‹ L'adultère et l'amourChapitre 17 sur 35 · AiM iJÎ:uK Kl i;a.muuu · texte numérisé non relu

AiM iJÎ:uK Kl i;a.muuu

sans rec^anlop Autour d'elle, dans le monde dont on lui avait ouvert les porU s, les jt'uui's liomuK's doul elle aurait pu se faire aimer pi)ur de lion et tout à fait pour son compte.

De ce nomlire et avant tous les autres, le hasard avait voulu que ses beaux yeux s'arrcilasseut sur lienjamiu Jacoh.

Certes, le jeune liouiiue était loin de s'occuper d'elle ; lo hrave garron n'avait pas à se reprocher (le lui avoir fait la cour de l'épaisseur d'une feuille de rose; peut-être était-ce justement pour cela qu'elle s'était occupée de lui et qu'elle le cherchait toujours du regard au milieu de la foule empressée qui l'entourait, cha(iue fois(iu'elle allait dans le monde.

Ce que femme veut, Dieu le veut, dit-on; en cette occasion, le proverbe paraissait être vrai, car Lia navigua de telle sorte et si bien qu'elle finit par se rapprocher de Uenjamiu Jacob et par arriver ci entamer avec lui une longue causerie.

De son e(Mé, le oeintre, dont l'esprit et la pensée étaient complétenunL al'surbés par Mme Hélène et par tout ce qui pouvait la toucher de prés ou de loin, Tut conduit, par la pente même des choses, à parler du marquis de Timor, dont la disparition lui semblait être pour le moins extraordinaire.

Ce qu'il en dit était, ou le comprendra, peu llallcur |-cjur le jeune homme.

Lia, qui sentit un coin de son esprit gagné par Benjamin, lui répondit tout bas:

— Je suis un peu de votre avis, à l'endroit de ce Monsieur; son voyage, après avoir été intempestif, me parait durer bien longtemps, surtout quand il ne s'agit que d'enterrer un vieil oncle à héritage; généralement ceux qui !e doivent ramasser se dépêchent d'en finir plus vite que cela ; je suis en assez bonne relation avec quelques personnes qui connaissent le marquis : je demanderai de ses nouvelle^?, je m'cnquerrai de ce qu'il peut bien faire loin de Paris, à pareille époque, (t, pour peu que la chose vous soit agréable, nous causerons, après cela, de toutes ces choses.

Venez me voir chez moi, je serai toujours heureuse de vous y recevoir : j'aime les artistes, leurcommerce me plait,etje me sens disposée à beaucoup d'indulg.nce à leur égard comme à tenter bon nombre de choses en leur faveur.

Benjamin Jacob qui voyait, dans les quelques mots que venait de lui dire celle femme charmante, le moyen de percer le mystère qui environnait M. de Timor, son voyage et peut-être même d'apprendre à quel propos il avait agi ainsi qu'il avciit fait jusque-là, s'inclina devant la merveilleuse étrangère, lui promit d'aller prendre de ses nouvelles, après l'avoir remerciée de la grâce qu'elle avait bien voulu lui faire en lui ouvrant les portes de son salon.

Il semblait à Lia qu'elle venait de remporter une grande victoire et, pressée d'en Unir avec M. Derock, par M. de Bleutz et par sa mère, elle se promit de frapper un grand coup qui devait être le dernier; après cela, elle s'appartiendrait et elle se promettait d'user de sa liberté pour achever la conquête de Benjamin Jacob, conquête qui lui tenait fort au cœur, plus même qu'elle ne voulait se l'avouer, beaucoup plus qu'elle n'aurait voulu le croire.

-Nous l'avons dit, Lia avait de l'esprit et du savoir-vivre, toutes choses qui manquent assez généralement aux dames qui se lancent dans le monde où, grâce à la fortune et aux relations de sa mère, elle entrait d'emblée au premier rang.

Ce n'était que chez M. Deroek ([u'elle pouvait obtenir, de lui, ce qu'elle en 'Ôj voulait tirer:

Chez elle, elle pouvait conquérir son esprit, son cœur et môme sa personne ; cela n'était pas difficile : elle avait vu et plusieurs fois déjà que, pour en arriver à ce but, il ne lui fallait que vouloir.

Hors de chez elle, en promenade, aux champs, dans un des restaurants a la mode, partout enfin où elle voudrait aller accompagnée de Richard, il ne lui était pas difficile, non plus, de faire de cet homme son esclave à tout jamais.

Mais ce n'était pas là qu'elle voulait arriver ; il fallait qu'entamé par la passion, dompté par le regard et le sourire de cette femme, tout à la fois vierge et courtisane, il eût là, chez lui, immédiatement à sa portée, les choses dont il devait faire le sacrifice pour obtenir les bonnes grâces de celle qui serait devenue, pour lui, la maîtresse terrible et sans pitié.

Il ne fallait pas lui laisser une minute de réflexion, une heure de calme d'esprit ; rien ! rien ! il était indispensable que fiévreux, dominé, entraîné, aveuglé, il n'eût plus qu'à obéir à l'ordre reçu, sans prendre le temps delà réflexion.

Pour cela, Lia l'avait parfaitement compris, il était nécessaire qu'il tût chez lui,à quelques pas du dépôt d'honneur qui lui avait été confié, et il fallait que cet homme sacrifiât à la passion qu'elle était sûre de lui avoir inspirée.

Richard, selon l'habitude qu'il en avait prise depuis un certain temps déjà, était venu chez la jeune femme ; il y oubliait ses heures perdues, sans profit pour l'art, car il n'écrivait plus, il ne pensait plus, si ce n'était à elle et pour elle ; il était là, assis à ses côtés, se penchant vers elle pour respirer le parfum pénétrant qui s'échappait de cette femme habile et le grisait, depuis le cerveau, le cœur, jusqu'aux sens.

Ce qu'il disait il ne s'en doutait même pas ; est-ce qu'arrivés au paroxysme d'une passion semblable les hommes savent ce qu'ils disent et ce qu'ils savent, davantage ce qu'ils font?

Richard parlait, parlait toujours, ne sachant pas où il allait, mais allant néanmoins, la folie des désirs fous le conduisant à sa guise.

Lia, par exemple, savait bien ce qu'elle faisait et, tout bas, elle se disait : Jamais je ne trouverai cet homme mieux disposé qu'il ne l'est aujourd'hui, pour obtenir de lui tout ce que j'en veux avoir.

Alors, laissant glisser sa main sur le rebord du fauteuil, de manière à ce que Richard s'en pût emparer facilement, elle se mit à lui dire, de sa voix musicale et douce; au milieu de laquelle des notes métalliques résonnaient parfois, éclatantes et bruyantes, semblables à une fanfare passionnée, dans un duo d'amour tendre :

— Vous êtes adorable et charmante ; j'ai tort, je le sens, de vous dire toutes ces choses, mais je ne saurais me soustraire à l'empire que vous avez sur moi • seulement je ne dois pas vous le cacher, non plus, il est une ombre entre vous et moi. Oh ! une ombre bien grande et fort redoutable !

— Laquelle ? s'empressa de demander M. Derock ; signalez-la-moi bien vite, afin que je la chasse et qu'elle disparaisse : rien, rien au monde, ne saurait exister entre vous et moi ; vous savez bien. Lia, que je ne saurais le souffrir I

— Vous voulez, reprenait-elle, que je vous fasse encore cette confidence? Et, toute rougissante et timide, comme si elle n'avait pas osé en dire davantage, elle restait sur ce mot-là.

— Je vous en prie 1 reprenait-il, portez, parlez !

— Eh bien ! continuait-elle, pendant que sa main, abandonnée dans les mains ■4^ de Richard, avait de petits soubresauts nerveux qui finissaient de dominer et de

ma^'nétiser cet écrivain i|iii s'était cru si fort (ju'il n'avait pas craint de venir laire une élude psycliolof^iqiM» sur le cœur que recouvrait la poitrine de cett<' femme, redoutable à tant de litres, ce qui m'a gagnée tout d'ahord en vous, oc n'est pas seulement l'homme aimal)le, courtois, intelligent ; c'est aussi l'écrivain ; je vous l'ai dit, je ne saurais jamais assez vous le rt'[iéter, pour vous en bien convaincre, ce sont vos «euvres qui ont éveillé, en moi, ce qui anime la femme, de quelque nom que vous l'appeliez : Ame, C(i;ur, passion, esprit, désir, curiosité.

Avant d'avt)ir ouvert un des livres qui portent votre nom, je vous affirme que je n'avais pas vécu ; de ce jour, il s'est fait au devant de mes yeux une grande lumière^ et j'ai pris, l'une après l'autre, toutes les pages que vous aviez écrites; je les ai lues, relues, étudiées, et plus je me pénétrais de leur esprit, plus j'étais dominée, non-seulemeul par la forme charmante sous laquelle elles m'npparaissaienl, mais plus aussi je sentais que tout se transformait : la statue s'animait et cherchait, autour d'elle, celui qui venait de laisser tomber dans son i\me colle étincelle, au contact de laquelle tout son être avait pris feu.

De ce jour je n'ai plus eu qu'une idée, je n'ai plus nourri qu'un rêve : quitter mon pays, venir en France et voir Paris que vous habitiez ; j'avais aussi résolu de vous y chercher jusqu'à ce que je serais parvenue à vous y découvrir et, vous le voyez, je suis ici et je suis arrivée à vous rencontrer puisque vous êtes là près

de moi.

Richard appuyait ses lèvres aux mains de la jeune femme, qui continuait :

Mais cela ne me suflit plus ; ce qu'il me faut mainîenant, c'est d'être en

complète communion d'idées avec vous ; il faut que j'aille, appuyée à votre bras, dans le cabinet où vous rêvez les choses adorables à l'aide desquelles vous nous gagnez le cœur, à nous autres pauvres femmes, qu'on ne saurait jamais prendre que par ce côté faible de notre être.

Je veux m'en aller avec vous, seule, cachée à tout regard profane, mystérieusement travestie et rester là, dans lombre, à vos côtés, agenouillée à vos pieds, comme le fidèle sur les marches du trône de la divinité qu'il adore.

Je veux que vous en arriviez à m'oublier entièrement et que la muse seule vous occupe, vous possède, vous domine et vous inspire, pour que, sous la dictée de cette visiteuse de l'esprit et de l'âme, vous écriviez de ces pages que je verrai naître là, devant moi; de ces pages qu'on ne saurait lire sans en avoir l'âme émue, la pensée gagnée, pour toute la vie.

Oui, je veux assist3r à la création d'une de vos œuvres ; du jour où vous m'aurez accordé ce que je vous demande, il n'y aura plus, pour moi. d'ombre dans la vie ; je serai conquise par vous, ni plus ni mieux que je ne le suis aujourd'hui, mais je le serai plus glorieusement encore et je serai, aussi, plus humblement abandonnée, de mon côté.

Vous m'avez affirmé que vous m'aimiez, que j'étais étrange, surprenante, toute nouvelle pour vos yeux et que vous*vouliez savoir tout ce qui se passait en moi. Eh bien î lorsque je vous aurai vu penser pour Lia toute seule, vivre de l'esprit pour moi, rien que pour moi, je vous montrerai mon âme à nu et, de même que vous m'avez dit : Je vous aime, ce qui renferme toujours une question d'homme à femme je vous répondrai, en toute franchise, en tout abandon.

Richard, on le comprendra, n'était plus maître de lui; tout son être était gagné par cette femme aussi terrible que charmante.

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Mais, enfin, que crains-tu ? que redoutes-tu? mon enfant... (page 104

Il était tard ; c'était le soir qu'elle lui parlait ainsi, c'était à l'heure où d'habitude il rentrait chez lui pour travailler, au temps où il travaillait encore. Mais, dominé par la flamme qui s'échappait des paupières à demi closes de Lia, il lui répondait:

— Venez, partons !... venez avec moi : votre âme est pour mon âme le ciel rêvé, ardemment désiré, et. j'y veux être appelé et conduit par votre volonté; venez. Lia, venez! tout ce que vous avez désiré, je le ferai; j'écrirai pour vous, pour vous seule! après avoir pensé sous votre inspiration.

La jeune femme venait de prendre, sur un meuble du boudoir, une mante de soie, une mantille de dentelle espagnole, épaisse et lourde; puis, se laissant aller bras de M. Derock, elle le suivait...

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5°" SÉRIB

v^ "^ ir.2 L AUULrtHi-: et lamulh %^

Mais il était écrit, au livre des ilcsLinécs de celle femme el de cel homme, qu'ils irir.'iit'iil pus jiis(ju';iu Ixnil duns Tifiivrc fjue tous leH dtux ils i.oiirsiiivjiirnl, (nivre (lui |i()urtaiit n'clait pus la niriue dans ses résulLatH, ()U(ii(pi'ils y iiiarrliassent de concert; il élait dit qu'ils n'arriveraitul pas, elle jusqu'à la ruine morale de cet homme, lui jusqu'à la possession de celle femme qui résumait à celle heure, pour SOS yeux épris, le moiuli ciilii r.

Pendant que les choses que nous venons de raconter se passaient dans le boudoir de celle qu'on appelait Lia Uhinland, sa mère qui était censée avoir vendu à une noble étrangère 1 liôlel qui lui appartenait; sa mère qui en était partie ouvertement, au suel au vu de tous, alin de convaincre chacun qu'il n'y avait rien de commun entre la nouvelle propriétaire el rancienne; la mère de Lia, après celle habile éclipse, était revenue humblement, modestement, entrant par la porte dérobée, alin de se null e, sous un nom d'emprunt et sous nu masque nouveau, dans la situation subalterne qui conveiiiiilà l'intondunle de la jeune veuve.

C'était une femme aussi étrange que rare, la mère de Lia ; les écus qu'e'le avait ramassés à pleines mains ne la faisaient point avare, mais elle en reconnaissait l'entière valeur; aussi voulait-elle augmeuler la fortune qu'elle devait laissera sa J fille quand l'occasion s'en présentait, mais pour rien au monde elle n'aurait permis ) qu'elle fût diminuée.

Klle s'était donc faite Tintendante de la jeune femme que nous avons vue débuter dans le monde d'une fi.oon aussi étrange que magnifique. < La mère de Lia accourait, ce soir-là, par une porte dérobée qui, de son appar-

j temenl, donnait dans celui de Ja jeune femme.

j Le fait est qu'il se produisait un fait étrange, pour que la mère vigilante dut ( en prévenir Mme Lia Hliinland.

\ Mme Blanche Derock venait d'arriver chez la belle IlollanJaise, qu'edle tenait, l et non sans raison, pour son ennemie. C'était inconlestaldemeut, puisque tout le ^ monde le disait, une femme du monde; el, comme elle avait déjà reçu sa visite, Blanche pouvait donc aller la visiter à son tour.

Blanche, désespérée à l'idée de perdre, tout à la fois, son bonheur el l'homme qu'elle aimait, avait résolu, dans un moment de désespoir, d'aller trouver cette femme qui lui dérobait tout, puisqu'elle ne vivait que pour son amour et de lui dire.... elle ne savait encore trop ce qu'elle allait lui dire, mais enfin elle voulait lui faire entendre de ces choses qui viennent du cœur et coulent de source, alors qu'on souffre le cruel martyre auquel elle était en proie.

Blanche élait Hère, non du bonheur qu'elle avait reçu, mais de celui qu'elle avait donné ; aussi tenait-elle à savoir ce que cette femme voulait traire de l'homme dont elle avait pris le cœur, la joie, le talent et la gloire, ainsi qu'elle aurait pu le faire d'un trophée qui lui aj/partenait de droit.

Aussi, le cœur brisé, l'esprit exalté par la douleur qui l'accablait et dont elle ne pouvait se défaire ni se défendre, elle était partie de chez elle et, sans se rendre un compte bien exact de la façon dont elle allait aborder Lia Rhinland, sa cruelle, sa conquérante rivale, elle élait arrivée chez la belle Hollandaise et elle avait jeté sa carte au valet qu'elle avait rencontré dans l'antichambre.

La mère de la jeune femme accourait donc au moment où Lia sortait appuyée 'n bras de Richard.

'«î l'arrêta d'un mot qu'elle lui dit à Toreille

Il était temps !... quelques moments plus tard, les deux femmes se trouvaient face à face dans l'antichambre, ayant entre elles deux cet homme qu'elles se disputaient pour des raisons si diverses et si dissemblables.

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