain quotidien.

Karll parlait l'espagnol, l'italien et le français, de même qu'un certain nombre

de ces patois intermédiaires qui sont le langage familier des habitants des pays

basques, des Pyrénées, voire même du Piémont et de la Savoie.

Sa veste de drap fin, son pantalon serré à la taille par une bande de laine

rouge, ainsi que le font les gens d'Espagne ; sa tète coiffée d'un béret ou d'un

vaste chapeau de paille, selon la saison, en faisaient, si on s'était arrêté à la

mise, un homme du peuple ; mais il avait le talent de porter tout cela d'une façon

superbe et fière, si bien qu'il avait plutôt l'air d'un grand seigneur déguisé que

d'un homme de rien.

Cet homme et M. de Bleutz étaient liés d'une étrange manière, c'est-à-dire que, de temps à autre, ils se rencontraient, quelques instants seulement, dans les quartiers perdus, parce que les gens riches ne les hantent ni ne les habitent ; à chacune de ces rencontres, M. de Bleutz donnait quelques louis à cet homme, absolument comme s'il y avait eu, d'un côté une dette contratée pour certains services rendus , de l'autre pour services acceptés ; puis les deux hommes se séparaient et, pour un certain temps, ni l'un ni l'autre ne cherchaient à se revoir.

Karll était un des habitués de la maison de la rue des Gravilliers, dans laquelle nous avons vu mourir Gaétan de Tremples ; les mauvais lieux étaient ses châteaux et les femmes qui les habitaient ses odalisques.

M. de Bleutz, ayant décidé qu'il lui fallait trouver un complice pour faire condamner sa femme, se dirigea vers la rue des Gravilliers ; une fois là, il héla un gamin qui passait, le nez au vent, les mains dans ses poches et il lui dit :

— Va-t'en jusque dans cette maison et dis à la première personne que tu rencontreras qu'on cherche Karll, le beau Karll, Karll le maquignon, et qu'on me l'amène tout de suite ; liens, voilà dix sous pour ta peine ; quand tu auras trouvé l'homme qu'il me faut je t'en donnerai encore autant.

Et M. de Bleutz remonta dans sa voiture, pour le cas rare, mais possible, où quelqu'un le reconnaîtrait.

Un inslant après, Karll arrivait ; comme s'il avait deviné que l'homme auquel il avait affaire l'attendait dans le fiacre qui stationnait à quelque distance, il marcha droit vers lui, il ouvrit la portière, y monta et, après avoir reconnu Henri de Bleutz, il dit au cocher : — Place du Trône; puis, s'asseyant auprès du mari de Mme Hélène, il lui demanda :

— Quoi de nouveau ?

— J'ai besoin de toi, répondit M. de Bleutz et, si tu me sers comme je veux être servi, tu seras largement et bien payé.

— Jaspine, je te livre mon tube, répondit Karll qui, avant de s'engager à faire quoi que ce soit pour M. de Bleutz, paraissait désirer de plus amples communications touchant ce qu'on attendait de lui.

— Tu as conservé l'habitude d'aller rue des Gravilliers? lui demanda Henri.

— Si c'est pour me confesser que tu es venu, répliqua vertement Karll, il n'était pas nécessaire de te déranger ; je n'aime pas les curieux qui viennent regarder dans mes affaires, tu dois le savoir.

— Si tu prends la mouche, au premier mot, ajouta vivement de Bleutz, il n'y aura pas moyen de s'entendre ; pourtant je t'assure que ça en valait la peine pour toi ; sache bien que, si je t'ai posé cette question, c'est que j'ai justement besoin que tu ailles souvent, presque tous les jours, dans cette rue, dans cette maison.

— Si c'est pour te rendre service, on y va, es-tu content?

— Je n'en demande pas davantage, répliqua M. de Bleutz, maintenant je poursuis :

J'ai sur la planche et pour très-prochainement un procès avec ma femme ; te dire pourquoi ce serait trop long; qu'il te suffise de savoir que je la déteste profondément et que je lui désire tout le mal possible; pour le moment, je suis même en train de le lui prouver quelque peu.

Karll leva les épaules comme si le plus ou moins d'affection qui pouvait exister entre M. et Mme de Bleutz lui avait été tout à fait indiff'érent.

Le mari de Mme Hélène continuait :

LAiiULTÙKK UT LIAMUUil

•Tyj

— l'ourle monuMjl^ ma ftiramr est nii prison; je l'acciisc cj'adullùrc ; c'est pour cela qu'elle a iHè arrùlée. Siîuiemntit il me faut un honinnî qui soil as^cz heau pour qu'on aduietle une l'aihlessi» de la part de Mme de Hieulz ; de; plus, il faut aus^i que cet homme lunne assez h moi pour uo [)as dire : Non, quand jo l'accuserai d'ùlre l'amanl de ma femme.

— IlIj liieu ! en V(»ilc» une oeeasion, de venir me choisir li)ut spéciaiouient pour me faire jouer ce jeu-là, s'ccria Karll ; jr trouve Ion iiivcniion n.-is tnnl drôle '

— Pas moi? répondit M, delHeut/.

— Je demande alors que tu l'expliques un peu mieux uL.surLuuLplusclair^mcnL ; jusqu'à présent je l'afiirnie que je n'y suis pas du touL

— C'est j)Ourtant bien simple, répondit M. de Bleutz : ma. femme a été arrêtée, rue des Gravillirrs, dans la maison où j'ai été le chercher tout à l'heure ; je pars de là pour aller beaucoup plus loin et j'anirme (jue c'était pour se rencontrer avec loi que Mme lli-lène était allée se perdre dans celle demeure ; je soutiens encore que, lorsque vous m'avez entendu montiîr avec lo commissaire de police et ses agents, ma femme est allée se réfugier dans la chambre où son frère se trouvait, toul à fait, par hasard, en train d'agoniser celle nin't-là.

Toi, tu tâchais de l'enfuir et tu y avais réussi à demi, puisque le commissaire ne l'a ni vu ni arrêté ; par exemple, lu m'as heurté en descendant l'escalier ; je l'ai parfailcmenl vu ; depuis ce moment, je te cherche, je t'ai retrouvé et, quand le besoin s'en fait sentir, je le dénonce.

— Tout cela c'est très-beau, fil Karll, mais au bout il y a de la prison ; d'autant plus que tu va^^ dauber sur moi, dans le cas où j'accepterais la mission de confiance dont lu veux bien m'inveslir ; et, se voir inellre à l'ombre, cela n'a licn d'engageant, ma parole !

— On le paiera en conséquence et, pour \d cas où lu en attraperais pour un mois ou deux, c'est le bout du monde, et, encore, ce n'est pas bien sûr; on le rétribuera selon les mérites.

— Enfin, sur la prison, je passe à demi-condamnation, moyennant finance bien entendu. Mais il est une autre queslion qu'il faut que j'éclaircisse avant de m'engager à quoi que ce soit.

— Laquelle ? demanda Henri.

— Mme de Bleutz est-elle jolie femme ? Tu comprendras facilement que, pour rien au monde, ni pour or ni pour argent, je ne voudrais accepter la responsabilité d'avoir fait la cour à une femme qui n'aurait pas toutes les qualités désirables pour être adorée d'un homme tel que moi.

M. de Bleutz leva les épaules absolument comme si la' queslion qui venait de lui èlre posée lui avait paru une chose lellemenL absurde qu'il eût trouva ridicule d'y répondre ; mais il connaissait trop bien l'homme auquel il avait affaire pour ne* pas en passer par où il voulait, et cela sans perdre une seconde en explications inutiles ; aussi lui dit-il :

— Mme de Bleutz est magnifique; elle a tout pour elle, excepté mes sympathies.

Cela me suffit ; dans le cas actuel, ce n'est point à tes sympathies que je sui^ sensé avoir eu afi'aire ; maintenant, il nous reste à traiter la queslion d'argent : tu comprendras facilement qu'il n'est pas agréable de crier son amour sur les toits, devant les tribunaux surtout ; aussi faut-il que, d'un autre côté, je trouve une large compensation à mes ennuis.

Je'le donnerai un billet de mille francs, répondit aussitôt M. de Bleutz. ^^j)

L'ÀDDLTÈRE ET L AMOUR

— Allons donc ! s'écria Karll ; mais si la femme avait la moitié autant de goût que tu affirmes qu'elle a de beauté, elle me donnerait dix fois ce que tu m'offres pour faire une réalité de la fable qui a pris naissance dans ton cerveau.

— Ecoute, dît alors M. de Bleutz : pour le moment, je n'ai pas de fortune, tu le sais tout aussi bien que moi ; depuis un certain temps surtout, ma femme me refuse toutes les signatures que je lui demande, et quelque réel besoin que j'en aie eu, je n'ai pas osé me passer d'elle pour cette indispensable formalité.

Si je la déteste, elle me le rend bien; elle n'aurait donc pas mieux demandé que de trouver une occasion pour faire, à mon endroit et sous un autre prétexte, ce que je suis en train de faire pour elle en ce moment-ci.

— Ah I ah ! c'est ainsi que vous êtes en ménage? Alors je comprends-le désir que tu as de procurer à ta femme quelques mois de retraite agréable ; je veux bien t'y aider dans la mesure de mes forces, mais pas pour mille francs.

— Ecoute-moi, Karll, si tu ne m'avais pas interrompu, tu saurais déjà qu'en dépit de mon excessive gêne, je puis te donner, tout de suite, un billet de mille francs ; mais je t'en promets un autre pour le jour où tout sera fini, pour le moment où j'aurai pu me rendre compte, à l'aide des faits accomplis, de la façon dont tu auras servi mes intérêts en toute cette affaire.

— Enfin j'en passe par là, dit encore Karll ; ne parlons donc pas davantage d'affaires d'intérêt; entre toi et moi les questions d'argent me blessent.

— Voici d'abord un portrait de Mme de Bleutz^ dit Henri, tu l'examineras tout à ton aise, aussitôt que tu en auras le temps; songe qu'il est indispensable que tu la connaisses ; il faut bien que tu saches, pour ainsi dire par cœur, celle qui est sensée avoir fait des folies pour tes beaux yeux et pour te complaire.

— Elle aurait pu choisir beaucoup plus mal, répondit le grand garçon d'un air fat.

— C'est pour cela que je t'ai trié spécialement sur le volet, lui dit M. de Bleutz.

— Sans compter que je parle l'argot, reprit Karll, absolument comme ceux qui l'ont inventé; peut-être même mieux et d'une façon si complète que pas un voyou, pas un grinche, pas une escarpe ne pourrait m'en remontrer 'à cet égard et se douter que je ne suis pas des siens; mais aussi, quandilmeplaît faire le grand seigneur et tenir tête aux gens du bel air, personne ne me dame le pion ; donc, pour faire la cour à une femme de grande maison et de belles manières, je suis encore et absolument ce qu'il te fallait ; je n'ai qu'une chose contre moi: je ne possède ni palais ni domestiques ; mais, tel que me voilà, je n'en suis pas moins moi, le beau Karll, c'est-à-dire une bête de race et, quand la bête a posé son harnais, il n'y a pas mal de grands seigneurs, de ta connaissance et de la mienne, qui seraient bien aisés de se mettre dans ma peau.

— Je n'en disconviens pas, répondit M. de Bleutz.

— Et, puis continuait Karll, Mme Hélène, puisque c'est ainsi que tu appelles ta femrre, ne serait pas la première personne du monde qui serait venue chercher, dans une condition qui n'est pas la sienne, aux yeux de ces pimbêches de convenances, un beau garçon pour lui l'aire largesse de ses bonnes grâces.

— Oui, cela s'est vu, dit M. de Bleutz, et cela se verra souvent encore ; donc il ne faudra pas nier quand je t'accuserai d'être l'amant de ma femme. Tu m'as heurté, en descendant l'escalier, dans la maison de la rue des Gravilliers, souviens-t'en.

Tu as le portrait de Mme Hélène pour que tu ne puisses pas la prendre pour e autre si tu venais à la rencontrer ; ce portrait t'aura été donné, cette nuit-là, en

L'AUULTÎilU: KT LAMOUIl

don loul j\ fait amoureux ; les femmes aiment assez à donner leur image à celui qu'elles ont choisi entre tous pour en ''aire leur amant ; cela rentre donc dans l'ordre, et personne ne s'en étonnera.

Vous saviez aussi parfaitement, l'un et l'autre, que (laëtan habitait cette maison et cela depuis un certain temps déjà, puisque la Fativelle l'avait recueilli chez elle, le malheureux n'ayant plus d'asile.

C'était justement sur ce voi^^inage qne vous comptiez aussi bien elle que toi, pour le ras où V(tus auriez été surpris par un mari aussi trompé que peu commode : dans celte situation que les amoureux doivent toujours prévoir, Mme Hélène courait chez son frère, pendant (jue toi tu t'en allais, comme si lu sortais d'une autre chambre : plusieurs personnes affirmeraient, peut-être même la Fauvette, que vous avez passé plusieurs heures ensemble dans cette maison; voilà des dépositions qu'il faut préparer.

i Je t'enverrai des lettres de .Mme Hélène; lu les laisseras traîner près de loi ou

I sur toi, de manière à ce qu'on puise les prendre ; cela fournira des preuves à ra))pui de mon allirmation.

Tu sais où je demeure; tu viendras m'y trouver un soir et je te ferai voir, lors-

( que nous serons seuls, dans l'hôtel, comment il est divisé intérieurement, afin que tu puisses, lorsque le moment en sera venu, raconter, comme un j^arcon qui est très-fier d'une conquête qui en vaut vraiment la peine, que tu es venu chez Mme de Bleutz, en l'absence de son mari, passer de longues heures avec elle, et tu pourras de même expliquer de quelle faron on arrive dans sa chambre, puisque

( je t'en aurai fourni les moyens".

( Ehhien! tu sais, reprit Karll,j'airae mieux t'en vouloir que si tu m'en voulais. — Kt pourquoi? demanda M. de Bleutz.

\ Parce que, dans ce cas, je serais forcé de le tuer pour me défaire de toi et

i que j'aime autant te laisser vivre.

Moi aussi, répliqua le mari de iMn.e Hélène, en souriant d'une étrange

i façon. Tout est bien convenu ainsi, tout est bien arrêté entre nous? dit Henri à Karll pour conclure.

j — Parfaitement, répondit le beau garçon.

Tu acceptes entièrement le rôle que je te fais jouer et tu iras jusqu'au bout ?

Oui, à la condition cependant qu'après l'examen du portrait Mme Hélène

me paraisse digne d'avoir attiré sur elle mon attention et mérité mes tendresses.

i Tu es un fou! dit de Bleutz, mais je te passe encore ce dernier acte de dé-

) raison, parce que je sais que jamais femme ne fut plus remarquablement belle

j que ne l'est Mme Hélène; si elle n'était pas ma femme, très-probablement j'en

i serais toqué, moi que tu connais pour ne perdre la tête en face d'aucun minois,

) quelque attrayant qu'il puisse être.

( Là-dessus les deux hommes se séparèrent et M. de Bleutz rentra chez lui.

\ A peine Karll se vit-il livré à lui-môme, en même temps qu'aux pavés de Paris,

) qu'il gagna l'antre d'un marchand devin qu'il sa\ail être ouvert, non-seulement

\ passé l'heure réglementaire, mais toute la nuit, pour les pratiques de choix dont

î était émailléson établissement.

V a-t-il un coin pour moi? ici, demanda-t-il aussitôt qu'il fut entré et que

( la porte eut été vivement repoussée ; je ne veux pas i-entrer chez moi ce soir et i'a' grand besoin de me coucher.

j Parfaitement, Karll, il y a toujours de la place pour vous, mon ami, répondit le marchand devin.

Je suis tombée entre eux deux comme ua boulet de canon (page 76).

Un des garçons, hélé par son maître, conduisit le jeune homme dans une chambre que l'on réservait pour certaines connaissances préférées ; pour celles qui n'oubliaient jamais le patron, dans les aubaines qui leur arrivaient.

— Donne-moi une carmoaffley dit Karll au garçon qui l'avait accompagné, et celui-ci partit précipitamment pour revenir bien vite avec une bougie qu'il déposa sur la cheminée.

Maintenant décanille et, jusqu'à demain, je t'ai assez vu, dit Karll au vulgaire serviteur; j'ai besoin de faire du lard. En effet, le .jeune homme s'empressa de sortir de sa poche le portrait que lui avait remis M. de Bleutz, et il se mit à le îgarder avec une attention persistante.

Reproduction formellement interdite

L'ADULTKHK KT LAMOUIl

Ce portrait ctnil une miiiialiirt' qui avait t^lr faite qncîqnrs mois aprfts le mnlheureiix mariage de la jeune femme ; ee portrait élait destiné à son frère qu'elle croyait encore digne de garder son ima^'e près de lui ; nais, depuis, telles circonsUmios étaient venues éclairer Mme Hélène sur les agiMements de (laraan et la niiiiialure était restée chez elle.

C'était là que M. de Bleutz l'avait prise, pour en faire Tusage que nous connaissons.

— Sapristi ! pour être une belle femme, elle peut se vanter qu'elle est une belle femme, celle-là !

Par exemple, elle a l'air d'être trés-malheurcuse, celte Mme Hélène, ajoutait KarU en poursuivant.

C'est drùle, tout de même, qu'il n'y en aît, dans le monde, que pour les gredins ; dire pourtant qu'Henri est le mari de cette femme-là et qu'il n'en est ms eonlent du tout, au contraire; ah! sur l'honneur, fr'cst drôle !

H me semble que je l'ai vu quelque part, celte figure-là ; si ce n'est pas elle c'est son portrait ou quelqu'un qui lui ressemble.

Que celle-là est belle !... et dire pourtant qu'il y en a de si laides que c'est à ne pas croire qu'elles soient toutes de la même espèce!

Il n'y a qu'une chose qui me chiffonne dans le visage de la femme d'Henri : c'est qu'elle a des nuages dans les yeux. Les femmes qui rient ne me gênent pas, elles ne me gênent jamais ; mais b'S autres, celles qui ont une physionomie douce et triste, c'est autre chose ; je n'aime pas qu'on me regarde commtf ce portrait semble le faire.

Enfin, pour ce soir, j'en ai assez vu; adieu, les amis ! fit Karll, etlejewie homme enfouit sa tête sous ses oreillers, pour essayer de dormir.

Mais il paraissait que, ce soir-là, le sommeil ne voulait pas s'occuper de lui ; il se tourna et se retourna un temps indéfini avant de pouvoir s'endormir.

A la longue, il y arriva pourtant ; mais alors il eut des cauchemars qui le fatiguèrent plus que l'insomnie ; il lui semblait qu'il voyait des choses étranges : d'abord Henri lui livrait une femme qui ressemblait au portrait qu'on lui avait donné, avec cette seule différence qu'elle était encore bien plus triste quelle ne l'était 'dans la miniature; Henri lui avait rais un poignard dans la main et il l'entendait lui dire avec insistance :

Il faut la tuer ; allons ! dépêche-to»; je veux que tu m'en débarrasses ; et lui

Karll, il était là, en face d'elle, avec le poignard levé; mais la femme ne bougeait pas, et il l'entendait aussi murmurer :

Si je ne puis me débarrasser de cet homme que par la mort, tuez-moi ! la

vie m'est odieuse, tant que je serai à côté de lui et liée à lui.

L'impression qu'il ressentait en > face du calme de cette créature, si parfaitement belle qu'il était étonné de sa splendeur, lui, la beauté par excellence, réveilla Karll, qui passa le reste de la nuit sans pouvoir fermer les yeux.

Ah çà ! se deraanda-t-il quand le jour arriva dans la chambre où il était

couché, est-ce que par hasard ce portrait serait enchanté ! On le dirait vraiment, car de ma vie je n'ai été tourmenté par une image comme je le suis à propos de celle-là.

Et il tournait et il retournait, en tous sens, la miniature.

11 faut que j'aie d'autres explications avec de Bleutz. et puisqu'il est persuadé

je dois voir son hôtel, pour en connaître l'intérieur ; puisqu'il est décidé

qu'il doit me conduire jusque dans la chambre de Mme Hélène,; comme je n'ai pas encore mes mille francs et que je n'entreprendrai rien avant de tenir la braise, j'ai le temps de voir de quoi il retourne.

Karll déjeuna dans la maison où il avait trouvé un si bon gîte ; puis, comme le jour qui se levait était justement un jour de marché aux chevaux et qu'il avait résolu d'aller voir ce qui se passait de ce côté-là, non qu'il fût bien en train de faire des affaires ni de gagner de l'argent ; vraiment non, depuis longtemps déjà il ne s'était pas trouvé en d'aussi mauvaise disposition pour traiter une transaction quelconque, pour entamer une affaire quelle qu'elle fût ; mais la force de Thabitude l'attirait de ce côté-là.

Et puis, le marché aux chevaux a des distractions à nulles autres pareilles pour les gens dont le beau Karll faisait partie ; on y trouve des camarades, on y rencontre un las de gens avec lesquels on cause des uns et des autres ; s'il y a quelque marché louche à entreprendre dans les écuries, c'est là qu'il s'élabore ; le marché aux chevaux est, pour ainsi dire, le club des maquignons.

Ce jour-là, tout lui parut dénué de charmes; il ne trouva rien à faire qui lui pût convenir et, après avoir, selon son expression, traîné ses guêtres dans le crottin de tous les carcans, il s'en fut faire une partie, chez un marchand de vin du voisinage, avec les camarades dont l'humeur n'était pas plus joyeuse que ne l'était la sienne ; puis, la partie ne l'amusant pas plus que le reste, il paya la consommation qu'il venait de perdre, se leva et partit,

— C'est drôle, murmurait Karll, en regagnant la maison de la rue des Gravilliers, c'est drôle ! que tout me lasse : les autres et moi-même ; ceux qui s'amusent me fatiguent^ et pourtant je m'ennuie d'être seul avec moi.

La pensée du jeune homme ne savait se détacher du visage que représentait la miniature que lui avait donnée M. de Bleutz.

Elle était toujours dans sa poche, cette miniature adorable, tout contre sa poitrine, et il lui semblait, par moment, que ce n'était pas une chose im.matérielle qu'il portait ainsi avec lui : c'était un être vivant ; il l'entendait lui parler ; il la sentait vivre, de cette vie du sentiment et de l'intelligence qui appartient en propre aux êtreà que notre imagination a créés et qu'elle se plaît à parer de vertus, de charmes sans pareils.

— C'est étrange ! murmurait-il, il me semble que j'ai chaud là, et il appuyai* sa main à l'endroit où était la miniature de Mme de Bleutz.

Ça vit, ça pense ; pour un peu, j'affirmerai que ça bouge ! c'est extraordinaire, vraiment ; puis, l'instant d'après, il reprenait encore tourmenté par un souvenir :

— J'ai pourtant vu cette figure quelque pari; c'est étrange, moi qui ai toujours une si bonne mémoire, dans ce moment-ci il m'est tout à fait impossible de me rappeler ce qui a bien pu se passer à propos de la personne dont ce portrait me rappelle l'image.

Et, tout en monologuant de la sorte, Karll marchait toujours.

— Ma foi, dit-il, quand il se trouva presque en face de la maison où il avait élu domicile, je vais entrer là et me coucher ; je n'ai rien fait et je suis brisé comme si j'avais accompli un tas de tours de force.

Alors, après avoir échangé quelques mois avec les mauvais drôles qui, tout comme lui, étaient de fidèles habitués de la maison de la rue des Gravilliers il

L'ADULTEIIK ET LAMOLIl

(î^lait disposé à demander un lit qu'il avait ordonné qu'on lui préparât, lorsque I;i voix flilléc d'un horrible petit gamin arriva jusqu'à ses oreilles.

— Ksl-cc que le beau Karll, Karl! le mafjuignon, est ici? demandait l'enfant.

— Qu'est-ce que tu lui veux ? allVeux mousse, répondit une mrgèrc qui, derrière un comptoir, versait des consommations frelatées à des gens qui les buvaient sans y prendre garde.

— C'est pas moi, peut-être bien, qui le demande; c'est un bourgeois, ajouta le gamin.

— Cherche-le. munir, reprit la femme ; c'est peut-être pour lui faire acheter ou vendre un cheval ; il ne faut pas lui faire manquer le coup s'il est bon.

Kn efîel, le gamin se glissa, absolument comme s'il avait été chez lui, au travers des bancs, des chaises, des jambes des consommateurs et il arriva ainsi jusqu'à Karll qui gagnait déjà l'escalier pour aller trouver son lit.

— Ohé î maquignon, fit le gamin, venez donc un peu par ici, il y a du monde hur(j \ qui veut avoir à se la briser avec vous.

— Dis-leur qu'ils aillent au diable ! je vais me coucher, reprit le grand garçon.

— Oh ! vous ne voudriez pas me faire ce chagrin-là, mon ami Karll ; le Monsieur qui m'envoie m'a promis vingt sous si je vous ramenais.

— Tiens, fleur de vices, les voilà les vingt sous, dit Karll, en jetant une pièce de monnaie au gamin ; bonsoir, je m'en vais au lit.

— Mais non, il faut venir quand môme; ça m'en fera quarante, des sous, avec les vingt que tu m'as donnés, répliqua énergiquemcnt le jeune voyou.

— Ta façon de compter me charme, et je ne saurais rien te refuser, ajouta Karll en souriant ; aussi vais-je aller trouver le particulier qui t'a dépêché vers moi.

Qui diable peut venir me chercher à une heure pareille? se demandait le maquignon. Ce n'est pas Henri ; il est déjà venu deux fois pendant que j'étais dehors et iï m'a laissé deux bouts de papier me disant qu'il avait besoin, de me parler. Pauvre homme , il se figure que je vais me déranger comme ça pour lui faire plaisir !

Au nombre de ceux qui pouvaient avoir affaire à lui il n'y en avait guère qui auraient osé s'aventurer dans la maison où on lui avait dépêché un émissaire, au lieu de venir le chercher directement ; donc il ne savait pas qui pouvait bien avoir affaire à lui.

Aussi Karll avait beau chercher, il ne trouvait personne.

Pendant qu'il réfléchissait ainsi, il était arrivé jusqu'à la voiture dans laquelle était blotti celui qui l'attendait ; c'était bien Henri de Bleutz qui s'écria, d'une voix mécontente, aussitôt qu'il vit poindre le jeune homme:

— Ah çà ! où passes-tu bien ton temps qu'on ne puisse jamais te rencontrer quand on a besoin de toi ?

— Tu as don besoin de moi? ricana le jeune homme ; eh bien! voyons, qu'est-ce qu'il te faut encore?

— Tout simplement que tu viennes avec moi. J'ai pensé qu'il ne fallait pas remettre à plus tard la visite que je dois te faire faire dans les appartements de Mme Hélène ; il est urgent de nous hâter, je suis pressé d'en finir ; on ne sait pas, vois-tu, ce qui peut arriver ; l'action peut se précipiter et, pour être prêt à tout événement, il est indispensable que tu aies bien vu et que tu sois censé connaître, depuis longtemps déjà, l'appartement de Mme de Bleutz. Situ étais obligé de parler brusquement, plus tôt même 'que nous ne le pensons, il est nécessaire

que tu sois au courant de toutes ces choses, afin de ne pas commettre l'ombre d'une maladresse ; le succès est à ce prix.

Un moment Karll eut envie de refuser de suivre Henri.

A part lui, le jeune homme le considérait comme étant son ennemi personnel ; il croyait avoir à se venger de lui, en raison des faveurs que la fortune avait déversées sur Henri. Du moment où M. de Bleutz était venu le chercher une fois, deux fois, trois fois, dans la môme journée, et deux fois le soir; en raison même de ce qu'il lui avait dit qu'il avait besoin de lui tout de suite, il était désireux de le faire attendre : chacun se venge comme il peut ; et, en attendant les coups d'épée et les coups de couteau, les coups d'épingle sont assez venimeux, parfois, pour qu'on ne dédaigne pas de s'en servir.

Mais le beau Karll avait compté sans ce qui se passait en lui ; un moment il avait tenu pour peu de chose la domination sous laquelle il s'était brusquement trouvé depuis la veille et, pendant qu'il songeait à M. de Bleutz et à remettre, à plus tard, la visite que le mari de Mme Hélène tenait à lui faire faire aussitôt dans les appartements de sa femme, il sentait brûler et remuer en lui cette image qu'il portait contre son cœur ; l'image de cette femme marquée pour être tuée moralement, et à jamais perdue d'honneur, parles deux hommes qui s'entretenaient d'elle.

En songeant qu'il allait lui être donné d'entrer dans la chambre de Mme Hélène , de voir, tout à son aise, les lieux qu'elle avait habités et dont elle avait été si brusquement arrachée, le jeune homme eut une soif ardente de donner satisfaction au désir actif qui s'éveillait en lui.

— Et puis, se disait-il, peut-être trouverai-je, chez elle, quelque indice pouvant me mettre sur la voie de l'époque et de l'endroit où il m'a été donné de la rencontrer, car je l'ai déjà vue.

Aller dans sa chambre, pendant qu'elle n'y est pas ; pouvoir tout regarder, tout considérer à loisir, était une joie si âprement désirée que le jeune homme ne sut pas résister, quelque désir qu'il eût de contrarier Henri.

— Allons, dit-il, puisque tu le veux ; mais je t'assure que pour le moment j'aurais préféré rester tranquillement chez moi. Mon Dieu ! que tu es autoritaire, que tu es personnel, reprit le grand Karll ; quand on a ébauché un marché avec toi on ne s'appartient plus, et tu ne laisses même plus aux gens le temps de se reposer quand ils sont fatigués ; de dormir, quand ils ont sommeil.

— Viens donc toujours, tu auras le temps de dormir plus tard, lui dit M. de Bleutz.

Henri de Bleutz avait jeté au gamin qui avait fait sa commission la pièce de monnaie qu'il lui avait promise^ et celui-ci était parti en faisant retentir l'air de ses : oh ! la ! la ! ah ! la, y, itou, itou !.. que les gamins qualifient de tyrolienne et dont ils brisent le tympan des gens qu'ils rencontrent au long de leur chemin.

Les deux hommes se dirigeaient vers l'hôtel occupé par M. de Bleutz ; mais, ne se doutant pas qu'on pouvait les suivre, ils ne prenaient aucune espèce de précaution pour se cacher.

Il était tard et, par place, les becs de gaz faisaient un trou rouge dans le brouillard épais ; ils allaient, ils allaient toujours.

Pour pénétrer dans l'hôtel dd M. de Bleutz, le maître du logis se servit de la même petite porte dont il avait la clé dans son gousset de gilet ; cet homme était d'une habileté rare et il ne perdait pas de vue la plus minime des précautions

L'ADULTKHE ET LAMOUIl

ù prendre pour ne pas prôler h la malveillance et pour ne jamais pouvoir ôlre accusé, par personne, quand le m()in<'nt d'accnser les autres serait venu pour lui. — Tu Vins bien celte porte! Karil, dit M. de HIeul/ au maquignon ; c'est par ici que tu dois être entré; regarde aussi cette allée, si couverte d'arbres que, même lorsqu'il n'y a plus de feuilles aux branches, on y peut passer, pour ainsi dire, à l'abri du regard des gens de l'Iiôlel.

Celle porle aboutit à une pièce du rez-de-chaussée qui est preque toujours solitaire ; c'est une salle de billard et je n'y joue pas, chez moi ; Madame n'y jouait pas davantage quand elle était ici.

Maintenant, tais comme moi; éteins le bruit de tes pas ; nous arrivons au cieur de la place.

\ii\ suivant ce couloir on atteint directement à l'appartement de Mme de Bleulz, par une serre qui est tout au bout d'un salon dans lequel elle se tenait habituellement.

Le jardinier qui soignaitles Heurs de ce retraita l'époque où Mme Hélène était à l'hôtel passait par le chemin que nous avons suivi, toi et moi, et son travail se trouvait ainsi fait sans qu'on l'aperçût.

C'est par là que tu seras censé être venu pour rendre visite à ma femme.

A présent regarde, nous voici dans la serre ; de cetle serre tu passes dans le petit salon et, du salon, dans la chambre de Mme Hélène.

Attends-moi là quelques instants, je vais aller pousser les verrous des portes qui donnent, de l'autre côté, dans les pièces de l'appartement de ma femme et cela pour que les domestiques si, par hasard, il y en avait quelqu'un d'éveillé. Deviennent pas curieusement se rendre compte de ce qui se passe ici.

Tout en parlant, M. de BIcutz avait allumé les bougies des candélabres du petit salon ; il en prenait une et s'en allait exécuter ce qu'il venait de dire à son compagnon.

Karll, resté seul, regardait autour de lui, comme s'il avait, en effet, voulu se pénétrer entièrement de la façon dont étaient les choses.

Les fleurs, moins souvent renouvelées, moins soignées aussi, depuis le départ de la jeune femme, laissaient retomber de longs rameau.x flétris tout le long des grands vases et des jardinières dans lesquels elles avaient été placées.

Il y avait, dans cette chambre, un parfum qu'y avait laissé la femme absente ; parfum discret, recueilli, et, en se pénétrant de celte atmosphère embaumée, honnête et aristocratique, Karll songeait au visage de celle qui avait habité ce logis, maintenant désert.

Henri de Bleutz revenait, portant d'une main soignée un des mignons flambeaux qu'il avait pris chez sa femme.

— Vieus, dit-il, en s'adressant à Karll, nous sommes' chez nous et tu peux tout voir à ton aise : personne ne viendra nous déranger ; examine donc tout, bien à loisir ; il ne faut pas que, le moment venu, tu puisses faire l'ombre d'une erreur.

L'amant d'une femme doit connaître son chez elle dans les plus minutieux détails, dans les secrets les plus intimes ; n'est-ce pas le sanctuaire dans lequel il est venu adorer son idole?

Viens, je passe devant pour t'éclairer et pour te montrer le chemin.

Ainsi qu'il venait de le dire, M. de Bleutz gagnait l'appartement de sa femme, pendant que Karll le suivait.

Mais, tout en marchant à sa suite, le maquignon murmurait entre ses dents •

— Gredin, misérable!... si j'avais été à ta place et que tu eusses été à la mienne, je t'aurais étranglé un million de fois, avant de te laisser commettre l'infamie à laquelle tu me pousses et me couvies avec des sourires et de bonnes paroles, au nom de l'argent que tu veux me faire honteusement gao^ner.

Va toujours, va, mon bonhomme ; ou le fils de ma mère se trompe fort ou tu ne porteras pas tout cela en paradis. '

Le beau Karll suivait toujours Henri qui, arrivé auprès de la cheminée v déposa le flambeau qu'il tenait à la main, en disant une fois de plus : '

— Regarde, c'est ton affaire ; si tu agis assez habilement pour que j'aie £?ain de cause, je dépasserai, tant mon contentement me fera généreux, la somme que je t'ai promise. ^

— C'est bien, nous causerons de tout cela un peu plus tard, reprit brusquement le maquignon.

La chambre de la jeune femme était un sanctuaire dans lequel elle avait réuni les portraits de tous ceux qu'elle avait aimés depuis qu'elle était au monde • il v avait là son père, sa mère, son parrain, Ambroise Beaupuy ; puis le portrait d'un homme jeune, si parfaitement beau que, lorsque le regard s'était arrêté sur lui, il y était forcément retenu.

Karll venait, en regardant chaque chose, de voir le portrait de cet homme • alors il était resté là, debout, ne voyant absolument plus que lui, tant il voulait se pénétrer entièrement de celte vue.

Il se demandait si un rêve, rêve étrange, ne s'était pas emparé de lui : il connaissait cet homme et pourtant il n'était pas du monde qu'il fréquentait habituellement : néanmoins il était bien persuadé qu'iî avait vu ce visage ailleurs qu'en cet endroit.

Tout à coup un cri s'échappa de ses lèvres, presque inconsciemment •

— Qiiel est cet homme? quel est cet homme? demandait-il, comme si M. de Bleutz avait encore été à côté de lui.

Le mari de Mme Hélène venait de rentrer dans la chambre où se tenait Karll de plus en plus émotionné, et ce fut lui qui répondit à la question que le ieune homme venait de poser. ^ ^

— Ça? fit-il; oh! c'est bien drôle! c'est toute une histoire que je vais te raconicr .

— Mais d'abord comment s'appelle cet homme? poursuivait Karll

— Tu joues bien ton rôle, fit de Bleutz; on dirait vraiment que* tu es àè\k jaloux : Attends, je vais donner un aliment à ta haine, en te mettant au fait dt ce qui s'est passé à propos de ce Monsieur-là.

— Son nom? reprit Karll.

— Cet homme était le premier adorateur de ma femme et il s'ann^l^^u Emmanuel de Champreux, répondit M. de Bleutz. appelait

— C'est bien cela, murmurait, à part lui, le beau Karll, en se laissant tomber sur un siège. ^^*

~.^ïi' ''?,T/'^ le maître de céans ; oui. ce Monsieur était le premier amoureux de Mme Hélène, et, si je n y avais mis bon ordre, ce n'est pas moi anVIlP aurait épousé?, mais bien lui. l ^^^

— Conte-moi donc Ça? car, tu le comprends, il faut que je sois édifié sur (è^ chaque chose, reprenait Karll. ^umc &ui

L'ADULTKnK ET L'AMOUIl '' ^-,

Kn qno!(incs mots, M. de RIculz raconta comment, sachant que Mlle »le Trempics était iinniensémenl riche, il avait pris le parti de l'épouser; mais comment, ayant rencontré un amoureux qui le gênait fort, il avait fallu qu'il sufjprimât cet homme ; et il disait à Karll de (luclle manicrc il s'en était pris pour arriver à son but.

llonri était non-seulement un profond criminel, un misérable k tous les titres, mais encore il avait la vanité des vices qu'il possédait, et ce n'était pas sans un certain orgueil malsain qu'il démontrait à l'aide de quels moyens il avait mis un homme au tombeau et voué une femme au malheur pour toute sa vie.

Il s'appesantissait sur toutes ces choses avec une vanité si manifeste que Karll en arrivait à en cire révolté ; et pourtant le maquignon ne portait pas en lui des délicatesses exagérées, ni des finesses de sentiment qui dussent le rendre bien dillicile sur le choix des histoires qu'on lui faisait entendre.

En écoutant M. de Bleutz, Karll finit par savoir entièrement ce qui s'était passé et il se demandait comment, après avoir été la promise d'Emmanuel de Champreux, Mme Hélène avait épousé Henri de Hleulz.

Cette question, à laquelle il ne pouvait répondre, tant la chose lui paraissait monstrueuse, il fallait pourtant qu'il en sût le pourquoi, et ce fut alors qu'il redoubla ses questions.

Alors vint se joindre ici, en quelques mots aussi cyniques que monstrueux, le jeu que Gaétan avait joué en toute cette affaire, et cela grâce à l'empire que la Perle avait pris sur ce jeune homme, dont elle avait fait un grand premier rôle dans le drame qui s'était accompli, jusqu'à l'heure de sa mort, qui en avait été le dernier acte.

Pendant qu'Henri de Bleutz parlait, et il s'appesantissait assez volontiers sur l'habileté qu'il avait déployée en cette occasion, Karll revoyait un pays lointain des sites oubliés depuis longtemps déjà et des choses auquelles il avait tourné le dos, non sans les regretter amèrement.

Il y avait longtemps décela, Karll était encore tout jeune, ce qui ne l'empêchait pas d'être un hardi contrebandier, renommé, parmi les gens de sa sorte, pour savoir faire passer le tabac d'Espagne en France avec une désinvolture à nulle autre pareille.

Il faisait aussi entrer en fraude bon nombre de mules et il employait une telle adresse à tous ces exercices qu'on parlait de lui, comme du plus hardi compagnon qu'il y eût eu sur la montagne.

Un jour, dans les Pyrénées, Karll, qu'on appelait là-bas Carlos, avait rencontré, au moment où la nuit enveloppait les sommets des pics, un jeune homme qu'au premier abord il avait pris pour un artiste de profession, parce qu'il avait avec lui l'accoutrement d'un peintre : la boîte à couleurs, le chevalet de campagne, le parasol, etc., etc.

— Ah çà! s'était demandé Karll à part lui, est-ce que ce ne serait pas quelque douanier déguisé qui viendrait voir en quelle compagnie je me promène ?

Et il s'arrêta pour laisser approcher le voyageur inconnu.

— Mon ami, disait cependant le jeune homme à Karll, j'ai trop présumé de ma mémoire et de moi-même, en m'engageant par ici sans un guide ; je vous l'avoue bel et bien, je suis complètement perdu.

— D'où venez-vous, et où voulez-vous aller? lui demanda alors Karll.

Son camarade se releva d'uu bond et se précipita sur moi (page 60).

— Je voudrais regagner l'auberge de Payolles, répondit le peintre ; une fois là, je descendrais jusqu'à Bagnères-de-Bigorre ; ensuite, en compagnie de quelqu'un qui connaîtrait la montagne, je reprendrais mes excursions. . — Pour regagner l'auberge ce soir, dit Karll, il ne faut môme pas y songer; il est beaucoup trop tard et les chemins ne sont pas assez sûrs pour qu'on s'y engage à la légère.

— Qu'avons-nous à redouter? demanda le peintre, trouvant qu'il n'y avait, en effet, rien à craindre pour deux hommes de leur âge et de leur force.

— Les précipices, répondit le contrebandier. Alors le peintre, s'inclinant, ajouta : ^

18me LIVRAISON

Reproduction formellement interdite

4me SÉRIE

LADULTKIIK KT I/AMOUR

Je comprends qu'on redoute les pr<^Qipices ; ce sont, en cfTet, des choses

danLMMvuses avec lesquelles il serait maladroit de lutter, puisque ce serait sans honneur et sans profil.

Mais alors?... demanda-t-il quelques instants apn'^s

Alors, je vais vous ollVir l'Iiospilalilé chez moi ; vous y serez moins bien

nu'à Pavolles, mais enfin c'est de tout e«pur que je mets mon toit et moi-m<^me à votre disposition; demain ou apr^s-demain, selon que le cœur vous en dira, je vous ramènerai où vous voudrez aller.

J'accepte, dit le jeune peintre, d'autant plus que je me sens excessivement

l"alii:u(.'' ; non-SLMilomcnt quand j'ai voulu redescendre je ne reconnaissais plus * mon chemin, mais encore j'en ai fait, h coup sûr, dix fois comme j'aurais di1 en faire, et cela pour me perdre un peu plus qu'auparavant.

^ f^), i,ien ! en roule, dit Karll. Et précédant le jeune li^mme, il lui dil : Nu

marchez ni à droite, ni à gauche, suivez mes pas exactement ; il fait presque nuit" on couperait, pour un peu. les brumes avec un couteau ; dépèchons-fious de rentrer, les sentiers sont devenus mauvais.

Ouelques instants après, Karll faisait entrer le voyageur égaré dans une cahute qui était accrochée dans un pli anguleux de la montagne ainsi qu'an nid d'aigle

dans le roc. . , ^ , *, •.

Lue vieille femme, ass'se au coin du foyer, éclairée par une de ces lampes qu'au pays on appelle ùcs caffU, tricotait de ces lainages blancs, souples, pour ainsi dire nuageux, qui ont une certaine renommée dans le commerce, dont se parent les élégantes de nos granfles villes et que l'on appelle des tricots de

Bagnères. ' . ■ ,

Cette vieille femme était la mère de Karll ; elle vivait la, seule, avec quelques moulons et quelques chèvres, travaillant un lopin de terre qui lui donnait des légumes dont elle se nourrissait, et lors même que la montagne avait été abandonnée par les pasteurs, que les neig' s font redescendre dans le»; vallées, elle restait là, dans sa cahute, isolée, vivatit de si peu de chose qu'un oiseau en aurait demandé davai ' i : r^urse renaître.

Femme d'un coh ier tué aans la montagne et dont le cadavre n'avait

jamais été retrouvé, elle n'avait pas fait la moindre opposition à ce que Karll continuât le métier de son père.

Le long des frontières, c'est presque un métier que d être contrebandier.

Qui me mènes-tu ? demanda-l-cUe à son fils, dans le langage du peys, en

le voyant entrer avec le jeune homme.

^' \^:n voyageur égaré dans la montagne, répondit le fils.

Qji qÙeîu sois, sois le bienvenu, reprit la vieille femme en s'adressant au

nouvel arrivé de cet air accueillant et digne qui appartient en propre aux matrones de ce pays-là.

Le voyageur fut touché de cet accueil bienveillant et s'installa chez son hôtesse rustique comme s'il avait été, au temps des patriarches, reçu sous une tente amie.

Le lendemain, le temps était horrible ; toutes les cataractes du ciel semblaient avoir été déchaînées ; les sentiers étaient devenus des ravins ; le tonnerre, les éclairs, embrasaient l'espace, et Karll crut devoir dire au voyageur :

Restez ici avec la mère ; je m'absente pour quelques heures seulement et,

si demain le temps le permet, je vous remettrai dans votre route

— Pas avant que vous m'ayez fait voir les sites dont vous m'avez parlé, reprit le jeune homme.

— Absolument comme il vous plaira, dit encore Karll en s'en^eloppant d'un immense manteau.

Il partit au milieu de la tourmente comme s'il avait été dans son élément ; la mère, en le voyant disparaître^ se signa plusieurs fois, puis elle reprit le tricot auquel elle s'adonnait aveoune ardeur fébrile quoique régulière.

Le petit bruit sec que faisaient, en s'entre-clioquant, ses aiguilles d'acier, se mêlait seul au vacarme de la tempête, dont les rafales semblaient vouloir emporter la montagne bien loin.

Le jeune homme, qui avait cru sage, puisqu'il y était, de rester à l'abri qui lui avait été offert, avait ouvert ses cartons et, pour charmer les loisirs d'une longue solitude dans le coin désert où il était retenu, il s'était mis à peindre, de mémoire, certains aspects de ces montagnes merveilleuses dont le souvenir lui était resté.

Karll rentra, le soir, relativement tard ; le voyageur égaré travaillait toujours, et pendant que la bonne femme préparait le repas du soir, le contrebandier regardait ce qu'il appelait: les images de son hôte.

Au milieu de tout cela se trouvait un portrait de femme ; ce portrait avait attiré et retenu ses regards.

— Qu'elle est belle ! avait-il murmuré ; mais point assez bas pour que le voyageur qui avait entendu ces quelques mots n'y répondît aussitôt:

— Oui, n'est-ce pas qu'elle est belle? c^est ma fiancée. A ces mots de fiancée, la vieille femme s'était rapprochée ; elle avait aussi regardé l'image qui faisait l'admiration de son fils.

— Les anges du paradis sourient dans ses yeux et la bonne vierge lui a donné le don de grâce, dit-elle, pour exprimer sa pensée.

— Qui est-ce qui a fait cela ? demanda-t-elle encore, quelques instants après.

— C'est moi, reprit le voyageur.

— C'est beau, tout de même, dit-elle, de pouvoir garder comme ça la ressemblance de ceux qu'on aime.

Karll restait toujours en contemplation devant le portrait, mais le voyageur se retournant vers lui demandait:

— Voulez-vous qu'avant de redescendre à l'auberge de Payolles je fasse le portrait de votre bonne amie ?

— Je n'ai pas de bonne amie, répondit Karll.

— Alors de qui voulez-vous que je vous fasse l'image ! demanda encore le jeune homme au montagnard.

— De ma mère, reprit vivement le contrebandier.

— Y penses-tu? garçon, fit doucement la vieille femme ; un pauvre visage tout ridé ainsi que l'est le mien ; des cheveux gris comme ceux-là ! laisse donc, laisse donc ! ce n'est ni beau ni plaisant à regarder et ça n'est pas aimable à reti-acer non plus.

La bonne femme eut beau s'en défendre, elle fut forcée de poser ; son fils le lui avait demandé si tendrement, entre deux si gros baisers, qu'elle n'avait pas su résister.

Le portrait de la mère fut achevé ; pour cela faire le jeune homme accepta ^

riiospilalilé (les nu)iil:i|^'nards pour <iiul(|iirs jours de plus et, quand ils se sépanVeiit, ils élaient devenits de vrais uinis.

— Ne préférez-vous pas aller tout droit à iiagnères que de vous arrêter .'i Payollcs ? demanda Karl! au vnyaf,'eur.

— Je le préférerais, répondii celui-ci ; mais je crains que la course ne soit trop longue...

— Qu'à cela ne tienne, je vmis trouverai des montures.

— S'il en est ainsi, j'accepte. Kt le jeune lionime, mettant quelques louis dans les mains de la vieille femme, lui disait : Kappelez-vous le nom dont j'ai sif^né le portrait que j'ai fait de vous; si jamais vous avez besoin de moi, voici mon adresse ; écrivez ou faites écrire un mot et je serai toujours heureux de voir que vous ne m'aurez pas tout à fait oublié.

Au bas du portait de la vieille montagnarde, il y avait le nom d'Emmanuel de Champrcux.

C'étaient tous ses souvenirs qui revenaient à l'esprit de Karll, pendant qu'il écoutait M. de IMeutz lui raconter comment il avait mis cet homme à mort, et comment la femme qu'il avait aimée était, à cette heure, la plus à plaindre de toutes les créatures de ce monde.

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